Observatoire Géostratégique

numéro 244 / 19 août 2019

ORIENT-ATIONS 229

DERNIERE AGRESSION CONTRE GAZA : BOYCOTTONS L’EUROVISION EN ISRAËL – Richard Labévière. Depuis vendredi dernier, la tension a ressurgi entre Tel-Aviv et Gaza. Près de 450 tirs de mortiers et de roquettes ont été déclenchés par les factions palestiniennes en direction d’Israël depuis samedi matin. Des tirs nombreux – dont près de 150 ont été interceptés par le système de défense « Dôme de fer » – obligeant la population à se réfugier dans les abris. Au total, trois Israéliens ont été tués à Ashkelon, dans le sud d’Israël, par les roquettes palestiniennes, a fait savoir la police. Il s’agit du bilan le plus lourd depuis la dernière guerre de l’été 2014. En réponse, les raids israéliens ont visé plus de 200 cibles à Gaza, où au moins neuf personnes sont mortes. Depuis samedi, l’armée israélienne a lancé une vaste campagne de frappes aériennes contre près de 220 cibles militaires dans l’enclave palestinienne. Selon ses communiqués, elle a notamment atteint des entrepôts, des sites de lancement, un atelier de fabrication souterrain de roquettes présenté comme une infrastructure essentielle, en face de la communauté de Netzarim, ainsi que les locaux du bataillon du Hamas à Boureij. Elle a détruit un tunnel d’attaque, creusé 20 mètres sous terre près de la ville de Rafah, attribué au Jihad islamique. Un bébé de quatorze mois a été tué à l’est de Gaza-ville, ainsi que sa mère de 37 ans, enceinte. Le ministère de la défense israélien a décidé de fermer les points de passage de Kerem Shalom et d’Erez vers Gaza, ainsi que de restreindre une nouvelle fois la zone de pêche à son minimum.

Lundi matin, l’armée de Tel-Aviv a suspendu ses bombardements, vraisemblablement en perspective du prochain gala de l’Eurovision. Israël cherche à faire croire qu’il est un Etat comme les autres. Parce qu’il viole, depuis sa création, plusieurs centaines de résolutions des Nations unies, il n’est pas un Etat comme les autres et c’est pourquoi il faut impérativement boycotter aussi la prochaine manifestation de l’Eurovision ! Vive BDS !
 
 
JACQUES-MARIE BOURGET NOUS DIT : « TEMINE, L’AVOCAT QUI CRACHE SUR LA TOMBE DE VERGES… » Pascale Robert-Diard, critique du théâtre judiciaire pour « Le Monde », n’échappe pas à la jouissance quand elle monte. Celle qui habite aussi ses équivalents qui opèrent à Bastille quand le ténor entame son solo. Le 4 avril en salle d’audience du TGI de Paris, nous venons d’assister au dernier acte du procès Bernard Tapie. Encore envahie par l’émotion, celle que provoque la voix pur stradivarius de Maître Hervé Temime, la plume bouillante, la journaliste transmet à ses lecteurs le bonheur de la musique entendue. Pascale Robert-Diard est subjuguée. Et c’est dommage que les robes noires n’aient pas droit aux rappels et au salut avant que le rideau ne tombe. Sous le titre « Au procès Bernard Tapie, son avocat met en pièce le dossier d’accusation », la dame de presse donne à lire à ses lecteurs un papier publié en mots de dithyrambe. Tapie est innocent et Temime est son prophète. C’est le droit le plus sacré, pour madame Robert-Diard ou pour Cyrile Hanouna, d’écrire ce qu’ils veulent. Et nous saurons le 9 juillet, jour du verdict, en quelles « pièces » l’accusation a été « taillée » : drame ou vaudeville…

