Observatoire Géostratégique

numéro 310 / 23 novembre 2020

ROBERT FISK : DISPARITION D’UN GRAND JOURNALISTE – Richard Labévière.

Ce merveilleux personnage, qui a pu interviewer trois fois Oussama Ben Laden, est mort le 30 octobre dernier à l’âge de 74 ans à Dublin. Né le 12 juillet 1946 à Maidstone, dans le Kent, il a suivi des études de science politique à l’université de Lancaster. Il travaille d’abord au Sunday Express, qu’il quitte rapidement pour le Times. Il couvre pour ce quotidien les « événements » d’Irlande du Nord de 1972 à 1975, en tant que correspondant à Belfast. Cette expérience irlandaise a probablement joué un rôle essentiel dans son engagement pacifiste et anticolonial. Révéré en Irlande, le journaliste choisit par la suite de prendre la nationalité irlandaise et de s’installer à Dublin. C’est là qu’il a été inhumé lundi 2 novembre. A partir de 1976, Fisk, est en poste à Beyrouth, où il a été le correspondant du Times au Moyen-Orient. Il quitte le journal en 1987 après la prise de contrôle du magnat australien Rupert Murdoch pour rejoindre The Independent. Outre la guerre civile libanaise, il couvre la révolution islamique en Iran, les guerres de l’ex-Yougoslavie, la guerre du Golfe de 1991, la deuxième Intifada à partir de 2000 puis les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak consécutives au 11 septembre 2001. Son récit de la guerre au Liban, Pity the Nation, paru en 1990 et réédité à de nombreuses reprises, n’a été traduit en français qu’en 2007 sous le titre Liban, nation martyre (Panama). C’est son chef-d’œuvre, un monument du journalisme, où le reportage se mêle à l’analyse et à la digression personnelle. Ce talent lui a valu les plus prestigieuses récompenses, notamment les prix Orwell et Martha-Gellhorn. Robert Fisk n’a jamais cru en un journalisme neutre. « On ne peut décrire le massacre de Sabra et Chatila en pratiquant le fifty-fifty », disait-il. Pour lui, le journaliste se doit d’être du côté des opprimés et des victimes, à commencer par les Palestiniens, privés de leur terre et de leur pays, et plus généralement des Arabes, victimes d’un découpage colonial perfide au moment des accords Sykes-Picot.

 

VETO AMERICAIN SUR LA PRESENCE DU HEZBOLLAH AU SEIN DU PROCHAIN GOUVERNEMENT LIBANAIS – Libanews, 19 novembre.

Après des différends concernant l’attribution des ministères à certains partis comme celui de la santé, des affaires sociales, des télécommunications ou encore des travaux publics, ainsi qu’entre le Président de la République, le Général Michel Aoun et le premier ministre désigné Saad Hariri qui souhaite nommer les 9 ministres chrétiens lui-même, un nouvel écueil serait posé par un véto américain à la présence même du Hezbollah au sein du gouvernement Hariri IV.

Cette information confirmerait l’allusion du ministre sortant de l’Intérieur Mohammed Fahmi qui avait évoqué des éléments externes bloquant le processus de formation lors de son entretien avec le Patriarche Maronite Béchara Boutros Sfeir

Ces bras-de-fer avec le Courant Patriotique Libre, le Mouvement Hezbollah et donc le Mouvement Amal pourraient alors faire échouer le passage du prochain cabinet durant le processus de confiance alors que le Liban s’enfonce d’avantage dans la crise économique avec une dette publique qui dépasse les 94 milliards de dollars.

Le Liban est sans gouvernement depuis le 10 août dernier, après la démission du cabinet Hassan Diab suite à l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août. Le 31 août, Mustapha Adib a été nommé Premier Ministre à l’issue des consultations parlementaires obligatoires menées par la Présidence de la République. Cependant, la formation d’un nouveau gouvernement bute sur l’attribution du ministère des finances, ministère clé pour la mise en place du programme de réformes économiques exigées par la communauté internationale et nécessaire face à la crise que traverse le Pays des Cèdres.

Ainsi, le Hezbollah et Amal exigent que ce portefeuille ministériel soit attribué à l’un de leurs membres, ce que refusent les autres partis politiques qui demandent en retour, une rotation des portefeuilles ministériels régaliens.

La France s’est, par ailleurs, fortement impliquée dans le dossier libanais, le président de la république française Emmanuel Macron devenant même le porte-parole de la communauté internationale suite à sa visite le 6 août 2020 deux jours après l’explosion du port de Beyrouth. Il a rappelé que le déblocage de l’aide internationale reste conditionné à la fin des importants détournements de fonds par les responsables de partis politiques ou encore au sein des administrations libanaises.

