Observatoire Géostratégique

numéro 305 / 19 octobre 2020

HOMMAGE A SAMUEL PATY : POUR LA LIBERTE DE CONSCIENCE ET LE DROIT A L’INSTRUCTION.

A Dijon – La Libre Pensée est saisie d’effroi devant le crime barbare contre l’enseignant Samuel Paty. Elle assure sa famille, ses proches, ses collègues, ses amis de sa profonde empathie dans ce drame. La Libre Pensée leur témoigne sa profonde solidarité dans cette cruelle épreuve.

La Libre Pensée condamne fermement et énergiquement cet acte odieux d’un fanatique religieux qui s‘ajoute à d’autres assassinats commis par des religieux épris de haine envers l’Humanité.

Le dimanche 18 octobre 2020, la Libre Pensée était présente dans les rassemblements qui ont eu lieu

A LYON

Nous y étions, car tuer un être humain, c’est assassiner l’Humanité toute entière.

Nous y étions, car chaque être humain porte l’entière condition humaine.

Nous y étions, sans ostentation ni publicité, simplement par respect et solidarité dans une discrétion assumée.

Nous y étions pour marquer notre refus absolu que la chaine d’union de l’Humanité soit séparée d’un de ses maillons

A MONTPELLIER

Nous y étions, parce que la Fraternité doit toujours être plus forte que le rejet de l’autre

Nous y étions, mais pas avec les porteurs de haine qui utilisent ce drame épouvantable pour marquer de leur xénophobie une partie de la population qu’ils vouent aux gémonies.

Nous y étions, pour rendre hommage à cet enseignant dévoué à son métier qui est d‘instruire, c’est-à-dire de construire des êtres humains conscients, libres d’assurer leurs destinées.

Nous y étions, mais pas avec ceux qui parlent des autres pour mieux parler d‘eux-mêmes et se faire de la publicité à bon compte.

A PARIS

Nous y étions, parce que nous voulons un monde meilleur où chacun peut avoir sa place dans l’égalité de tous.

Nous y étions, mais pas avec ces médias, tels des vautours, qui s‘abreuvent du sang des victimes pour accroitre leurs audiences et qui donnent un perchoir toujours plus grand aux corbeaux de mauvaise augure porteurs de haine et xénophobie croissante.

Nous y étions, car la liberté, en premier lieu, la liberté de conscience et d’expression est notre bien le plus précieux.

A TOULOUSE

Nous y étions, mais pas avec les croque-morts qui se drapent dans les linceuls des autres pour mieux s’auto-glorifier et pour mieux justifier leur politique réactionnaire.

A VANNES

Nous y étions, car le véritable tombeau de Samuel Paty sera toujours dans le cœur de celles et de ceux qui l’ont aimé et dans la mémoire de celles et de ceux qui se souviendront de lui. Les Egyptiens dans la Haute-Antiquité pensaient qu’il y avait deux morts, d’abord quand l’âme quittait le corps et quand mourait la dernière personne qui avait prononcé votre nom.

Nous y étions, pour que le nom de Samuel Paty ne s’efface jamais dans nos mémoires et dans nos cœurs.

 

LA CHINE EST DESORMAIS LA PLUS GRANDE ECONOMIE DU MONDE – Graham Allison (transmis par Ahmed Bensaada), 18 octobre.

La Chine a maintenant déplacé les États-Unis pour devenir la plus grande économie du monde. Mesuré par le critère plus raffiné que le FMI et la CIA jugés désormais comme les meilleures mesures pour comparer les économies nationales, le rapport du FMI montre que l’économie chinoise est un sixième plus grand que celle des États-Unis (24,2 billions de dollars contre 20,8 billions de dollars américains). Pourquoi ne pouvons-nous pas admettre la réalité ? Qu’est-ce que ça veut dire ? 

Cette semaine, le FMI a présenté ses Perspectives de l’économie mondiale 2020 donnant un aperçu de l’économie mondiale et des défis à venir. Le fait le plus gênant dans le rapport est que les Américains ne veulent pas entendre – et même lorsqu’ils le lisent : la Chine a maintenant remplacé les États-Unis pour devenir la plus grande économie du monde.  Le rapport du FMI montre que l’économie chinoise est un sixième plus grande que celle des États-Unis (24,2 billions de dollars contre 20,8 billions de dollars américains).

Malgré cette déclaration sans ambiguïté des deux sources les plus fiables, la plupart de la presse grand public – à l’exception de The Economist – continue de signaler que l’économie américaine est numéro 1. Alors, que se passe-t-il ?

