Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

YEMEN : AFFRONTEMENTS MEURTRIERS AUTOUR DE MARIB – RFI, 29 septembre.

Au moins 100 combattants, dont 68 rebelles houthis et 32 membres des forces pro-gouvernementales, ont été tués ces dernières 48 heures dans des affrontements autour de la ville de Marib, dernier bastion loyaliste dans le nord du Yémen, ont déclaré, mercredi 29 septembre, des sources militaires gouvernementales.

Des centaines de combattants de tribus locales ont rejoint les rangs des forces gouvernementales pour repousser l’avancée des Houthis, annoncent des sources militaires gouvernementales, qui précisent que la coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite a mené plusieurs frappes aériennes pour appuyer les loyalistes. Le bilan d’une centaine de victimes a été confirmé par des sources médicales. Les rebelles houthis, qui communiquent rarement sur leurs pertes, ont confirmé que 59 raids aériens avaient frappé Marib au cours des dernières 48 heures, selon la chaîne pro-rebelles Al-Massirah.

Marib, la cible des Houthis depuis février

Les rebelles proches de l’Iran tentent depuis février d’arracher Marib. La prise de la ville leur donnerait le pouvoir sur tout le nord du Yémen, qu’ils contrôlent déjà largement. Ces dernières semaines, les Houthis ont intensifié leur campagne, les combats ayant fait des centaines de morts. Selon les observateurs, les rebelles houthis seraient en passe de changer le cours de la guerre au Yémen en se rapprochant progressivement de Marib, chef-lieu de la région éponyme, riche en pétrole et géographiquement stratégique, entre le nord et le sud.

La guerre au Yémen a éclaté en 2014 avec la prise de la capitale Sanaa (nord) par les rebelles. Depuis, le conflit a provoqué la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU, avec des millions de déplacés et une population au bord de la famine.

 

TURQUIE : LA « QUESTION KURDE » REVIENT DANS LE DEBAT PUBLIC – Agences, 28 septembre.

Pour le président Recep Tayyip Erdogan, qui a échoué à la résoudre malgré 19 années de pouvoir, cette question a tout du piège… C’est même carrément un tabou depuis que son parti est allié à la droite ultranationaliste. 

C’est Kemal Kiliçdaroglu, dirigeant du principal parti d’opposition – le CHP, qui se revendique social-démocrate – qui a relancé le débat. Il y a dans ce pays « une question kurde que l’autorité politique n’arrive pas à résoudre depuis 35-40 ans », a déclaré Kemal Kiliçdaroglu, avant de soulever LE point qui cristallise tous les débats : « Avec qui discuter et résoudre cette question kurde ? »

Diviser l’opposition, la stratégie d’Erdogan

Kemal Kiliçdaroglu a reproché au pouvoir d’avoir tenté de négocier directement entre 2012 et 2015 avec le PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan – donc avec un groupe armé classé terroriste – alors que, selon lui, seul le Parlement devrait accueillir de tels débats. Et, au sein du Parlement, Kemal Kiliçdaroglu a désigné le parti prokurde, le HDP, comme un interlocuteur légitime. Or, la stratégie de Recep Tayyip Erdogan pour les élections de 2023 consiste à diviser l’opposition en présentant le HDP comme un parti lié au terrorisme.

Il est d’ailleurs actuellement menacé de fermeture par la Cour constitutionnelle. Ce genre de déclaration peut mettre en difficulté Recep Tayyip Erdogan pour au moins trois raisons. D’abord, elle montre que sa stratégie pour diviser l’opposition ne fonctionne pas vraiment. Le Bon parti, une formation d’opposition ultranationaliste peu susceptible d’être accusée de sympathies pro-kurdes, a réagi en soulignant lui aussi la légitimité du HDP au sein du Parlement.

Ensuite, elle met le chef de l’État en difficulté vis-à-vis de son principal allié depuis 2015-2016, le parti ultranationaliste MHP, pour lequel il est hors de question de relancer le débat.

Recep Tayyip Erdogan a d’ailleurs fini par répondre qu’il n’y avait « pas de question kurde » en Turquie. Enfin, en tenant de tels propos, Recep Tayyip Erdogan se discrédite encore un peu plus au sein d’une large partie de l’électorat kurde, qui jouera pourtant un rôle clé aux prochaines élections.

Quelle place pour les Kurdes en Turquie ?

Ce débat donne-t-il déjà le ton de la campagne qui précédera les élections, censées se tenir en juin 2023. 

La Cour constitutionnelle pourrait se prononcer début 2022 – peut-être même avant – sur l’interdiction du HDP. En affirmant qu’il n’y a « pas de question kurde », qu’elle a déjà été résolue, Recep Tayyip Erdogan assimile et réduit la question kurde à la lutte contre le PKK lequel est effectivement acculé en Turquie ces dernières années.

Mais ce que le HDP représente, ce que le principal parti d’opposition (CHP) suggère et ce que beaucoup d’électeurs entendent par « question kurde », c’est un débat beaucoup plus large sur la place, les droits et les libertés des citoyens kurdes en Turquie, qui représenteraient plus ou moins 15 % de la population. Et c’est ce débat-là que Recep Tayyip Erdogan ne veut plus, ne peut plus tenir.

 

LA JORDANIE ROUVRE SON PRINCIPAL POSTE FRONTIERE AVEC LA SYRIE – RFI, 29 septembre.

Les personnes et marchandises peuvent à nouveau transiter depuis ce mercredi après la réouverture de l’un des principaux postes frontière entre la Jordanie et la Syrie. Depuis 2018, le passage de Jaber-Nassib, au nord-ouest de la Jordanie, avait été fermé à plusieurs reprises en raison de la crise sanitaire ou de la situation en Syrie.