Le 8 octobre 2020, l’ancien premier ministre Saad Hariri se déclare candidat à ce poste après avoir indiqué faire des concessions au sujet de l’attribution du portefeuille des finances qui devrait ainsi revenir au candidat soutenu à la fois par le Hezbollah et le mouvement Amal.

 

EMMANUEL MACRON ET « L’ETAT PROFOND » – Marc Endeweld/Le Monde Diplomatique, 22 novembre.

En cette rentrée 2019, le président Emmanuel Macron décide de surprendre ses diplomates. Les accueillant à l’Élysée pour la traditionnelle « conférence des ambassadeurs et des ambassadrices », il dénonce l’existence d’un «   État profond   » au Quai d’Orsay : «   Alors je sais, comme diraient certains théoriciens étrangers, nous avons, nous aussi, un État profond, explique soudainement M. Macron. Et donc, parfois, le président de la République dit des choses, et puis la tendance collective pourrait être de dire : “Il a dit ça, mais enfin nous on connaît la vérité, on va continuer comme on a toujours fait.”   » Puis il avertit qu’il ne faut pas «   suivre cette voie   » (1). Immédiatement, quelques rires gênés fusent de l’assistance : ces hauts fonctionnaires, qui se comportent comme les aristocrates de la République, ne sont guère habitués à se faire malmener de la sorte. De fait, cette démonstration d’autorité — certains y voient un aveu de faiblesse — n’est pas du goût de tous : «   Cette déclaration a été très mal prise au Quai   », nous confie l’un des diplomates présents.

Aujourd’hui avocat au cabinet August Debouzy, situé dans le « triangle d’or » parisien (2), à deux pas des banques d’affaires Rothschild et Lazard, M. Pierre Sellal connaît bien le Quai d’Orsay pour en avoir été le secrétaire général de 2009 à 2014. Il fut aussi, longtemps, le représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne et dit ne pas comprendre la formule employée par M. Macron : «   J’ai été un peu étonné par la référence à l’État profond. Le Quai est l’administration la plus loyale qui soit et la plus profondément régalienne. Il existe un continuum entre les ambassadeurs et le président de la République. La politique étrangère, c’est la parole de l’État, celle du président de la République.   » Sous la Ve République, le président, désigné chef des armées, a également pris en main la politique étrangère, donnant naissance à ce qu’on appelle son « domaine réservé » en matière de diplomatie et de défense. Toutefois, un bon spécialiste du Quai, Christian Lequesne, professeur au Centre de recherches internationales de Sciences Po, rappelle que «   les diplomates ont recours à des méthodes indirectes de résistance visant à sabrer en laissant traîner les choses (3)  ».

Une semaine avant cette mise au point présidentielle, M. Macron accueillait le président russe Vladimir Poutine au fort de Brégançon, résidence d’été des présidents français située dans le Var. Une nouvelle invitation après celle de juin 2017 sous les ors du château de Versailles, et d’autant plus marquante qu’elle intervenait juste avant l’organisation par la France du sommet du G7 à Biarritz — Moscou étant exclu du G8 depuis 2014. Dans ce contexte, M. Macron décide d’exhorter ses diplomates à «   repenser (…) notre relation avec la Russie   », et à renforcer le dialogue avec celle-ci, car «   pousser la Russie loin de l’Europe est une profonde erreur stratégique, parce que nous poussons la Russie soit à un isolement qui accroît les tensions, soit à s’allier avec d’autres puissances comme la Chine, ce qui ne serait pas du tout notre intérêt   ». Déjà, dans son livre Révolution, publié lors de la campagne présidentielle, il annonçait son intention de «   travailler avec les Russes pour stabiliser leur relation avec l’Ukraine et permettre que soient levées progressivement les sanctions de part et d’autre (4)  ». À l’Élysée, un conseiller tient aujourd’hui à nous rappeler qu’«   il n’y a pas de virage à 180° à l’égard de la Russie   », ajoutant qu’«   il ne s’agit en aucun cas d’absoudre   » le pays.

Le dossier de la sécurité collective européenne est très sensible. Kosovo, Géorgie, Ukraine, Syrie, depuis une vingtaine d’années les confrontations se multiplient avec Moscou (5), qui n’a pas digéré les promesses non tenues sur l’élargissement de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) à l’est de l’Europe (6). Les Américains ont poussé leur avantage au maximum, jusqu’à sortir unilatéralement, en 2002, du traité antimissile balistique (ABM). Puis, en février 2019, du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), signé en 1987, qui avait marqué le dénouement de la crise des euromissiles (mettant fin au déploiement des missiles soviétiques SS-20 et des Pershing américains).

