Observatoire Géostratégique

numéro 260 / 9 décembre 2019

NOUVELLE AFFAIRE SYLVIE GOULARD – Reuters, 2 décembre.

Sylvie Goulard, éphémère ministre et ex-candidate de la France à la Commission européenne, a été mise en examen vendredi dernier pour détournement de fonds publics dans l’affaire des emplois présumés fictifs du MoDem au Parlement européen, a-t-on appris lundi de source judiciaire. Ce dossier a déjà coûté cher, politiquement, à l’ancienne élue centriste, qui a démissionné du ministère des Armées au début du quinquennat d’Emmanuel Macron et a essuyé le mois dernier un cinglant veto des eurodéputés dans la procédure de nomination à la Commission, pour cette raison notamment. Alors pressentie au poste de commissaire au Marché intérieur, Sylvie Goulard a dû céder sa place à Thierry Breton. En revanche, "rien" dans les textes de loi ne l’empêche de conserver ses fonctions de deuxième sous-gouverneure de la Banque de France, dit-on au sein de l’institution. Sa mise en examen assombrit toutefois son avenir judiciaire : en cas de procès, le détournement de fonds publics peut être puni de dix ans d’emprisonnement et d’un million d’euros d’amende. Le président du MoDem, François Bayrou, et la députée Marielle de Sarnez sont également convoqués dans les prochains jours en vue de leur mise en examen, rapportait Le Monde le mois dernier. La formation centriste est soupçonnée d’avoir mis sur pied un système frauduleux lui permettant de rémunérer des collaborateurs avec des fonds normalement dévolus au travail parlementaire.

 

MACRON EXIGE DES ETATS SAHELIENS UN DISCOURS SANS AMBIGUÏTE SUR BARKHANE – Reuters, 4 décembre.

Emmanuel Macron a conditionné mercredi le maintien de l’opération Barkhane à une clarification des pays du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) sur la présence militaire de la France dans la région, où les forces françaises sont parfois dénoncées comme une "armée d’occupation". Cette mise au point surprise du chef de l’Etat français à l’égard d’alliés clés survient quelques jours après la mort de 13 soldats de Barkhane au Mali dans la collision de leurs deux hélicoptères – la plus lourde perte pour l’armée française depuis près de 40 ans. "J’attends (des dirigeants des pays du G5 Sahel-NDLR) qu’ils clarifient et formalisent leurs demandes à l’égard de la France et de la communauté internationale", a prévenu Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse à l’issue d’un sommet de l’Otan, à Watford, près de Londres. "Souhaitent-ils notre présence et ont-ils besoin de nous? Je veux des réponses claires et assumées sur ces questions." "Je ne peux ni ne veux avoir des soldats français sur quelque sol du Sahel que ce soit alors même que l’ambiguïté persiste à l’égard de mouvements anti-français, parfois portée par des responsables politiques", a-t-il ajouté. "C’est la raison pour laquelle j’ai invité à Pau le 16 décembre prochain les cinq chefs d’Etat africains impliqués dans le G5 Sahel pour pouvoir apporter des réponses précises sur ces points, leurs réponses sont aujourd’hui une condition nécessaire à notre maintien", a-t-il poursuivi.

« PAS DE VISÉES IMPÉRIALISTES »

