Observatoire Géostratégique

numéro 244 / 19 août 2019

LE CHOUCHEN S’EMMÊLE LES PINCEAUX…

« Il n’y a pas que des salauds au gouvernement, il y a aussi des incompétents » (Guy Bedos). Nous en avons un spécimen rare derrière le bureau de Vergennes. Pour tenter de faire oublier la claque, l’humiliation que lui a infligée le président brésilien lors de sa récente visite à Brasilia1, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) se livre à une pitoyable opération de communication a posteriori en débordant le strict cadre de la relation bilatérale franco-brésilienne.

Le moins que l’on puisse dire est que le résultat de ce bavardage médiatique sollicité n’est guère brillant. Au lieu d’effacer sa bourde, Jean-Yves Le Drian met encore plus en évidence l’étendue de son incompétence notoire à la tête de la diplomatie française. Et cela vaut pour tous les sujets internationaux qu’il aborde, sans la moindre exception. La question que soulève son madrigal est simple : comment défendre l’indéfendable surtout lorsque l’on ne dispose que de capacités limitées ? C’est mission impossible pour notre Lorientais désorienté qui est très (trop) souvent à l’Ouest. Plus de deux ans après être passé de la rue Saint Dominique (où siégeait le cabinet du ministre de la Défense transformé par fatwa jupitérienne en ministre des Armées) à la rue Esnault Pelleterie (entrée du ministère des Affaires qui lui sont toujours aussi étrangères), notre breton armé semble toujours ignorer les fondamentaux de la diplomatie, en général et de la diplomatie gaullo-mitterrandienne, en particulier. Et ce n’est pas la cohorte de conseillers – de cabinards – aussi incompétents qu’inutiles, qui l’entourent et l’abreuvent de leurs avis peu éclairés, qui peuvent l’aider à assimiler l’alpha et l’oméga de la diplomatie. Ils gagneraient tous autant qu’ils sont, à lire, à assimiler et à comprendre l’excellent ouvrage d’un ex-diplomate-chercheur, Philippe Moreau Defarges, La géopolitique pour les nuls2. Peut-être qu’un jour, un diplomate non-conformiste couchera sur le papier La diplomatie pour les nuls et le dédicacera à la kyrielle de ministres des Affaires étrangères, du genre idiots utiles, qui se sont succédés dans cette grande Maison de tolérance qu’est le Quai d’Orsay. La liste est impressionnante tant le critère de la compétence a rarement été celui retenu pour procéder à la désignation de celui qui serait en charge de la diplomatie française. Au pays de la logique et de René Descartes, ce serait trop facile.

Pour la bonne compréhension de l’affaire, il est utile, si ce non indispensable, de s’en tenir au verbatim de son entretien à l’hebdomadaire Le Journal du Dimanche qui n’a rien de mieux à se mettre sous la dent en cette période de pause estivale. Une sorte d’horrible galimatias le chouchenesque. Une fois cette étape franchie, nous pourrons essayer d’en tirer la substantifique moëlle pour tous ceux qui ne veulent ou ne peuvent lire entre les lignes la prose bretonne.

LA PROSE BRETONNE : UN HORRIBLE GALIMATIAS

Pour éviter le recours à des extraits tronqués, incomplets ou sortis de leur contexte, nous avons privilégié la voie de l’exhaustivité en reprenant l’intégralité de prose de notre Breton armé. Comme le réclamait, à très juste titre, un ambassadeur dignitaire de France d’une grande qualité à ses collaborateurs : « je veux voir les textes ». Et, il avait entièrement raison. On ne raisonne bien que sur des mots car nous savons, depuis Albert Camus, que mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde.

Début de citation

Le ministre des Affaires étrangères revient sur ses rencontres au Brésil et la stabilité au Moyen-Orient.

Le président brésilien a annulé votre rendez-vous mercredi pour aller chez le coiffeur. N’est-ce pas une humiliation ?

Chacun connaît les contraintes qui ’attachent aux agendas chargés des chefs d’État. Manifestement, il y aurait eu une urgence capillaire. C’est une préoccupation qui m’est étrangère. Mais ce que j’ai pu faire lors de ma visite au Brésil pour le renforcement de nos relations bilatérales, la défense des intérêts de la France et la préparation des enjeux climatiques de la COP25 a été très positif. J’ai eu des entretiens avec mon homologue, avec la société civile brésilienne, en particulier les ONG, et avec la société civile économique. Je me suis aussi entretenu avec les gouverneurs de plusieurs États. C’est l’intérêt de la France de parler au Brésil, à tous les Brésil.