Ce qui nous intéresse dans ce feuilleton Tapie, ce n’est pas la prévarication qui lui sert de trame, mais une phrase prononcée par ce Temime. La ravie Robert-Diard écrit dans son quotidien de révérence -jadis de « référence »-: « Me Temime s’offre le plaisir d’une digression cruelle : « Je me souviens d’un dessin du Monde dans lequel Georges Ibrahim Abdallah et Klaus Barbie se croisaient en prison. “Toi aussi tu as eu Jacques Vergès comme avocat ?, demandait le premier. Oui, il est mauvais et en plus il est cher”, répondait le second…» ». Voilà le moche, le honteux, le dégueulasse, le lâche : un avocat qui s’en va cracher sur la tombe d’un confrère mort. Une telle allusion à ce dessin, qui aurait donc décrit la nullité et la cupidité de celui qui fut un compagnon de De Gaulle, à Londres, alors qu’il n’avait que 17 ans, est un déshonneur pour celui qui la profère. Bien sûr, personne n’a moufeté. Pensez-donc, Maître Temime, c’est mieux que du mètre cinquante, c’est du géant. Chaque mot coûte cher dans sa bouche diamantée, coupante. Le Conseil de l’Ordre a continué de dormir et le tribunal caché ses nez dans le pupitre. S’en prendre à un mort est donc une valeur du Nouveau monde. Et du nouveau « Monde » qui n’a pas protesté.

Passons l’insulte, elle aurait fait rire un Vergès rompu à la fréquentation des hommes de petite taille. D’ailleurs, disparu depuis six ans, il ne va pas tarder à revenir, ces moments d’absence sont dans ses habitudes. Mais attachons nous aux faits. Au risque pris par l’immense avocat d’avoir propagé une « fake news » en nous affirmant avoir vu ce dessin : Barbie et Abdallah étrillant Vergès dans « Le Monde ». En ce qui me concerne, après des heures de recherche, jusqu’à la documentation du « Monde », je n’ai pas retrouvé ce graffiti. Temime aidez-nous !

Vergès, le résistant de juin 40, le soldat de la France Libre, n’a pas voulu, en le défendant, exonérer Barbie de ses crimes. Sa présence à la défense n’était qu’une occasion historique de dire à l’humanité : « Comment voulez-vous juger Barbie sans jamais avoir condamné Bousquet et Papon, Aussaresses et ses semblables ? ». Serein, l’avocat expert en « rupture », n’avait aucune leçon à recevoir sur le thème d’une tendresse nazie ou d’antisémitisme. En février 1983, c’est donc en toute logique que notre fumeur de cigares a défendu le barbare des Gaules, extradé de Bolivie, dès qu’il a posé un pied à Lyon. Enfermé au Fort Montluc, la prison où il avait torturé Jean Moulin, Barbie, est détenu en quartier de haute sécurité, isolé de tout contact.

Pour en revenir à « ce dessin du « Monde » », le juste sort fait au bourreau des enfants d’Izieu exclut qu’il ait jamais échangé un mot avec un autre prisonnier. Même avec un militant révolutionnaire qui va devenir célèbre, Georges Ibrahim Abdallah (« GIA »). C’est à Lyon, le 24 octobre 1984, où se croyant pourchassé par des agents du Mossad, qu’Abdallah se réfugie dans un commissariat. Examinant son passeport, les fonctionnaires l’accusent de leur mettre sous le nez un faux document algérien. Un délit jugé en correctionnelle le 10 juillet 1986, un cas pas très peu pendable, et même banal, à la hauteur de compétence d’un avocat débutant et commis d’office. Mais c’est Vergès, qui défend celui qui se présente comme un « révolutionnaire libanais » qui reçoit le tarif habituel en ce cas d’espèce : quatre ans de prison. Avec la « préventive » et les remises de peine, Abdallah devrait être bientôt dehors. En quoi dans cet épisode, pour revenir aux propos de Temime, Vergès a-t-il été « mauvais et cher »? Lui qui n’a jamais exigé un centime d’un client totalement engagé dans la défense de la Palestine, un combat qu’il partage. Mais Abdallah ne sera pas libéré. Magie des services secrets, voilà que, dans un studio parisien, on découvre une valise. Elle contient plusieurs armes, dont une utilisée pour tuer un agent israélien à Paris. Mieux, la mallette recèle aussi une bouteille de « Corrector » portant les empreintes du marxiste venu du Liban. Voilà la preuve irréfutable : Abdallah est un criminel. Pour ne pas embrumer les raisons d’états, en l’occurrence la France, Israël et les USA (un agent de la CIA a été lui aussi abattu), la justice oublie de prendre en compte que la prodigieuse valise contient aussi un quotidien. Un journal daté d’une période où « GIA » est déjà en prison. Donc impossibilité qu’il ait stocké ces armes dans cette providentielle valise.