Lancée en août 2014, l’opération antiterroriste Barkhane mobilise quelque 4.500 soldats français contre les groupes djihadistes toujours présents dans la région, soldats appelés à être remplacés à terme par la force du G5 Sahel composée de 5.000 hommes des armées locales. Ces dernières années, la présence française et celle de 13.000 casques bleus de la Minusma au Mali ont été à plusieurs reprises remises en cause par habitants et militants qui dénoncent des "forces d’occupation" et ont organisé plusieurs manifestations, notamment au Niger, depuis le début de l’année. Au Mali, le chanteur Salif Keita a diffusé une vidéo mi-novembre sur Facebook dans laquelle il accuse la France, ex-puissance coloniale, de financer les groupes djihadistes qui sévissent au Mali et dans laquelle il demande au président malien Ibrahim Boubakar Keita de ne plus se "soumettre à ce petit Macron". "La France n’est pas là avec, comme j’ai pu parfois l’entendre, des visées néocoloniales, impérialistes, ou des finalités économiques", a rétorqué Emmanuel Macron. "On est là pour la sécurité collective de la région et la nôtre, il faut que ce cadre soit clair et assumé par tout le monde." Et : "Dans les tête-à-tête que j’ai eus avec chacun de ces chefs d’Etat et de gouvernement, ils ont toujours été clairs avec moi, j’ai besoin qu’ils l’affirment politiquement dans leur pays (…) et devant leurs opinions publiques", a-t-il ajouté. "Je ne suis pas au temps de la menace, mais je dis que j’en tirerai les conséquences, si ces conditions ne sont pas remplies, j’ai besoin de ces clarifications pour continuer à maintenir la présence française".

 

JACK LANG : DE MAO A SMALTO, 500 000 EUROS DE COSTARDS BIEN TAILLES ! Boulevard-Voltaire, 4 décembre.

En mai dernier, alors que nous apprenions que le parquet avait ouvert (le 12 mars 2019) une enquête pour « abus de biens sociaux » contre le Commandeur de la culture, Jack Lang soi-même, je titrais sur « quarante ans de costards bien taillés ». En dix mois, l’affaire s’est étoffée. Prince de Galles et épaulettes, doublure de soie, toile de lin ou coton caviar pour assortir à celui qu’il mange à la louche, la garde-robe offerte au ministre à vie atteindrait, pour le seul couturier Smalto, la somme rondelette de 500.000 euros. C’est que les enquêteurs de la brigade financière ont fouiné, mis le nez dans le carnet de mesures du couturier, celui où l’on note le tour de taille du client, le tour de biceps, le tour de cou, la longueur du mollet, celle de l’entrecuisse et le versant droite ou gauche de son intimité. Chez Smalto, Jack Lang porte le numéro 1163. Et comme le rapportent Le Canard et L’Obs, qui suivent l’affaire depuis le début – enfin, le début de cette dernière affaire, car du temps où Lang y était, aux affaires, c’est plutôt lui qu’ils suivaient –, « entre 2003 et 2018, l’ancien maire de Blois aurait obtenu au moins 500.000 euros de cadeaux de la part de la marque italienne ».

Comme disait autrefois son épouse Monique, elle aussi bien connue des couturiers et des joailliers, « si c’était pas pour ça, pourquoi aurait-on fait tout ça ? » (1) Je ne sais pas si la vérité sort de la bouche des enfants ; de celle des épouses, parfois oui… Donc, Jack Lang s’est fait offrir au moins 47 costumes par la maison Smalto. En quinze ans. Les premiers lorsqu’il était député PS du Pas-de-Calais, mandat qu’il détint de 2002 à 2012. Ça fait un peu plus de trois costumes par an. Il faut croire qu’on sort beaucoup, dans le Pas-de-Calais, car on peut parier que Smalto n’est pas la seule maison à avoir habillé l’auguste fessier.La ligne de défense de Me Merlet n’a pas varié : son client est une sorte d’« ambassadeur de la marque » ; mannequin vedette, en somme. En effet, comme le rappellent nos confrères, « visiblement, il s’agit en tout cas d’une habitude pour l’ancien ministre de la Culture et actuel président de l’Institut du monde arabe ». Et d’évoquer la fameuse veste à col Mao offerte par Thierry Mugler et qui avait fait scandale à l’Assemblée nationale en 1985, ou encore les couturiers Issey Miyake, Yohji Yamamoto ou Yves Saint Laurent qui « lui auraient aussi offert des vêtements ».

