Observatoire Géostratégique

numéro 338 / 7 juin 2021

A la une de son édition du 28 mai dernier, le New York Times publie les photos de 67 gosses palestiniens (tous ayant moins de 18 ans), tués durant le seul mois dernier par la soldatesque israélienne. Les salopards ! Il n’y a pas d’autres mots…

 

ISRAËL/PALESTINE : L’ONU LANCE UNE ENQUÊTE SUR LES VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS – Jérémie Lanche/RFI, 28 mai.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU s’est réuni en urgence à la demande des pays de l’Organisation de la coopération islamique après les violences entre Israël et le Hamas à Gaza. Si l’Autorité palestinienne salue la création d’une commission d’enquête, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou parle d’une décision « honteuse » venant d’une instance « anti-israélienne ». 

La nouvelle commission ne devra pas uniquement enquêter sur le dernier conflit à Gaza, mais étudier toutes les causes des tensions récurrentes dans les territoires occupés, y compris à Jérusalem-Est., avec pour objectif de collecter des preuves pour d’éventuelles poursuites judiciaires. Les pays occidentaux se sont opposés ou abstenus, estimant le texte trop favorable au Hamas, à l’inverse d’un grand nombre de pays africains et sud-américains qui ont plébiscité la résolution. Un peu plus tôt, la Haut-commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, avait estimé que les frappes israéliennes sur Gaza pouvait constituer des crimes de guerre s’il s’avère que les civils ont été visés sans distinction. 

« Les attaques israéliennes ont fait de nombreux morts et de nombreux blessés. Elle ont aussi détruit ou endommagé des infrastructures civiles, comme des bâtiments gouvernementaux, des maisons, des hôpitaux et des locaux utilisés par les médias. Malgré les allégations d’Israël que ces bâtiments abritaient des groupes armés, nous n’avons reçu aucune preuve qui pourraient l’indiquer », a affirmé Michelle Bachelet. La Haut-commissaire a également dénoncé, a peu près dans les mêmes termes, les tirs de roquettes du Hamas. Trop peu aux yeux de la représentante israélienne, qui a regretté que le Conseil des droits de l’homme perpétue l’idée que l’on peut comparer les actions du Hamas et celles d’Israël.

 

CANAL DE SUEZ : VERS UN ACCORD SUR LE DEDOMMAGEMENT DU BLOCAGE PAR L’EVER GIVEN ? AFP/RFI, 29 mai.

Va-t-on vers un accord à l’amiable entre l’autorité du canal de Suez et les propriétaires japonais du porte conteneur Ever Given qui avait bloqué la voie d’eau internationale durant une semaine en mars ? Depuis son renflouement, le navire est bloqué dans le grand lac Amer au centre du canal de Suez par une saisie pour dommages et intérêts. Les avocats de l’autorité du canal de Suez et ceux de la Shoei Kisen, la société japonaise propriétaire du Ever Given ont demandé, d’un commun accord, le report du procès pour confirmer la saisie conservatoire du super porte-conteneurs. Ils ont indiqué que ce report visait à tenter de parvenir à un accord à l’amiable entre les deux parties. La semaine dernière, un tribunal égyptien a confirmé l’immobilisation du navire, rejetant une plainte du propriétaire qui en réclamait la libération.

L’Autorité du Canal espère trouver un accord

L’autorité du canal avait commencé par réclamer 916 millions de dommages et intérêts tandis que la Shoei Kisen en proposait 150 millions, assure au Caire, Alexandre Buccianti. « Dérisoire » selon le Canal de Suez qui a toutefois progressivement baissé ses exigences et réclamé 550 millions de dollars. Si l’autorité du canal a accepté le report, c’est pour discuter d’une contre-proposition japonaise. Dans cette affaire, il y a un troisième acteur, la société taïwanaise Evergreen qui avait loué le Ever Given pour transporter près de 20 000 conteneurs de la Malaisie à Rotterdam aux Pays-Bas. Si un accord est conclu, le navire « pourra aussitôt s’en aller », assure le chef de l’autorité égyptienne qui gère le canal de Suez.

