Observatoire Géostratégique

numéro 284 / 25 mai 2020

L’EUROPE DECADENTE…

Les Animaux malades de la peste (Jean de la Fontaine)

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)

Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n’en voyait point d’occupés

A chercher le soutien d’une mourante vie ;

Nul mets n’excitait leur envie ;

Ni Loups ni Renards n’épiaient

La douce et l’innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient :

Plus d’amour, partant plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux,

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

L’état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons

J’ai dévoré force moutons.

Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :

Même il m’est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.

Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense

Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.

– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;

Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,

Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur

En les croquant beaucoup d’honneur.

Et quant au Berger l’on peut dire

Qu’il était digne de tous maux,

Etant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.

On n’osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance

Qu’en un pré de Moines passant,

La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant,

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n’était capable

D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

De Jean de la Fontaine à VDL (Ursula von der Leyen) et à CM (Charles Michel), il n’y a qu’un pas ! Essayons de dresser quelques enseignements de la crise sanitaire appréhendée sous l’angle de la bien-pensance européenne ! Et, force est de constater qu’elles sont loin d’être brillantes. Pour être plus exact, elles sont catastrophiques. Est-ce réellement une surprise pout toux ceux qui avaient, depuis très longtemps, ouvert les yeux sur les évidentes dérives, les graves dysfonctionnements d’une machine qui tournait à plein mais surtout à vide ?

Un bidule incapable d’affronter les vents mauvais, les tempêtes, les tsunamis. Pourtant, jusque dans un passé très récent, on nous chantait la douce chanson du tout va très bien madame la marquise tout en se gardant bien de nous informer qu’on déplorait un tout petit rien (l’existence d’une pandémie comparable à la grande peste de la fin du XIXe siècle ou de la grippe espagnole du début du XXe siècle). Au niveau européen, c’est le traditionnel, courage, fuyons qui signe aujourd’hui la fin de l’Europe et, dans une moindre mesure, le déclin des nations. En définitive, l’Europe, c’est un électroencéphalogramme plat en dépit d’un collapse général que ne peut empêcher sa mise sous respirateur artificiel.

TOUT VA TRÈS BIEN MADAME LA MARQUISE…

À méditer en ces temps où chaque jour nous apporte son lot de mauvaises nouvelles (le tiers de l’humanité serait confiné), sa liste impressionnante de décès en France et aux quatre coins de la planète ! Morts anonymes que l’aide de la ventilation ne sera pas parvenue à sauver de la lame aiguisée de la Faucheuse. Morts innocents qui paient au prix fort l’impéritie de dirigeants qui n’ont soit rien vu venir (en dépit des informations dramatiques venues de Wuhan), soit n’ont pas voulu voir (en dépit des informations préoccupantes des experts de la santé1 et des services de renseignement)2. Mort annoncée, également, d’une personnalité juridique sans corps et sans âme dont personne ou presque ne parle. Personnalité dont les Cassandre annonçaient depuis belle lurette que la santé était chancelante en dépit de ses démonstrations de vitalité apparente3.

Ils avaient même le toupet de confirmer, à échéance régulière, leur diagnostic préoccupant, jusque dans un passé récent4. Mais, les Diafoirus penchés à son chevet nous assuraient qu’elle avait bon pied, bon œil. Ils préparaient moultes colloques pour envisager son avenir radieux en dépit des multiples symptômes de son anémie et de son atonie. À les croire, elle avait la vie devant soi. Les rabat joies devaient faire acte de contrition pour avoir joué les oiseaux de mauvais augure. Tout allait très bien madame la marquise même si l’on se plaisait à dissimuler le tout petit rien problématique pour la suite5.

… ON DÉPLORE UN TOUT PETIT RIEN

Et patatras, alors que le monde commençait à entrevoir les promesses d’un printemps radieux, un tout petit rien venait gâcher la fête6. Un virus microscopique, qui n’avait pas de visa et se moquait des frontières réelles ou virtuelles. Une bestiole qui, partie de l’Empire du Milieu, s’entêtait à découvrir le monde en empruntant les célèbres « nouvelles routes de la soie », transformées en « nouvelles routes du Covid-19 ». Un adepte de la libre-circulation, du tourisme sans frontières désireux de faire connaissance d’un haut lieu de la « mondialisation heureuse » qui avait élu domicile outre-Quiévrain dans une charmante bourgade du nom de Bruxelles. Un migrant – une fois n’est pas coutume – que personne ne voulait accueillir en son sein généreux, y compris nos droits-de-l’hommistes invétérés (BK ou BHL). Hier encore, les adeptes de sa religion – qualifiés d’eurocrates – vantaient à longueur de temps les vertus bénéfiques de leur nouveau Testament sur le bien-être de chacun. Leurs mots favoris étaient ceux de normes, de procédures, de contraintes, de sanctions.