La reprise d’un dialogue bilatéral entre la France et la Russie, interrompu depuis la crise ukrainienne de 2014, suscite les critiques appuyées de certains des partenaires européens de la France, qui n’ont guère apprécié d’être placés devant le fait accompli par Paris. Les experts et commentateurs atlantistes, hostiles à la Russie, ne manquent pas non plus en France. Le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, Bruno Tertrais, affiche son scepticisme : «   Sur un sujet qui concerne l’Europe tout entière, la France a choisi de jouer seule… Conclusion : non, ça n’aboutira à rien de concret. Ce qui ne veut pas dire qu’il [M. Macron] a tort d’essayer. Au moins personne ne pourra plus nous reprocher de “ne pas assez parler à la Russie”.   » D’autant que certains, au sein de l’administration diplomatique française, attendaient cette reprise du dialogue : «   Une grande partie du Quai, estime même M. Sellal, a la nostalgie d’une grande politique vis-à-vis de la Russie, politique qui s’est réduite aux sanctions. S’il y a eu des éléments de résistance, ils étaient ailleurs, parmi les ONG [organisations non gouvernementales], les médias ».

« POLITIQUE ARABE » OU « FAMILLE OCCIDENTALE »

M. Macron a découvert le dossier russe en janvier 2016 quand il s’est rendu à Moscou alors qu’il était ministre de l’économie. Il est alors accompagné de M. Jean-Pierre Chevènement, nommé quatre ans plus tôt représentant spécial de la France pour la Russie dans le cadre de la «   diplomatie économique   ». Les deux hommes, qui s’apprécient — M. Chevènement nous rappelle que M. Macron fut plus jeune, à la fin des années 1990, engagé dans son parti, le Mouvement des citoyens (MDC) —, entament vite un dialogue sur le sujet. «   En 2017, Emmanuel Macron m’a demandé de reprendre du service   », nous confie l’ancien ministre, avec pour nouvelle mission de réintégrer pleinement la Russie au sein du Conseil de l’Europe — une instance intergouvernementale qui regroupe quarante-sept pays, soit toute l’Europe au sens large sauf la Biélorussie.

Ce sera chose faite en juin 2019, la Russie retrouvant ses droits de vote perdus après l’annexion de la Crimée en mars 2014. M. Chevènement n’utilise pas de pincettes diplomatiques pour exposer les résistances à l’intérieur du ministère des affaires étrangères : «   Quand le président Macron me reçoit avec tout son “staff”, je sens très vite qu’il y a des gens sur l’ancienne ligne. Je me heurte à tous les étages à cet État profond. Toutes mes propositions contredisaient nombre de responsables du Quai. Depuis Bernard Kouchner [ministre des affaires étrangères de 2007 à 2010], et les nominations qui en ont résulté, la ligne sur ce dossier est celle des néoconservateurs américains.   »

Lancé dans les années 1970, le « néoconservatisme » est un courant de pensée diffusé par des intellectuels américains venus de la gauche, qui dénonçaient alors la realpolitik de Henry Kissinger. Anticommunistes, partisans d’une défense agressive des « valeurs » occidentales et de l’hégémonie américaine, ils ont rejoint les républicains et connu leur heure de gloire sous la présidence de George W. Bush, entre 2001 et 2009. Dans ce sillage, en 2003, l’opposition déterminée du président Jacques Chirac à la guerre américaine en Irak — avec menace d’un veto au Conseil de sécurité des Nations unies — suscita en France la mobilisation intellectuelle, médiatique et diplomatique de réseaux néoconservateurs, réclamant une rupture avec l’héritage gaulliste et la « politique arabe » de la France. Des diplomates en poste notamment à Washington, Tel-Aviv, ou auprès de l’OTAN, se déclarèrent en faveur de la guerre, au prétexte de la solidarité transatlantique, de la « famille occidentale », des droits de l’homme ou du droit d’ingérence.

«   Gérard Araud était à l’époque [au début des années 2000] le directeur des affaires stratégiques. Lors des réunions chez Pierre Sellal, qui était alors le directeur de cabinet d’Hubert Védrine, il tenait des discours d’une grande fermeté sur le Hamas et le Hezbollah, se souvient l’ancien diplomate Yves Aubin de la Messuzière, patron de la direction Afrique du Nord et Moyen-Orient du Quai de 1999 à 2002, et ancien ambassadeur en Irak. Il y avait aussi toute cette mouvance autour de Thérèse Delpech, patronne des affaires stratégiques au Commissariat à l’énergie atomique. Pour eux, il fallait aller dans le sens des Américains. Lors d’un dîner avec Thérèse Delpech, alors qu’elle m’expliquait que l’Irak était proche de la bombe, je lui rétorquais que les Irakiens étaient en incapacité de reprendre leur programme. Mais avant 2003, il ne fallait pas être sur cette ligne.   » Qualifié de proaméricain à l’époque, M. Araud, parti à la retraite, esquisse un mea culpa sur toute cette période, non sans autodérision : «   Je ne suis pas assez con au point d’être le chef des néocons (7).  » Le diplomate, qui pensait qu’il valait mieux faire profil bas face à George W. Bush, affirme aujourd’hui : «   En y repensant, j’ai eu tort, contrairement à Chirac et Villepin.   »