Secrets de polichinelle sur lesquels ces belles consciences de gauche fermaient les yeux quand Jack Lang – ministre de la Culture, de la Communication, du Bicentenaire, de l’Éducation et surtout du culte de soi poussé à son paroxysme – les entraînait dans son sillage coûteux et festif… Voyages au bout du monde pour fêter la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb ou défilés haute couture à la Fête de l’Huma, ils en étaient tous, trimbalés et nourris-logés aux frais du contribuable tout ébaubi de voir la gauche morale se goberger sur leur dos. Pour un Guy Hocquenghem qui cracha son mal au cœur avant que le SIDA ne l’emporte (2), combien sont-ils, aujourd’hui vertueux de circonstance, à avoir profité dans son sillage des fastes de la cour ? Le plus fou est que Jack Lang est toujours là, sautant d’un fromage à l’autre. À 80 ans sonnés en septembre dernier, toujours pas question de retraite. « Serviteur de la République », dit-il. Il apparaît surtout qu’elle lui a bien servi…

  1. L’Acteur et le Roi, portrait en pied de Jack Lang, Jean-Pierre Colin, Éd. Georg. 1997.

  2. Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Éd. Albin Michel, 1986.

 

MICHEL CABIROL NOUS DIT : « QUAND L’EUROPE FINANCE LA RECHERCHE DES ISRAELIENS, TURCS ET AMERICAINS »

– Les groupes israéliens, dont Elbit Systems, ont reçu 1,7 milliard d’euros de financements européens de la part de l’UE. (Crédits : Matthieu Sontag (CC-BY-SA)). Stupéfiant !? L’Union européenne finance des programmes de recherche et d’innovation de groupes israéliens, turcs, américains ou encore suisses et norvégiens. Des groupes qui sont en retour de plus en plus redoutables sur le marché communautaire et sur le grand export.

Cela parait incroyable et pourtant les données sont là, très froides. L’une des annexes de l’étude de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) portant sur "la stratégie des entreprises étrangères en Europe", qui s’appuie sur les statistiques de l’Union européenne (UE), est pour le moins inattendue : l’Europe finance des programmes de recherche (excellence scientifique, primauté industrielle et défis sociétaux) au profit de groupes étrangers, qui y ont accès le plus légalement du monde en tant que membres associés au même titre que les groupes européens. Et pourtant ces groupes sont très souvent les rivaux directs et redoutables de groupes européens… en Europe et sur le grand export. L’UE ne tire-t-elle pas une balle sur ses champions européens ? Car c’est une véritable auberge espagnole pour tous ces groupes étrangers basés dans une quinzaine de pays. Ils ont déjà pu largement piocher dans les crédits du 7ème programme cadre de recherche et développement technologique (4,14 milliards sur un total de 50,5 milliards d’euros sur la période 2007-2013), puis dans ceux d’Horizon 2020 (2,85 milliards au 20 septembre 2018 sur les 79 milliards d’euros couvrant la période 2014-2020). Soit deux des plus grands programmes de recherche au monde financés par des fonds publics, eux-mêmes alimentés par l’argent des contribuables européens. Au total, une part de 10% du montant du PCRDT a été allouée à des Etats associés et à des Etats tiers, contre 8% pour H2020.