À contrario, ceux d’action, de réactivité, de prévision, d’anticipation étaient tout simplement bannis de leur langage abscons. À coup de phrases transformées en slogans, devenues vérités d’Évangile, éléments de langage (EDL) inlassablement ressassés, ils nous chantaient les louanges d’une Europe qui était notre avenir parce qu’elle nous protégeait. Ces nouveaux clercs7, Jocrisses du XXIe siècle, avaient des trémolos dans la voix, en évoquant avec lyrisme, les mots de nation européenne, de peuple européen, de souveraineté européenne, d’hymne à la joie… Faute de pouvoir administrer la preuve irréfragable des vertus des élixirs administrés par les docteurs Commission, Parlement, Conseil, Cour de Justice de l’Union européenne… aux citoyens, ils s’évertuaient à nous raconter quelques fables auxquels ne croyaient que les gogos. Seul un garnement de la mauvaise troupe décida, un certain 23 juin 2016, que c’est en était trop et qu’il était temps de claquer la porte du machin.

En dépit des borborygmes et autres éructations du reste de la colonie, il confirma son intention de divorcer. Il a pour nom Royaume-Uni qui estimait ne plus avoir sa place dans une Europe qualifiée d’Union alors qu’elle avait toutes les caractéristiques d’une désunion tant l’affectio societatis faisait gravement défaut.

COURAGE, FUYONS

Alors que la crise sanitaire – même si la santé ne figure pas expressément dans la liste des compétences spécifiques du cabri -, les citoyens inquiets attendaient un minimum de compréhension, de solidarité du technopole bruxellois pour soulager leurs maux. Il n’en fut rien tant nos grands prêtres renvoyèrent prestement la balle aux États-nations qu’ils vilipendaient la veille8. Confus, mais un peu tard, ils avaient quelques explications jésuitiques pour nous signifier, que lorsque la mort est aux trousses, il ne fallait pas compter sur la mise en œuvre des dispositions du fameux TFUE (traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, pour les connaisseurs)9, en particulier de son article 610, pour adoucir leurs souffrances. Pas plus que la très fameuse clause de solidarité, article 222 (dont nos braves amis fédérastes nous expliquaient avec force arguments qu’elle était le pendant de l’article 5 du traité de Washington de 1949 qui porta sur les fonts baptismaux l’Alliance atlantique ou OTAN située à Evere dans la banlieue de Bruxelles), qui se lit ainsi :

Début ce citation

TITRE VII CLAUSE DE SOLIDARITÉ Article 222

1. L’Union et ses États membres agissent conjointement dans un esprit de solidarité si un État membre est l’objet d’une attaque terroriste ou la victime d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine. L’Union mobilise tous les instruments à sa disposition, y compris les moyens militaires mis à sa disposition par les États membres, pour :

a) – prévenir la menace terroriste sur le territoire des États membres ; – protéger les institutions démocratiques et la population civile d’une éventuelle attaque terroriste ; – porter assistance à un État membre sur son territoire, à la demande de ses autorités politiques, dans le cas d’une attaque terroriste ;

b) porter assistance à un État membre sur son territoire, à la demande de ses autorités politiques, en cas de catastrophe naturelle ou d’origine humaine.

2. Si un État membre est l’objet d’une attaque terroriste ou la victime d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine, les autres États membres lui portent assistance à la demande de ses autorités politiques. À cette fin, les États membres se coordonnent au sein du Conseil.

3. Les modalités de mise en œuvre par l’Union de la présente clause de solidarité sont définies par une décision adoptée par le Conseil, sur proposition conjointe de la Commission et du haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Lorsque cette décision a des implications dans le domaine de la défense, le Conseil statue conformément à l’article 31, paragraphe 1, du traité sur l’Union européenne. Le Parlement européen est informé. Dans le cadre du présent paragraphe, et sans préjudice de l’article 240, le Conseil est assisté par le comité politique et de sécurité, avec le soutien des structures développées dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune, et par le comité visé à l’article 71, qui lui présentent, le cas échéant, des avis conjoints.

4. Afin de permettre à l’Union et à ses États membres d’agir d’une manière efficace, le Conseil européen procède à une évaluation régulière des menaces auxquelles l’Union est confrontée ».