Mais l’Elysée de Mitterrand s’en moque, avant tout défendons « l’Occident » plutôt que la justice. Abdallah quitte la prison de Lyon pour Paris. En février 1987, il comparait devant une « Cour Spéciale » qui le condamne à la perpétuité. Vergès a fait son travail puisqu’il a convaincu le procureur qui n’a réclamé « qu’une » peine de « moins de dix années de prison »… Parallèlement, honoraires-honoraires, l’avocat demeure « pas cher », il reste gratuit comme il l’est pour Barbie. Humour, Vergès aurait-il été « mauvais » que ces deux clients n’auraient pu en juger. L’un et l’autre ont refusé d’assister aux audiences de leurs procès ! Dans sa saillie haineuse, Hervé Temime a oublié de signaler le rôle d’un confrère, jugé sans doute exemplaire. Dans le dossier Abdallah, pour enrayer le travail de Vergès qui l’inquiète, le saboter, la DGSE a réussi à engager un autre avocat, Jean-Paul Mazurier l’un de ses agents, une barbouze. Et l’avocat de Tapie oublie de nous préciser le coût de celui-ci. Cher ou pas cher ? Bon ou mauvais ?

Mais Temime a raison, il faut être vigilant quand on parle d’argent, lui qui ne prend pas un kopek à ses clients et gagne toutes ses causes. Sous le titre « Hervé Temime, l’avocat des puissants », article signé dans « Les Echos » par Valérie de Senneville, j’ai trouvé un portrait du ténor dont le contre ut enchante Pascale :

« Son cabinet affiche l’un des plus beaux tableaux de chasse du barreau de Paris. On ne compte plus les chefs d’entreprise (Alain Afflelou, Jacques Servier, Guy Wildenstein…) et les stars (Gérard Depardieu, Roman Polanski, Nathalie Baye, Laura Smet…) qui ont fait appel à lui. Un soupçon de finance, une pincée de people, la recette pour briller à Paris. L’avocat est bon, et on le sait. Il le sait. Hervé Temime n’a plus rien à prouver, mais a toujours peur de perdre ses dossiers : « Quand vous défendez des hommes d’affaires, politiques, médecins, artistes pour lesquels l’irruption de la justice est totalement inattendue, la relation humaine, la prise en charge psychologique de cet évènement souvent traumatisant est déterminante », explique-t-il. »

Vous avez compris que ce petit frère des riches a toutes les bonnes raisons de s’occuper des deniers du révolutionnaire Abdallah, c’est sa cause. Alors qu’en défendant Abdallah Vergès, « Le salaud lumineux » a retrouvé une ancienne vaillance, quand il défendait ces condamnés à la guillotine (celle de Mitterrand), des héros du FLN. Juste pour l’honneur de la justice. Une vertu et un courage qui étaient absents le 4 avril au TGI de Paris, où, sous le crachat, on jugeait un héros en euros, Bernard Tapie.
 