Jusqu’à sa mort en 2012, la politologue Thérèse Delpech, longtemps compagne de l’historien anticommuniste François Furet, agrégea autour d’elle tout un groupe de hauts fonctionnaires du Quai spécialisés dans les affaires stratégiques et la lutte contre la prolifération nucléaire, rapidement surnommé la « secte » par leurs détracteurs. C’est aussi l’époque du Cercle de l’Oratoire, un club de réflexion créé après les attentats du 11 septembre 2001, clairement favorable à la guerre en Irak. Depuis lors, ces diplomates ne cesseront de voir leur influence grandir, notamment depuis le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN décidé par le président Nicolas Sarkozy en 2008 (mais préparé dès la fin du quinquennat de Jacques Chirac). Son successeur, M. François Hollande, décide ensuite d’aligner sa politique au Proche-Orient sur celle de la monarchie saoudienne. Sur le dossier du nucléaire iranien, son ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, revendique même une ligne plus dure que celle de l’administration Obama. La « secte » a l’oreille des gouvernements de droite comme de gauche.

Lors de la conférence des ambassadeurs de 2019, le ministre des affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, a d’ailleurs rendu hommage à Thérèse Delpech, en mentionnant dans son discours qu’elle avait écrit l’ouvrage L’Ensauvagement du monde en 2005. Un rappel effectué deux jours à peine après la mise au point présidentielle sur l’État profond…

«   En une quinzaine d’années, ces diplomates “occidentalistes”, qui considèrent que la France doit défendre les “valeurs occidentales”, et ne peut pas avoir une politique étrangère trop autonome, se sont installés aux commandes de la direction politique et stratégique du Quai   », déplore M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères de 1997 à 2002, au temps de la cohabitation Chirac-Jospin, et qui dialogue aujourd’hui avec M. Macron. En vingt ans, les rapports de forces au sein du ministère des affaires étrangères ont été bouleversés : «   La noblesse du Quai, c’était les arabisants, maintenant, ce sont les énarques qui font carrière   », pointe le chercheur Christian Lequesne.

LA SECTE PERD UN PEU DE SA SUPERBE…

La transformation s’est accélérée avec la concentration du pouvoir sur quelques postes-clés dans l’administration du ministère : «   Les directions géographiques ont moins de pouvoir qu’avant, elles dépendent désormais de la direction [générale des affaires] politique[s] et de sécurité, qui règne sur le Quai, et cela change tout   », explique M. de la Messuzière. À cela s’ajoute un phénomène générationnel : «   Les diplomates entre 45 et 55 ans sont imprégnés d’occidentalisme, ajoute Lequesne. Notamment parce que, depuis les années 2000, l’enseignement des relations internationales à Sciences Po — qui continue d’être dispensé à la plupart des futurs diplomates français — confronte les étudiants à d’autres représentations de la politique étrangère de la France que celles de l’indépendance et du rang.   » Depuis vingt ans, dans les milieux diplomatiques, on assiste à une guerre sourde entre partisans du « gaullo-mitterrandisme », pour qui la France doit préserver sa singularité face aux États-Unis, et les néoconservateurs soucieux que la France devienne la meilleure élève du camp occidental.

Après le départ de MM. Hollande et Fabius, la « secte » perd un peu de sa superbe. Alors que M. Araud avait produit des notes pour les équipes Macron pendant la présidentielle, comme M. Justin Vaïsse, ancien patron du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) nommé par M. Fabius, c’est finalement M. Philippe Étienne, ancien ambassadeur en Allemagne, un profil classique, qui est nommé conseiller diplomatique à l’Élysée. «   Il faisait la paix des braves entre les différents clans du Quai au cours de la campagne   », témoigne un ancien conseiller. À ses côtés, est nommé un proche de M. Macron, M. Aurélien Lechevallier, un spécialiste du Proche-Orient. Mais, en 2019, nouveau mercato diplomatique : ce dernier devient ambassadeur (en Afrique du Sud), tout comme M. Étienne (aux États-Unis), qui est remplacé par M. Emmanuel Bonne, ancien conseiller du président Hollande. Peu après, M. Philippe Errera, ancien directeur de cabinet de M. Kouchner, et ancien ambassadeur à l’OTAN, est nommé directeur général des affaires politiques et de sécurité du ministère, et M. Nicolas Roche, ancien ambassadeur à Washington, devient directeur de cabinet du ministre, M. Jean-Yves Le Drian. M. Martin Briens reste directeur de cabinet de Mme Florence Parly, la ministre de la défense. Or MM. Errera, Roche et Briens occupaient des postes-clés pendant la présidence très atlantiste de M. Sarkozy.