Fin de citation

Mais, pauvres imbéciles que vous êtes, il ne s’agit que d’une vulgaire clause de style que l’on nous avait vendu pour nous vanter les mérites du fameux traité de Lisbonne ! Ce fameux traité auquel les Français ont dit non par referendum et que Nicolas Sarkozy leur a imposé par la voie du Parlement réuni en congrès. En réalité, ce TFUE est une vaste blague digne d’un marchand de foires. Un exercice de juristes pour juristes qui n’ont rien à faire de la protection des citoyens européens qu’ils considèrent comme de simples empêcheurs de tourner en rond. Un exercice « des envoutés du sans-frontièrisme et du bougisme »11. Nous tenons la preuve de l’existence d’une Europe en trompe-l’œil, pour ne pas dire d’une Europe Potemkine, prompte à édicter des sanctions contre la Russie mais un peu moins à exister par et pour ses citoyens. « L’Europe… est devenu un jeu d’ombres qui ne peut être pris au sérieux, ce qui l’est si peu »12. Exception faite de l’action de la Banque centrale européenne (BCE) malgré quelques retards à l’allumage et quelques bourdes de sa présidente, « Christine Lagaffe »13, le moins que l’on puisse dire, à la lumière de la gestion concrète de la crise du coronavirus, c’est que l’Union européenne ne sait ni gérer l’urgence, ni préparer l’avenir14. Il s’agit un constat objectif et non d’une élucubration de souverainiste mal dégrossi. Elle ne sait ni anticiper, ni préparer le monde de l’après-crise15. Défaut rédhibitoire lorsque prétend gouverner les citoyens européens.

LA FIN DE L’EUROPE, LE DÉCLIN DES NATIONS

De ce constat objectif, il faudra bien tenir compte et tirer les conséquences qui s’imposent dès la crise sanitaire passée. Rien ne pourra plus être comme avant sous peine de se réserver quelques mauvaises surprises venant des peuples, des citoyens martyrisés. En cas de gros temps, l’Union européenne n’est qu’une simple coquille vide. « L’Union européenne ne s’est définie pour nous protéger, mais au contraire pour nous ouvrir sur le grand large, enfermés que nous étions dans nos espaces trop nationaux »16. Les citoyens savent désormais que leur seul salut passe par l’État-nation qu’on présente depuis des décennies comme un objet du passé. Mais, un État-nation qui est comme le roi, nu comme un ver et qui n’a plus ni sa capacité prospective d’antan ni les moyens budgétaires pour disposer d’un système de santé à la hauteur des défis du XXIe siècle17.

Citons simplement la question des masques à ce propos !18 On parle de solidarité européenne, de liberté de circulation des hommes et des marchandises conformément au traité de Schengen pendant que l’on ferme les frontières extérieures de l’Union (en Grèce pour cause de déferlement migratoire rendu possible par le maquereau du Bosphore) et chacun des États membres fermes les siennes avec ses voisins. Comme dit l’autre, cherchez l’erreur. Notre Leader « mea maxima culpa » ne se rend pas compte que Schengen n’existe plus. Son acte de décès a été scellé sur l’autel des crises migratoires et, surtout, sanitaires. Le traité de Maastricht est aussi bien mal en point19. Mais, cette épidémie remet en cause plus largement tous les fondements de l’Europe voulue par ses adorateurs : mondialisation, libre-échange, libre-circulation des hommes, des marchandises, des biens, des capitaux, division internationale du travail20, fin de l’Histoire, de la géographie, des frontières, des États-nations, omnipotence et l’omniscience de la technostructure bruxelloise21.

Que penser dans ce contexte des déclarations lénifiantes du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire – notre normalien-énarque à la tête de premier de la classe qui ne tient que par son costume – au Figaro pour qui : « De cette crise sanitaire doit sortir un nouvel ordre mondial dans lequel les Européens affirmeront leur puissance et leur souveraineté »22. Comme le chantait si bien Dalida au siècle dernier : « Encore des mots toujours des mots. Les mêmes mots ».

Nous allons pouvoir dormir du sommeil du juste en apprenant, le 26 mars 2020, que les dirigeants européens avaient affiché leur volonté de mobilisation collective23. Des mots creux pour signifier qu’ils préparent la suite24, en particulier un chômage de masse25 ! Principe de précaution oblige, il aurait fallu y penser plus tôt pour ne pas se trouver dans la situation présente. Mais, ce n’est pas dans les habitudes de la Maison commune.

