Observatoire Géostratégique

numéro 174 / 16 avril 2018

ONFRAY MIEUX DE SE TAIRE ET DE LA FERMER – Jacques-Marie Bourget, Afrique-Asie/10 avril.

Onfray mieux de se taire et de la fermer. Ça fait courant d’air en ces temps encore froids. Car on ne lui a rien demandé au philosophe des Relay de gare. Même pas l’heur, celui de déplaire. Mais ces gens-là, BHL et lui, le Normand double crème, se sentent mourir s’ils ne sont pas sous les feux de la rampe, là où l’on avance en rampant.

Voilà donc que dans une nouvelle livraison de sa pensée ris de veau (forcément crémeuse), Onfray déclare son amour au CRIF, ce qui est son droit. Mais pas celui de déformer les faits et l’histoire. Le petit docteur en philo nous explique donc, vous avez bien lu, que si les Palestiniens sont aujourd’hui un peuple sans terre c’est qu’ils furent nazis. Et sont justement punis de leur vieil engagement. Ecoutons-le car ce qu’il aime, Michel, c’est la justice. Celle par exemple qui voudrait que des fonds publics, sortis des caisses du Calvados ou d’ailleurs, soient mobilisés afin de lui offrir son université à lui, en solo. Le tout pour occuper à l’heure du thé ou de la soupe des retraités qui hésitent à tuer le temps. Buridan entre des leçons de macramé, de gemmologie ou de yoga. Vous me direz que ce n’est pas sot. Quand a on renoncé à entrer dans le corps universitaire, et qu’on est las d’enseigner la philo au lycée technique privé catholique Sainte-Ursule, le mieux est de s’offrir la boutique. Sa Sorbonne perso.

ONFRAY N’EST PAS GASTON BACHELARD

Le problème c’est qu’Onfray n’est pas Gaston Bachelard qui, lui, a largement rattrapé son retard initial, perdu comme employé de la Poste. Notre préposé a obtenu une licence en Maths, une agrégation de Philo et un doctorat de Français, avant de publier « La Psychanalyse du feu » et autres Bibles. Michou, lui, a calé après un doctorat de troisième cycle à 27 ans, et puis c’est tout. Voilà l’étendue des connaissances qui vous permettent de l’ouvrir à tout propos, et d’ouvrir aussi une boutique franchisée, « Chez Platon » ou « Chez Botul ». Ce qui est dommage c’est que notre philosophe de surfaces (grandes), en dépit du temps laissé libre par ses études qui n’étaient pas la mine, n’ait pas eu l’idée d’étudier aussi l’histoire.

Ainsi avant de nous servir une tarte à la crème digne de BHL, pour nous prouver que les Palestiniens furent nazis, « le grand mufti de Jérusalem était un partisan des nazis et a fait le voyage à Berlin », il ignore que le maître de la Palestine de ce temps, sous joug britannique, n’était pas ce mufti mais  leur marionnette Abdallah I le roi de Transjordanie. A propos de cet ignoble mufti, notons qu’il a quitté la Palestine en 1937 pour vivre entre l’Irak, le Liban et la Bosnie, ce qui est une position bien éloignée pour celui qu’Onfray présente comme une sorte d’Arafat du moment ! Charger tout un peuple des péchés de cet imam, c’est accuser tout le clergé français de collaboration avec l’Allemagne au prétexte que monseigneur Mayol de Lupe a été un nazi tricolore sous soutane. Allez Michel, on te pardonne. Dommage que tu n’as pas eu assez de sous pour te payer un abonnement au Reader’s Digest, tu aurais pu en apprendre des choses. Et Awni Abd al-Hadi ? Tu ne connais pas non plus ? Pourtant c’est un ancien de la Sorbonne, qui a contribué à la fondation d’un mouvement nationaliste arabe appelée Al-Fatat en 1911, un « modéré » mais tellement suivi par le peuple que les Anglais l’ont exilé au Caire. « Les Palestiniens collaborateurs des nazis entre 1930 et 1945 », je crois que même tes nouveaux amis du CRIF n’avaient jamais osé écrire une telle sottise car elle injurie l’histoire au-delà du raisonnable. Pour ce qui est de la « Légion musulmane » formée par le III e Reich et que tu évoques, elle n’était pas formée de Palestiniens mais d’amis de BHL, de musulmans fanatiques de Bosnie. Heureusement que tu n’as jamais enseigné dans une « université » autre que la tienne. Que de dégâts évités.