 
JACQUES-MARIE BOURGET II : LES CARABISTOUILLES DU JUGE TOURNAIRE… Le magistrat financier Tournaire épinglé par la LDH… Dans un article écrit avec une brosse à reluire, c’est dire s’il est au poil, on a pu lire dans Le Monde – sous la  « plume » de Philippe Ridet – un portrait du juge Serge Tournaire, la star invisible du Parquet National Financier (PNF), son imam caché. On sait seulement, qu’engagé à rebours sur le chemin d’Adolphe Thiers, ce trotteur en Nike a relié Paris à Versailles en 1 heure et 17 minutes. Cette nature de sportif, et de magistrat de fonds, a un inconvénient. Ne craignant pas le froid les magistrats à forte santé ont tendance à travailler les fenêtres ouvertes. Et, vous n’allez pas me croire, c’est un risque pour la préservation du secret de l’instruction : il suffit qu’un courant d’air se lève pour que les procès-verbaux s’envolent. Risquant une fois étalés sur le trottoir de tomber entre les mains « d’investigateurs de presse », des plumes de lois, la race nouvelle d’informateurs photocopistes. Qui peuvent alors se saisir fautivement de la lourde besogne du magistrat pour la coller dans le journal. Et là ils peuvent enfin se dire « journalistes ».

Pour en revenir à Tournaire, courant février (c’est le cas de le dire) il est étonnant qu’un juge aussi véloce ne se soit pas propulsé jusqu’au 138 rue Marcadet, dans le XVIIIe de Paris. Il aurait pu assister à la conférence de presse donnée par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), dont il a été le héros en négatif.

De quoi s’agissait-il ? Oh pas grand-chose. Rien que de la scandaleuse incrimination d’un homme, Mohamed Kadamy, 68 ans. Un opposant djiboutien réfugié politique en France depuis 2006 que Tournaire a mis en examen pour « terrorisme ». La Ligue des Droits de l’Homme, alors qu’elle n’intervient jamais dans des combats politiques mais seulement face aux entorses faites aux droits de l’homme, affirme que Tournaire a abusivement maltraité Kadamy. Le juge d’instruction du PNF, théoriquement spécialisé dans la chasse aux délinquants fiscaux, sans qu’on sache qui lui a commandé de la faire, s’est mis subitement à exécuter, contre Kadamy, une Commission Rogatoire Internationale (CRI) venue de Djibouti. Qui accuse son citoyen d’avoir revendiqué l’incendie de trois voitures privées utilisées comme transports de troupe dans le désert de la Corne d’Afrique.

Heureux hasard, l’impitoyable Tournaire, toujours à la poursuite de son diamant vert -le financement libyen de la campagne de Sarkozy- est convaincu de trouver sa pierre sans achoppement là-bas à Djibouti ; où vit dans une retraite tranquille Wahib Nacer, ancien haut cadre du Crédit Agricole de Genève. Aux yeux de la LDH et à ceux de Bérenger Tourné, l’avocat du malheureux djiboutien, l’échange de mauvais procédés parait simple : j’exécute la CRI qui vise Kadamy et la justice du petit pays africain me facilite l’accès à Wahib Nacer l’homme qui détient le secret de l’inaccessible diamant vert Libye. Hop, en un aller et retour de clavier, et le « terroriste » est mis en examen pour « complicité »,  « par instigation des crimes d’atteinte à l’intégrité des personnes, de séquestration, de détournement de moyens de transport, d’extorsion et de destruction par l’effet d’un incendie de biens publics et privés, entreprise dont le but était de troubler gravement l’ordre public par la terreur ».Tant pis si, au passage contrairement au droit, l’adresse de Kadamy en France est donnée à ceux qui le poursuivent.

L’encre des PV à peine sèche, le juge du PNF, accompagné d’une escorte -ce qui coûte une fortune- est à Djibouti. Il entend Wahib Nacer qui, hélas, n’étaye pas le scénario construit par les magistrats du PNF et leur relais de « Médiapart ». Questionné le retraité ne fait qu’administrer au juge un cours de droit bancaire que le magistrat aurait pu suivre à HEC. Jouy-en-Josas c’est moins loin, plus rapide et moins cher.

Pressé de boucler son dossier, puisqu’il est muté en juin, alors que tout le Palais de justice sait qu’il a peu de chance de jamais être présenté devant un tribunal, Tournaire est passé en mode sprint pour clore son instruction. Il y a quelques jours il a foncé, non pas au bout du monde, mais à Saint Etienne où un réfugier libyen lui promettait des « révélations » capitales. Hélas son dossier n’était que fausse monnaie.

