Observatoire Géostratégique

numéro 136 / 24 juillet 2017

RUPURE DES CONTACTS OFFICIELS ENTRE L’AUTORITE PALESTINIENNE Et TEL-AVIV – Le Monde, 21 juillet.

Mahmoud Abbas a réagi aux nouvelles mesures de sécurité mises en place par l’Etat hébreu autour de l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem. Trois Palestiniens et trois Israéliens ont été tués vendredi. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé vendredi 21 juillet geler tous les contacts avec Israël tant que les nouvelles mesures de sécurité mises en place par l’Etat hébreu autour de l’esplanade des Mosquées, à Jérusalem, ne seraient pas annulées. M. Abbas s’exprimait devant des journalistes à l’issue d’une journée d’affrontements entre manifestants palestiniens et forces israéliennes qui ont fait au moins trois morts et des centaines de blessés à Jérusalem-Est et en Cisjordanie occupée : « Au nom de la direction palestinienne, j’annonce (…) un gel de tous les contacts avec l’Etat d’occupation à tous les niveaux, jusqu’à ce qu’Israël s’engage à annuler toutes les mesures contre notre peuple palestinien en général et à Jérusalem et dans la mosquée Al-Aqsa en particulier. » Peu de temps après cette déclaration, l’armée israélienne a annoncé que trois Israéliens avaient été tués par un assaillant ayant pénétré dans une colonie de Cisjordanie occupée. L’attaquant s’est infiltré dans une maison de la colonie de Neve Tsuf, au nord-ouest de Ramallah, précise l’armée, sans donner davantage de détails sur l’identité de l’assaillant. Les tensions sont allées crescendo depuis une semaine contre la mise en place de portiques de détection de métaux autour de l’esplanade des Mosquées, dans la vieille ville de Jérusalem. Depuis l’assassinat de deux policiers, le 14 juillet, par trois Arabes israéliens, de strictes mesures de sécurité ont été décrétées par la police israélienne à proximité de ce lieu saint. Vendredi, deux hommes palestiniens de 17 et 18 ans ont été tués par balle dans les quartiers d’At-Tur et de Ras Al-Amoud, à Jérusalem-Est annexée. Un troisième Palestinien est mort « après avoir été visé au cœur avec des balles réelles » dans le quartier d’Abou Dis, en Cisjordanie occupée par Israël, a ajouté dans l’après-midi le ministère de la santé, sans donner plus de détails. Le Croissant-Rouge, les services de premiers secours palestiniens, ont par ailleurs fait état de 450 blessés dans des heurts à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, dont 110 dans la Ville sainte. Parmi eux, 170 ont été blessés par des balles ou projectiles en caoutchouc. Dans la bande de Gaza, où ont eu lieu aussi des affrontements au niveau de la « barrière de sécurité », 40 Palestiniens ont été blessés, dont sept par balle, selon des sources médicales. Les heurts à Jérusalem ont éclaté vendredi après la prière hebdomadaire des musulmans près de la vieille ville, dont Israël a interdit l’accès aux hommes palestiniens de moins de 50 ans, dans un contexte de tensions grandissantes. Des milliers de Palestiniens, qui se mobilisent depuis une semaine aux abords de l’esplanade et refusent d’y pénétrer, ont choisi de prier dans la rue. Le conseil de sécurité du premier ministre israélien a décidé jeudi soir le maintien des détecteurs de métaux afin d’empêcher que des armes à feu puissent à nouveau être introduites sur l’esplanade.

 

YEMEN : L’ONU ACCUSE RIYAD – RFI, 21 juillet.

L’ONU a accusé vendredi la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite d’être responsable d’une frappe aérienne contre des civils cette semaine au Yémen, en soulignant qu’il n’y avait pas d’objectifs militaires dans la région visée. Une vingtaine de civils ont trouvé la mort dans un camp de déplacés dans la région de Mawza, près de Taëz, la grande ville du sud-ouest du Yémen aux mains des rebelles chiites houthis. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) est formel, les frappes ont touché trois familles réfugiées dans des huttes de fortunes. Et selon lui, l’attaque a été menée par les « Forces de coalition arabes », autrement dit la coalition dirigée par l’armée saoudienne qui lutte contre les rebelles chiites et soutient le gouvernement yéménite. Et le Haut-Commissariat enfonce le clou : « Il ne semble y avoir aucun militaire à proximité immédiate des maisons détruites », précise-t-il. Les civils constituent plus de la moitié des 8 000 morts du conflit depuis l’intervention de la coalition dirigée par Riyad. Ces bombardements d’objectifs civils s’ajoutent à une situation sanitaire des plus alarmantes. Le manque de soins, le manque d’hôpitaux et la destruction systématique des infrastructures sanitaires font que chaque jour à présent 5 000 Yéménites contractent le choléra. En outre, plus de 7 millions de personnes sont menacées de famine, y compris plus de 2,3 millions d’enfants mal nourris âgés de moins de cinq ans.