Qu’entendez-vous par là ?

Nous avons une relation bilatérale très forte. Nous avons autant d’investissements français au Brésil qu’en Chine. Près d’un millier d’entreprises françaises sont présentes au Brésil. Dans la défense, les énergies non renouvelables, l’environnement, l’agroalimentaire… Nous avons lancé le projet du « grand lycée Pasteur » à São Paulo, qui accueillera 3 000 élèves. Le parrain sera Raí de Oliveira, ancien grand joueur du Paris-Saint-Germain.

Les Brésil, comme vous le dites, oui, mais c’est le président du Brésil qui a promis de ne pas quitter l’accord de Paris. Peut-on lui faire confiance ?

J’ai été très transparent dans la volonté de clarifier nos engagements réciproques concernant le réchauffement climatique. J’ai obtenu de mon collègue des Affaires étrangères, Ernesto Araújo, la mise en place d’un groupe de travail sur les enjeux de l’environnement et sur la mise en œuvre de l’accord de Paris avant la COP25 à Santiago du 2 au 13 décembre. J’espère que ce processus-là pourra être déployé. Il faut aussi être transparent à propos du Mercosur. Les engagements affichés doivent être respectés. C’est la raison pour laquelle le Premier ministre, à la demande du Président, a engagé la mise en œuvre d’une commission d’évaluation pour s’assurer du plein respect de l’accord de Paris, de celui des normes phytosanitaires et de la protection de nos filières agricoles. C’est une grande exigence que nous posons. Ce rapport, rendu public, servira de guide de notre position finale.

Prenez-vous au sérieux les menaces de Donald Trump de taxer le vin français ?

Il faut poursuivre le dialogue avec notre partenaire américain sur ce sujet. Nous ne cherchons à cibler aucun pays en particulier à propos de la taxation du numérique. La poursuite des discussions avec les États-Unis amènera à une solution collective de bon sens.

Le président américain a aussi sanctionné le ministre des Affaires étrangères iranien. La République islamique d’Iran, elle, détricote l’accord sur le nucléaire. Y a-t-il un espace pour le compromis ?

La situation est dangereuse mais nous n’allons pas dévier de notre cap. La priorité reste d’éviter l’escalade des tensions. L’Iran ne respecte plus l’accord de Vienne sur le nucléaire. Nous avons toujours considéré qu’il s’agissait d’une mauvaise réponse à une mauvaise décision américaine de se retirer de cet accord et de mettre en œuvre des sanctions contre l’Iran. Téhéran doit se conformer de nouveau à l’accord. Sanctionner un ministre des Affaires étrangères comme l’ont fait les États-Unis n’est pas le meilleur chemin pour y parvenir. Nous devons aussi travailler pour que puisse s’ouvrir une phase de discussions plus larges que la seule question nucléaire.

C’est-à-dire ?

En dehors du nucléaire, il y a la question de la stabilité de la région. Nous travaillons fortement pour le renforcement de la sécurité maritime dans le Golfe. Nous souhaitons y apporter une réponse européenne, car la liberté de navigation est très importante.

Dans la région, justement, l’allié syrien de l’Iran vient de signer un accord de cessez-le-feu à Idlib, bombardée depuis trois mois. Peut-on croire Damas ?

La situation humanitaire dans la province d’Idlib est épouvantable, dramatique. Trois millions de personnes, dont plus de la moitié de déplacés, sont soumises à des conditions humanitaires très difficiles, y compris des tensions internes entre les groupes armés, les groupes radicaux et les groupes terroristes. Il importe que ce cessez-le-feu soit respecté et que la Russie fasse les pressions nécessaires pour éviter toute dérive et toute reprise de combat qui serait dramatique. Cela fait partie des sujets que le président Macron abordera avec le président Poutine lors de leur entretien le 19 août.

Vous avez certainement vu les photos des trois fillettes prises dans les décombres de leur maison bombardée par le régime syrien, suspendues dans le vide…

C’est épouvantable. Ce n’est qu’un cas parmi d’autres, malheureusement.