Pour quelles raisons le chef de l’État a-t-il accepté de telles nominations, pour ensuite dénoncer l’existence d’un «   État profond   » ? Un diplomate se désespère : «   Macron ne s’est pas donné les moyens de prendre le contrôle de l’appareil. Il se retrouve à la fois seul face à son administration, mais aussi au sein même de l’Élysée.   » Le crédit de la France en pâtit. M. Poutine a lui-même relevé cette confusion lors du forum international Valdaï à l’automne 2019 : «   Je ne sais pas ce qu’est l’État profond. En Russie, il y a un État qui obéit au président   », a répondu le président russe au géopolitologue français Pascal Boniface, qui lui demandait de réagir aux propos de M. Macron.

Plusieurs initiatives de Paris en direction de la Russie ont bien été freinées par le Quai au début du quinquennat. Ainsi, M. Macron a reçu à l’Élysée M. Errera pour s’assurer de sa loyauté sur le dossier russe, et il a fait nommer un nouveau directeur « Europe continentale » (chargé des Balkans, de la Russie et de ses voisins du Caucase du Sud, et de l’Asie centrale), M. Frédéric Mondoloni, ancien ambassadeur à Belgrade, qui a autrefois conseillé la ministre chiraquienne Michèle Alliot-Marie. «   Il dispose d’un accès direct à la cellule diplo de l’Élysée   », nous souffle un diplomate. Et avant la mise au point présidentielle d’août 2019, le cabinet de Mme Parly avait interdit au chef d’état-major des armées de se rendre à Moscou, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Sollicité par l’intermédiaire de son cabinet, M. Le Drian n’a pas souhaité répondre à nos questions.

ENFIN, PARLER AVEC TOUT LE MONDE !

Ancien ministre des affaires étrangères et diplomate de carrière, M. Dominique de Villepin a affronté de telles résistances lors de la guerre en Irak : «   Ces réseaux atlantistes sont extrêmement forts chez les militaires français, et ils sont également en lien avec les activités économiques. Ils sont anglo-saxons d’esprit   », nous assure-t-il. Dans ses Mémoires, Jacques Chirac abonde : «   Du Medef [Mouvement des entreprises de France] et de certains patrons du CAC 40 me parviennent des messages plus insistants, où l’on me recommande de faire preuve de plus de souplesse à l’égard des États-Unis (8).  »

Dès juin 2017, sitôt élu président, dans un entretien au Figaro, M. Macron promet : «   Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions   ? Des États faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie (9).  » Sur ce dernier dossier, le nouveau président ne souhaite plus faire du départ de Bachar Al-Assad un préalable. À la lecture de cet entretien, Bruno Tertrais, à la Fondation pour la recherche stratégique, manque de s’étrangler, et publie un tweet : «   Syrie. Ukraine. Les prises de position du PR [président de la République] suscitent la perplexité et l’incompréhension #euphémisme.   »

M. Macron entend troquer le discours sur les « valeurs » pour celui de la realpolitik. Il veut parler avec tout le monde. Voilà pour les intentions. Car, dans ses premiers pas sur la scène internationale, il multiplie les coups d’éclat, accueille Donald Trump le 14 juillet 2017, puis lui rétorque en anglais sur Internet pour défendre l’accord de Paris sur le climat, évoque ses grands projets pour l’Europe à la Sorbonne ou devant le Parthénon à Athènes… «   Emmanuel Macron ne considère pas que la France doit faire profil bas. Il n’achète pas l’idée d’une France qui devrait se fondre dans le magma occidental. Il a l’ambition de jouer un rôle   », assure M. Védrine, qui ajoute : «   Il n’est pas gaullo-mitterrandien, il n’est pas néoconservateur. La synthèse macronienne emprunte à tous les courants.   » Pragmatisme gaullien ou vulgaire opportunisme ? «   C’est une diplomatie par défaut   », estime pour sa part Bertrand Badie, politiste spécialiste des relations internationales. «   Il s’inscrit comme un bon élève de Sciences Po, dans une certaine continuité gaullo-mitterrandienne, tout en reprenant certains thèmes néoconservateurs. Tout cela repose sur un très faible renouvellement de logiciel de notre diplomatie.   »