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

Lutte contre Dae’ch

  • Une profonde division au sein de Daech, à la suite de libération de Mossoul, a perturbé les chefs de Daech à Hawija et Tal-Affar. Le bourreau de Daech à Hawija a été retrouvé mort. La police fédérale a tué dix daechis qui avaient essayé de s’enfuir vers la rive gauche par le fleuve. (Sabah, p.1)
  • Le JOC (Joint Operations Command) a annoncé avoir arrêté 250 membres de Daech dans les tunnels de la vieille ville de Mossoul. (Mada, p.1)
  • Le commandement des opérations de Ninive a déclaré que les forces de sécurité irakiennes poursuivraient les combats à TalAffar et Mahalabiyya pour libérer complétement le gouvernorat de Ninive. (Irakiya TV)
  • Rajih al-Moussawi, ambassadeur d’Irak à Téhéran, a déclaré que des troupes irakiennes participeraient aux combats en Syrie. Le porte-parole du ministère des affaires étrangères a réagi en estimant que les propos de l’ambassadeur avaient été dénaturés. De son côté, Oussama al-Noujayfi, vice-président de la République, a affirmé que le PM al-Abadi avait rejeté toute ingérence militaire dans les pays voisins. (al-Arabiyya TV)

  • Une force tribale a repoussé une attaque de Daech à Jaloulaa au nord de Dyala, selon une source locale. (Machrek, p.1)

Situation sécuritaire

  • La police de Wasset a annoncé avoir arrêté 580 personnes réclamées par la justice et accusées de terrorisme et de différents crimes et délits. (Sabah, p.3)
  • Une bande a cambriolé la banque agricole de Dyala et a volé trois milliards ID (2,5 millions USD). Le conseil du gouvernorat de Dyala a accusé la banque d’être impliquée dans des affaires de corruption et a demandé l’ouverture d’une enquête. (Zaman, p.1)

  • Les forces de sécurité irakiennes ont arrêté Nedham el-Din alRifaay, surnommé « la boîte noire » de Daech et chef des magistrats de l’organisation à Mossoul. (Machrek d’hier, p.1).

Situation au Kurdistan

  • Le PDK a affirmé que la conférence, qui devait se tenir à Sulaymānīyah, permettrait d’examiner la situation économique et politique de la région ainsi que le référendum du Kurdistan. Islam Hussein, membre du parti, a annoncé que des représentants des partis kurdes des pays voisins participeraient à cette conférence. (Zaman, p.1)

Politique extérieure

  • le roi de l’Arabie saoudite s’est entretenu avec le PM al-Abadi par téléphone pour le féliciter de la victoire à Mossoul. (Sabah, p.1)
  • L’ONU a voté en faveur d’une prolongation d’une année de la mission de la MANUI en Irak. L’organisation onusienne a exprimé sa préoccupation à l’égard de la situation sécuritaire en Irak et a appelé les blocs politiques irakiens surmonter leurs différends en vue de résoudre la crise politique irakienne. (Mada, p.1)
  • Une médiation américaine vise à rétablir le dialogue entre Bagdad et Erbil pour surmonter les différends en suspens d’une part et reporter le référendum d’autre part. (Sabah alJadid, p.2)
  • Lors de son entretien avec l’ambassadeur de l’Union européenne, Ammar al-Hakim a affirmé que la reconquête de Mossoul aurait des impacts positifs sur la sécurité mondiale. (Adala, p.1)

  • En présence de l’ambassadeur d’Italie et du 1er conseiller de l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad, Le PM al-Abadi a tenu une réunion technique avec l’entreprise italienne, chargée de réhabiliter le barrage de Mossoul, et le ministère des ressources hydrauliques, pour examiner les entraves à l’entretien du barrage. (Machrek d’hier, p.2).

 