 

TURQUIE : L’OPPOSANT KURDE SELAHATTIN DEMIRTAS DE NOUVEAU CONDAMNE – Anne Andlauer, 28 mai.

Un tribunal d’Ankara a condamné ce vendredi à une nouvelle peine de prison l’opposant Selahattin Demirtas, ex-dirigeant du HDP, le principal parti de la gauche pro-kurde en Turquie. Selahattin Demirtas, incarcéré depuis 2016, était cette fois jugé pour des propos qualifiés de « menaçants » à l’encontre d’un procureur. « Insulte et menace à l’encontre d’une personne impliquée dans la lutte contre le terrorisme ».

Telles sont les charges dont Selahattin Demirtas a été déclaré coupable et qui lui valent une nouvelle peine de prison. Le plaignant était un procureur qui ne cache pas sa proximité avec le parti au pouvoir et le président Recep Tayyip Erdogan. Au cours d’une audience, Selahattin Demirtas l’avait accusé d’avoir « fomenté un complot politique » et promis de lui réclamer « des comptes devant la justice ».

Une menace politique majeure pour Erdogan

Pour ces mots, le leader de la gauche pro-kurde est condamné à deux ans et demi de détention. Ce n’est ni son premier procès, ni sa première peine de prison ferme. En mars, il était encore condamné à trois ans et demi pour « insulte au chef de l’État ». Dans un autre procès, le parquet réclame contre lui 142 ans de prison pour « terrorisme ».

Erdogan s’ingère

Sous la direction de Selahattin Demirtas, le HDP est devenu une formation qui compte, rassemblant plus de 10% des voix à toutes les élections des six dernières années. Le pouvoir l’accuse d’être la « vitrine politique » du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe classé terroriste. Recep Tayyip Erdogan, qui considère l’opposant comme une menace politique majeure, a appelé la justice à le maintenir en détention, en dépit d’une décision de la cour européenne des droits de l’homme ordonnant sa libération.

 

LA MOSQUEE DE LA PLACE TAKSIM D’ISTANBUL INAUGUREE PAR ERDOGAN – RFI/AFP, 28 mai.

La mosquée de la place Taksim est un projet ancien, plus ancien que l’arrivée de Tayyip Erdogan au pouvoir, il y a dix-huit ans. Mais pour l’actuel président turc, il sert à la fois des ambitions religieuses, politiques et historiques. On trouve la trace d’un tel projet dès la fin des années 1960. Mais jusqu’en 2015, les promoteurs successifs de cette nouvelle mosquée de Taksim – c’est-à-dire le gouvernement, la mairie d’Istanbul et la mairie de l’arrondissement de Beyoglu où est située la place – s’étaient heurtés à l’opposition de divers tribunaux. Recep Tayyip Erdogan, d’abord comme Premier ministre puis comme président, a toujours dit qu’il irait au bout de cette idée. Et la justice a fini par lui ouvrir la voie. Il dote aujourd’hui Istanbul d’une troisième mosquée-symbole en l’espace de deux ans. En mai 2019, il inaugurait la mosquée de Çamlica, l’une des plus grandes du monde. En juillet 2020, il réislamisait Sainte-Sophie, l’ancienne basilique byzantine convertie en mosquée après la conquête ottomane de 1453, mais dont la République avait fait un musée.

À Taksim, il s’empare d’un autre symbole et prend en partie sa revanche sur les grandes manifestations du parc Gezi, qui avaient commencé – étrange hasard du calendrier – un 28 mai 2013. Il y a en effet précisément huit ans, des centaines de milliers de Turcs étaient descendus dans la rue pour empêcher le gouvernement de déraciner un parc situé à Taksim et d’y ériger à la place une réplique d’anciennes casernes ottomanes, donnant naissance à ce qu’on a appelé le « mouvement de Gezi ».

