Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

Orient-ations

ORIENT-ATIONS 350

ÉCHANGES AIGRE-DOUX ENTRE JOE ET XI – Guillaume Berlat. Sa première présentation – en présentiel – devant l’Assemblée générale des Nations unies (réunie en mode « hybride »), le mardi 21 septembre 2021, était particulièrement attendue par la médiacratie et autres « toutologues ». Après ses exploits historiques lors de la chute de Kaboul dans les mains des talibans et sa duplicité malsaine dans l’annulation des contrats de livraison de sous-marins français à l’Australie réhaussée d’un zeste d’Aukus1, comment allait se comporter, le 46ème président des États-Unis ? Joe Biden s’est livré à un parfait exercice de diplomatie arrogante. Qu’allait lui opposer comme arguments son homologue chinois, Xi Jinping ? Les mêmes que dans le passé tant il est égal à lui-même et constant dans sa stratégie. Rappelons, pour mémoire, que le président de la République, Emmanuel Macron n’a pas fait le déplacement à Manhattan, préférant y déléguer son ministre de l’Europe (aussi inexistante) et des Affaires étrangères (affaires qui lui sont toujours aussi étrangères). Qu’en fût-il de cet exercice présenté comme un assaut de diplomatie des deux rivaux systémiques ? Notons, au passage, que le président iranien ne s’est pas privé de lancer quelques piques à l’endroit des États-Unis.

UN PARFAIT EXERCICE DE DIPLOMATIE ARROGANTE DE L’ONCLE SAM

Joe Biden est égal à lui-même, aussi bête qu’arrogant sans parler de sa fourberie (il se serait implicitement engagé à ne pas rééditer la « trahison » dénoncée par la France !2 Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent). Il est avant… Continuer la lecture

ORIENT-ATIONS 349

RÉCONCILIATION : UNE PASSION AFRICAINE – Guillaume Berlat. « La paix n’est qu’une forme, un aspect de la guerre : la guerre n’est qu’une forme, un aspect de la paix : et ce qui lutte aujourd’hui est le commencement de la réconciliation de demain » (Jean Jaurès). Quelle pertinence et quelle actualité dans ce jugement ! Paradoxe du monde d’aujourd’hui marqué par une montée inquiétante de la conflictualité, la problématique de la réconciliation constitue le parent pauvre de la recherche dans les relations internationales au même titre que celle de la confiance1. Notre monde peut aussi se caractériser par certaines logiques. Logique d’inclusion versus logique d’exclusion. Logique d’intégration versus logique d’exclusion. Logique de compréhension versus logique de sanction. Logique de coopération versus logique de coercition. Logique de politicisation versus logique de judiciarisation. À trop jouer sur la corde de l’opposition en ignorant celle de la réconciliation, l’on ne facilite ni le règlement des problèmes internes ni celui des problèmes internationaux. Alors que l’approche de la réconciliation est l’exception en Europe, elle aurait tendance à être la règle en Afrique.

RÉCONCILIATION EN EUROPE : L’EXCEPTION

Lorsque l’on pense à réconciliation sur notre continent, on se réfère aussitôt à la réconciliation franco-allemande concrétisé juridiquement, diplomatiquement et politiquement par la rencontre Adenauer de Gaulle mais, surtout, par la conclusion, en 1963, du traité de l’Élysée. Grâce à cette démarche, les deux pays ont substitué une logique de confrontation (trois guerres en mois d’un siècle) à une logique de coopération (presque six décennies de paix). N’oublions pas… Continuer la lecture

ORIENT-ATIONS 348

JEAN-YVES LE DRIAN OU L’ART DE RACONTER TOUT ET N’IMPORTE QUOI – Jean Daspry. Qu’attendre de sérieux d’un Breton madré (septuagénaire marqué par le temps et les boissons fortes) qui cumule les postes régaliens depuis plus de neuf ans (à la Défense et aux Affaires qui lui sont toujours étrangères), qui a retourné sa veste socialiste pour mettre ses godillots jupitériens (il excelle dans ce numéro de Fregoli), qui est victime du principe de Peter (son seuil d’incompétence a été franchi depuis bien longtemps) en dépit de la création de son centre de recherches (« Breizh Lab ») et dont la fonction de ministre se résume à celle de médiocre figurant d’une mauvais troupe (sans talent et sans humour) ? Rien ou si peu. Nous n’avons pas boudé notre plaisir en découvrant son dernier morceau d’anthologie diplomatique, publié le 3 septembre 2021, sur plusieurs colonnes dans le quotidien Le Figaro1. Une franche rigolade lorsque Jean-Yves Le Drian, le lorientais désorienté, disserte (ou délire) sur la crise afghane. Dans ce registre, nous préférons Pierre Dac.