Dès 2016, dans Révolution, le futur président soulignait qu’il faut assurer un «   rééquilibrage de notre relation   » avec les États-Unis. Mais, depuis, M. Macron peine à faire sien l’axiome gaulliste : une France alliée, mais non alignée. En février 2019, la France reconnaît précipitamment Juan Guaido, l’homme de Washington, comme «   président en charge   » (sic) du Venezuela. En janvier dernier, alors qu’un drone américain assassine le général iranien Ghassem Soleimani, il exprime son «   entière solidarité   » avec les États-Unis et appelle l’Iran à s’abstenir «   de toute mesure d’escalade militaire   »… Au Proche-Orient, en dehors de relations soutenues avec les Émirats arabes unis, qui viennent de normaliser leurs relations diplomatiques avec Israël, la France brille par son absence : «   Emmanuel Macron n’a pas de vision sur les crises de la région, souligne M. de la Messuzière. Sur le sujet israélo-palestinien, si essentiel, ne pas s’exprimer, c’est s’aligner sur la politique américaine.   » En novembre 2019, M. Macron est mis devant le fait accompli par l’offensive turque dans le nord-est de la Syrie contre les Kurdes soutenus par la France, sans aucune concertation entre alliés, en dehors de l’approbation de M. Trump. Au président français, qui dénonce la « mort cérébrale » de l’OTAN dans un entretien choc à The Economist (10), le Turc Recep Tayyip Erdoğan répond vertement dans un discours prononcé à l’université d’Istanbul : «   Je m’adresse à vous depuis la Turquie, et je le redirai aussi à l’OTAN, vous devriez d’abord vérifier votre propre mort cérébrale (11).  »

On retrouve cet entre-deux dans le dossier russe : «   Quand on joue une partie, et qu’on ne la joue pas à fond, le partenaire a tendance à vouloir vous contourner, assure M. de Villepin. En fait, on ne joue pas assez avec l’autre monde, on continue de préférer un partenaire central, les États-Unis. Je me souviens que, sur l’Irak en 2003, j’avais mis des mois à convaincre Poutine que nous étions sérieux, c’est-à-dire que nous étions prêts à mettre notre veto au Conseil de sécurité. Le problème aujourd’hui est que, sur plusieurs sujets, Poutine doute que la France soit prête à en payer le prix. Est-on pris au sérieux   ? Nos hésitations, notre confort atlantique, nous mettent dans une position où on perd sur tous les tableaux.   » Sur la question ukrainienne, un seul des neuf points convenus lors du dernier sommet au format dit « Normandie » (Ukraine, Russie, Allemagne et France), qui s’est tenu à Paris en décembre 2019, a été mis en œuvre à ce jour : l’échange de détenus entre Kiev et le Donbass (12). Pourtant, le temps presse, car Moscou pourrait être tenté d’enjamber l’Europe, ainsi que l’a rappelé au Sénat le diplomate Pierre Vimont, nommé représentant spécial de la France pour la Russie : «   Nous assistons au développement d’un dialogue direct, au-dessus de nos têtes, entre Russes et Américains sur des questions qui intéressent la sécurité des États européens, ce qui me dérange quelque peu. Les Européens doivent défendre leurs propres intérêts (13).  »

Dès 2017, M. Macron a souhaité l’établissement d’une véritable Europe de la défense, passant par un «   dialogue stratégique avec l’Allemagne   ». L’automne dernier, il a réaffirmé cette ambition en déclarant souhaiter que l’Europe acquière son «   autonomie stratégique   ». Mais il ne veut pas remettre en cause l’inscription de ce projet dans l’OTAN, par crainte de susciter l’opposition immédiate de plusieurs États membres de l’UE, notamment ceux d’Europe centrale.

Les choses commencent-elles pourtant à bouger ? Le 20 mai dernier, lors d’une conférence au Centre d’étude et prospective stratégique (CEPS), le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre, n’y est pas allé par quatre chemins pour critiquer l’OTAN : «   L’organisation est devenue désormais plus dangereuse qu’utile, car elle donne aux Européens un faux sentiment de sécurité.   » Il ajoutait : «   Pour le dire autrement, brutalement et au risque de choquer, l’OTAN, même en “état de mort cérébrale”, est devenue une menace pour notre sécurité, celle de la France et celle de l’Europe.   » Des propos chocs dans la bouche d’un militaire qui n’a jamais caché sa sympathie pour les États-Unis. C’est précisément parce que Washington s’éloigne du Vieux Continent qu’il est nécessaire d’en tirer la leçon : «   Il est parfaitement déraisonnable pour l’Europe de lier son destin stratégique à une puissance dont les intérêts stratégiques sont de plus en plus divergents des siens   », estime M. Desportes.