SUISSE, ISRAËL ET NORVEGE DANS LE TOP-3

Quels sont les pays qui en profitent le plus ? Les groupes suisses font une razzia sur les financements européens : 43% des montants distribués aux Etats associés au titre du 7eme PCRDT (2 milliards au total) et 33% dans le cadre de H2020 (1 milliard d’euros). Soit un joli pactole de 3 milliards au total. Les groupes israéliens ont également très bien compris tout l’intérêt que pouvaient avoir ces fonds de recherche européens. Et cela a bien marché pour eux puisqu’ils ont ravi la deuxième place du podium : 875,1 millions au titre du 7eme PCRDT, puis 704,1 millions dans le cadre de H2020. Soit un total de 1,58 milliard d’euros obtenus. Au troisième rang s’est imposée la Norvège qui talonne Israël avec 1,54 milliard de subsides reçus de l’UE. Suivent ensuite la Turquie (333,9 millions d’euros) et… les Etats-Unis (127,6 millions d’euros). Des pays qui pourtant s’équipent pour certains comme Israël principalement de matériels militaires "Made in USA" et qui n’offrent pas les mêmes conditions de financements aux groupes européens. Ces financements sont à mettre au regard de la concurrence exacerbée sur les marchés de défense. A l’heure où les entreprises européennes de défense recherchent des relais de croissance sur les marchés grand export, leurs positions sur leur marché domestique respectif, et plus généralement sur le marché européen, apparaissent de plus en plus contestées. L’Europe reste un marché attractif aux yeux des groupes internationaux. C’est le cas historiquement des groupes américains qui ont table ouverte dans une très grande majorité de pays européens (via l’OTAN) et, dans une moindre mesure, les entreprises israéliennes qui se montrent dynamiques en Europe. Ils ont été rejoints par des entreprises venues du Brésil, de Corée du Sud ou encore de Singapour.

ELBIT ET IAI CHASSENT LES FINANCEMENTS EUROPEENS

Pragmatiques et opportunistes, les groupes israéliens, en particulier Elbit Systems et IAI, qui sont au fil du temps devenus de redoutables concurrents des groupes de défense en Europe et à l’export, sont de grands chasseurs de financements européens. Au cours des vingt dernières années, les groupes israéliens ont reçu 1,7 milliard d’euros de financements européens. En contrepartie, Israël a de son côté financé ces programmes à hauteur de 1,4 milliard d’euros. Elbit Systems et IAI sont en quête de financements de l’UE dans des projets "liés aux domaines spatial, sécurité, transport et ICT (technologies de l’information et de la communication, ndlr), en position de participant mais aussi de coordinateur", expliquent les deux auteurs, Hélène Masson et Kevin Martin. "Il est important de noter la stratégie active d’Elbit Systems dans le cadre des programmes communautaires de R&D (7ème PCRD et Horizon 2020)". Une stratégie qui lui permet "de consolider ses compétences dans des domaines à applications duales tout en développant son réseau de partenaires S&T (Science & Technology, ndlr) en Europe", écrivent les deux auteurs. C’est également le cas d’IAI, qui a été "en mesure de développer un réseau S&T substantiel en Europe". Selon l’étude de la FRS, "21.300 entités israéliennes ont soumis des projets, dont 3.080 ont été retenus, impliquant 4.435 participants. Parmi ces derniers, on compte 2.450 chercheurs académiques, 1.270 chercheurs travaillant en entreprises et 175 dans d’autres secteurs". Israël peut au final "se targuer d’un positionnement réussi dans le FP7 et H2020", se situant respectivement au 17ème et au 15ème rang des Etats bénéficiaires. En outre, les différentes entités israéliennes impliquées ont coordonné respectivement 779 et 502 projets sur les deux périodes. Concernant la participation d’Israël à H2020, l’accord d’association garantissant son admissibilité à des financements a été signé in extremis en juin 2014 après de nombreux mois de négociations. "L’UE a imposé de nouvelles conditions qui stipulent que les participants opérant dans des colonies juives ne sont pas autorisés à demander un financement, a précisé la FRS. Au cours des discussions, Israël avait souligné qu’en l’absence d’accord, l’impact serait majeur pour le financement de la recherche nationale (réduction de 40% des financements)". En attendant, les groupes israéliens poursuivent leur montée en puissance grâce en partie à l’Union européenne. Un gag ? Non. Et dire que certains organismes de recherche européens très pointus font l’objet de restrictions budgétaires…

 

JEAN-YVES LE DRIAN APPELLE A UNE OTAN « REFONDEE » ET « REEQUILIBREE » – Le Point/AFP, 6 décembre.

Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, souhaite notamment qu’une réflexion soit menée sur « la souveraineté numérique européenne ». Le temps où « l’Europe pouvait confier entièrement à d’autres le soin de sa sécurité » est « révolu », a déclaré vendredi à Prague le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian, appelant les Européens à se monter « plus proactifs » au sein d’une Otan « refondée et rééquilibrée ». Il a prôné une « véritable souveraineté européenne » y compris dans le domaine numérique, dans son discours d’ouverture d’un colloque international organisé pour les 30 ans de la chute du rideau de fer, en présence de son homologue tchèque Tomas Petricek. « Je souhaite qu’avec des pays européens volontaires, nous puissions lancer en 2020 une réflexion sur la souveraineté numérique européenne », a-t-il dit. « Nous avons une vision du monde numérique que nous voulons : libre, ouvert et sûr. » « Quatre chantiers doivent nous occuper pour construire la souveraineté numérique de l’Europe, et porter une vision européenne du numérique et des droits de l’homme », a expliqué le ministre, avant de les énumérer : « renforcer la sécurité du cyberespace, gagner la bataille de l’innovation, consolider notre rôle de puissance normative et protéger les biens communs que sont les infrastructures numériques communes et ouvertes ». La souveraineté européenne est, selon Jean-Yves Le Drian, « la possibilité pour chaque État de rester indépendant dans un monde où la rivalité des puissances se fait sentir dans tous les domaines », et notamment dans le domaine numérique « que les Européens doivent maîtriser absolument pour garantir cette souveraineté », sur un marché dominé par des sociétés américaines et chinoises. Quant à l’Otan, « la condition sine qua non pour la force de l’Alliance atlantique, c’est désormais que les Européens se montrent plus proactifs et qu’ils assument davantage de responsabilités, à l’intérieur d’une alliance refondée et rééquilibrée », a-t-il assuré. Prague préside actuellement le groupe de Visegrad, qui rassemble la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie et qui est parfois considéré comme un ensemble hostile à davantage d’intégration européenne. Le chef de la diplomatie doit rencontrer d’anciens dissidents tchèques, « pour rendre hommage à leur engagement en faveur de la démocratie et des libertés » avant 1989. Le chef de la diplomatie tchèque a remercié son hôte pour le soutien de la France à la dissidence, symbolisé par le petit-déjeuner organisé en décembre 1988 à Prague par le président François Mitterrand avec plusieurs personnalités, dont Vaclav Havel.

 

DANS LA PRESSE IRAKIENNE :

En bref :

Poursuite des manifestations à Bagdad, Diwaniya, Najaf et Nassiriya.

Le Parlement a accepté la démission du gouvernement. Début des discussions entre les formations politiques pour désigner le successeur d’Adel Abdelmahdi  (ensemble de la presse irakienne).

Politique intérieure :

[Manifestations]

– Malgré la démission d’Abdel Mahdi, poursuite des manifestations à Bagdad, Diwaniya, Najaf et Nassiriya.. (Zaman, p. 1)

– Des avocats volontaires et bénévoles prennent la défense des dizaines de manifestants détenus dans une prison située dans l’ancien aéroport de Muthanna à Bagdad. (Machrek, p. 1)

[Parlement]

– Le Parlement a accepté la démission du gouvernement et la rue attend désormais le remplaçant du Premier Ministre. La Présidence de la République et le Parlement font face à une épreuve pour désigner le nouveau PM (Sabah, p. 1). Le Président du Parlement demande au Président de la République de désigner un remplaçant à Abdel Mahdi. (Zaman, p. 1)

– « En tant que premier bloc parlementaire [Sairoun est l’alliance qui compte le plus grand nombre de députés], nous laissons au peuple irakien le droit de choisir son candidat au poste de Premier ministre » a affirmé Alla al-Rubaï, député de Sairoun. « Le peuple constitue le plus grand bloc, et c’est à lui de choisir le futur PM » a-t-il affirmé (Machrek, p. 1).