Que nous dit cet oracle à la petite semaine de Suzette sur la situation dans ce pays ? Pour faire court, cela ne vole pas très haut. Tentons de regrouper son propos digne du café du commerce autour de quelques grands axes !

JE N’AI PAS DIT CE QUE J’AI DIT

Interrogé par Isabelle Lasserre sur son idée de « gouvernement inclusif » afghan, Le Chouchen se cabre aussitôt tel un cheval fougueux. « Non, je… Continuer la lecture

ORIENT-ATIONS 347

AFGHANISTAN : LES Y’A QU’À, FAUT QU’ON, PÉRORENT ! Guillaume Berlat. En France, nous n’avons pas de pétrole mais nous avons des idées. En France, nous avons pléthore de gens intelligents mais nous avons un déficit structurel de gens dotés d’un minimum de bon sens. La crise afghane nous permet de mesurer, in concreto, cette situation paradoxale. Les génies qui commencent à peine à comprendre la conclusion chaotique de cette guerre de vingt ans en Afghanistan nous font, aujourd’hui, la leçon avec morgue. Nous en avons un exemple avec ces deux brillants sujets qui se projettent sur l’avenir dans une longue tribune publiée par Le Monde : Adam Baczko (chercheur au CNRS, CERI Sciences Po) et Gilles Dorronsoro (professeur de sciences politiques à Paris I Panthéon Sorbonne)1. Analysons de près ce qu’ils nous disent avec autorité ! Après le principe – l’importance accordée au principe d’une négociation avec les talibans -, ils énumèrent les domaines envisageables pour des coopérations ponctuelles.

PLACE AU PRIMAT DE LA NÉGOCIATION

La première phrase de leur tribune donne le ton de l’irréalisme qui caractérise leur démarche : « Le mouvement taliban a gagné la guerre et, en absence d’opposition crédible, il faudra composer avec ce régime en fixant nos lignes rouges et nos objectifs de négociation sans garantie de succès, mais avec une chance d’influencer sa pratique du pouvoir ». Tout est dit en quelques mots. Pourquoi les Occidentaux seraient-ils en mesure aujourd’hui de faire ce qu’ils n’ont pas été en mesure durant les deux décennies écoulées ?… Continuer la lecture

ORIENT-ATIONS 346

AFGHANISTAN : LES EXPERT(E)S EN CLAIRVOYANCE RÉTROSPECTIVE SONT DE RETOUR – « La prévision est art difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » (Pierre Dac). C’est tout le temps la même chose. Dès qu’une crise internationale parvient à son paroxysme, de prétendus experts sortent du bois pour nous annoncer ce qui vient de se passer. Et cela sur un ton docte pour masquer autant leur incompétence que leur imprévoyance1. La crise afghane n’échappe pas à cette règle de la clairvoyance rétrospective. Nombreux et nombreuses sont ceux qui parviennent tout juste à percevoir l’étendue de la déroute américaine qui s’explique en partie par leur volonté d’imposer un modèle occidental inapplicable à l’autre bout du monde. C’est pourquoi, ils ou elles ne comprennent qu’à retardement les crises du XXIe siècle. Aujourd’hui, ils roulent des mécaniques en découvrant le monde tel qu’il est. Décidément, le ridicule ne tue pas.

LA COMPRÉHENSION À RETARDEMENT DES CRISES

Aujourd’hui, ce sont deux femmes savantes qui font la leçon aux ignorants que nous sommes. Nous avions déjà épinglé la première en mars 2018 tant elle est une récidiviste en la matière. Il s’agit de la grande éditorialiste du quotidien de référence des imbéciles Le Monde. Il s’agit de Sylvie Kauffmann, épouse du diplomate, Pierre Buhler qui a droit à une pleine page intérieure2 et, vraisemblablement, l’éditorial en dernière page3. Pour compléter le tableau, nous sommes gratifiés par le même quotidien d’une analyse de haut vol de la très charmante Alexandra de Hoop Scheffer,… Continuer la lecture