Avec Alexandre Djouhri, au départ victime collatérale du financement de la campagne de Sarko, mais bloqué, déclaré faussement « en fuite » en Angleterre depuis plus d’un an  par la grâce d’un mandat d’arrêt aussi légal qu’un croche pied sur un terrain de foot (ses défenseurs utilisent les mots de « vrai-faux mandat »)… Avec ces millions versés par Kadhafi à Sarko, mais dont on ne trouve pas trace, le juge Tournaire est lancé dans une course où il ne peut plus se contenter d’être marathonien, mais Ussain Bolt.

Alexandre Djouhri sur son lit d’hôpital à Londres. Publiée avec l’autoristation d’Alexandre Djouhri.
 
 
LE QUAI D’ORSAY SANS CAP(S) – Jean Daspry. « L’information n’est souvent qu’un empêchement à la vraie connaissance » (Louis Gauthier). Il est vrai qu’il existe deux manières d’appréhender une information. La première est la plus simple, pour ne pas dire simpliste – celle d’une immense majorité de journalistes – consiste à n’en retenir que sa dimension factuelle brute sans tenter d’en extraire la substantifique moelle. La seconde est la plus complexe, pour ne pas dire exigeante – celle qui devrait être celle des diplomates, des chercheurs, de la communauté du renseignement – consiste à bonifier le factuel pour en extraire le contextuel, le conceptuel. Malheureusement, dans ces temps de dictature de l’immédiateté, de l’artificiel, du tactique, de la com’ érigée en religion, la première à trop tendance à l’emporter sur la seconde. Ce qui explique en grande partie les déconvenues de la diplomatie française aux quatre coins du monde. On évoque à ce sujet qui sidération, qui surprise stratégique. Ce qui est un comble pour une branche des relations internationales dont la principale vertu devrait être d’anticiper le lendemain, non d’être obnubilé par le présent immédiat. C’est pour aider à une décision éclairée des plus hautes autorités de la République que Michel Jobert, ministre des Affaires étrangères avait chargé un brillant et jeune polytechnicien de créer au sein du Quai d’Orsay un centre d’analyse et de prévision. Ce qui fut fait en 1973. Ce service a connu quelques vicissitudes au fil des décennies, rebaptisé Direction de la prospective, puis plus récemment « Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS). Jusque dans un passé très récent (mi-mars 2018), il fut dirigé par Justin Vaïsse1. Or, ce dernier vient d’être chargé par le président de la République de préparer la seconde édition du « Forum de Paris sur la paix » (11-13 novembre 2019, la présidence revient à Pascal Lamy2), la première ayant eu lieu à Paris en marge des cérémonies du 11 novembre 20183. Et, nous n’avons toujours pas de nouvelle de la désignation du successeur de Justin Vaïsse à la tête du CAPS même si le nom d’un diplomate, énarque revient avec insistance dans les couloirs feutrés de la Maison des Bords de Seine. Il s’agit de Manuel Lafont Rapnouil, actuel directeur du Bureau de Paris et « Senior Policy Fellow » pour « l’European Council on Foreign Relations » (ECFR), un think tank pan-européen spécialisé sur la politique étrangère de l’Europe dans le monde4. Existe-t-il une politique étrangère de l’Europe, hormis quelques acronymes, quelques milliers de diplomates européens dans le monde chargé de mettre en œuvre une non-politique étrangère ? Mais, l’on sait bien que tant qu’une décision n’est pas définitive, elle n’a que valeur de bruit. Si nous comprenons bien, au moment où le navire France ressemble de plus en plus à un bateau ivre sur les océans déchaînés, balloté par des « vents mauvais » (populismes et nationalismes), le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) se passe fort bien de sa boussole que constitue en théorie le CAPS. Cela signifierait-il que son capitaine, le breton armé et madré, Jean-Yves Le Drian – qui vient de lancer son centre de recherche, Les progressistes bretons – naviguerait à vue, estimant que sextant et boussoles sont totalement inutiles pour tracer sa route diplomatique ? Si tel était le cas pourquoi le Quai des Brumes n’apporterait-il pas son écot au projet de suppression de 120 000 postes de fonctionnaires (ETP dans le jargon de Bercy) en faisant passer par profits et pertes le CAPS, actuellement entre les mains de son directeur-adjoint, le transparent, Alexandre Escorcia5 dont il se murmure qu’il rejoindrait une prochaine affectation dans le prochain mercato estival ? Il est vrai que, hormis quelques rares exceptions, ce service comprend un cocktail de vieux diplomates amortis recasés dans ce placard doré en attendant leur départ à la retraite et de jeunes chercheurs inexpérimentés dont la valeur ajoutée conceptuelle est une asymptote de zéro6. Pourquoi ne pas externaliser la fonction analyse et prévision en confiant, moyennant rétribution plus largement encore qu’actuellement, le soin de rédiger des études spécifiques souhaitées (?) par le ministre, son cabinet, ses services à des instituts de recherches. On pense tout naturellement à l’IFRI, qui célébrait récemment son quarantième anniversaire. Cela tomberait bien, Thierry de Montbrial y officie encore avec brio et diplomatie aux côtés de son directeur, Thomas Gomart7. À tout le moins, cette solution serait préférable à celle d’un Quai d’Orsay sans CAP(S) !