SIONISTES ET ANTISEMITES : MÊME COMBAT ?

Autre petite leçon d’histoire. Si on te parle de ces dirigeants de l’extrême droite sioniste qui, pendant cette même guerre, ont eu la dégueulasse audace de tenter de « s’entendre avec le Berlin d’Hitler »… Par exemple pour « libérer la Palestine », est-ce que cela signifie  que les autres  juifs, pourchassés et torturés avant l’holocauste, étaient des amis d’Hitler ? Il y a eu de nombreux livres et travaux sur la collaboration avec les nazis de certains hommes ou femmes de confessions juive. Hanna Arendt n’a pas été la dernière à le noter. Pour moi, mettre en avant cette histoire sombre n’est en rien donner une explication à l’inexplicable : l’Holocauste. Elle conduit à vomir alors que le mieux est de laisser les morts enterrer les morts. Je ne cite l’anecdote tragique, le choix de ces juifs d’extrême droite prêts à s’allier avec les nazis que pour souligner l’odieux égarement d’Onfray. Les Palestiniens ne sont pas plus les acteurs de leur malheur que ces hommes et femmes de confession juive ne le furent dans la barbarie qui les a détruits.

AMALGAMES

Vraiment en forme, en ce le printemps, Onfray s’en prend à Jean-Luc Mélenchon qui, si j’ai bien compris, fut le conseiller occulte, l’ami, la nounou d’ Ahmadinejad, le flic qui a dirigé l’Iran pendant  quatre ans, de 2005 à 2009. Voilà, à ce propos, ce que nous livre l’universitaire du soir :

« Dire que Ahmadinejad qui à l’époque voulait rayer Israël de la carte était un personnage très sympathique parce qu’il était un ennemi des Américains, ce sont quand même des choses dites par Mélenchon, eh bien ce sont des propos qu’on peut tenir comme ça en l’air, sans que ce soit extrêmement conséquent. C’est très conséquent de défendre un individu qui veut rayer Israël de la carte, on ne peut pas défendre Ahmadinejad simplement parce qu’il est un opposant des États-Unis quand il a dit qu’ il fallait rayer Israël de la carte, qu’est-ce que ça veut dire, c’est un propos qu’Adolf Hitler aurait pu tenir. On ne peut pas dire d’un côté qu’Ahmadinejad est quelqu’un de défendable et de l’autre côté descendre en disant “le fascisme ne passera pas”… 
Madame Knoll a été assassinée, c’est une chose qui n’est pas correcte, c’est pas correct mais je veux dire que monsieur Ahmadinejad il en aurait tué beaucoup des madame Knoll et des madame Halimi et des, et des, et beaucoup de gens qui ont été tués parce qu’ils étaient juifs ! 
Donc on ne peut pas d’un côté jouer comme ça faire le cador, faire le malin, faire le kéké, en disant “il faut boycotter Israël”, “Ahmadinejad est un personnage intéressant bien qu’il veuille supprimer Israël de la carte” puis après descendre dans la rue et continuer à faire du … (sic) en même temps en disant “on est là pour éviter les crimes antisémites” et cetera. 
Eh bien non, le CRIF a eu raison, de dire à Mélenchon qu’il n’avait pas sa place ici, que les Insoumis n’avaient pas leur place ici, un peu de décence. »

Pardon pour le jargon, mais la phrase du maître exige la plume servile du scribe. Rendu à ce point je vous dois deux aveux, un, je n’ai aucune envie de partager une cabine de plage avec le chef des Fous de Dieu, deux, je ne parle pas le farsi. Sachant toutefois que la traduction du fameux discours du président iranien, qui voulait donc  « rayer Israël de la carte », était de facture israélo-américaine, je me suis replié sur l’aide savoir des sots : Wikipédia. Voilà ce que nous dit cette encyclopédie sans philosophes :

« En octobre 2005, lors d’un discours en l’honneur de l’Ayatollah Khomeiny Ahmadinejad a déclaré, reprenant les propos de ce dernier, que « ce régime qui occupe Jérusalem doit disparaître de la page du temps », formule qui fut généralement rapportée en Occident sous la forme « Israël doit être rayé de la carte ».

