Observatoire Géostratégique

numéro 239 / 15 juillet 2019

ORIENT-ATIONS 237

TUNISIE, LE JEUDI NOIR PAR HEDY BELHASSINE/ https://hybel.blogspot.com/2019/06/tunisie-le-jeudi-noir.html, 30 juin. Ce jeudi matin dans le centre de Tunis, deux kamikazes se sont fait exploser au milieu de policiers. Encore sous le choc, l’ami d’enfance raconte : « … j’étais en voiture avenue de France à 30 m  de l’explosion. Soudain, un éclair dans mon rétroviseur , un grand bruit… Le plus impressionnant c’est la panique de la foule, hyper dense, sortie des souks et des ruelles adjacentes…ça fuyait, ça revenait, suivaient les policiers très nombreux qui avaient dégainé… Quelqu’un a hurlé : attention à une deuxième explosion ! La panique fut totale… Ma femme a quitté la voiture en courant vers je ne sais où. Sidéré, je suis resté au volant… » L’après-midi, radio-trottoir bruissait de la mort du Chef de l’État, 92 ans, victime d’un malaise et transporté d’urgence à l’hôpital.

UN REGIME DES AFFAIRES

À l’approche des élections législatives et présidentielles qui auront lieu à l’automne, la situation est confuse. En Tunisie, la politique est devenue un moyen commode et rapide de s’enrichir. Une charge de maire, un mandat de député, et c’est la fortune assurée. Certes, tous ne sont pas corrompus, beaucoup résistent, beaucoup découragés se résignent, baissent les bras et abandonnent le combat. La pression des puissants est omnipresente. Un exemple ? Il y a quelques jours, une députée Mme Sana Marseni vote contre l’octroi d’un permis de prospecter à la compagnie pétrolière italienne ENI dans laquelle – coïncidence fâcheuse – travaille son mari. Le lendemain, il est licencié. Comment résister au manque d’argent cause de toutes les angoisses : celles du chômeur sans secours, du journalier agricole à 3 euros les 10 heures de labeur ; de l’ouvrière qui coud des chemises à 100 euros par mois ; des fonctionnaires et de l’ensemble de la classe moyenne que l’inflation et la dégradation de la protection sociale ont fragilisées.

UN REGIME DES PARTIS

La Tunisie compte quelques 200 partis politiques. 18 sont représentés à l’assemblée. Malgré leurs profondes divergences, huit d’entre eux se sont coalisés pour désigner il y a trois ans Youssef Chahed Premier ministre de bonne composition. L’homme sans liberté de manœuvre n’est pas maladroit, il gère tant bien que mal la pagaille que sèment les partis de sa majorité et de l’opposition, tente timidement de circonscrire les calamités économiques de la corruption et de la contrebande. Mais malgré un bilan honorable, les perspectives électorales qui se rapprochent ne laissent pas présager un destin à la mesure des ambitions de son camp. C’est sans doute pourquoi, le 18 juin dernier, alarmés par des sondages qui les donnaient sévèrement battus aux prochaines élections, les partis de droite au pouvoir ( islamistes, libéraux, conservateurs…) ont voté dans la précipitation des amendements discriminatoires pour éliminer trois de leurs plus redoutables opposants au casting étonnant : M Kais Sayed, un intransigeant professeur de droit ; Mme Abir Mousi une nostalgique de la dictature ; Mme Olfa Terras-Rambourg, co-présidente d’une fondation culturelle avec son époux franco-canadien ancien trader sympathisant d’Emmanuel Macron ; et surtout M Nabil Karoui, propriétaire d’une chaine de télévision qui fait une campagne clivante.

L’OVNI KAROUI

Il est l’épouvantail suprême, l’empêcheur de tourner en rond. À 55 ans, il est riche à millions gagnés sans trafiquer les importations, sans spéculer ni faire suer le burnous, mais en vendant de la publicité, de la distraction et de l’information. Il a construit sa légende au lendemain de la mort accidentelle de son fils il y a quelques années, créant alors une fondation de charité qui porte le prénom de son cher disparu et le nom du pays « Khalil Tounis ». Depuis, il sillonne la Tunisie en distribuant des secours aux plus démunis sous l’oeil complaisant des caméras de sa chaine de télévision Nessma qui pulvérise des records d’audience . Qualifié de populiste, de clientéliste, de Coluchiste… il a réussi à entrainer dans sa caravane de la compassion façon Lions Club une cinquantaine de millionnaires et de technocrates vers la découverte des réalités de la Tunisie profonde : celle de l’injustice et de la misère. Sa machine à propagande d’une redoutable efficacité sature les réseaux sociaux au point d’être fortement suspectée d’avoir sous-traité à une firme israélienne spécialisée la création de deux centaines de faux comptes Facebook chargés de dénigrer ses rivaux. Reste que Karoui est un des rares orateurs à pouvoir affronter la foule des villages reculés sans risquer de se faire conspuer et que son ascension fulgurante à cent jours des échéances électorales présentait un imminent péril pour l’avenir des élus en place.

LA CONSTUTION A L’EPREUVE

La façon dont il a été écarté a provoqué une vague d’indignation et divisé la société civile au motif qu’elle renforce le clan des réactionnaires nostalgiques qui clament « tous pourris » et réclament un zaïm sans faiblesse. La très respectée ONG Al-Bawsala, observatrice indépendante qui veille au respect des droits fondamentaux et des libertés en Tunisie a déploré dans un communiqué « le passage en force » du législateur qui «  rappelle certaines pratiques de la dictature et constitue un précédent dangereux pour les prochaines échéances électorales ». Mots lourds de sens qui traduisent le sentiment de malaise des démocrates sincères.

Les juristes déplorent ces amendements maladroits, inopportuns et taillés sur mesure que les juges de la cour constitutionnelle ne peuvent pas censurer et pour cause : ils attendent depuis cinq ans d’être désignés. L’autre voie de recours passe par le Président de la République qui pourrait réclamer une nouvelle délibération et un vote à la majorité des trois-cinquième ; mais tiraillé, Béji Caïd Essebsi du fond de son lit d’hôpital n’en finit pas d’hésiter. Depuis le jeudi noir, certains prétendent qu’il est mourant et spéculent sur la vacance du pouvoir, d’autres avancent malicieusement que le vieux diplomate victime d’une indigestion constitutionnelle passagère s’apprête à ressusciter sa candidature pour un nouveau mandat.

https://www.albawsala.com/pub/5d0ba9a74f24d005be821585

https://inkyfada.com/fr/2019/06/03/tunisie-facebook-israel/
 
 
LA JUGE BRITANNIQUE DEFEND UBER, MAIS QUI CHASSE ASSANGE ET DJOUHRI – Jacques-Marie Bourget, 28 juin. Une des différences qui opposent la presse britannique aux décombres des journaux français c’est qu’à Londres des journalistes traquent le comportement fautif des magistrats, alors qu’en France les reporters écrivent ou parlent sous leur dictée. Ainsi l’exemplaire Jamie Doward du « « Guardian », reprenant un papier de « The Observer », a débusqué un éléphant caché dans la porcelaine royale : la juge Emma Arbuthnot. Une femme à la mode puisque c’est elle qui vient de déclarer Julien Assange extradable aux Etats-Unis et Alexandre Djouhri expulsable vers la France. Une femme de poigne, une Thatcher de la Cour. Parcours sans faute jusqu’à ce que les confrères britanniques lui cherchent une sale affaire dans les poux de sa perruque : une décision rendue en faveur d’Uber. Il se trouve que Sadiq Khan, le maire de Londres, ayant coupé la tête de l’hydre Uber dans sa capitale, la société mondiale d’exploitation des pauvres, par le biais d’un jugement de dame Arbuthnot, est revenu en selle. Uber est à nouveau grata sur les bords de la Tamise.