1 https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/le-centre-d-analyse-de-prevision-et-de-strategie/
2 https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/gouvernance/evenements-et-actualites-sur-le-theme-de-la-gouvernance/article/forum-de-paris-sur-la-paix-2e-edition-du-11-au-13-novembre-2019
3 Guillaume Berlat, Barnum mémoriel : double confusion, double peine, www.prochetmoyen-orient.ch , 19 novembre 2018.
4 http://www.iris-france.org/chercheurs/manuel-lafont-rapnouil/
5 https://fr.linkedin.com/in/alexandre-escorcia-88662180
6 Ali Baba, Quand le Quai d’Orsay perd le cap et la boussole…, www.prochetmoyen-orient.ch , 24 décembre 2018.
7 Thomas Gomart, L’affolement du monde 10 enjeux géopolitiques, Tallandier, 2019.
 
 
LES MALHEURS DE NATHALIE (1) : UNE ÉTERNELLE INCOMPRISE – Ali Baba. « La gloire des méchants en un moment s’éteint » (Racine). Nous sommes tous profondément et sincèrement attristés. La blanche Colombe, Nathalie Loiseau née Ducoulombier, tête de liste de la « Renaissance » aux prochaines élections européennes est l’objet d’attaques incessantes aussi injustifiées qu’injustifiables, voire inqualifiables. C’est Madame couacs en série, Madame polémiques en cascade, Madame une gaffe par jour. Une polémique n’est pas éteinte qu’une autre, plus ignoble que la précédente, est portée à la connaissance des citoyens effondrés. À Madame Sans-Gêne fait défaut le gène du bon sens populaire et de l’humilité chrétienne. Mais, soyons charitable avec cette haute fonctionnaire, ex-ministre et future députée européenne à qui l’on cherche des poux dans la tête alors qu’il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat ! Une fois passé le cap des apparences trompeuses vient, heureusement pour nous et malheureusement pour elle, le temps où les masques tombent.