Les commentaires d’Ahmadinejad ont été condamnés par la plupart des gouvernements occidentaux, l’Union européenne, la Russie, le Conseil de sécurité des Nations unies et le secrétaire général Kofi Annan. Les dirigeants égyptiens, turcs et palestiniens ont aussi exprimé leur inconfort face à cette remarque d’Ahmadinejad.

Une controverse sur la justesse de la traduction a ensuite vu le jour. Des spécialistes comme Juan Cole de l’Université du Michigan et Arash Norouzi du projet Mossadegh soulignant que la déclaration originale en persan ne signifiait pas qu’Israël devait être rayé de la carte, mais plutôt que le régime s’effondrerait de lui-même. »

Pour être précis ce Juan Cole, autre thuriféraire –avec Mélenchon-  du président iranien, est bien mieux diplômé qu’Onfray, voici un petit CV : « « Juan » Cole est un universitaire américain, historien du Moyen-Orient moderne et d’Asie du Sud, commentateur politique, et intellectuel public. Il est professeur d’Histoire à l’Université du Michigan. »

L’autre expert, Arash Norouzi, qui donne quitus à Ahmadinejad, est un exilé et opposant farouche au régime des mollahs. Mais dans le puits qui l’accompagne, et où il puise sa science, c’est sûr qu’Onfray doit aussi bien maîtriser le Khomeiny que le patois normand.

Comme le répétait si bien le regretté Jean Yann dans son sketch « Le permis de conduire » : « Ah qu’est-ce qu’on perd comme temps en formalités ». Donc un conseil, cher Michel, dans la bibliothèque de ton université du « Savoir » (sic), au lieu de n’entreposer que les 90 opus écrits de ta main clairvoyante, achète quelques autres livres pour accroître les possibles. Tiens lis Edward Saïd… Un universitaire et militant palestinien, professeur à l’université américaine de Columbia, autrement dit un frère des « collabos ». Mais lis, nom de Dieu. Ce serait sot, après tous tes efforts et le pompon, la future invitation au dîner du CRIF, de mourir idiot.

 

TEL-AVIV APPUIE LES FRAPPES OCCIDENTALES – RFI, 15 avril.

Israël a apporté son soutien aux frappes aériennes en Syrie menées par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 avril. Mais les Israéliens craignent, qu’en fin de compte, ils ne se retrouvent seuls face à l’Iran. Israël apporte un soutien total à l’opération des alliés en Syrie. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu souligne que l’utilisation d’armes de destruction massives et l’implantation militaire de l’Iran en Syrie mettaient en danger ce pays. Dans l’entourage du chef du gouvernement israélien, on réaffirme qu’Israël continuera à agir en toute liberté contre l’Iran en Syrie. Les Israéliens se montrent, en revanche, très discrets sur le rôle joué par la Russie dans cette affaire. Notamment les déclarations en provenance de Moscou sur l’éventuelle fourniture de missiles sol-air S-300 qui pourraient remettre en question la liberté de mouvement de l’aviation israélienne. Inquiétude en Israël également de la volonté américaine de quitter la Syrie dans les prochains mois ce qui laisserait dans les faits l’Etat hébreu et l’Iran en face-à-face direct. Pour l’heure, les responsables de la sécurité en Israël s’attendent à une riposte de Téhéran après l’attaque israélienne sur le site T4 et révèlent que le drone iranien abattu le 10 février dernier dans l’espace aérien israélien était porteur d’explosifs.

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

Lutte contre Daech

  • Des opérations militaires à Samarra et à l’est d’al-Anbar pour traquer des cellules dormantes de Daech. (Dijal TV).

Situation sécuritaire

  • Des blessés dans l’explosion d’un engin posé devant le tribunal de Ramadi. (Sharqiya TV).

Politique intérieure

  • Nichervan Barzani, PM du gouvernement de la région du Kurdistan, devrait se rendre à Bagdad prochainement. (Sharqiya TV)

  • Le PM al-Abadi a présidé une réunion du Haut conseil de la lutte contre la corruption (NDT/ ce conseil a été formé en octobre 2015, présidé par le PM. Mahdi al-Allaq, SG du conseil des ministres, le président du Contrôle financier, le président de la commission nationale de l’intégrité et le président du Haut conseil de la magistrature y sont membres). (Sharqiya TV).