Évidemment, mesurer la taille de l’économie d’un pays est plus compliqué qu’il n’y paraît. En plus de collecter des données, il faut sélectionner un critère approprié. Traditionnellement, les économistes ont utilisé une métrique appelée MER (taux de change du marché) pour calculer le PIB. L’ économie américaine est considérée comme la référence – reflétant le fait que lorsque cette méthode a été développée dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis représentaient près de la moitié du PIB mondial. Pour les économies des autres pays, cette méthode additionne tous les biens et services produits par leur économie dans leur propre monnaie, puis convertit ce total en dollars américains au «taux de change du marché» actuel. Pour 2020, la valeur de tous les biens et services produits en Chine devrait atteindre 102 billions de yuans. Convertie en dollars américains au taux du marché de 7 yuans pour 1 dollar, la Chine aura un PIB de 14,6 billions de dollars contre un PIB américain de 20,8 billions de dollars.

Mais cette comparaison suppose que 7 yuans achètent la même quantité de marchandises en Chine que 1 dollar aux États-Unis. Et évidemment, ce n’est pas le cas. Pour rendre ce point plus facile à comprendre, The Economist Magazine a créé le « Big Mac Index » à partir duquel le graphique en haut de cet article est dérivé. Comme le montre cet indice, pour 21 yuans, un consommateur chinois peut acheter un Big Mac entier à Pékin. S’il convertissait ces yuans au taux de change actuel, il aurait 3 $, ce qui n’achèterait qu’un demi-Big Mac aux États-Unis.En d’autres termes, en achetant la plupart des produits de hamburgers et de smartphones, aux missiles et aux bases navales, les Chinois obtiennent presque deux fois plus pour chaque dollar.

Reconnaissant cette réalité, au cours de la dernière décennie, la CIA et le FMI ont développé un critère plus approprié pour comparer les économies nationales, appelé PPP (parité de pouvoir d’achat). Comme l’explique le rapport du FMI, le PPA «élimine les différences de niveaux de prix entre les économies» et compare ainsi les économies nationales en termes de quantité que chaque nation peut acheter avec sa propre monnaie aux prix que les articles y vendent. Alors que le MER indique combien les Chinois obtiendraient aux prix américains, le PPP indique combien les Chinois obtiennent aux prix chinois.

Si les Chinois convertissaient leur yuan en dollars, achetaient des Big Mac aux États-Unis et les emmenaient chez eux dans l’avion pour la Chine pour les consommer, il serait approprié de comparer les économies chinoise et américaine en utilisant le critère MER. Mais au lieu de cela, ils les achètent dans l’un des 3300 établissements McDonald’s de leur pays d’origine, où ils coûtent la moitié de ce que les Américains paient.

Expliquant sa décision de passer du RFG au PPP dans son évaluation annuelle des économies nationales – qui est disponible en ligne dans le Factbook de la CIA – la CIA a noté que «le PIB au taux de change officiel [RFG PIB] sous-estime considérablement le niveau réel de la production de la Chine vis – vis-à-vis du reste du monde. Ainsi, à son avis, les PPP «constituent le meilleur point de départ disponible pour comparer la force économique et le bien-être entre les économies». Le FMI ajoute en outre que «les taux du marché sont plus volatils et leur utilisation peut produire des fluctuations assez importantes des mesures agrégées de la croissance, même lorsque les taux de croissance dans chaque pays sont stables».

En somme, si le critère auquel la plupart des Américains sont habitués montre toujours que l’économie chinoise est un tiers plus petite que les États-Unis, quand on reconnaît le fait qu’un dollar achète près de deux fois plus en Chine qu’aux États-Unis, l’économie chinoise est aujourd’hui un sixième de plus que l’économie américaine.

Et alors ? S’il s’agissait simplement d’un concours pour le droit de se vanter, choisir une tige de mesure qui permet aux Américains de se sentir mieux dans leur peau a une certaine logique. Mais dans le monde réel, le PIB d’une nation est la sous-structure de sa puissance mondiale. Au cours de la dernière génération, alors que la Chine a créé la plus grande économie du monde, elle a remplacé les États-Unis en tant que principal partenaire commercial de presque toutes les grandes nations (juste l’année dernière en ajoutant l’Allemagne à cette liste). Il est devenu l’atelier de fabrication du monde, y compris pour les masques faciaux et autres équipements de protection comme on le voit actuellement dans la crise des coronavirus. Grâce à une croissance à deux chiffres de son budget de la défense, ses forces militaires ont progressivement changé la bascule du pouvoir dans les conflits régionaux potentiels, en particulier à Taiwan. Et cette année, la Chine dépassera les États-Unis en termes de dépenses de R&D, conduisant les États-Unis à un «point de basculement en R&D» et en compétitivité future.