Une perspective à laquelle se refuse l’ancien président François Hollande, qui nous confie : «   Si on sort de l’OTAN, il n’y aura pas d’Europe de la défense. Il faut ménager nos partenaires.   » Devant l’École de guerre, en février dernier, M. Macron avait souhaité un «   dialogue stratégique avec nos partenaires européens qui y sont prêts sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans notre sécurité collective   ». «   Les Européens doivent saisir cette proposition   », avait déclaré un proche de la chancelière allemande, Mme Angela Merkel. Mais M. Hollande met en avant un principe de réalité qui lui semble infranchissable : «   Ni la France ni l’Allemagne ne sont prêtes à une codécision en matière de dissuasion nucléaire ».

LIBYE : CYNISME PARISIEN

Pour M. Macron et la France, les périls viennent aujourd’hui de l’autre côté de la Méditerranée. Dès le début de son quinquennat, le président français s’est impliqué dans le dossier libyen, avec le souhait de réussir là où ses prédécesseurs avaient échoué : M. Sarkozy avait lancé la France dans une hasardeuse intervention militaire contre Mouammar Kadhafi, et M. Hollande avait géré les suites désastreuses de cette opération en laissant son ministre des affaires étrangères, M. Fabius, soutenir le président Fayez Sarraj et le gouvernement de Tripoli, soutenu par la Turquie et reconnu par l’ONU, pendant que son ministre de la défense, M. Le Drian, s’engageait auprès du maréchal Haftar, appuyé par l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, au point d’engager des forces spéciales dans l’est de la Libye. Cette incohérence voire ce cynisme subsistent. Ils contribuent à l’isolement de la France dans cette affaire. Si M. Macron réussit, en juillet 2017, à amener MM. Haftar et Sarraj autour d’une même table, au château de La Celle-Saint-Cloud, dans les Yvelines, ce coup d’éclat, organisé par quelques personnes à l’Élysée dans le dos du Quai d’Orsay, ne fut suivi d’aucun résultat diplomatique. Et cette initiative lancée sans aucune concertation suscita de nombreuses incompréhensions entre la France et l’Italie. Au printemps 2020, M. Erdoğan a su tirer parti de la situation en passant outre les contrôles maritimes français pour livrer des armes et des mercenaires à Tripoli (lire également «   Libye, le terrain de jeu russo-turc  »).

Paris a également du mal à préciser sa relation avec la Chine. «   Macron est ambigu, estime un diplomate : il souhaite établir un vrai partenariat, tout en n’ayant pas confiance, et en adoptant une stratégie du cordon sanitaire   » contre Pékin. Le président français évoque la bascule stratégique vers la région «   indopacifique (14)  », dont la France fait partie (via l’outre-mer), et multiplie les initiatives auprès de l’Australie, de l’Inde et du Japon. «   Comme souvent, remarque Badie, la France regarde la Chine tantôt comme un danger, tantôt comme un marché. Macron comme ses prédécesseurs dévalue les partenaires extra-européens et extra-occidentaux, et appréhende mal les puissances régionales.   » Toutefois, un redéploiement des diplomates français vers les pays du G20 (Chine, Brésil, Afrique du Sud, Inde, etc.) devrait porter la part de leurs effectifs dans cette zone de 13 % à 25 % du total d’ici à 2025. «   Quand je suis arrivé au Quai dans les années 1970, se rappelle en souriant M. Sellal, la direction Asie semblait exotique et principalement axée sur les questions culturelles.   »

Le jeu diplomatique paraît marginalisé au profit d’une vision manichéenne du monde, qui privilégie la guerre et les sanctions commerciales comme instrument de la politique étrangère. « Le Quai subit la militarisation de la diplomatie française depuis Sarkozy, estime M. de Villepin. Il a perdu beaucoup de ses capteurs dans le monde, notamment en Afrique. Il n’est plus à l’avant-garde, mais dans une gestion de l’intendance. » Longtemps en poste en Afrique, l’ancien diplomate Laurent Bigot s’en désole : « Les diplomates ne sont plus capables de produire des analyses et une stratégie. Sur le Sahel (15), « les seuls qui produisent, c’est le ministère de la défense et la DGSE [direction générale de la sécurité extérieure]. Les militaires ont occupé l’espace vide. » De leur côté, les « faucons » du Quai d’Orsay semblent comme orphelins : « [Ils sont] très embarrassés par Trump, car celui-ci n’en a rien à faire des valeurs des États-Unis. Il ne remplit pas la mission », remarque M. Védrine. Reste qu’il ne suffira pas d’un seul homme, fût-il président, pour restaurer la voix de la France dans le concert des nations. Mais le veut-il vraiment ?