L’une des filles s’appelait Riham, elle avait 5 ans. Elle tenait à bout de bras sa petite sœur de 7 mois.

Oui.

Elle est décédée après la photo, une de ses sœurs et sa mère aussi. À quoi a servi le pragmatisme diplomatique pour cette famille ?

Le fait que les accords précédents de cessez-le-feu n’aient pas été respectés a abouti à ces images dramatiques. La prise de conscience doit être plus forte après ces images. Elles montrent une fois de plus qu’il n’y a pas de solution militaire. La seule solution possible doit aboutir à une transition et un processus électoral juste et ouvert. C’est l’initiative menée aujourd’hui par l’envoyé des Nations unies, M. Geir Pedersen. C’est sur quoi la plus grande partie de la communauté internationale est d’accord. Les acteurs doivent maintenant être au rendez-vous. Il faut que la pression médiatique et celle des acteurs internationaux les y amènent.

Moscou soutient Damas. La France a pourtant oeuvré pour faire réadmettre la Russie au Conseil de l’Europe. Était-ce raisonnable ?

Nous avons soutenu le retour de la Russie au Conseil de l’Europe avant tout pour le bénéfice des citoyens russes. Afin que la Cour européenne des droits de l’homme puisse continuer de suivre la situation intérieure. C’était le but majeur. De notre côté, nous avons clairement exprimé notre préoccupation devant la répression du week-end dernier à Moscou.

Qu’attendez-vous de la rencontre du Président avec Vladimir Poutine le 19 août ?

Depuis le début de son mandat, le Président mène un dialogue avec Moscou franc, exigeant, sans concession, sans naïveté. Un dialogue qui ne cache pas nos désaccords, souvent profonds. Mais un dialogue néanmoins. La Russie est un membre permanent du Conseil de sécurité. Elle est un acteur incontournable de la stabilité internationale et de la stabilité européenne. Personne ne peut nier cette réalité. Nous voulons voir si notre coopération peut contribuer au règlement des crises, mais nous jugerons sur les faits. Qu’il s’agisse de l’Iran, de la Syrie, de la Libye, de l’Ukraine ou des droits de l’homme. C’est important de le faire avant le sommet du G7 à Biarritz, qui traitera l’ensemble de ces sujets.3

Fin de citation

Après les saintes écritures (au sens maçonnique du terme, il va sans dire mais cela va mieux en le disant), il importe de comprendre ce qui peut bien se cacher derrière un tel charabia qui peine à masquer le vide la pensée ledrianesque.

UNE EXÉGÈSE INDÉPENDANTE : LA VACUITÉ DE LA PENSÉE

Comme dans toute analyse de ce genre, il est indispensable d’aller du général au particulier pour mieux sérier l’objet de notre recherche. Méthode rarement utilisée par les dignes représentants de nos comiques du clergé médiatique qui tiennent le haut du pavé dans le microcosme parisien. Les grands experts du nivellement par le bas ne veulent approfondir les problèmes, se contentant de l’écume des jours.

Approche globale : le primat de la com’

Les gesticulations médiatiques du ministre – orchestrées par sa porte-parole qui ne manque pourtant pas d’épaisseur, la franco-suissesse, Agnès von der Mühl – conduisent immanquablement notre chère diplomatie à une impasse sur les sujets les plus importants de l’actualité internationale. À lire et relire la prose de Jean-Yves Le Chouchen – qu’il s’agisse de cet entretien comme celui accordé à l’hebdomadaire Le Point4, nous sommes toujours aussi frappés par la vacuité de la pensée, le caractère primesautier du propos. Il est pratiquement impossible de trouver les linéaments d’une doctrine diplomatique constante et cohérente. Nous apprécierions de voir le chef de la diplomatie française décliner les grands principes qui sous-tendent l’action extérieure de la France pour pouvoir ensuite les appliquer aux exemples particuliers des principales crises internationales. Mais, rien de tout cela dans les présentations du ministre des étranges affaires. La banalité et la vacuité de notre nouveau Talleyrand est patente, criante, abyssale. Son diagnostic laisse songeur pour un homme aussi bien informé par son administration centrale, ses ambassades et consulats, les services de renseignement. Il est vrai qu’il excelle dans une diplomatie de l’incantation. Il se contente de formules creuses qui ne mangent pas de pain. Nous sommes en présence d’un vulgaire commentateur de l’actualité, et non d’un acteur des relations internationales au sens le plus noble du terme. Il est vrai que Jean-Yves Le Drian n’en est pas à son coup d’essai. L’homme est parfois brut de décoffrage, un peu rustre. Il est manifestement peu au fait des usages diplomatiques (passe encore pour un ex-ministre de la Défense) et des grands principes du droit (cela passe très mal pour un ministre des Affaires étrangères). Le drame de cette affaire minable est qu’elle concerne toute la chaîne diplomatique. Une sorte de défaillance collective, « d’étrange défaite ». Munis de cette dimension conceptuelle, nous pouvons analyser en détails les affirmations du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et tenter d’y voir un peu plus clair.

