Observatoire Géostratégique

numéro 260 / 9 décembre 2019

ELLE ET LUI : LA RÉVÉLATION DE JUPITER DIPLOMATE

« Cherchez la femme et vous trouverez le coupable » nous rappelle une expression connue sous sa forme française dans des ouvrages écrits en anglais, en italien et dans d’autres langues. Aujourd’hui, nous n’avons bien heureusement pas à chercher la femme puisqu’elle se livre à nous. Pour tenter de faire remonter son jupitérien de mari dans des sondages peu gratifiants après cent jours de règne, Brigitte Macron, puisque c’est d’elle dont il s’agit, ouvre son cœur au magazine féminin Elle… pour notre plus grand plaisir1. (Le magazine Voici lui emboîte le pas sur le mode des photos volées2). Cet entretien sous forme de recueil de confidences intimes est particulièrement utile pour mieux cerner la personnalité d’Emmanuel Macron de manière générale mais aussi pour mieux comprendre ses premiers pas assurés dans la diplomatie. Que peut-on déduire de cette séance de psychanalyse pour midinettes sur les déterminants de la pratique jupitérienne de la diplomatie ? Nous en retiendrons arbitrairement quatre.

LA DIPLOMATIE DE PIC DE LA MIRANDOLE

Brigitte Macron évoque un « fou qui sait tout sur tout ». Le propos est peu diplomatique mais ô combien révélateur d’un élitisme à la française, en particulier pour bon nombre d’anciens élèves de l’École nationale d’administration (ENA). Philippe de Villiers, lui-même sorti de cette brillante pépinière de grands serviteurs de l’État, la baptise « École nationale de l’arrogance ». On ne saurait mieux dire lorsque les élèves sortent, à l’issue de leur scolarité (si tant est que le terme soit approprié pour l’école de Strasbourg), dans les grands corps : Conseil d’État, Cour des comptes, inspection générale des finances (celle dont est issu le président de la République). Tout leur est généreusement permis, vivement conseillé puisqu’ils savent, par essence, tout sur tout. Une sorte de vérité révélée dont le passage par cette brillante école vous gratifie. Le seul problème est que, si sur la scène intérieure, cette démarche fait illusion, sur le plan international, elle fait au mieux sourire, au pire elle donne lieu à sévère critique de nos amis étrangers. Il n’est qu’à voir avec quelle mâle assurance, Emmanuel Macron s’est mis en tête de régler tous les problèmes du monde. Son plus grand succès restera la rencontre avec les deux frères ennemis libyens à la Celle Saint-Cloud… No comment ! Écartés du « casting », les Italiens ont obtenu quelques résultats moins médiatiques mais plus concrets.

LA DIPLOMATIE DE L’ABSTRACTION

« Emmanuel est fasciné par le Mexique, il connaît ce pays sans jamais y être allé » nous indique Brigitte Macron dans ses « Confessions ». Mais, n’est pas Jean-Jacques Rousseau qui veut. Nous rejoignons la précédente rubrique dans la mesure où l’ENA est par nature l’école de l’abstraction (École nationale de l’abstraction). On y résume toute problématique en deux parties et on y cultive l’art de trouver des solutions (le plus souvent abstraites ou abscons) à tous les problèmes (concrets et pratiques) avec une assurance déroutante. La valeur n’attend pas le nombre des années. Le chef de l’État, Emmanuel Macron entonne le refrain de l’importance du couple du moteur franco-allemand tout en ignorant la chancelière pour organiser ses happenings médiatiques. Le chef de l’État entonne le refrain de l’importance de l’Union européenne tout en ignorant la ministre européenne des affaires étrangères pour lancer ses initiatives sans lendemain. On pourrait multiplier les exemples à l’envi. Rien de plus normal dans la mesure où sa garde rapprochée sort du même moule que lui. La diplomatie, art des subtilités, devient un art de la facilité, lorsque l’on se trouve derrière un somptueux bureau à l’Élysée. C’est bien connu, le monde se plie facilement aux schémas cartésiens qui font notre grandeur et notre munificence. Le monde nous attend et nous attend comme aimaient à le dire François Hollande et Laurent Fabius, comme par le plus grand des hasards, sortis dans les grands corps.