–  De son côté, Fadhil Jaber, député de Fateh, de Hadi al-Amiri, a affirmé qu’il ne faudrait pas entrer dans le débat interminable sur la définition du « plus grand bloc parlementaire » (NDT : la Constitution demeure ambiguë à ce sujet) parce que le futur Premier ministre sera à la tête d’un gouvernement transitoire de six mois. Les élections anticipées permettront de former un gouvernement permanent. Il faut donc donner au Président de la République la liberté de désigner le futur PM. (Machrek, p. 2).

– Ahmed Haydar, membre de la commission parlementaire des provinces, a affirmé que le Parlement devra voter les nouvelles lois sur la réforme électorale et la formation d’une nouvelle commission électorale. (Sabah, p. 1)

– Le Président du Parlement a demandé aux membres de la commission parlementaire en charge des affaires de  sécurité et de défense de se rendre à Najaf et à Nassiriya pour voir quelles seraient les mesures à prendre pour protéger les manifestants. (Zaman, p. 1)

[Justice]

– Mandat d’arrêt à l’encontre du général Jamil al-Chammari accusé de tuer des manifestants à Bassora. (Zaman, Machrek, p. 1)

[Réactions politiques]

– Ali al-Timimi, juriste, a rappelé que le « plus grand bloc parlementaire » n’avait pas été identifié lors de la désignation d’Abdel Mahdi par le Président de la République en 2018. Il a affirmé qu’Abdel Mahdi avait été le candidat à ce poste à la suite d’un accord entre des blocs parlementaires, et non le candidat du plus grand bloc. En conséquence, Barham Salih pourrait choisir aujourd’hui une personnalité indépendante. (Machrek, p. 1).

– Des membres du parti Fateh (aile dure du camp chiite, parti à la tête du bloc Construction au Parlement) ont appelé à ce que le prochain Premier ministre soit une personnalité indépendante, qui n’ait pas fait l’objet d’accusations de corruption  et qui soit capable de faire face à la situation actuelle.

[Editoriaux]

– Un éditorial dans Machrek (p. 12) affirme que le choix d’un successeur à Abdel Mahdi sera difficile. Le futur candidat devra répondre aux revendications des manifestants et aux recommandations de la Marja’iyya.

– Un éditorial dans Zaman (p. 2) relève que beaucoup de sang a coulé pour obtenir la démission d’Abdel Mahdi. La classe politique doit être à la hauteur des enjeux et doit entendre les revendications des manifestants. Il faut éradiquer la corruption, le clientélisme, le favoritisme et le confessionnalisme.

– Un commentateur dans Zaman (p. 4) observe qu’Abdel Mahdi est la victime de ses partenaires et de sa propre personnalité. Abdel Mahdi s’est retrouvé coincé dans un conflit entre Moqtada al-Sadr, qui représente un chiisme irakien, et Hadi al-Amiri, qui représente un chiisme pro-iranien. Par ailleurs, en dépit de ses déclarations initiales indiquant qu’il était prêt à démissionner, Abdel Mahdi a choisi, comme Saddam Hussein, de réprimer violemment les manifestations. Il a choisi un général pour être son porte-parole (NDT : le général à la retraite Khalaf). L’uniforme militaire de ce général et son discours donnent l’impression que le pays mène une guerre, et non des manifestations pacifiques. Par ailleurs, des médias proches du gouvernement n’ont cessé de dévaloriser les manifestations en accusant les manifestants d’être soutenus par des services étrangers.

Affaires sécuritaires :

– Le commandement des opérations de Ninive a annoncé le meurtre de terroristes de Daech cachés dans un tunnel, dans la région d’Ayen al-Jahch. Cette opération a eu lieu en coordination avec l’aviation de la Coalition internationale. (Zaman, p. 1)

Sur la toile :

– De nombreuses images et vidéos d’étudiants de l’université de Mossoul réunis pour une prière collective en  hommage aux victimes des manifestations circulent sur les réseaux sociaux.