Approche spécifique : le primat de l’incohérence

Pour ce qui est de sa récente visite au Brésil, c’est un grand n’importe quoi. Entre l’humour breton sur la séance de chez le coiffeur de Jaïr Bolsonaro et les balivernes sur les ONG (est-ce le rôle du ministre ? N’est-ce pas plutôt celui de notre ambassadeur à Brasilia, Michel Miraillet) et la société civile économique (?), nous avons droit aux couplets traditionnels sur la COP25. De quel droit la France s’érige-t-elle en conscience morale sur les questions climatiques alors même elle ne remplit pas les engagements souscrits lors de la COP21 en décembre 2015 au Bourget ? Quelle laisse le soin à la présidence chilienne et à l’ONU de s’acquitter de la tâche comme le veut la coutume ! Pour ce qui est de la mise en œuvre d’un groupe de travail sur la mise en œuvre des engagements souscrits à Paris, laissons le soin au Brésil de balayer devant sa porte et nous verrons bien pour la suite. Qui dit groupe de travail dit enterrement d’une question ! La ficelle est un peu grosse et visible.

S’agissant du projet américain de taxer les importations de vin français en raison de l’imposition des GAFA en France, Jean-Yves Le Drian manie une langue de bois épaisse lorsqu’il déclare que « la poursuite des discussions avec les États-Unis amènera à une solution collective de bon sens ». Et cela pour deux raisons : la première est que les Américains ne comprennent que le rapport de forces et la seconde que le bon sens n’est pas toujours la qualité essentielle que l’on reconnaît à Donald Trump dans sa pratique courante de la diplomatie.

En ce qui concerne le dossier iranien, les masques sont tombés. Ne voilà-t-il pas que ce sont les Iraniens qui sont accusés de ne pas respecter l’accord du 14 juillet 2015 alors que c’est Donald Trump qui a déchiré l’accord ! On pense avoir des problèmes de vision en lisant sous la plume du chef de la diplomatie française : « L’Iran ne respecte plus l’accord de Vienne sur le nucléaire. Nous avons toujours considéré qu’il s’agissait d’une mauvaise réponse à une mauvaise décision américaine de se retirer de cet accord et de mettre en œuvre des sanctions contre l’Iran. Téhéran doit se conformer de nouveau à l’accord ». Une fois de plus, notre ami Le Chouchen aurait-il abusé de quelques boissons fortes en fin de journée pour se remonter le moral ? Pire encore, la France est entièrement alignée sur la position américaine consistant à exiger de Téhéran le respect de clauses qui ne figurent pas dans l’accord de 2015 : ingérences iraniennes au Liban, en Syrie, en Irak ; programme balistique qu’aucun accord ne réglemente la question des missiles. Nous sommes rassurés en apprenant que « nous travaillons fortement pour le renforcement de la sécurité maritime dans le Golfe. Nous souhaitons y apporter une réponse européenne, car la liberté de navigation est très importante ». M. de la Palice n’aurait pas dit mieux. Mais quelle réponse européenne ? Des mots, toujours des mots.

Sur le dossier syrien, le ministre procrastine sur les délires français : les bombardements russo-syriens sur Idlib sont épouvantables (comme dans toutes les guerres comme celle que conduit l’Arabie saoudite au Yémen mais qui ne semble pas nous poser problème) ; importance du respect du cessez-le-feu avec pression idoine de la Russie ; logorrhée « d’une transition et un processus électoral juste et ouvert » ne signifie strictement rien de concret et d’opérationnel… Une vieille lune de la diplomatie française qui nous marginalise dans le traitement du dossier syrien.