Mais que découvrent nos amis journalistes britanniques ? Que Lord Arbuthnot, le mari de la magistrate, est partenaire d’une société « d’intelligence économique » qui a comme client… Uber. Malveillant le Guardian n’est pas loin de penser qu’il n’est pas impossible que, le soir, non sous la couette mais à l’heure du Cherry, le lord ait évoqué les désarrois d’Uber auprès de sa moitié… Comme le lord est lord, donc un homme touché par la grâce de la Reine, les journaux anglais hésitent à faire de cette consanguinité un fromage. Mais le mal court : « Emma Arbuthnot aurait dû se retirer du dossier Uber.

Le doute mis en place, j’allais écrire « vous connaissez les journalistes », mais non puisque je parle des amis britanniques dont le modèle n’a pas cours ici, donc le doute étant installé, ces chiens de meute se sont mis à mordre l’ourlet de la robe de la dame perruquée. On note déjà, à propos de sa décision favorable à l’extradition d’Assange, que le bon mari, ancien ministre de la Défense de John Major, est un intime de l’administration américaine. Il a cru, lui, à la pipette d’anthrax secouée à l’ONU par Powels. Lui-même, si ce n’est la limite d’âge, était prêt à sauter sur Bagdad sur ordre des Bush. Le lord et la lordesse ont-ils évoqué, toujours à l’instant du Cherry, les intérêts supérieurs de l’Amérique ? On l’ignore.

Et Djouhri ? Il débarque dans cette affaire comme l’inattendu du scénario… C’est encore cette Emma, qui ne doit rien à Flaubert, qui a jugé vite fait mal fait, de renvoyer le français vers la France. A tel point, pour en avoir le cœur net, que des agents du MI 5 font actuellement un tour de piste, analysent les archives de certaines compagnies de téléphone. Leur objectif est de voir si des supporters parisiens du Parquet National Financier, pour aider à mieux ficeler Djouhri, n’ont pas été en contact avec des « fonctionnaires britanniques ». L’Angleterre reste la patrie de 007. En février 2018, alors qu’il est arrêté par la police britannique à la demande de ce PNF, outil d’exception de la justice française, tout va mal pour Alexandre Djouhri.

SansUn mot rapide pour revenir sur les circonstances de la création, en 2014, de cette juridiction d’exception. Elle est née d’une idée conjointe de Manuel Valls et de son ami « criminologue » le super franc-maçon Alain Bauer. Lequel va devenir l’ombre tutélaire de ce parquet particulier. Au point que, lui-même visé par deux « enquêtes préliminaires », Bauer n’a jamais été « mis en examen ». A sa fondation, en cas de nécessité et inspiré par des conseillers habiles, le PNF pouvait être un instrument politique permettant à Valls de devenir président de la République. Donc, Djouhri – menotté par des policiers de l’aéroport de Londres alors qu’il arrive pour fêter l’anniversaire de sa fille, sans même avoir eu le temps de se défendre face aux inventeurs de l’Habeas corpus – est conduit dans la pire des prisons de Londres. Et enfermé dans la plus épouvantable des cellules, garnie d’assassins et de dealers. Le temps de trouver et de mobiliser des avocats près la Cour de sa Majesté, Djouhri est libéré une première fois contre une caution d’un million de livre. Un argent tout à fait « propre », certifié honnêtement gagné que le kabyle, né à Saint Denis il y a soixante ans, trouve le moyen de réunir. Ce moment de liberté est bref : depuis Paris le PNF tempête. Pour ses magistratsmagistrats Djouhri a pris la figure d’un autre Alexandre… Stavisky. L’escroc qui a permis de mesurer la pourriture d’une IIIe République en marche vers la collaboration avec le nazisme.

Le scénario est écrit, et les clichés sur « l’aventurier » Djouhri bien accrochés aux unes des journaux. Toute feuille publiée en France, toute radio et télévision compte dans sa troupe au moins un journaliste copiste, ami du PNF. Chargé de reproduire les évidences découvertes par les magistrats financiers, qui sont des héros, des Ness chassant le démon. Cette presse de photocopieuse étant alors définie, selon une assertion pléonastique, puisqu’elle évoque des reporters (enquêteurs par métier), comme des « journalistes d’investigation ». Une telle machine, au sens orwellien, produit l’effet souhaité : Djouhri est un immense délinquant politico-financier. Dans un micmac d’argent libyen il a participé au financement de la campagne de Sarkozy, volé des commissions à Airbus, offert un appartement à Claude Guéant, tout cela les juges du PNF le jurent. Pour un tel individu la liberté ne peut être que brève. Le français retourne à sa prison londonienne. A noter que pas un juge, pas un « investigateur », peu d’avocats et pas grand monde au sein du public – celui qui lit ses aventures – ne se pose la question d’une éventuelle innocence du coupable.

Pourtant en Grande Bretagne, avec le charme discret – qui avec sa blancheur de peau est une distinction ethnique – quelques discrets râleurs s’étonnent que les juges de la Reine renvoient le français en tôle ; alors que de vrais assassins, sous le coup de mandats d’arrêts eux aussi, dorment tranquillement à l’hôtel. Ces curieux, pour expliquer une telle cruauté, voient derrière elle « l’action invisible d’un réseau franco-anglais attaché à la perte de Djouhri ». Pour eux, le droit semble n’avoir aucune importance tant que le « bougnoule », puisque c’est ne nom de code de Djouhri, est enchristé. Il faudra que le prisonnier souffre d’une attaque cardiaque, capable de le laisser sur le carreau, pour qu’il ressorte à l’air libre, celui d’un hôpital où il est enchainé sur un lit. Scène que les médecins n’avaient jamais vue. Sa santé étant incompatible avec l’incarcération, l’homme d’affaires est à nouveau libéré sous les hurlements du PNF et ceux de ses supporters qui veulent l’hallali. Contre un nouveau million de pounds, Djouhri obtient un bracelet électronique qui lui impose de pointer chaque jour au commissariat du coin.

Cette pratique moderne d’appliquer les Droits de l’Homme continue de ne provoquer aucune émotion. On ne peut en vouloir au brave public qui assiste à ce feuilleton : le travail de la presse, sous la forme d’un bombardement de « scoops » est si massif, si incontestable que ce Djouhri doit se taire et être heureux de dormir encore dans son lit. Si la magistrature britannique lit peu les gazettes de France, des échos et des copies traduites par des mains éprises de justice, arrivent jusqu’à la Cour de Londres. Mieux, le dossier concernant le grand délinquant, fourni par le PNF aux magistrats à perruques, pèse le plomb. Dans l’inventaire on voit passer des millions (en fait introuvables), d’une villa à Mougins, des comptes en or ouverts avec des Libyens, un appartement cadeau offert à Guéant et de l’argent indument réclamé à Airbus. Les anglais sont priés de croire sur parole. Mais sans preuve. D’ailleurs une magistrate, entre deux thés, va s’écrier lors d’une audience : « Comment mettre en doute les conclusions de nos collègues français ».