 

– Selon des internautes, des manifestants à Diwaniya ont incendié le domicile du général Jamil al-Chammari, accusé d’avoir tué des manifestants à Nassiriya (NDT : dépêché par le Premier ministre pour gérer les manifestations à Nassiriya, il a été limogé deux jours plus tard).

 

CRISE AU LIBAN : SAAD HARIRI DEMANDE UNE AIDE FINANCIERE INTERNATIONALE – Paul Khalifeh, 7 décembre.

Le Premier ministre démissionnaire libanais, Saad Hariri, a demandé vendredi 6 décembre l’aide financière de plusieurs pays arabes et occidentaux, alors que le Liban traverse une crise politique, économique et financière sans précédent. L’appel à l’aide lancé par Saad Hariri intervient alors que la menace de pénurie de produits de première nécessité plane sur le Liban, en raison du manque de liquidité en devises fortes et des restrictions imposées par les banques pour l’ouverture de lignes de crédit à l’importation. Dans ce contexte, les réserves du Liban en blé, essence, matériel médical et d’autres produits importés commencent à baisser.

IMPASSE POLITIQUE ET CRISE FINANCIERE

La situation économique et financière déjà précaire depuis des mois s’est sensiblement détériorée avec le mouvement de contestation, qui a éclaté le 17 octobre. Le pays est régulièrement paralysé par des manifestations, des grèves sectorielles et une impasse politique depuis la démission de Saad Hariri, il y a plus d’un mois. Les pays sollicités par la lettre du Premier ministre démissionnaire sont la France, les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie. Saad Hariri demande, « aux pays frères et amis », une aide pour remédier à la pénurie de liquidités et satisfaire les besoins fondamentaux des citoyens en matière d’importation. La démarche du chef du gouvernement sortant intervient alors que le groupe international de soutien au Liban se réunit à Paris, le 11 décembre, à l’initiative de la France, pour examiner les moyens d’aider le pays du cèdre à surmonter la crise économique et financière.

UNE DETTE DE 150% DU PIB

Le Liban croule sous une dette de plus de 86 milliards de dollars, soit 150 % du PIB. Selon la Banque mondiale, la croissance économique devrait reculer de 0,2 % en 2019. En avril 2018, la communauté internationale s’était engagée lors d’une conférence à Paris à accorder des prêts et des dons de plus de 11 milliards de dollars, en contrepartie de réformes. Mais faute de progrès sur le front des réformes en raison de blocages politiques à répétition au Liban, les montants n’ont jamais été débloqués.

 

CISJORDANIE : TEL-AVIV ANNONCE UNE NOUVELLE COLONIE EN PLEIN CENTRE DE HEBRON – RFI, 4 décembre.

Le nouveau ministre israélien de la Défense a approuvé la construction d’une nouvelle colonie en plein de centre de Hébron. Le projet se situe sur l’emplacement du marché historique de la ville. Les Israéliens affirment que ce site appartenait à la communauté juive de la ville avant les événements de 1929 qui avaient provoqué la mort de 67 juifs et l’évacuation de la communauté de la ville. Pour les Palestiniens, ce nouveau projet de colonie en plein cœur de Hébron est le résultat direct du revirement américain qui ne considère plus la colonisation de la Cisjordanie comme une violation du droit international. Le maire de Hébron, Tayseer Abu Sneineh, entend introduire un recours devant la justice israélienne et appelle à des sanctions internationales. C’est le prélude, affirme-t-il, à un nouveau chapitre de violence et de terrorisme : « Cette décision pose un grave danger pour les résidents de la ville. Elle place Hébron sur un baril de dynamite qui peut exploser à tout moment. » Le projet prévoit la destruction de l’ancien marché et son remplacement par un nouveau quartier qui doublerait le nombre de colons israéliens dans la ville des patriarches. Lea Halimi, qui habite la colonie juive de Hébron, pense que la décision du ministre israélien de la Défense va dans le sens de l’histoire. « C’est une bonne nouvelle, dit-elle, justice est faite. Quelque chose vous appartient, on vous le prend, on vous tue, et enfin, quelqu’un avec suffisamment de courage le fait. C’est une bonne nouvelle. » À l’heure actuelle, un millier d’Israéliens vit en plein cœur de Hébron, entouré par 200 000 Palestiniens.