LA DIPLOMATIE DE LA RELATIVITÉ

« Tout a de l’importance et rien n’en a » précise celle qui connait le mieux, Emmanuel Macron et pour cause. On l’avait compris à prendre connaissance de l’agenda diplomatique du président Macron. Il dénote un sérieux penchant pour la diplomatie de l’essuie-glaces : un évènement chasse l’autre, un sujet chasse l’autre. L’important est dans l’art de communiquer, de faire du bruit (faire le « buzz » pour les citoyens branchés) surtout avant l’évènement que l’on veut mettre en valeur. Après, cela n’a plus beaucoup d’intérêt tant le contenu de l’évènement brille par sa vacuité ! Nous avons la nette impression de la diplomatie du papillonnage. Manque un fil conducteur à la diplomatie à la sauce Macron. Manque également une hiérarchisation des priorités internationales. « Tout a de l’importance et rien n’en a ». Cette formule résume à merveille le problème. Même si le président est un bourreau de travail (« Emmanuel travaille énormément ») – ce qui est tout à son honneur -, il n’a pas le don d’ubiquité et ne peut résoudre à lui seul tous les maux de la planète. Quant à dire qu’il « reste sans cesse en contact avec la réalité », cela pose problème compte tenu de la longueur de ses journées de travail, du nombre impressionnant de ses rendez-vous, de la bulle qui l’entoure au château (le phénomène bien connu de cour) et à l’extérieur de l’Élysée (le nombre ahurissant de gardes du corps qui le protègent).

LA DIPLOMATIE DE LA PREMÈRE DAME

Cerise sur le gâteau à lire Brigitte Macron. Madame conduirait une diplomatie parallèle de l’ombre. Qu’apprend-on à ce sujet ? « De la même manière, j’ai appelé Melania Trump par son prénom. C’est une femme très soucieuse d’éducation, de faire et de bien faire. Touchante. J’ai eu de nombreux échanges avec les conjointes de chefs d’État et de gouvernement. Elles ont toutes le désir d’être utiles. C’est le cas notamment de Maria Clemencia Rodriguez de Santos, l’épouse du président colombien. Et je vais également travailler avec d’autres femmes engagées, comme Son Altesse Royale Marie de Danemark ou Alice Albright, la directrice générale du Partenariat mondiale pour l’éducation ». On s’étonne, dès lors, de ne pas voir figurer dans l’organigramme de la cellule diplomatique de la présidence de la République, dirigée par le brillant Philippe Etienne, le nom de Brigitte Macron. On l’aura compris, tout ceci frise le ridicule et prêterait à sourire, à rire si la problématique des relations internationales. Nous sommes dans la confusion des genres qui n’est pas propice à une diplomatie sérieuse, réaliste confiée à des experts dont les options sont infirmées ou confirmées par les politiques. Une charte de la « première dame » (terme que récuse Brigitte Macron) nous aurait permis de mieux connaitre le champ des compétences diplomatiques de l’épouse du chef de l’État et de son interface avec la cellule diplomatique de la présidence de la République. Mais heureusement, elle nous est annoncée dans sa version « light » le 21 août 2017. À suivre…

 
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« On n’est jamais trahi que par les siens » nous rappelle le proverbe. Grâce à Elle (le magazine féminin) et aux confidences d’Elle (l’épouse du président), nous voici pleinement éclairés sur la diplomatie des Lumières d’Emmanuel Macron. Comme le souligne l’acteur américain, John Malkovich (francophone et francophile) : « à chaque élection, les électeurs semblent attendre le retour de Jésus »3. Mais, en France, nous avons été particulièrement gâtés en 2017 avec l’arrivée d’un jeune premier. Grâce aux révélations d’Elle sur lui, nous avons levé une partie du voile sur les mystères de Jupiter diplomate.

Jean Daspry
28 août 2017

1 Erin Doherty/Olivia de Lamberterie, « Appelez-moi Brigitte ! », entretien exclusif, Elle, 18 août 2017, pp. 52 à 61.
2 Jil Mercier, Emmanuel et Brigitte Macron. Vacances sous haute tension, Photos exclu !, Voici, 18-24 août 2017, pp. 18-21.
3 John Malkovich, « À chaque élection, les gens semblent attendre le retour de Jésus », www.lejdd.fr/culture , 20 août 2017.

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