Pourtant, le PNF lui-même, se rend compte qu’il a placé l’intrigue un peu haut. Et c’est bien exact que, dans les enquêtes, expertises, analyses, écoutes téléphoniques qui concernent Djouhri, rien de tout cela apparait. La position des Zorro français est intenable. Alors il la change. Finalement le cas Djouhri n’a plus rien à voir avec le financement, supposé libyen de la campagne de Sarkozy. Subitement les juges britanniques sont régalés d’un document de quinze pages, en anglais, qui indique un nouveau chemin pour faire de Djouhri un coupable. Dans son poulet expédié à la justice britannique, le PNF ne se base plus sur le travail de la police… Mais sur celui des nouveaux investigateurs : les journalistes ! Le procureur français, pour justifier l’arrestation de Djouhri, fonde enfin sa vérité sur du béton. Il cite les publications de « Médiapart », un livre grotesque de Pierre Péan, un autre, ridicule, d’Anne Lauvergeon et des notes blanches de la DGSE. Dans l’histoire de la magistrature, nul n’avait vu un tel mistigri. Priver un homme de liberté parce que Plenel, Péan et Lauvergeon (aujourd’hui mise en examen pour les carambouilles d’Aréva) lui veulent du mal ? C’est le retour de la prison par les lettres de cachet. Ainsi, après que Djouhri a passé seize mois sous le joug à Londres, les anglais attendent toujours des preuves sérieuses des infractions que l’homme d’affaires aurait pu commettre… Et de Paris rien ne vient. Pas d’avantage de la part des « investigateurs ». Subitement muets sourds et aveugles, comme les Singes de la Sagesse.

Si la tension monte au pays du Brexit c’est que des magistrats de la monarchie ont le sentiment que leur justice, dans ce dossier, a été flouée par le PNF et ses alliés de coulisses. Un rapide coup d’œil dans le rétro du droit permet de comprendre en cinq minutes. C’est sous l’argument d’un Mandat d’Arrêt Européen (MAE) – qui ne vaut rien – que le Français a été arrêté. Au sujet de ce MAE, les défenseurs du kabyle avancent même, en équivalent linguistique, un « faux en écriture ». Et ils s’expliquent : Djouhri a été frappé de ce mandat sans avoir été légalement convoqué par le PNF, sans avoir bénéficié de la loi qui doit s’appliquer à lui en tant que résident suisse. L’homme d’affaires n’a jamais été ni entendu, ni mis en examen, ni « en fuite », toutes choses obligatoires, de par la loi, avant d’émettre un MAE. Mieux, le 27 mai dernier la Cour Européenne de Justice, à propos de l’Allemagne, vient d’établir que les procureurs de chez madame Merkel, nommés sous la tutelle d’un ministère de la Justice (qui est une institution politique) ne peuvent être « considérés comme des magistrats indépendants ». Conséquences : les MAE émis par les procureurs germains sont caduques. Et il se trouve, la faute à Napoléon sans doute, que la justice française fonctionne sur le même principe, celui des procureurs placés sous la férule politique. Et par deux fois, par cette même Cour Européenne, la France a été condamnée pour ce manque d’indépendance.

Résumons. Djouhri a été arrêté à Londres par un mandat qui n’en est pas un. Il a été emprisonné sur la foi d’un dossier vide que le PNF, à ce jour, est incapable d’alimenter. On attend la suite et sans doute la découverte, qu’en réalité, Djouhri a mangé de la chair humaine à la table de Bokassa. Pourquoi pas.
 
 
MOSCOU MARQUE UN POINT À STRASBOURG – Guillaume Berlat. « Le hasard défait bien les choses » (Yves Breton). Jamais, l’on aura autant parlé du Conseil de l’Europe qu’au cours de ces derniers mois, de ces dernières semaines. « Cette belle qui sommeille sur les bords du Rhin » pour reprendre la jolie formule du général de Gaulle traduit parfaitement la difficulté existentielle de cette organisation créée en 1949 pour favoriser la paix par le droit que l’on confond souvent avec l’Union européenne. Parmi les quarante-sept États qui composent cette Organisation basée à Strasbourg, comme son bijou de famille, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), deux attirent spécialement l’attention au regard du respect scrupuleux de l’état de droit, de la démocratie, Turquie et Russie. Or, depuis l’invasion de la Crimée par les troupes de Moscou, l’Organisation est ébranlée jusque dans ses fondements par le différend qui oppose la Russie au reste de ses membres. À titre de rétorsion de la suspension des droits de vote de ses représentants au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), les Russes ont décidé de paralyser le fonctionnement de l’Institution par des mesures financières (réduction de sa participation au budget général) conduisant à une réduction de la voilure et par des mesures politiques (annonce de son retrait du Conseil et de la CEDH) en cas de poursuite de l’ostracisme dont font l’objet ses parlementaires (voire ses représentants spéciaux1), et cela plus particulièrement au moment où l’APCE devait procéder à la nomination de son nouveau Secrétaire général. L’actuel, le norvégien, Thornbjorn Jagland achevant ses deux mandats. Tous les éléments du drame étaient en place à la veille de la session de printemps de l’APCE (24-28 juin 2019). Pour prévenir un risque d’implosion du Conseil de l’Europe, dans leur grande sagesse, la majorité des parlementaires a fait le choix de la raison et du réalisme.

UN RISQUE D’IMPLOSION DU CONSEIL DE L’EUROPE

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » (Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz). Et, c’est bien la première leçon que l’on peut tirer du vote de la résolution adoptée le 24 mai 2019 par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) [118 voix pour, 62 voix contre et 10 abstentions] dans un climat tendu où les échanges de nom d’oiseau remplaçaient les amabilités diplomatiques traditionnelles. Mais aussi et surtout, nuit au cours de laquelle l’Assemblée parlementaire a levé les sanctions – suspension des droits de vote – qui frappaient la délégation russe depuis l’intervention de Moscou en Crimée2. En vérité, il s’agit d’un simple retour à la case départ après plusieurs années d’irresponsabilité d’une majorité de parlementaires ignares en géopolitique qui ne siègent que cinq jours par trimestre. Il y a plus d’un mois, nous avions proposé à nos lecteurs quelques clés de lecture de ce psychodrame diplomatique qui avait pour épicentre le Conseil de l’Europe à Strasbourg en nous inspirant de l’analyse de l’ex-ambassadeur, Claude Blanchemaison3. En quelques mots, la Russie menaçait tout simplement de quitter l’institution strasbourgeoise – déjà bien ébranlée par une crise financière conséquence du refus de Moscou de s’acquitter de l’intégralité de sa quote-part dans le budget de fonctionnement de l’Organisation – et par voie de conséquence, son bijou de famille qui a pour nom Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) comme indiqué plus haut. Le risque en valait-il la chandelle ? L’APCE se trouvait au pied du mur, contrainte de trancher le nœud gordien qu’elle avait elle-même nouée, il y a plusieurs années déjà.

LE CHOIX DE LA RAISON ET DU RÉALISME

Le choix qui s’offrait aux parlementaires le 24 juin 2019 était simplement binaire4 : (1) poursuivre sur la lancée des sanctions contre la Russie (comme le fait régulièrement l’Union européenne) en dynamitant ainsi le Conseil de l’Europe ou (2) renoncer à cette approche coercitive pour sauver l’institution au prix d’un lâchage en rase campagne de la délégation ukrainienne (cette dernière annonce qu’elle suspend sa participation aux travaux parlementaires à titre de protestation de la levée des sanctions après l’annexion de la Crimée)5.