Pour que les États-Unis relèvent le défi de la Chine , les Américains doivent prendre conscience du fait horrible: la Chine nous a déjà dépassés dans la course pour devenir la première économie mondiale. De plus, en 2020, la Chine sera la seule grande économie à enregistrer une croissance positive: la seule économie qui sera plus grosse en fin d’année qu’elle ne l’était au début de l’année. Les conséquences pour la sécurité américaine ne sont pas difficiles à prévoir. Une croissance économique divergente enhardira un acteur géopolitique toujours plus affirmé sur la scène mondiale.

Graham T. Allison  est professeur de gouvernement Douglas Dillon à la Harvard Kennedy School. Il est l’ancien directeur du Belfer Center de Harvard et l’auteur de Destined for War: Can America and China Escape Thucydides’s Trap?

 

CISJORDANIE : PLUSIEURS PAYS EUROPEENS CRITIQUENT LES NOUVELLES CONSTRUCTIONS ISRAELIENNES – RFI, 16 octobre.

L’approbation par Israël de la construction de nouveaux logements en Cisjordanie est « contre-productive » et « compromet » la reprise éventuelle d’un « dialogue », ont dénoncé vendredi dans une déclaration commune plusieurs pays européens. « L’expansion des colonies viole le droit international et met encore plus en péril la viabilité d’une solution à deux États pour apporter une paix juste et durable dans le conflit israélo-palestinien », déplorent les ministères des Affaires étrangères allemand, français, britannique, espagnol et italien dans une déclaration commune.

MESURE CONTRE-PRODUCTIVE

Les autorités israéliennes ont donné leur feu vert mercredi et jeudi à la construction de près de 5 000 logements, selon l’organisation israélienne anticolonisation « La Paix Maintenant ». « Nous sommes profondément préoccupés par la décision des autorités israéliennes de poursuivre la construction de plus de 4 900 unités de logement dans les colonies de Cisjordanie occupée », écrivent les diplomaties européennes dans leur déclaration commune. « Dans le contexte des développements positifs des accords de normalisation entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn, il s’agit d’une mesure contre-productive », estiment les cinq pays européens. Ces nouvelles constructions « compromettent également les efforts visant à mettre en place des mesures de confiance entre les parties en vue de la reprise du dialogue […] Nous demandons donc l’arrêt immédiat de la construction de colonies, des expulsions forcées et de la démolition des structures palestiniennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie », continuent les cinq puissances européennes. « Nous appelons les deux parties à ne pas prendre de mesures unilatérales, mais à reprendre un dialogue sérieux et des négociations directes sur toutes les questions relatives au statut final », concluent-elles.

RECORD DE 12 000 NOUVEAUX LOGEMENTS

Israël a approuvé en 2020 plus de 12 000 nouveaux logements dans les colonies en Cisjordanie occupée, un chiffre record, selon « La Paix Maintenant ». Elle n’exclut pas que le nombre de logements approuvés en 2020 augmente encore d’ici la fin de l’année. Plus de 450 000 Israéliens vivent en Cisjordanie, territoire occupé par l’armée israélienne depuis 1967, où vivent également 2,8 millions de Palestiniens. Ces autorisations ont mis fin à une période de huit mois de gel effectif de nouvelles constructions et sont survenues un mois après la signature à Washington d’accords normalisant les relations d’Israël avec les Émirats arabes unis et Bahreïn.

 

YEMEN : ECHANGE DE PRISONNIERS PAR LE CICR – AFP, 16 octobre.

C’est un vaste échange de prisonniers qui vient d’avoir lieu entre les camps ennemis au Yémen. Plus de 1000 personnes ont été libérées et reconduites dans leurs régions d’origine lors d’une spectaculaire opération aérienne organisée par le Comité international de la Croix-Rouge. D’un côté, le gouvernement reconnu par la communauté internationale. De l’autre la rébellion des Houthis, qui occupe une partie du territoire du Yémen et notamment Sanaa, la capitale du pays. Ces dernières années, plusieurs échanges de prisonniers ont eu lieu entre ces ennemis, mais rien de comparable avec les onze vols affrétés jeudi et vendredi par le Comité international de la Croix-Rouge.