Quand va-t-on se décider à imaginer une nouvelle architecture de la mondialisation ?26 Mais où sont donc passés les hommes d’État qui se retranchent lâchement derrière l’avis des scientifiques pour échapper à leurs responsabilités ?27 La crise sanitaire accentue les divergences entre Américains et Européens28. En dernière analyse, « le choc du coronavirus est en train de pulvériser des croyances très enracinées » comme le souligne justement, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine29. Les réflexions de Marcel Gaucher sont également les bienvenues dans le désert intellectuel actuel pour éclairer la géopolitique du coronavirus30.

L’UNION EUROPÉNNE DE L’ÉLECTROENCÉPHALOGRAMME PLAT

« L’Europe n’a pas eu la politique de sa pensée » (Paul Valéry)

Quelles conclusions, nécessairement provisoires et sommaires, peut-on tirer de la situation actuelle en Europe ?

La crise du coronavirus, c’est tout d’abord et avant tout la double peine pour les citoyens : une Europe inexistante, des États-nations incompétents qui ne les protègent de rien et certainement pas d’un virus microscopique qui se déplace sans visa (« le virus n’a pas de passeport » cher à Emmanuel Macron). Ils ne savent plus à quel saint se vouer. Dieu sait, ce qu’ils décideront lors des prochaines électorales ? Sanctionner la carence de leurs dirigeants31 et les remplacer par qui ? Nous pourrions avoir de sacrées surprises.

La crise du coronavirus, c’est ensuite la chronique d’une mort annoncée de l’Europe car tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse32. Ce dont certains n’ont pas encore pris la juste mesure33. « Sous respirateur artificiel, le collapse géant de l’Europe »34. En un mot, la fin d’une illusion. À terme, l’Union européenne n’est-elle pas promise au funeste sort de la Société des Nations qui débattait du sexe des anges alors que la guerre se préparait ? C’est une hypothèse qu’il ne faut pas écarter d’emblée par idéologie. Elle doit être prise au sérieux le jour où sera venu le temps du bilan de son action dans la crise du Covid-19. Y compris s’il faut l’écarter. Anticiper, c’est envisager toutes les hypothèses, y compris les pires.

La crise du coronavirus, c’est par ailleurs, la mise en lumière de l’absence de la fonction anticipation au niveau européen. Au moment où elle devrait consacrer toutes ses énergies pour trouver la moins mauvaise solution à la pandémie, que fait-elle de plus urgent ? Incroyable mais vrai, elle accepte d’engager les négociations pour intégrer la Macédoine et l’Albanie en son sein. On comprend mieux ainsi le décalage permanent existant entre les préoccupations des citoyens européens et les sujets traités par les technocrates bruxellois en priorité. « L’anticipation de la menace n’existe quasiment plus dans la conscience européenne… La paix et la prospérité jointe au court-termisme de la performance économique, ont évacué la dimension stratégique de l’existence politique »35.

 
Si cet article vous a plu, aidez-nous et faites un don !





La crise du coronavirus, c’est enfin le révélateur impitoyable qui a déchiré sans vergogne la tunique sans couture de l’européisme36. Une sorte de parabole de l’Europe malade du coronavirus. Que n’a-t-on pas écouté les avertissements des lanceurs d’alerte au début de la crise en Chine ? Comme l’écrivait Hans Jonas : « la prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire n’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite »37.