La contre-révolution ottomane de 1909 en arrière-plan

On l’a peu souligné à l’époque, mais l’enjeu n’était pas seulement d’installer un centre commercial et d’autres projets lucratifs sur la place Taksim. Il s’agissait aussi d’effacer le souvenir d’une blessure historique. Car à la fin de l’Empire ottoman, une importante caserne s’élevait sur la place Taksim, avec une mosquée en son sein. Au printemps 1909, soit neuf mois après la révolution des Jeunes turcs qui avait forcé le sultan à rétablir la Constitution, cette caserne devient le symbole d’une contre-révolution menée par des soldats réclamant la charia. La réaction est écrasée, la caserne en partie démolie et la mosquée complètement détruite. Or, si le mouvement de Gezi n’avait pas forcé Tayyip Erdogan à abandonner son projet, il avait également prévu de bâtir une mosquée au milieu de cette caserne, comme pour ressusciter la mosquée détruite en 1909. Dans la mémoire des Turcs, les plus religieux et les plus conservateurs, cet épisode historique est en effet resté le symbole d’une défaite.

Taksim, une place forte

Recep Tayyip Erdogan n’a pas eu sa « caserne » et se réapproprie donc cette place Taksim, qui a toujours été un lieu de confluence et de concurrence des idéologies – islamisme, conservatisme, républicanisme ou socialisme. Le projet de mosquée s’inscrit dans la droite ligne du projet abandonné de caserne, ou encore de la destruction du centre culturel Atatürk situé juste en face de la nouvelle mosquée. À la place de ce centre, le pouvoir est en train de construire ce qu’il décrit comme un « opéra ». En érigeant cette mosquée, le pouvoir impose aussi, bien sûr, son hégémonie culturelle et religieuse sur la place. Car jusqu’ici, c’était l’église grecque-orthodoxe de la Sainte-Trinité, ouverte en 1880, qui était le symbole religieux de Taksim. Elle est désormais concurrencée par un imposant symbole de l’islam.

 

DANS LES VILLES ISRAELIENNES « MIXTES », LA VAGUE D’ARRESTATIONS SE POURSUIT APRES LES EMEUTES – Guilhem Delteil, 28 mai.

Au total, deux semaines et demie après le début des émeutes intercommunautaires, près de 2 000 personnes ont été arrêtées, 348 cette semaine encore alors que des milliers de policiers ont été déployés à travers le pays. Le chef de la police israélienne a annoncé, jeudi 27 mai, le prolongement de cette opération baptisée « La loi et l’ordre ». Mais les représentants des citoyens palestiniens d’Israël dénoncent une opération à motivation politique. Mardi dernier, Jaffar Farah était à son bureau en fin de matinée lorsque les policiers se sont présentés à son domicile. Alerté par sa famille, il s’est rendu au commissariat où il a répondu aux questions des enquêteurs. « Les accusations étaient que j’avais incité des jeunes à aller attaquer les juifs, rapporte-t-il. Ce sont des accusations très bizarres. Il me disait que j’avais mis en place une organisation pour que des gens mènent les attaques contre des juifs, mais ils n’ont pas précisé quand. »

« Motivation politique »

Jaffar Farah a été libéré sous caution quelques heures plus tard. Ce militant des droits de l’homme est le directeur de Mossawa, une organisation de défense des droits des Arabes israéliens. Et lorsque la police est arrivée à son domicile, il organisait une conférence de presse avec des responsables politiques pour dénoncer cette vague d’arrestations visant majoritairement des Palestiniens citoyens d’Israël. « Je pense que Netanyahu a une motivation politique. Il utilise, il abuse en réalité de la police pour survivre politiquement, estime-t-il. Il a ciblé les communautés musulmanes et chrétiennes à Jérusalem. Maintenant, il cible la communauté arabe. Après avoir échoué à Gaza, je pense qu’il cherche une image de victoire. » Dans un communiqué, la police disait vouloir « amener les émeutiers, les criminels devant la justice ». Mais contactée par RFI, elle n’a pas souhaité donner de précisions sur cette opération.
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