La réouverture du poste frontière de Jaber-Nassib, au nord-ouest de la Jordanie, est le résultat de plusieurs mois de rapprochement entre le royaume d’Abdallah II et le gouvernement de Bachar el-Assad. Les deux pays qui partagent 375 km de frontières normalisent ainsi peu à peu leurs relations.

Relancer l’économie pour Amman

La décision s’est prise à Amman lundi, lors de la visite inédite d’une délégation syrienne pour discuter de la coopération future entre les deux pays. Une première depuis dix ans.  

Côté jordanien, l’objectif est économique : reprendre au plus vite les relations commerciales et touristiques avec la Syrie. Avant la guerre, les échanges terrestres entre les deux pays représentaient pour le royaume pas moins 615 millions de dollars par an. Une rentrée d’argent nécessaire pour le royaume hachémite, dont l’économie est durement touchée par la crise sanitaire et les conflits de la région.

Rompre son isolement pour Damas

Côté syrien, le bénéfice est plus politique. En multipliant les contacts avec ses voisins, le régime de Bachar el-Assad cherche à rompre son isolement, en particulier les sanctions américaines du Caesar Act, adopté en 2019. 

C’était déjà le cas le 8 septembre, quand Damas, Le Caire et Amman se sont associés pour acheminer du gaz et de l’électricité au Liban pour faire face à la grave crise énergétique qu’il traverse.

Cette réouverture est donc une bouffée d’oxygène pour la Syrie. Après dix ans de conflit, le pays n’a repris de trafic normal à ses frontières qu’avec trois pays : le Liban, l’Irak et désormais la Jordanie. Plusieurs pays arabes ont toutefois commencé à rouvrir leurs ambassades à Damas, à commencer par les Émirats Arabes Unis.

 

CISJORDANIE : AFFRONTEMENTS ENTRE ISRAELIENS ET PALESTINIENS – Michel Paul, 26 septembre.

Affrontements entre Israéliens et Palestiniens en Cisjordanie. Bilan provisoire: cinq morts côté Palestiniens et deux blessés graves chez les militaires israéliens. L’armée israélienne a tenté de démanteler ce qui a été qualifié de cellule terroriste islamiste. Et l’on craint maintenant une nouvelle escalade de la violence.

Danger clair et imminent d’attentat dans la région de Jérusalem : c’est l’explication donnée – côté israélien – à cette vaste opération anti-Hamas et aussi anti Jihad islamique dans plusieurs secteurs de la Cisjordanie, particulièrement autour de Ramallah et de Jénine, dans la partie nord de ce territoire palestinien. Ce sont des unités spéciales israéliennes accompagnées par des agents du Shin Bet, le service de sécurité intérieure qui ont procédé à une série d’arrestations.

Violents échanges de tirs

Dans le village de Burqin près de Jénine l’interpellation d’un Palestinien armé a donné lieu à de violents échanges de tirs entre miliciens palestiniens et les troupes israéliennes. À signaler que, de sources israéliennes, on indique que l’opération s’est déroulée en majeure partie en « zone A » de la Cisjordanie, c’est-à-dire un secteur sous contrôle administratif et sécuritaire de l’Autorité palestinienne. La présidence de l’Autorité a condamné un « crime odieux commis par les forces d’occupation israéliennes à Jérusalem et Jénine », selon un communiqué de son bureau.

Représailles

En Israël, on s’attend maintenant à des représailles depuis le territoire de Gaza sous forme de ballons incendiaires ou de roquettes. Quatre Palestiniens ont été tués récemment dans des affrontements avec les forces israéliennes au camp de réfugiés de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie où les heurts se sont multipliés ces dernières semaines.

 

EXPLOSION DU PORT DE BEYROUTH : L’ENQUÊTE UNE NOUVELLE FOIS SUSPENDUE – Paul Khalifeh, 28 septembre.

Au Liban, le juge Tarek Bitar, chargé de l’enquête sur la double explosion du port de Beyrouth, a été temporairement dessaisi du dossier suite à une plainte déposée par un ancien ministre inculpé dans le cadre de l’instruction.

Pour la seconde fois cette année, l’enquête sur la double explosion du port de Beyrouth est suspendue, au grand dam des familles des victimes. À l’origine de cette démarche, une plainte déposée contre le juge Tarek Bitar par un ancien ministre de l’Intérieur. 

Poursuivi pour « intention présumée d’homicide, négligence et manquements », Nouhad Machnouk soupçonne le magistrat de « mauvaises intentions », l’ayant inculpé avant de l’avoir entendu.

L’ex-ministre estime aussi que le juge a violé la Constitution qui stipule que les ministres doivent être poursuivis devant une cour spéciale créée par le Parlement et non pas devant un tribunal pénal.

Bras de fer entre la justice et la classe politique

Derrière cet imbroglio juridico-politique se cache un bras de fer entre la justice et la classe politique. Celle-ci accuse le juge Tarek Bitar de servir de cheval de bataille pour le chef de l’État Michel Aoun dans une vaste opération de règlement de compte. 

Les partisans du magistrat accusent la classe politique de vouloir torpiller l’enquête pour échapper à ses responsabilités.

L’arrêt de l’enquête frustre les familles de centaines de victimes de la double explosion, mais aussi des milliers de personnes qui ont perdu leurs biens. Tant que le tribunal ne rend pas son verdict, les compagnies d’assurances ne verseront pas les indemnités, estimées à plus d’un milliard de dollars.

Le 4 août 2020, l’explosion de plusieurs centaines de tonnes de nitrate d’ammonium entreposé sans aucune précaution dans des hangars avait fait au moins 214 morts, plus de 6 500 blessés et détruit une partie de la capitale.

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