C’est bien cette seconde branche de l’alternative qu’ils ont privilégiée au nom d’une certaine forme de réalisme. Strasbourg vaut bien une messe, voire d’avaler son chapeau. La France avait dépêché à Strasbourg sa dynamique secrétaire d’État aux Affaires européennes, Amélie de Montchalin pour battre le rappel et appeler à prévenir l’irréparable : « Ici, nous ne traitons pas de géopolitique, les valeurs que nous défendons sont les valeurs des droits de l’homme ». Notons au passage que le raisonnement de cette jeune Dame, qui ne connait rien à la diplomatie et à la stratégie (à l’instar de son prédécesseur, une autre femme, Nathalie Loiseau), est doublement spécieux. Le premier est, qu’il le veuille ou non, comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir), le Conseil de l’Europe fait de la géopolitique lorsqu’il traite des crises en Europe (Géorgie, Ukraine ou Haut-Karabakh). La seconde est que la suspension des droits de vote des parlementaires russes est la sanction d’une violation des droits de l’homme que le Conseil de l’Europe est censé prendre en compte sous diverses formes. Plus pertinent et plus pragmatique fut le raisonnement de la sénatrice belge, Petra de Sutter pour qui « il ne s’agit pas d’un débat pour ou contre la Russie… les sanctions n’ont pas été efficaces ». On apprend toujours d’un plus petit que soit. Relevons une fois encore que l’Union européenne est incapable d’une position commune au sein du Conseil de l’Europe tant elle est profondément divisée sur la question russe. Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que Moscou n’a pas fini de savourer sa victoire en mettant en avant que « l’APCE reconnaît ainsi ses erreurs vis-à-vis de la Russie ». Et de retour dans l’hémicycle n’entend rien céder sur le principal6 tout en jouant, d’une certaine manière, la carte de l’apaisement : « Quand le dialogue est renoué, il n’y a pas de perdant ». Remarque frappée au coin du bon sens.

Pour finir, rappelons que la décision des parlementaires crée un précédent – qu’il ne nous appartient pas de qualifier – dans la mesure où il rend plus difficile, voire impossible, d’éventuelles futures sanctions. À conserver à l’esprit des diplomates et des experts des relations internationales à la mémoire courte et aux idées simples pour ne pas dire simpliste !

Les faits sont têtus. Le dénouement de la crise du Conseil de l’Europe à laquelle la délégation française aiguillonnée par la secrétaire d’État aux Affaires européennes – présente physiquement en Alsace en raison de la présidence semestrielle de l’Organisation par la France – ne constitue pas une réelle surprise pour les connaisseurs7. Les initiateurs des sanctions après la guerre de Crimée se sont retrouvés pris au piège qu’ils avaient eux-mêmes armés. Un classique de l’arroseur arrosé à la sauce diplomatique. Cet épilogue d’un mauvais polar strasbourgeois intervient dans le contexte d’un série noire diplomatique française : débandade de Nathalie Loiseau pour la présidence du groupe « Renew Europe », échec de la candidate française au poste de directeur général de la FAO, sérieux revers pour la France pays organisateur du Sommet des deux rives à Marseille, crispation jamais connue dans la relation franco-allemande… De plus, la France est très loin de ses objectifs climatiques (atteindre la neutralité carbone en 2050), budgétaires comme signalé par la Cour des comptes… et sa politique énergétique est illisible8. Heureusement, nous apprenons, depuis Tokyo où il se trouve en visite officielle, qu’Emmanuel Macron se dit « attaché à la présomption d’innocence ». Pendant ce temps, le secrétaire d’État au numérique est contraint de faire machine arrière sur son projet d’institution d’un conseil de l’ordre des journalistes9. Décidemment, la diplomatie ne s’improvise pas, elle se construit sur des bases solides et sur le long terme, non sur des foucades et des coups médiatiques ! À Strasbourg, Moscou marque manifestement un point. Et ce n’est peut-être pas le dernier de la série… »>

1 Jacques Follorou, L’espion russe du Conseil de l’Europe, Le Monde, 23-24 juin 2019, p. 17.

2 Benoît Vitkine, Le Conseil de l’Europe lève ses sanctions contre la Russie, Le Monde, 26 juin 2019, p. 5.

3 Guillaume Berlat, Conseil de l’Europe : clap de fin ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 mai 2019.

4 Éditorial, Conseil de l’Europe : le dilemme russe, Le Monde, 23-24 juin 2019, p. 32.

5 Stéphane Siohan, La colère de Kiev au Conseil de l’Europe, Le Figaro, 26 juin 2019, p. 7.

6 Isabelle Mandraud, De retour dans l’hémicycle strasbourgeois, Moscou ne cède rien, Le Monde, 27 juin 2019, p. 2.

7 Benoît Vitkine, Conseil de l’Europe : le dilemme des Russes, Le Monde, 27 juin 2019, p. 2.

8 Nabil Wakim, La politique énergétique de Macron critiquée, Le Monde, 28 juin 2019, p. 11.

9 François-Xavier Bourmaud, « Conseil de l’ordre des journalistes » : l’exécutif contraint de jouer l’apaisement, Le Figaro, 28 juin 2019, p. 6.
 
 
FAO. CHRONIQUE D’UNE DÉFAITE FRANÇAISE ANNONÇÉE – Jean Daspry. Nous avons relaté à nos fidèles lecteurs les conditions de la campagne pour la désignation du futur responsable de la FAO (Food and Agriculture Organization ou en français, Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) située à Rome10. Les résultats de cette élection (23 juin 2019) confirment les craintes que nous avions en raison des casseroles que trainaient la candidate française. C’est bien le prétendant chinois au carnet de chèques bien garni qui l’a emporté sur la candidate française fragilisée11. Après la déculottée Loiseau pour la présidence du groupe « Renew Europe » au Parlement européen, c’est une nouvelle défaite pour une candidate française et pour la diplomatie des apparences d’Emmanuel Macron. Mais une victoire pour la Chine. En réalité, en aucun cas une surprise pour tous ceux dotés d’un minimum de bon sens et de pragmatisme. Toutes qualités qui font manifestement défaut aux candidates françaises sollicitant les suffrages dans les organisations internationales. Une nouvelle claque magistrale à méditer pour l’avenir par les diplomates français arrogants et plein de morgue !

LA FRAGILISATION DE LA CANDIDATE FRANÇAISE

Voici ce que nous écrivions il y a peu sur le sujet pour nous remettre en mémoire l’enjeu de cette élection pour la France.

Début de citation :

« En effet, la bataille est rude pour l’accession au poste de directeur général de cette organisation (son siège est situé à Rome) qui doit intervenir le 23 juin 201912. Quatre candidats sont en lice : Chine (qui sort le carnet de chèques), Inde, France, Géorgie (qui fait état de l’appui de plusieurs États du tiers-monde). La candidate française, Catherine Geslain-Lanéelle était donnée favorite pour plusieurs raisons : compétence, première femme à diriger la FAO, ancienne directrice de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), appui américain… Mais, Patatras ! La candidate française est fragilisée par les révélations d’une note du gouvernement américain par le Guardian. Selon ce document, la candidate française aurait, lors d’une visite au Washington, apporté une série de garanties au gouvernement américain en échange de leur lâchage du candidat géorgien : engagement à nommer un directeur adjoint américain mais surtout engagement à ne pas défendre les positions européennes sur la question des biotechnologies et des OGM, défense d’un projet mondial incluant les intérêts américains… En dépit de ses dénégations, la candidate française, ces révélations sèment le trouble dans les rangs européens où l’appui à la France est remis en cause. L’affaire est ennuyeuse pour notre pays, stigmatisé pour sa duplicité dans le cas d’espèce. La suite au prochain numéro ».

Fin de citation

Du côté français, on faisait mine de minorer ce handicap, mettant en avant le soutien des 28 européens à l’experte française13. La fameuse politique du chien crevé au fil de l’eau confrontée au réel.