LES APPARENCES SONT TROMPEUSES

Comment une personne aussi compétente que charitable peut-elle prêter le flanc à la critique d’êtres aussi jaloux des succès de l’Einstein de la politique et de la diplomatie qu’elle ? Comment une femme brillant au firmament de la gloire médiatique, après avoir présidé aux destinées de l’ENA durant tout le quinquennat de François Hollande, pourrait-elle se fourvoyer en ayant adhéré à un syndicat proche de l’extrême droite lorsqu’elle fréquentait Sciences Po rue Saint Guillaume ? Comment cette égérie de la Macronie pourrait-elle nous leurrer sur l’avenir sombre de l’ENA alors qu’elle vient de jurer, cracher qu’elle avait toujours voulu réformer l’école nationale de l’arrogance mais s’était heurtée au mur des conservatismes ? Comment mettre en doute un seul instant la sincérité de cette grande Dame qui a été accueillie comme une « romanichelle » (fille de banquier, née à Neuilly et épouse de banquier) en arrivant à Strasbourg8, elle qui n’était pas ancienne élève de l’ENA ? Comment aurait-elle pu laisser filer le déficit budgétaire de l’ENA alors qu’elle est une gestionnaire hors pair ? Comment douter de l’authenticité de l’engagement de cette diplomate de haut vol en faveur des damnés de la terre (le peuple aux fins de mois difficiles) ? Comment pareille féministe à la destinée manifeste pourrait-elle se tromper sur l’Europe à laquelle certaines méchantes langues prétendent qu’elle n’aurait rien compris alors qu’elle ne cesse de nous chanter les louanges d’une Union européenne fantasmatique ? Comment une mère, qui ne veut que le bonheur de ses quatre enfants, pourrait-elle nous faire passer des vessies pour des lanternes en déclarant à Causeur que pour être souveraine, la France doit être soumise à l’Europe ? Comment une femme aussi ouverte aurait-elle pu tenir des propos homophobes dans l’une de ses plus récentes publications à grand spectacle, une bande dessinée sur l’Europe9 comme le rapporte Ouest France ? Comment une femme aussi pondérée et animée par une charité chrétienne profonde aurait-elle pu déclarer que Nicolas Dupont-Aignan mérite « deux claques » ? Comment Sainte Nathalie pourrait-elle tromper les électrices et les électeurs alors qu’elle vient d’imposer à tous ses colistiers l’adhésion à une charte de bonne conduite ? Comment notre visionnaire qui s’était préparée à recevoir du crachin breton pouvait-elle ne pas prévoir qu’elle recevrait auparavant des « crachats » parisiens ? Servitude et grandeur politique en plagiant Alfred de Vigny…

Que trouve-t-on derrière le masque un peu figé du prétendu grand serviteur de l’État ?

LES MASQUES FINISSENT PAR TOMBER

À y réfléchir d’un peu plus près, Nathalie Loiseau, est-ce la forme ou le fond, la sagesse ou le sophisme, la profondeur ou l’esbrouffe, la diseuse ou la faiseuse, la vérité ou le mensonge ? Notre ex-ministre des Affaires européennes fait partie de cette oligarchie brillante qui pense tout savoir sur tout. Aujourd’hui, les mouches ont changé d’âne. La multiplication des polémiques sert de cruel révélateur à tous les défauts – et ils sont légions pour quelqu’un qui ne les supportent pas chez les autres – de la Madone des médias. Dans son dernier ouvrage (Le retour du prince), Vincent Martigny nous donne un portrait vérité de ceux qui nous gouvernent. Il sied à merveille à notre Douce Colombe de la paix et de la concorde. Nous reprendrons pêle-mêle quelques traits de ces nouveaux Messies du XXIe siècle : loin des idées et des programmes les « politiques rock stars » savent mettre en scène leur ascension fulgurante, construire un récit autour de leur parcours ; ils représentent le renouvellement des visages de la politique ; ils s’inscrivent dans l’Histoire quitte à tronquer la réalité ; face à un monde de plus en plus diversifié, ils préfèrent faire diversion ; ils font triompher le récit de l’agir sur l’agir lui-même ; ils inscrivent leur action dans le registre émotionnel et compassionnel ; le spectacle du pouvoir remplace la pratique du pouvoir… Que dire de plus et comment le dire mieux que ce maître de conférences en science politique à l’École polytechnique dans cet ouvrage qui revisite Machiavel tout en se référant aussi bien à Shakespeare qu’à House of cards.