Pour ce qui est de l’intervention française pour une réintégration de la délégation parlementaire russe aux travaux de l’APCE du Conseil de l’Europe, notre Breton madré est fumeux à souhait, mélangeant le principal et l’accessoire. Pour expliquer les raisons de la rencontre Macron-Poutine à Brégançon (24 août 2019 à la veille du G7 de Biarritz), nous avons droit à un brouet inqualifiable de la part d’un ministre aussi expérimenté : « Un dialogue qui ne cache pas nos désaccords, souvent profonds. Mais un dialogue néanmoins. La Russie est un membre permanent du Conseil de sécurité. Elle est un acteur incontournable de la stabilité internationale et de la stabilité européenne. Personne ne peut nier cette réalité ». À ceci près qu’il aura fallu plus de deux ans à la voix de son maître pour prendre conscience de cette réalité. Pourquoi ? Parce que la France est isolée sur la scène internationale et elle se cherche à tout prix des soutiens.

Tout est l’avenant, comme d’habitude avec notre ex-maire de Lorient, ex-hiérarque du Parti socialiste, ex-maçon (il aurait pris quelques distances avec la corporation des tabliers), fondateur du « Breizh Lab » destiné à la réflexion sur les questions européennes. Notons au passage que le mot « Europe » n’est mentionné qu’une seule fois de manière tout à fait incidente dans son homélie païenne. Étonnant lorsque l’on se prétend européiste et ennemi des affreux souverainistes ! Tout ceci manque de cohérence et sent l’improvisation permanente qui coûte un « pognon de dingue ». À quand le lancement d’une véritable réforme de la diplomatie française pour lui assigner des missions précises compatibles avec notre doctrine (le jour où nous en aurons une de claire et précise) et nos moyens humains et financiers (en baisse constante) ?

 
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« Nous n’avons ni boussole, ni pilote. Cela peut-il mener à autre chose qu’à un naufrage ? » (Talleyrand). Nous sommes au cœur du problème de la pertinence de la diplomatie française confiée à des incompétents ou des opportunistes ignorant ce qu’est le service de l’État, de l’intérêt public… les intérêts bien compris de la France éternelle. Mais, notre nouveau Daladier ne manque pas de qualités. Reconnaissons volontiers à notre bien aimé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères une qualité indéniable, celle de commentateur de l’actualité ! Une sorte de folliculaire qui sévit sur les plateaux des chaines d’abrutissement en continu. Reconnaissons volontiers à notre bien aimé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères un travers indéniable, celui de la vacuité de sa pensée stratégique, si tant est que le terme soit bien adapté. Reconnaissons volontiers à notre bien aimé ministre de l’Europe et des Affaires étrangères un art consommé d’enfoncer les portes ouvertes et de se complaire devant les évidences. Lorsque l’on parvient à la lecture de la dernière ligne de son entretien (vraisemblablement relu par les très éminents membres de son cabinet), on croit rêver tant la prose est indigente. Confier les rênes de la diplomatie à une personne aussi insuffisante laisse pantois celui qui possède une modeste expérience des relations internationales et de la diplomatie. Le ministre qui ignore manifestement que la diplomatie ne doit pas se borner à enregistrer des faits. Il faut qu’elle sache les prévoir, les redresser, les utiliser au mieux des intérêts dont elle a la charge car gouverner, c’est prévoir. Or, nous sommes loin du compte tant Jean-Yves Le Chouchen s’emmêle joyeusement les pinceaux.

Guillaume Berlat
12 août 2019

1 Ali Baba, Le Chouchen danse la samba à Brasilia, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 août 2019.
2 Philippe Moreau Defarges, La Géopolitique pour les nuls, First éditions, 2016 (première édition, 2012).
3 Garance Le Caisne, (propos recueillis par), Jean-Yves Le Drian : « L’intérêt de la France est de parler à tous les Brésil », Le Journal du Dimanche, pp. 10-11.,
4 Ali Baba, Frère Le Chouchen va à confesse, www.prochetmoyen-orient.ch , 17 juin 2019.

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