LA VICTOIRE IMPÉRIALE DU CANDIDAT CHINOIS

L’assemblée des 191 membres de la FAO a élu le vice-ministre chinois de l’Agriculture, Qu Dongyu, au poste de directeur général de l’Agence des Nations unies. Voici la narration que nous en est faite par le Figaro.

Début de citation :

« C’est une claque cinglante pour la diplomatie européenne et française. Dimanche, l’assemblée des 191 membres de la FAO a élu le vice-ministre chinois de l’Agriculture, Quo Dongyu, au poste de directeur général de l’Agence des Nations unies qui lutte contre la faim dans le monde. Une victoire remportée dès le premier tour, avec le score écrasant de 108 voix pour le candidat chinois, contre seulement 71 pour la Française Catherine Geslain-Lanéelle, et 12 pour le Géorgien Davit Kirvalidze. Le futur dirigeant, dont le mandat s’étalera du 1er août 2019 au 31 juillet 2023, succédera au Brésilien José Graziano da Silva, qui a exercé deux mandats à la tête de l’institution multilatérale.

« C’est une date historique, un nouveau tremplin » pour l’agriculture et l’alimentation dans le monde, a réagi le nouvel élu, qui a promis de « tout faire pour être impartial et neutre ». Il s’est aussi engagé à être « dans le concret » pour lutter contre la faim et la pauvreté dans le monde, tout en soulignant qu’il fallait « réformer » l’agence onusienne pour en « faire une FAO nouvelle, plus jeune et plus dynamique ».

La veille du vote, dans son discours de présentation, le candidat chinois avait donné des gages explicites à toutes les clientèles. Il y proposait d’attirer plus de moyens financiers venant du privé pour développer les secteurs agroalimentaires, notamment ceux des pays en développement. Il avait évoqué aussi bien des coordinations possibles avec le géant chinois de la distribution Alibaba qu’avec la Banque mondiale, basée à Washington, Bayer ou la fondation américaine Bill and Melinda Gates, très impliquée dans la recherche agronomique en Afrique notamment, donnant au passage des gages aux États-Unis, alors que Pékin et Washington sont engagés dans une guerre commerciale. De son côté, la candidate française s’est dite « très déçue ». « La Chine a fait une campagne très agressive, avec des moyens que nous n’utilisons pas », confie-t-elle. En particulier, la rumeur courait dimanche que des pays en arriéré de paiement ont vu leur « problème réglé », sans que l’on sache comment »14.

Fin de citation

Pour sa part, le quotidien Le Monde, précité insiste sur l’inquiétude que suscite la victoire chinoise dans certains cercles diplomatiques occidentaux tout en reconnaissant qu’elle est loin d’être illégitime. Et oui, il va falloir se faire à l’idée que la Chine occupe de plus en plus de postes de responsabilités tant au sein de l’ONU que des institutions en relevant.

QUELS SONT LES ENSEIGNEMENT QU’IL Y A LIEU DE TIRER DE CETTE DÉFAITE ?

« On ne fait pas de politique autrement que sur des réalités » nous rappelle fort à propos le général de Gaulle. Rien ne sert de verser dans l’amertume et de tenter de disqualifier son concurrent victorieux comme le fait maladroitement la candidate française qui semble ignorer les rudiments de la diplomatie multilatérale où tous les coups sont permis ! Il faut savoir être bon perdant(e) et accepter la réalité. Mieux vaut s’en tenir à la bonne vieille méthode de nos amis militaires qui a pour nom « retex » pour retour d’expérience. Cette victoire est tout sauf une surprise en raison de l’entrisme chinois dans le système multilatéral onusien facilité tant par le retrait américain que par la diplomatie du carnet de chèques de Pékin vis-à-vis des pays en développement aux arriérés de paiements. Par ailleurs, l’exemplarité à la française n’a pas la même signification que l’exemplarité à l’international. De plus, il faut cesser de croire que la carte féministe constitue l’atout maitre dans les nominations aux postes prestigieux des organisations internationales. Surtout lorsque la diplomatie française est de plus en plus disqualifiée et marginalisée par son manque de constance et de moyens. Nous n’avons plus les atouts pour jouer dans la Cour des grands, ce que semblent ne pas comprendre Emmanuel Macron et ses boys et girls. Telle est la morale de cette chronique d’une défaite française annoncée à la FAO.

10 Jean Daspry, Elections, piège à cons. Du rififi à la FAO, www.prochetmoyen-orient.ch , 17 juin 2019.

11 Marie Bourreau/Frédéric Lemaître/Mathilde Gérard, Le Chinois Qu Dongyu a été élu directeur de la FAO, le Monde, 25 juin 2019, p. 7.

12 Marie Bourreau/Stéphane Foucart, Guerre diplomatique pour la présidence de la FAO, Le Monde, 8 juin 2019, p. 6.

13 www.info@afnu.fr , 24 juin 2019.

14 Marie Visot, Un Chinois élu à la tête de la FAO, www.lefigaro.fr , 23 juin 2019.
 
 
PASSIONS OU LES MÉMOIRES D’UN VOYOU – Ali Baba. On sait que Nicolas Sarkozy ne manque pas d’air, de toupet. Nous pensions candidement que les casseroles judiciaires qu’il traîne à ses basques l’auraient conduit à faire preuve d’un minimum de retenue. Or, ce n’est manifestement pas le cas tant l’homme est un pervers narcissique qui ne cesse de se regarder le nombril et qui n’éprouve que de la haine pour l’autre15 quoi qu’il puisse dire et écrire sur le sujet16. Son dernier opus magnum n’échappe pas à la règle tant la méchanceté est inscrite dans les gênes de ce nabot complexé sauf par l’argent des autres17.

D’une manière générale, nous sommes en présence d’un médiocre pamphlet auquel manquent la substance et la forme. Avant même sa sortie en librairie, le torchon est déjà un succès, tiré à 200 000 exemplaires. Une vraie graine de Goncourt tant il n’épargne personne sauf lui. C’est vrai que l’homme a une passion pour la France (c’est du moins ce qu’il prétend)18, celle du bling bling, du Fouquet’s, du yacht de Bolloré, du très honnête maire de Levallois-Perret, victime d’une justice aveugle et sans pitié, Patrick Balkany (le nom n’est jamais cité tant il sent aujourd’hui le souffre). Tous nos perroquets à carte de presse se ruent sur ce morceau d’anthologie et souhaitent avoir la primeur des réactions du grand homme La journaliste du Figaro, toute énamourée lui tresse des couronnes de laurier sur une pleine page19. Plus neutre mais très peu critique est la présentation du folliculaire du Monde20. L’hebdomadaire Le Point joue au jeu de l’entretien vérité21. Le panurgisme a encore de beaux jours devant lui. À quand un conseil de l’ordre des journalistes comme cela vient d’être proposé par le secrétaire d’État, Cédric O pour lutter contre les bobards qui seraient exclusivement diffusés par Russia Today ?

Mais en réalité que trouve-t-on dans cette somme de 357 pages ?

La première remarque porte sur la présentation de cet ouvrage qui surprend même si l’on n’est pas très formaliste. Il ne comporte pas de table des matières dans la mesure où aucun des chapitres de longueur inégale n’a de titre, ce qui aurait facilité la lecture et constitué un utile fil conducteur pour le lecteur. Il ne comporte pas plus de notes en bas de page ou de bibliographie sommaire donnant les apparences d’une recherche sérieuse, pour ne pas dire scientifique. On l’aura compris, nous sommes dans le style pifométrique que Nicolas Sarkozy affectionne. Nous ne serions pas étonnés que la rédaction de l’ouvrage ait été confiée à une tierce personne tant les formulations retenues ne correspondent pas à son style peu orthodoxe. Voilà pour ce qui est de la forme de cet ouvrage qui laisse à désirer en dépit de l’avertissement de l’auteur : « Le temps est nécessaire pour comprendre, pour gagner la distance sans laquelle aucune réflexion approfondie n’est possible, pour bannir les sentiments d’amertume aussi, si présents dans nos natures humaines ». La lecture de ce livre donne une impression tout autre tant manquent distance et objectivité.