LE CREPUSCULE DES NEO-CONS – Renaud Girard, 20 juillet.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le mouvement néoconservateur – qui met la démocratie au-dessus de la paix -, né en Amérique en même temps que le reaganisme et sa lutte contre « l’Empire du Mal », a eu pour père spirituel un ancien militant trotskyste, William Kristol. Et son premier parrain politique, le sénateur Jackson, est venu du parti démocrate. En 1996, Bill Kristol et Robert Kagan affirment, dans un article intitulé « Vers une politique étrangère néoreaganienne », que « les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l’Amérique sont presque toujours en harmonie ». Cette réapparition de la morale en politique étrangère vient détrôner la doctrine Kissinger, qui privilégiait jusque-là l’impératif de la paix, toujours fondée sur la diplomatie classique et le maintien de l’équilibre des forces. En 1997, les néoconservateurs Bill Kristol, Richard Perle et Paul Wolfowitz créent le « Project for the New American Century », destiné à maintenir l’hégémonie américaine sur la planète en empêchant l’émergence de toute puissance rivale, et à créer un nouvel ordre mondial fondé sur le consensus moral, quitte à multiplier les interventions militaires en organisant des coalitions ad hoc. C’est le retour d’un wilsonisme particulier, le « wilsonisme botté », pour reprendre la brillante formule de Pierre Hassner. Aux côtés de ces intellectuels figurent des hommes politiques du parti républicain comme Donald Rumsfeld et Dick Cheney. Cette génération et ces idées seront propulsées au sommet de l’Exécutif américain lorsqu’arrive à la Maison Blanche, en janvier 2001, George W Bush (qui ne partage pas les vues metternichiennes ou kissingériennes de son père). Mais elles se seront déjà manifestées dans le passage de Madeleine Albright au Département d’Etat, qui n’a que mépris pour le vieux système onusien interdisant l’ingérence des puissances dans les affaires intérieures des Etats membres. L’intervention militaire unilatérale de l’Otan au Kosovo foule-t-elle aux pieds la Charte de l’Otan (purement défensive) et celle de l’Onu (qui exige un accord du Conseil de sécurité avant de lancer une guerre) ? En vraie néo-conservatrice qu’elle est, Madeleine Albright n’en a cure, qui souhaite faire prévaloir dans les Balkans sa conception de la justice. Ce messianisme démocratique se retrouve dans les deux longues guerres que lancera George W Bush. Je ne compte pas parmi elles la première guerre d’Afghanistan, qui est imposée au président américain par les attentats du 11 septembre 2001 : le 7 octobre la guerre commence contre le régime des talibans, qui est chassé de Kaboul le 13 novembre. Ivres d’un succès aussi rapide, les Occidentaux qui organisent une grande conférence sur l’avenir du « Royaume de l’Insolence » à Francfort le 5 décembre 2001, promettent de reconstruire, de démocratiser et de développer l’Afghanistan. Ils confient cette tâche aux soldats de l’Otan, oubliant que le paysan afghan n’a jamais aimé croiser sur ses terres des soldats étrangers en armes. Plutôt que fonder le nouveau pouvoir sur la Loya Jirga (assemblée traditionnelle des chefs de tribu et des oulémas), on prévoit une élection du président au suffrage universel, dans un système à deux tours, qui ne fonctionnera jamais… C’est le même messianisme démocratique qui fonde l’invasion militaire de l’Irak de Saddam Hussein en mars 2003 : les néoconservateurs siégeant autour de Bush nous expliquent qu’ils vont créer un « Grand Moyen-Orient démocratique », lequel engendrera mécaniquement la paix entre Israël et ses voisins arabes. L’enlisement de l’Otan en Afghanistan et l’extraordinaire chaos créé en Mésopotamie par l’intervention militaire anglo-saxonne vont sonner le glas de la pensée néoconservatrice aux Etats-Unis. En adressant un message d’ouverture au peuple iranien et au gouvernement des mollahs deux mois après son investiture, le président Obama montre qu’il n’a strictement rien d’un néoconservateur. Mais, entre-temps, l’école néoconservatrice américaine a fait des émules en Europe. Au Quai d’Orsay, sous les mandats Sarkozy et Hollande, le réseau des néoconservateurs est devenu si puissant et si bien organisé que leurs collègues diplomates l’appellent désormais « La Secte ». La pensée néoconservatrice, c’est-à-dire la soumission de la politique étrangère à une vision moraliste du monde, va être à l’origine de la destruction par la France en 2011 du régime Kadhafi en Libye, et de la rupture des relations diplomatiques avec la Syrie en 2012. Notre wilsonisme botté va atteindre un sommet en 2013, lorsque la DGSE livre des armes aux « rebelles modérés » de l’Armée Syrienne Libre (lesquelles se retrouvent très vite aux mains d’Al Qaïda, soit vendues, soit saisies), puis lorsque le président Hollande annonce qu’il va faire la guerre au régime de Bachar al-Assad, avant de renoncer à cause du lâchage des alliés britannique et américain. Aujourd’hui, la doctrine néoconservatrice a sérieusement du plomb dans l’aile, à Washington, à Londres, à Paris. Les trois puissances occidentales capables moralement et matériellement de se battre outre-mer ne sont plus disposées à le faire que contre leur ennemi principal, c’est-à-dire contre le djihadisme islamiste, qui tue leurs enfants, dans leurs rues. Elles ne veulent plus faire la guerre au nom de la démocratie aux quatre coins du monde. Elles ont renoncé au rêve des néoconservateurs qui, sans en avoir forcément conscience, avaient renoué avec la « mission civilisatrice de la colonisation », chère à Jules Ferry. Elles veulent revenir à la diplomatie classique, qui ne soumet pas le dialogue à la vertu de l’interlocuteur. Elles veulent défendre leurs intérêts, ainsi que la paix dans le monde, à laquelle elles accordent un statut d’intérêt suprême. Emmanuel Macron n’a pas plus d’affinités électives avec Bachar al-Assad que n’en avait François Hollande. Mais il pense, à raison, que tout processus de paix en Syrie excluant Bachar n’a aucune chance d’aboutir. Et qu’en diplomatie, il faut faire passer l’efficacité avant la leçon de morale.

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