ACCORD CONCLU EN SUISSE

Un pont aérien reliant cinq villes au Yémen et en Arabie Saoudite a été mis en place. Au total, ce sont 1 056 ex-détenus qui ont ainsi retrouvé leurs familles, selon le CICR. L’organisation internationale précise au passage que des mesures sanitaires spécifiques ont été mises en place dans les avions et les aéroports pour éviter les contaminations au Covid-19. Les modalités de cette vaste opération ont été décidées en Suisse en septembre. Mais le principe de cet échange avait été acté fin 2018 en Suède, lors d’une des rares tentatives de règlement du conflit au Yémen. Rien n’indique que la libération de ces prisonniers ouvre la voie à de nouvelles discussions de paix.

 

PLAN AMERICAIN : QUESTIONS CLES DU CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN, Muriel Paradon/RFI, 15 octobre.

Donald Trump a révélé mardi 28 janvier 2020 son fameux plan de paix pour le Proche-Orient, aux côtés du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et en l’absence des Palestiniens. Le plan détaillé dans un document de 181 pages fait la part belle aux Israéliens et fait voler en éclat les paramètres internationaux pour la résolution du conflit. En voici 5 points clés.

SOLUTION A DEUX ETATS

Donald Trump promet aux Palestiniens un État, mais sous conditions. Les Palestiniens devront se plier aux exigences sécuritaires israéliennes, ne plus verser d’argent aux prisonniers détenus par Israël ou aux familles de « martyrs », considérés par les Israéliens comme des terroristes. Ils s’interdiront toute démarche devant les institutions internationales, comme la Cour pénale internationale. Ils devront adopter des lois de bonne gouvernance. Dans le même temps, les Israéliens s’engageraient à ne plus développer leurs colonies. Le futur État palestinien serait démilitarisé et amputé de portions importantes de territoires qui reviendraient à Israël.

COLONIES

Les colonies israéliennes de Cisjordanie seraient annexées à Israël. Donald Trump avalise le souhait de la droite nationaliste, alors que ces colonies situées en territoire occupé sont illégales au regard du droit international. La colonisation s’est largement développée ces dernières années. Plus de 400 000 colons vivent actuellement en Cisjordanie. La vallée du Jourdain, large bande de terre stratégique à la frontière jordanienne, passerait sous souveraineté israélienne.

BANDE DE GAZA

L’enclave palestinienne serait démilitarisée. Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza ainsi que le Jihad islamique, considérés comme des mouvements terroristes, devraient déposer les armes. Donald Trump estime aussi que les Palestiniens qui vivent à Gaza sont pris en otage et maintenus dans la pauvreté. Si les conditions sont réunies, il offrira aux Gazaouis la possibilité d’avoir un port et des infrastructures économiques y compris sur le territoire israélien. Cela fait partie d’un vaste volet économique présenté dans le plan de paix. Enfin, dans le cadre du futur État palestinien, la bande de Gaza pourrait être reliée à la Cisjordanie par un train à grande vitesse.

JERUSALEM

Jérusalem restera la capitale d’Israël et ne pourra être divisée. Donald Trump reste donc sur la ligne qu’il avait adoptée fin 2017 en reconnaissant l’occupation et l’annexion de Jérusalem-Est par les Israéliens, en contravention totale avec le droit international. Depuis des décennies un consensus s’est forgé pour que le statut de Jérusalem soit décidé dans le cadre de négociations de paix, sachant que les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur État. Dans son plan de paix, Donald Trump propose bien une capitale aux Palestiniens, mais derrière le mur ou barrière de sécurité actuelle, c’est-à-dire dans les faubourgs de Jérusalem. Concernant les lieux saints, le plan américain propose un statu quo. Mais un changement de taille est évoqué puisque Donald Trump souhaite un droit de prière pour tous sur l’Esplanade des mosquées, que les juifs considèrent comme leur Mont du temple. Actuellement, seuls les musulmans y prient. Les juifs, eux, ont le Mur des Lamentations. Cette question a souvent été source de tensions et de violences dans le passé.