La seconde remarque concerne la substance. Il s’agit de la chronique d’une carrière politique qui débute à Nice en juin 1975 et que Nicolas Sarkozy conclut en mai 2007 avec son élection à la présidence de la République. Cette présentation, très souvent confuse, ne présente pas le moindre fil conducteur, pas la moindre ossature stratégique. Il n’y a ni cap, ni vision pour la France tant dans sa dimension interne qu’externe. L’ouvrage se présente comme une sorte de médiocre hagiographie d’un politicien sans scrupule qui fait le contraire de ce qu’il dit. Comment nous présente-t-il la perspective choisie dans son introduction ?

« Bien sûr, je parlerai avec franchise de certains comportements qui m’ont surpris, souvent heurté, parfois blessé ! Mais je me suis astreint à le faire sans acrimonie et sans méchanceté. Les caractères et les tempéraments que je décris le seront dans le seul souci d’éclairer une décision ou un évènement. Je n’ai aucun plaisir à détruire. Je n’ai jamais éprouvé de haine pour quiconque. Et je sais trop, par ailleurs, qu’il a pu m’arriver tout au long de ma carrière d’avoir eu, parfois, de mauvaises attitudes, et pas davantage excusables parce qu’elles venaient de moi. J’ai par ailleurs une méfiance ancienne et viscérale pour les donneurs de leçons. Ce n’est certainement pas à ce moment de ma vie que j’en voudrais en servir à quiconque ».

En dépit de cette généreux pétition de principe, Nicolas Sarkozy consacre le plus clair de son temps à éreinter ses ex-collaborateurs, accusés de tous les maux de la terre. À croire, ce que nous assène, l’ex-président de la République, il se présente comme une blanche colombe entourée des personnages – à quelques exceptions près comme Claude Guéant qualifié de « moine » du service public qui fut un grand serviteur de l’État – peu recommandables qui n’auraient pas appliqué ses instructions ou, pire encore, l’auraient trahi. Une sorte de monde manichéen au sein duquel il y aurait un homme bon et généreux et une foule de courtisans, de traitres, de pleutres qui auraient pis un malin plaisir à lui compliquer la tâche. Nous laisserons le soin à l’éventuel lecteur de découvrir cette galerie de portraits peu amènes qu’il dresse au fil des pages. N’est pas La Bruyère qui veut ! En réalité, Nicolas Sarkozy est animé du seul désir de régler des comptes et non de nous parler de sa vision de la France parvenue au début du XXIe siècle. L’accessoire l’emporte le plus souvent sur le principal. On espérait une vision pleine de hauteur sur les défis auxquels est confrontée la France tant à l’intérieur comme à l’extérieur. Mais rien de tout cela tant l’homme n’a qu’une passion… pour son auguste personne.

Le seul mérite que l’on puisse trouver à cette présentation tient au récit de l’ascension politique d’un jeune opportuniste ambitieux qui le conduira de la Mairie de Neuilly-sur-Seine au Palais de l’Élysée. Mais, à nos yeux, le principal intérêt de ces Passions (pour qui et pourquoi en dehors de Carla Bruni ?) réside plus dans ce qui n’est pas dit que dans ce qui l’est de manière caricaturale et excessive. Rien ne nous est dit de toutes les révélations de ses ex-collaborateurs virés comme des malpropres du premier cercle (dont nous disposons de récits glaçants d’exécution en règle), des fonctionnaires humiliés22, de ses nombreux « amis » aujourd’hui mis en examen – et ils sont légions – pour avoir fait litière des règles de droit et des principes élémentaires de la morale. Toutes ces dérives ne font l’objet d’aucuns développements bien sentis. Elles sont élégamment passées sous silence pour ne nous présenter que la face présentable du sarkozysme. L’exercice de contrition ne fait pas partie du logiciel de fonctionnement de Nicolas Sarkozy, ce qui rend le personnage d’autant plus problématique pour ne pas dire « dangereux » à un poste de responsabilité publique important. De manière anecdotique, nous apprenons qu’il aurait contacté Jean-Yves Le Drian pour lui proposer un poste de ministre. Ce dernier aurait récusé l’offre comme Hubert Védrine.

Doit-on lire ce livre ? Certainement pas sauf pour vous donner l’envie de ne plus revoir ce triste sire dans la vie politique de l’Hexagone. Il se réalise pleinement au sein du groupe Accor. Qu’il y reste et profite bien de la vie ! Peut-être que les magistrats lui infligeront prochainement une peine qui lui interdira de solliciter un quelconque mandat électif jusqu’à la fin de ses jours. Car, à bien y réfléchir, ces Passions ne sont en réalité que les mémoires d’un voyou !

15 Gérard Davet/Fabrice Lhomme, La haine. Les années Sarko, Fayard, 2019.

16 Nicolas Sarkozy, Ensemble, XO éditions, 2007.

17 Nicolas Sarkozy, Passions, éditions de l’Observatoire, 2019.

18 Nicolas Sarkozy, La France pour la vie, Plon, 2016.

19 Marion Mourgue, Nicolas Sarkozy écrit sa passion pour la France. Sa France intime et passionnée, Le Figaro, 27 juin 2019, pp. 1-2.

20 Julie Carriat, Les confessions politiques de Nicolas Sarkozy, Le Monde, 28 juin 2019, p. 9.

21 Jérôme Béglé/Laureline Dupont/Sébastien Le Fol (propos recueillis par), Nicolas Sarkozy : « Entre la France et moi, ce ne sera jamais fini… », Le Point, 27 juin 2019, pp. 33 à 45.

22 Gérard Davet/Fabrice Lhomme, Sarko m’a tuer, Stock, 2011.
 
 
DIPLOMATIE ET DÉONTOLOGIE – Ali Baba. Très régulièrement, nous tentons de tenir la chronique des cas emblématiques de libertés prises avec la déontologie, voire avec le droit, au sein du prestigieux ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Pour reprendre la célèbre formule de Jean de la Fontaine (Les animaux malades de la peste) : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». En termes moins diplomatiques, cela signifie que si vous bénéficiez de protections multiples (ENA, politique, syndicale, femme, LGBT, franc-maçonnerie…) vous passerez entre les gouttes en cas de coups de canif au droit et à la morale. Par contre, si vous êtes indépendants, vous passerez sous les fourches caudines avec la plus grande sévérité au nom de l’exemplarité. Et tout cela se passe au pays dont la devise est Liberté, égalité, fraternité. Avec le plus souvent la bénédiction de la plus haute juridiction administrative couchée, à savoir le Conseil d’État. Nous en avons aujourd’hui un exemple avec la récente nomination d’un ambassadeur capé23 qui suppose un retour en arrière pour en apprécier tout le sel.

NOTRE NOUVEL AMBASSADEUR DE FRANCE EN ISRAËL

Comme toujours, notre meilleure source d’information est constituée par le Journal officiel de la République française (JORF) qui nous éclaire utilement en cette période de mercato des ambassadeurs ! Qu’y apprend-on en consultant la livraison de fin de semaine ?

« M. Eric DANON, ministre plénipotentiaire de deuxième classe, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de l’Etat d’Israël »24.