En définitive, c’est une femme humoriste qui la définit trait pour trait : « Nathalie Loiseau, élite de la bourde, la technocrate de la boulette » (le billet de Charline Vanhoenacker, France Inter, 30 avril 2019). Jamais, nous n’avions assisté à pareille campagne électorale, pareille campagne horribilis tant le ridicule côtoie l’absurde. N’en rajoutez plus, tant la coupe est pleine des incongruités de la très intelligente Nathalie Loiseau sur la branche10. Y compris, Emmanuel Macron, qui l’a pourtant choisie, semble à bout d’argument pour la défendre contre elle-même11.

Comme le souligne Machiavel dans le chapitre 7 du Prince : « ceux qui, de simples particuliers, deviennent princes par la seule faveur de la fortune, le deviennent avec peu de peine, mais ils en ont beaucoup à se maintenir ». Il n’y a pas de fumée sans feu, pourrait-on dire de cette amnésique qui ne se souvient pas de toutes les inepties qu’elle a dites ou écrites au cours de ses dernières années de gloire médiatique. L’acceptation d’un formatage du langage, du caractère, de l’idéologie, du mensonge permanent12… l’a conduite droit dans le mur. À trop vouloir transformer sa vie en conte de fée, elle se retrouve confronté à un roman noir. Résultat, Loiseau ne s’envole pas dans les sondages pour les élections européennes. Avec Nathalie Ducoulombier, nous sommes en présence d’une personne en quête permanente de reconnaissance, d’une humoriste à l’insu de son plein gré, d’une affabulatrice de haut vol, d’une éternelle incomprise, en un mot d’une authentique narcissique pathologique (au sens où l’entend la psychiatrie).

La suite de notre feuilleton, la semaine prochaine avec de nouvelles aventures de Loiseau de mauvais augure.

8 « Quand on est tsigane ou rom, le mot « romanichel » est un mot difficile à entendre. C’est un mot que nous n’employons jamais entre nous. Qu’un Tsigane français, gitan, manouche ou originaire d’Europe centrale par ses parents vienne à parler d’un autre Tsigane, à moins de manier la dérision ou l’autodérision, jamais il ne se qualifiera lui-même, ni ne qualifiera l’autre de romanichel. C’est un exonyme, un mot employé par les non-Tsiganes pour désigner, ou plutôt pour dénigrer les Manouches, les Gitans, les Roms, ces citoyens français ou européens que l’Europe et la France persistent à considérer comme "différents". C’est un exonyme péjoratif, un réquisitoire malveillant, chargé d’hostilité, accompagné trop souvent de menaces et de regards mauvais, de moulures de poivre crachées au visage. "Romanichel" fait partie de ces mots à rayer du discours, dès lors qu’on ambitionne d’exercer des responsabilités, surtout des responsabilités politiques à l’échelle européenne, un mot à verrouiller au coffre avec les mots Boche, Macaroni, Espingouin et d’autres encore, de nature douteuse et de semblable venue. On comprend sans peine qu’un Français ou un francophone de confession juive sursaute et prête une attention toute particulière aux suites du propos quand il entend prononcer le mot "youpin" au détour d’une conversation. Pareillement, le mot "nègre" suscite l’appréhension chez ceux de nos compatriotes qui ont hérité d’une couleur de peau noire et propage l’inquiétude chez les ressortissants des pays où l’on parle encore français, souvent un français très beau et très riche. Chez les Tsiganes, le mot "romanichel" fait naître une crainte similaire… », Jacques Debot, Madame Nathalie Loiseau, un Romanichel vous a écrit une lettre, Blog : Romstorie : la vie des Roms et des gens du voyage, www.mediapart.fr , 30 avril 2019.
9 Nathalie Loiseau (texte)/Nathalie Desforges (illustration), L’Europe en BD, Casterman, avril 2019.
10 J.-L. P., Loiseau sur la branche, Le Canard enchaîné, 30 avril 2019, p. 1.
11 L’ombre de Tonton, Le Canard enchaîné, 30 avril 2019, p. 2.
12 Laurent Mauduit, ENA : le double langage de Nathalie Loiseau, www.mediapart.fr , 1er mai 2019.

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