LES REFUGIES

Plus de 700 000 Palestiniens ont été contraints de fuir lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Aujourd’hui, plus de 5 millions de réfugiés sont recensés par l’ONU à travers le monde. Israël leur refuse le droit au retour sur leurs terres. Le plan américain avalise cette vision. Pas de retour possible sur le territoire israélien actuel. Les réfugiés auront le choix entre aller dans le futur État palestinien, rester où ils vivent (surtout au Liban, en Jordanie, en Syrie et dans les territoires palestiniens occupés) ou choisir un pays tiers. Les États-Unis qui ont cessé leur contribution à l’UNRWA, organisme onusien pour les réfugiés palestiniens, promettent de mobiliser une aide financière internationale.

 

RETRAIT ISRAELIN DU SUD DU LIBAN – 24 mai 2010.

C’est en mai 2000 qu’Israël a retiré ses troupes du sud du Liban, après deux décennies d’occupation. Dix ans après, les deux pays connaissent un nouvel épisode de tension. L’État hébreu accuse le Hezbollah de se fournir massivement en arme, notamment auprès de la Syrie. Le 24 mai 2000, Israël retirait ses troupes du sud du Liban, après 22 ans d’occupation de ce territoire situé à sa frontière nord. A l’époque, le Premier ministre israélien était le travailliste Ehud Barak (aujourd’hui ministre de la Défense) et en prenant cette décision, il souhaitait sortir son pays d’un bourbier militaire et ramener le calme à la frontière israélo-libanaise.

Vu du Liban, ce retrait a été interprété comme une éclatante victoire de la « résistance », incarnée par le Hezbollah, à la fois parti politique chiite et milice lourdement armée par ses parrains régionaux, l’Iran et la Syrie. A l’été 2006, Israël et le Hezbollah libanais sont entrés en conflit, suite à l’attaque d’une patrouille israélienne par un commando du Hezbollah. En un mois, la guerre a fait 1 200 morts libanais – en majorité des civils – et 160 morts israéliens. La résolution 1701 a fixé les conditions de l’arrêt des combats, dessinant les contours d’une présence onusienne renforcée au sud du Liban, les casques bleus de la FINUL, et exigeant le désarmement des groupes armés.

Depuis, Israël comme le Liban n’ont de cesse de s’accuser mutuellement de violer cette résolution. Beyrouth et Damas affirment que l’Etat hébreu ne s’est pas retiré de la totalité du territoire libanais. Et Israël s’alarme régulièrement des flux d’armes à destination du Hezbollah.

MISSILES SCUD

C’est ce sujet sensible qui est à l’origine de la récente remontée de tension entre les deux pays. En avril dernier, le président israélien Shimon Peres a accusé la Syrie d’équiper le Hezbollah libanais en missiles Scud à longue portée. Ces déclarations ont été accueilles avec la plus grande perplexité par les spécialistes militaires : en effet, le Scud transporté par un camion constitue une cible idéale pour l’aviation israélienne. L’Etat hébreu redoute davantage des armements plus discrets, plus facilement dissimulables et donc plus dangereux.

Mais l’affaire a suffi à relancer une guerre des mots : Israël déclarant qu’il tiendrait le gouvernement libanais – et non le seul Hezbollah – responsable en cas de conflit armé. De son côté, le Premier ministre libanais s’est insurgé contre l’organisation par l’Etat hébreu d’un vaste exercice de défense civile, un choix « en contradiction avec les efforts de Paix », a jugé Saad Hariri. Quand au Hezbollah, l’un de ses chefs assure que les combattants de l’organisation ont reçu pour instruction « de se tenir totalement prêts face à la manœuvre israélienne ». D’autres acteurs régionaux se sont joints à ce concert de déclarations belliqueuses. « Israël bat le tambour de guerre. En l’absence de paix véritable, tout est possible », a ainsi lancé le chef de la diplomatie syrienne Walid Moualem.

EFFORTS DIPLOMATIQUES

Faire retomber la tension entre israéliens et libanais, c’était l’un des objectifs du voyage de Bernard Kouchner dans la région, ces derniers jours. Le Ministre français s’est dit « plutôt rassuré », après ses entretiens avec le Président syrien Bachar el-Assad puis avec le chef de l’Etat libanais Michel Sleiman et le Premier ministre Saad Hariri. « On ne peut se résigner à un perpétuel état de tension, même quand elle décroit », a poursuivi Bernard Kouchner. La visite de Saad Hariri cette semaine aux Etats-Unis sera également dominée par ce dossier. Le chef du gouvernement libanais devrait demander à Barack Obama d’user de son influence auprès d’Israël pour contribuer à la baisse de la tension régionale.

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