Quoi de plus normal, si ce n’est évident que l’actuel directeur-adjoint des affaires politiques et de sécurité du Quai d’Orsay, Eric Danon soit nommé à ce poste sensible dans un Moyen-Orient en pleine recomposition ? Sa formation et son expérience parlent d’elles-mêmes. Né en 1957, ancien élève de l’école normale supérieure, agrégé de physique, diplômé de Sciences Po, ancien élève de l’ENA, Eric Danon est entré au Quai d’Orsay en 1986 (promotion Diderot). Son passé parle pour lui qu’il s’agisse de sa carrière à l’administration centrale (direction d’Amérique, des affaires stratégiques et du désarmement, directeur de cabinet du ministre délégué à la coopération, direction des affaires politiques) ou à l’étranger (ambassadeur à Monaco, à la Conférence du désarmement à Genève). Il a touché au monde de l’industrie (SNIAS) et a monté sa société de consulting. Il est également passé par un centre de recherche de stratégie et de prospective proche d’Alain Bauer. Un C.V. impressionnant, un poste d’ambassadeur venant couronner une Carrière sans reproche. Rien d’anormal au regard des critères traditionnels de nomination des ambassadeurs. Sauf un tout petit rien, madame la marquise qui vient légèrement ternir ce tableau sans histoire et qui remonte à 2008 en un temps où Eric Danon représentait la France dans la Principauté de Monaco. Une affectation écourtée.

NOTRE EX-AMBASSADEUR À MONACO

Reportons-nous à ce que nous relate le quotidien Libération en ce mois d’avril 2008 qui nous donne une petite idée de l’affaire Danon qui fut largement commentée à l’époque ! Même si la relation faite est incomplète, elle donne une idée assez précise de ce qui lui était reproché.

Début de citation :

« A Monaco, le prince fait valser l’ambassadeur de France

Nicolas Sarkozy et Albert Grimaldi ont fait assaut d’amabilités vendredi à Monaco (lire ci-dessous). La visite du président de la République à Son Altesse Sérénissime était officiellement placée sous le sceau de «la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique », sans pour autant négliger quelques « dossiers bilatéraux ».

« Cas rarissime ». Un empêcheur de discuter en rond a promptement et récemment été écarté : Eric Danon, ambassadeur de France à Monaco, nommé en septembre, et débarqué début avril. Il aura à peine tenu sept mois en principauté. Albert II a exigé son départ, « cas rarissime », souligne un spécialiste du Rocher. Nicolas Sarkozy a obtempéré, bien que l’ambassadeur soit un proche de Bernard Kouchner. Eric Danon, électron libre du Quai d’Orsay, a multiplié les allers-retours entre les cabinets ministériels (sous Roland Dumas et Charles Josselin) et les entreprises privées (dans l’aéronautique et l’agroalimentaire). En 2002, il monte un cabinet de conseil (International médical alliance), voisin de palier de celui de Bernard Kouchner (BK Conseil), célèbre pour son audit donnant quitus aux activités de Total en Birmanie.

Quand Bernard Kouchner est nommé ministre des Affaires étrangères, il prend pour directeur adjoint de cabinet l’ambassadeur de. Monaco, Serge Telle, et nomme son ami Eric Danon à sa place. Lequel prend son rôle très à cœur, car depuis le traité franco-monégasque de 2002, le consulat est devenu une véritable ambassade : « L’ambassadeur de France peut avoir une véritable influence, son périmètre reste à délimiter. Je ne compte pas regarder passer les trains », prévient Danon. Très vite, l’entourage d’Albert II laisse filtrer son agacement, reprochant au nouvel ambassadeur « ses maladresses, des fuites dans la presse », voire de « débiner la principauté auprès de Paris ».

Fiscalité. On murmure que Danon se serait opposé à quelques opérations hautement financières. Plus prosaïquement, il semble surtout s’être opposé à toute modification de la fiscalité pesant sur les Français installés à Monaco, les seuls résidents devant continuer à payer des impôts à leur mère patrie (en vertu d’un accord de 1962, après que le général de Gaulle eut brièvement instauré un blocus du Rocher). Selon une bonne source monégasque, son prédécesseur avait entamé une « négociation secrète », visant soit à alléger leur fiscalité, soit à leur permettre d’être naturalisés monégasques, sans pour autant abjurer la France – une sorte de double nationalité. Droit dans ses bottes, Eric Danon aurait refusé de poursuivre dans cette voie, sans se soucier de « ménager les spécificités ou susceptibilités monégasques ». Mais le problème reste entier : la part des Français dans la population a chuté de 60 à moins de 30 %, faute parfois de pouvoir s’y loger. La nouvelle ambassadrice, Odile Remik-Adim, avait précédemment officié au consulat de Turin et Gènes. Elle connaît donc la région et « parle bien l’italien et le russe : c’est devenu essentiel à Monaco », dit une huile monégasque »25.

Fin de citation

Vous pourrez évidemment arguer que c’était, il y a bien longtemps déjà et que le droit à l’oubli doit bénéficier à ce haut diplomate qui n’a commis ni délit, ni crime. Mais en cette période où la morale et l’exemplarité des hauts fonctionnaires est brandie, urbi et orbi, en étendard du Monde nouveau, cette nomination, même intervenant en fin de carrière, est-elle raisonnable ? Et cela d’autant plus que dans la foulée de cette mésaventure diplomatique monégasque, l’on s’attendait à ce que l’intéressé soit sanctionné administrativement, y compris de manière symbolique par un passage plus ou moins long par la case placard, voire par un avertissement ou par un blâme (sanction du premier groupe) ! Or, ce ne fut pas le cas. Son ami et ministre, Bernard Kouchner le fit nommer dans la foulée ambassadeur, représentant permanent de la France à la Conférence du désarmement à Genève, comme si de rien n’était. Balayé, oublié… Circulez, il n’y a rien à voir. Cette affaire monégasque n’est pas tout à fait anodine puisqu’elle porte sur de potentiels conflits d’intérêts entre les activités au service de l’État d’un ambassadeur et ses activités privées au service de son intérêt personnel sur lesquels le journaliste de Libération glisse soit par pudeur de gazelle, soit par méconnaissance du dossier. La question mérite d’être posée. Tout ceci serait inenvisageable dans un pays nordique où certains ministres ou hauts fonctionnaires sont remerciés pour beaucoup moins que cela. Mais, cela se produit en France sans que cela n’émeuve outre mesure nos bonnes âmes et autres donneurs de leçons patentés.

Cette affaire Danon n’est peut-être pas si grave en soi dans le relatif mais l’est plus dans l’absolu si on la situe sur le plan des principes. Elle pose à l’évidence la question cruciale du périmètre de la déontologie au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, de l’impunité totale dont bénéficient certains et de la sévérité qui frappent d’autres. Pourquoi pareille discrimination ? Notre site a relaté, avec régularité, le cas de tous ces ambassadeurs dignitaires de France, qui foulent la déontologie au pied dès leur retraite en se faisant embaucher/débaucher par quelques entreprises étrangères de pays dans lesquels ils ont servi. Et bien d’autres qui montent quelques sociétés de consulting, utilisant à des fins purement privées leur carnets d’adresses remplis pendant leur carrière. Est-ce légal, est-ce normal dans un État qui se rengorge de sa situation d’exemplarité ? Il y a toujours loin de la coupe aux lèvres, de la théorie à la pratique comme le prouvent la réalité. Ce n’est pas l’absorption de la Commission de déontologie de la fonction publique par la HATVP qui y changera grand-chose tant le champ de compétence de la nouvelle structure est flou26. En dernière analyse, diplomatie et déontologie ne riment pas toujours.