 

ETATS-UNIS/IRAN : ECHANGE DE PRISONNIERS – Reuters, 7 décembre.

Etats-Unis et l’Iran ont annoncé samedi la libération de Xiyue Wang, un sino-américain détenu depuis trois ans en Iran, et de Massoud Soleimani, un Iranien arrêté aux Etats-Unis, rare acte de coopération entre Washington et Téhéran, dont les relations se sont de nouveau envenimées depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche. "Heureux que le professeur Massoud Soleimani et Xiyue Wang rejoignent bientôt leurs familles", a annoncé le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif sur Twitter, à la mi-journée. "Merci à toutes les personnes impliquées, notamment le gouvernement suisse", qui représente les intérêts américains en Iran depuis la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays après la révolution islamique iranienne de 1979, a-t-il ajouté. Dans un message sur Twitter, Donald Trump a pour sa part remercié l’Iran pour une "négociation très juste". Cet échange de prisonniers prouve que les Etats-Unis et l’Iran "peuvent conclure un accord ensemble", a commenté le président américain, qui avait lui aussi auparavant remercié la Suisse. Doctorant à l’université américaine de Princeton, Xiyue Wang avait été arrêté en 2016 en Iran alors qu’il faisait des recherches pour sa thèse avant d’être condamné en 2017 à dix ans de prison pour espionnage. Expert en cellules souches, Massoud Soleimani avait lui été arrêté à l’aéroport de Chicago en octobre 2018, accusé d’avoir exporté du matériel biologique en Iran en violation des sanctions américaines imposées à Téhéran concernant son programme nucléaire.

« FAMILLE AU COMPLET »

La femme de Xiyue Wang, qui avait "supplié" fin août Donald Trump d’obtenir la libération de son mari, s’est réjouie dans un communiqué que sa famille "soit de nouveau au complet". "Notre fils Shaofan et moi-même attendions ce jour depuis trois longues années et c’est difficile d’exprimer l’excitation que nous ressentons d’être réunis", a indiqué Hua Qu. Plusieurs Américains sont toujours détenus en Iran, à l’image de l’homme d’affaires irano-américain Siamak Namazi et de son père Mohammad Bagher Namazi, condamnés à dix ans de prison pour "espionnage", ou encore de l’ancien militaire américain Michael R. White. Un ancien agent du FBI Robert Levinson est lui toujours porté disparu depuis 2007. Plusieurs dizaines d’Iraniens sont quant à eux détenus dans des prisons américaines, accusés pour la plupart d’entre eux d’avoir violé les sanctions américaines. Les relations entre Washington et Téhéran se sont considérablement dégradées depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump à la Maison blanche en janvier 2017 et la décision de ce dernier, un peu plus d’un an plus tard, de se retirer unilatéralement de l’accord sur le programme nucléaire iranien arraché de haute lutte en 2015, ce qui a abouti au rétablissement de sanctions américaines contre Téhéran. La République islamique a riposté depuis en se désengageant progressivement des termes de l’accord qui prévoyait un encadrement de son activité nucléaire en échange d’un assouplissement des sanctions qui étouffent son économie. "J’espère que la libération de M. Wang est le signe que les Iraniens se rendent compte que la pratique de la diplomatie de prise d’otages doit prendre fin si l’Iran veut rejoindre la communauté internationale", a dit un haut responsable de l’administration américaine à des journalistes.

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