Situation au Kurdistan

  • Qatar Airways reprend ses vols directs avec le Kurdistan. (Bagdad TV).

Politique extérieure

  • L’UNAMI élabore un programme pour lutter contre le crime organisé et la drogue en Irak. (Sharqiya TV).

  • Selon des sources anonymes à Beyrouth, Téhéran aurait demandé à Bagdad l’évacuation des avions syriens en Irak, mais que le PM al-Abadi aurait refusé parce que, selon lui, l’Irak ne voulait pas prendre part dans le conflit en Syrie. (Sharqiya TV).

 

BOMBARDEMENTS OCCIDENTAUX : INQUIETUDES LIBANAISES – Paul Khalifeh, 15 avril.

Damas et l’Iran ont dénoncé dans les termes les plus durs les frappes occidentales contre des sites syriens, dans la nuit de vendredi à samedi dernier, tout en essayant d’en minimiser l’efficacité. Prudent, le Liban a exprimé son inquiétude des possibles conséquences de l’attaque tripartite, menée par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne. Quelques heures seulement après les bombardements occidentaux, les dirigeants syriens et les médias proches de Damas ont joué l’assurance et la détermination face à ce qu’ils ont appelé « l’agression tripartite ». La présidence syrienne a mis en ligne samedi matin une vidéo de Bachar el-Assad entrant tranquillement dans ce qui semble être le palais présidentiel. Un commentaire accompagne les images : « Sabah al-Soumoud », ou le matin de la résistance, en arabe. Le président syrien s’est dit plus déterminé que jamais à « lutter contre le terrorisme sur chaque parcelle de territoire », lors d’un entretien téléphonique avec son homologue iranien Hassan Rohani. Plus tôt, le ministère des Affaires étrangères avait dénoncé une « agression barbare et brutale ». Il s’agit d’une « violation flagrante du droit international et elle sera vouée à l’échec », précise un communiqué publié par l’agence officielle Sana. Le Liban, lui, est coincé entre le marteau et l’enclume. Il partage 220 kilomètres de frontière avec son voisin de l’est et accueille plus d’un million de réfugiés syriens. Dans le même temps, il a de bonnes relations avec les Etats-Unis, principal soutien de son armée. Le président Michel Aoun a estimé que l’attaque contre la Syrie n’aidera pas « à trouver une solution politique à la crise » et rendra la possibilité d’un dialogue « plus difficile ». Le Hezbollah, pour sa part, n’a pas mâché ses mots. La « guerre » des Etats-Unis contre la Syrie « n’atteindra pas ses objectifs », a estimé le parti pro-iranien.

 

EGYPTE : 14 JIHADISTES TUES DANS LE SINAÏ – Alexandre Buccianti, 15 avril.

En Egypte, 14 extrémistes musulmans et 8 officiers et soldats ont trouvé la mort au cours d’une attaque contre un camp militaire dans le centre du Sinaï, samedi 14 avril. L’attaque coïncide avec le renouvellement pour trois mois de l’Etat d’urgence dans cette région ensanglantée depuis plus de 5 ans par des attaques du Groupe Etat Islamique du Sinaï. Une grande opération militaire a été lancée dans la région le 9 février. L’attaque a eu lieu peu avant l’aube, ce samedi. Un commando de 14 hommes, dont 4 portant des gilets explosifs, ont tenté de s’infiltrer dans un camp militaire. Repérés par les sentinelles, les attaquants ont cherché à forcer l’entrée pour permettre aux kamikazes de se faire exploser au milieu des troupes. C’est ainsi qu’ils ont tué 8 officiers et soldats et en ont blessés 15. Les 14 terroristes ont été tués selon le porte-parole de l’armée. C’est une des rares contre-attaques d’envergure lancée par le Groupe Etat islamique du Sinaï depuis le déclenchement d’une vaste offensive militaire le 9 février. Le porte-parole de l’armée a indiqué samedi que 27 terroristes avaient été, par ailleurs, tués dans diverses opérations de l’armée. Le dernier bilan officiel publié un mois auparavant donnait 105 terroristes et 16 militaires tués. 60 000 militaires et policiers ratissent le Nord-Sinaï à la recherche des éléments du Groupe Etat Islamique se livrant au terrorisme et au trafic de drogue.

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