(1) Discours du 27 août 2019.

(2) Voir notre carte « Lieux de pouvoir à Paris », Le Monde diplomatique, février 2019.

(3) Christian Lequesne, Ethnographie du Quai d’Orsay, CNRS Éditions, coll. « Biblis », Paris, 2020.

(4) Emmanuel Macron, Révolution, XO éditions, Paris, 2016.

(5) Cf. Maxime Lefebvre.

 

UNE ENTREPRISE ALLEMANDE VA DEBARRASSER LES MARCHANDISES DANGEREUSES DU PORT DE BEYROUTH – Paul Khalifeh, 20 novembre.

Presque quatre mois après la double explosion qui a fait 200 morts et plus de 6 500 blessés à Beyrouth, le Liban a signé un contrat avec une entreprise allemande pour débarrasser le port de la capitale de 49 conteneurs renfermant des matières chimiques inflammables. Entreposés depuis des décennies dans une zone à ciel ouvert dans le port de Beyrouth, ces conteneurs transportaient des acides corrosifs qui peuvent être très dangereux. Le directeur du port par intérim Bassem al-Kaissi a prévenu dans des déclarations à la presse que « Beyrouth serait rasée » si ces matières venaient à prendre feu. Son prédécesseur Hassan Koreytem est incarcéré depuis trois mois dans le cadre de l’enquête sur l’explosion de 2 700 tonnes de nitrate d’ammonium, entreposés dans un hangar du port, sans aucune précaution. Le transporteur allemand Combi Lift a déjà commencé à évacuer les conteneurs quelques jours après la signature d’un contrat avec l’État libanais, le 11 novembre, pour un montant de 3,5 millions de dollars. Combi Lift doit transporter ces matières chimiques dans des conteneurs spéciaux vers une destination qui n’a pas été précisée. Les Libanais sont traumatisés depuis la catastrophe du 4 août qui a détruit une partie de leur capitale. Ce drame a braqué les projecteurs sur le non-respect par les autorités concernées des mesures de précaution dans le stockage de produits qui peuvent représenter un danger.  L’armée libanaise a procédé il y a quelques semaines à l’évacuation de quatre tonnes de matériaux dangereux dans la plus grande centrale électrique du pays, à 10 kilomètres au nord de Beyrouth.

 

YEMEN : L’ONU EXHORTE A NE PAS AGGRAVER « UNE SITUATION DEJA DESASTREUSE » – RFI/AFP, 21 novembre.

Alors que les États-Unis envisagent de placer les rebelles houthis du Yémen sur leur liste des « organisations terroristes », l’ONU a mis en garde sur les conséquences d’une telle décision sur la population civile. L’administration Trump fera tout ce qu’elle pourra jusqu’au bout de son mandat pour porter des coups à l’Iran et ses proxys. Parmi eux, les rebelles houthis au Yémen. Mais dans ce cas, si Washington mettait sa menace d’inscrire les rebelles houthis sur leur liste des « organisations terroristes » à exécution, ce serait certainement les civils qui en paieraient les conséquences car cela rendrait bien plus compliquées les livraisons d’aide humanitaire. Vendredi, Antonio Guterres a demandé, sans les nommer, aux États-Unis « de ne pas faire tanguer le bateau ». « Nous devons tout faire pour éviter le risque d’une famine qui n’aurait probablement pas d’équivalent dans l’histoire récente, à part peut-être la tristement fameuse famine en Éthiopie il y a des dizaines d’années de cela, a exhorté le secrétaire général de l’ONU. Dans cette situation très fragile au niveau de la famine, et alors que nous avons de l’espoir du côté des pourparlers, nous pensons qu’une initiative unilatérale ne serait probablement pas positive ».

« NOUS RISQUONS UNE TRAGEDIE »

Si les États-Unis inscrivent les rebelles yéménites sur leur liste, interagir avec des responsables houthis, gérer des impôts, utiliser le système bancaire, rémunérer du personnel médical, acheter nourriture et pétrole mais aussi accéder à internet pourraient être entravés. L’ONU s’inquiète également des répercussions qu’aurait cette décision sur les avancées de pourparlers actuellement en négociation. Comme raisons d’une menace de famine accrue, le chef de l’ONU évoque une « réduction drastique » du financement de l’aide coordonnée par l’ONU comparé à 2018 et 2019, l’instabilité du rial yéménite et des obstacles posés par les belligérants aux humanitaires sur le terrain. « J’exhorte tous ceux qui ont de l’influence à agir de toute urgence sur ces questions pour éviter une catastrophe. À défaut, nous risquons une tragédie non seulement dans la perte immédiate de vies, mais avec des conséquences qui se répercuteront sans fin à l’avenir », met-il en garde.

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