Jean Daspry
30 mars 2020

1 Raphaëlle Bacqué, La mission impossible de Jérôme Salomon. Dès 2016, l’actuel directeur général de la santé, s’inquiétait des insuffisances du système de santé français. Confronté aujourd’hui à la pandémie causée par le coronavirus, il se voit obligé de les justifier, Le Monde, 23-24 mars 2020, p. 13.
2 Coronavirus : révélateur de l’incompétence stratégique française, www.geopolintel.fr , 16 mars 2020.
3 Jean Daspry, De l’Union européenne à la désunion européenne. Chronique d’un désamour annoncé, www.association-desinternationlistes.org/tribune , 8 juin 2014.
4 Jean Daspry, L’Europe, quel numéro de téléphone ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 9 mars 2020.
5 Christelle Gérand, L’Éthiopien Tedros Adhanom, directeur controversé de l’OMS, Le Figaro, 26 mars 2020, p. 20.
6 Myriam Benraad, La grande colère du monde, éditions Le cavalier bleu, 2020.
7 Julien Benda, La trahison des clercs, Grasset, 1927, réédité et augmenté en 1946.
8 Eugénie Bastié (propos recueillis par), Alain Finkielkraut : « Le nihilisme n’a pas encore vaincu, nous sommes encore une civilisation », Le Figaro, 27 mars 2020, p. 26.
9https://eur-lex.europa.eu/resource.html?uri=cellar:88f94461-564b-4b75-aef7-c957de8e339d.0010.01/DOC_3&format=PDF
10 Article 6 : L’Union dispose d’une compétence pour mener des actions pour appuyer, coordonner ou compléter l’action des États membres. Les domaines de ces actions sont, dans leur finalité européenne : a) la protection et l’amélioration de la santé humaine…
11 Ivan Rioufol, Premières leçons à tirer de la crise sanitaire, Le Figaro, 27 mars 2020, p. 27.
12 Régis Debray, L’Europe fantôme, Collection « Tracts », Gallimard, 2019.
13 Éditorial, La BCE à la hauteur des enjeux, Le Monde, 22-23 mars 2020, p. 27.
14 Xavier Ragot, Gérer l’urgence et préparer l’avenir, Le Monde, 22-23 mars 2020, p. 24.
15 Alexandre Devecchio (propos recueillis par), François Lenglet « Il faut déjà penser au monde d’après », Le Figaro, 26 mars 2020, p. 26.
16 Alexandre Devecchio (propos recueillis par), Marcel Gaucher : « Si cette crise pouvait être l’occasion, d’un vrai bilan et d’un réveil collectif », Le Figaro, 26 mars 2020, p. 24.
17 Frédéric Potet, Hôpital, les mots du mal-être, Le Monde, 22-23 mars 2020, p. 27.
18 Anne-Laure Barriet, Masques : enquête sur une faillite d’État, JDD, 22 mars 2020, pp. 8-9.
19 Éric Albert/Cécile Boutelet/Jérôme Gautheret/Virginie Malingre, Les trois semaines qui ont bouleversé l’orthodoxie économique européenne, Le Monde, 27 mars 2020, pp. 12-13.
20 Yves Morvan, Coronavirus : vers la fin du « made in monde » ?, Réflexion, Ouest France, 21-22 mars 2020.
21 Guillaume Berlat, Les Européens ont la mémoire courte ou la parabole du veau d’or, www.prochetmoyen-orient.ch , 16 mars 2021.
22 Marc Landré/Marc Siraud (propos recueillis par), Bruno Le Maire : « Notre économie ne peut pas et ne doit pas s’arrêter », Le Figaro, 21-22 mars 2020, p. 5.
23 Fabrice Nodé-Langlois, Le G20 et l’Europe au chevet d’un monde confiné. Le « front uni » des dirigeants du monde, Le Figaro, 26 mars 2020, pp. 1-6-7.
24 Virginie Malingre, Au Conseil européen, les Vingt-Sept préparent la suite, Le Monde, 28 mars 2020, p. 10.
25 Éric Albert/Raphaëlle Besse Desmoulières/Jean-Baptiste Chastand/Jérôme Gautheret/Anne-François Hyvert/Sandrine Morel/Jean-Pierre Stroobants, En Europe, le cauchemar du chômage de masse, Le Monde, 28 mars 2020, pp. 10-11.
26 David Djaïz, Coronavirus : pour une nouvelle architecture de la mondialisation, Marianne, repris par www.les-crises.fr , 23 mars 2020.
27 Guillaume Tabard, Conseils scientifiques et décision politique, Le Figaro, 26 mars 2020, p. 19.
28 Piotr Smolar, La crise accentue les divergences entre Américains et Européens, Le Monde, 27 mars 2020, p. 10
29 Anne Fulda (propos recueillis par), Hubert Védrine : « Le choc du coronavirus est en train de pulvériser des croyances très enracinées », Le Figaro, 23 mars 2020, p. 24. 
30 Alain Frachon, Géopolitique du coronavirus, Le Monde, 27 mars 2020, p. 24.
31 Ellen Salvi, L’épidémie grossit à la loupe les failles du pouvoir, www.mediapart.fr , 26 mars 2020.
32 Lucie Roquebain, Nouveau monde, nouvelle Europe, Les Échos, 23 mars 2020, p. 25.
33 Eugénie Bastié (propos recueillis par), Dominique Reynié : « La crise sanitaire que nous vivons pourrait être fatale à l’Union européenne », Le Figaro, 23 mars 2020, p. 25.
34 Sous respirateur artificiel. Le collapse géant de l’Europe, Marianne, 20-26 mars 2020, p. 1-21-22-23
35 Marcel Gauchet, précité.
36 Éric Zemmour, L’Union européenne, première victime du coronavirus, Le Figaro Magazine, 20 mars 2020, p. 43.
37 Eugénie Bastié, Coronavirus : la difficulté d’agir face aux « cygnes noirs », Le Figaro, 21-22 mars 2020, p. 25.

Print Friendly, PDF & Email