23 Shahinez Benabed, La France a un nouvel ambassadeur en Israël, www.acteurspublics.fr , 24 juin 2019.

24 Décret du 21 juin 2019 portant nomination d’un ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de l’État d’Israël M. DANON (Eric), JORF n° 0144 du 23 juin 2019, texte n° 60.

25 Renaud Lecadre, À Monaco, le prince fait valser l’ambassadeur, www.liberation.fr , 26 avril 2008.

26 Guillaume Guichard, Renforcement en trompe l’œil de la déontologie des fonctionnaires, Le Figaro, 17 juin 2019, p. 24.
 
 
LOISEAU : LE SPARADRAP DU CAPITAINE MACRON – Ali Baba. « Le bon sens est la chose la mieux partagée car chacun pense en être si bien pourvu, que même ceux qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont » (Descartes).

Décidément nous n’en avons pas encore fini avec la sangsue politique et médiatique qui a pour nom Nathalie Loiseau, né Ducoulombier. Alors que nous pensions qu’elle aurait à cœur de se faire oublier après ses bourdes grossières et inexcusables à répétition, il n’en est rien. C’est mal connaître les dérèglements psychologiques de cette péronnelle soulignées dans nos dernières productions sur le sité. Ne voilà-t-il pas que Loiseau de mauvais augure nous envoie une carte postale via Le Parisien. Madame est punie par où elle a péché (sa stupidité) et ne s’en rend pas compte (sa fatuité). Comme toujours reprenons l’intégralité de l’article du quotidien parisien avant de nous livrer à quelques commentaires de notre cru complétés par ceux de personnes anonymes qui ne manquent pas de bon sens pour éclairer notre lanterne sur cette Dame et sur les dysfonctionnements graves qui frappent la Macronie.

LA RELATION INCOMPLÈTE DU PARISIEN

Début de citation :

« Nathalie Loiseau revient sur une campagne calamiteuse et ses premiers pas ratés à Strasbourg qui l’ont empêché de briguer la présidence du groupe centriste au Parlement européen. « Se prendre une claque, c’est désagréable, mais ça réveille ! ». Dix jours après avoir dû renoncer à briguer la présidence de « Renew » — le groupe des centristes au Parlement européen — pour ses confidences malvenues à la presse, Nathalie Loiseau reste philosophe. L’ex-tête de liste LREM aux européennes a pourtant ouvert elle-même la boîte à baffes sitôt arrivée à Bruxelles. Comme pendant sa campagne, du reste. « Quand on est nouvelle venue en politique, qu’on représente la majorité, et qu’en prime on est une femme, on prend cher. Je m’y attendais, je l’ai vécu comme une expérience où l’on apprend sur soi et sur les autres », nous confie celle qui avoue ne plus lire la presse française — « vous vous faites traiter de tous les noms, ce serait du masochisme ». Au fil des mois, l’ex-ministre des Affaires européennes est parvenue à faire l’unanimité contre elle, y compris dans son camp. « On a failli gagner. Avec une autre tête de liste, on faisait 25 à 26%. C’est Macron qui a fait monter le score aux européennes, que personne ne s’y trompe », charge un pilier de la majorité. Aujourd’hui tous s’accordent à le dire : le président a commis là une belle erreur de casting. L’un de ceux qui s’est entretenu avec Loiseau pendant la campagne en conserve un souvenir cuisant : « Je n’ai jamais vu ça, c’était d’un chiant. Même au lycée, je me suis moins fait suer. Et elle est arrogante… ». Dès ses premiers pas, la candidate n’a pas convaincu. Mal à l’aise dans les médias, dénuée de charisme, elle a multiplié les bourdes. « Elle a été envoyée au casse-pipe. Personne ne lui a expliqué ce qu’était une élection. Mais, elle, elle se piquait de tout savoir », se souvient un colistier. « Pour elle, c’était une entrée difficile. Mais tout lui mettre sur le dos, c’est très injuste », défend l’ex-directeur de campagne Stéphane Séjourné. D’autant qu’elle ne maîtrisait pas tout dans cette campagne, déjà mise sur les rails avant sa désignation. Les affiches avec le seul visage de Macron ? Les professions de foi où elle est entourée de ses colistiers ? Autant d’outils stratégiques qui lui ont été imposés. Loiseau a, en outre, subi les tiraillements de courants qui ont parcouru sa liste. MoDem, Agir, LREM… Chacun a dû trouver (ou faire) sa place, avec des agendas parfois différents, à coup de petites phrases peu amènes sur la candidate. « Ce qu’on découvre en politique, c’est que vos alliés tirent aussi contre vous », soupire l’intéressée. Pour celle que l’on présentait comme une technicienne de l’Europe, ce chemin de croix était censé prendre fin lors de son arrivée à Bruxelles. « Elle a serré les dents pendant toute la campagne, pensant qu’après, elle allait prendre le pouvoir », assène un ancien membre de l’équipe. Elle aurait même insisté pour prendre la tête de la délégation française en lieu et place de Stéphane Séjourné. « C’est faux, on avait prévu qu’elle conduise la délégation au départ et que je reprenne le flambeau après », jure Séjourné, finalement nommé à ce poste la semaine dernière. Mais au Parlement, Loiseau arrive en terrain miné. Les Marcheurs, en position de force avec leurs 21 élus sur 108, sont attendus au tournant par leurs nouveaux alliés du groupe « Renew ». « Ça les a inquiétés. Il ne fallait surtout pas être arrogants, mais nous avons fait précisément l’inverse », se désole un eurodéputé. En cause, ce fameux « off » à la presse où elle rhabille ses partenaires, certains de ses colistiers, et même Angela Merkel, pour l’hiver. Un proche de Macron en reste estomaqué : « Comme diplomate, elle se pose là ! Elle a totalement pété les plombs ». « Elle décrédibilise le pays », renchérit un parlementaire. Selon nos informations, avant cet épisode, Loiseau pouvait compter sur les voix de 70 eurodéputés, soit une très confortable majorité pour son élection à la tête du groupe « Renew ». Las. « Son off a été utilisé et instrumentalisé », se désole Séjourné. De quoi stopper net ses ambitions européennes. L’ancienne ministre est débranchée pour sauver l’essentiel des postes (présidence et vice-présidence de commission, rapporteurs…) visés par la France à Bruxelles. Depuis, Nathalie Loiseau passe toujours sa vie dans le Thalys, négociatrice pour les « tops jobs », mais plus en première ligne. Et après ? Certains l’imaginent vice-présidente du Parlement, quand d’autres se demandent à l’inverse si elle peut y rester. L’intéressée, elle, ne baisse pas les bras, tout en prenant soin de faire amende honorable : « J’ai commis une erreur, je la reconnais. J’ai parlé cash et je le paie cash ».27

Fin de citation

Que pouvons-nous déduire de tout ce fatras de deux excellentes représentantes du clergé médiatique ?

DE QUELQUES REMARQUES SUPPLÉMENTAIRES

C’est que la relation faite par Le Parisien, pour intéressante qu’elle soit, passe à côté de certaines réflexions utiles pour une meilleure compréhension du sujet. Revenons d’abord à quelques remarques tout à fait pertinentes de quelques experts dans des disciplines différentes !

Que nous dit un expert reconnu de la psychologie humaine ?

« C’est affligeant ! Elle est incapable de prendre du recul engoncée dans un narcissisme de petite fille qui apparaît dans son expression « j’ai parlé cash » : elle se présente comme victime de sa « franchise » ….. Vaniteuse, obsédée d’elle-même, rageuse, elle condense toutes les composantes de cette pathologie. A suivre … ».

Nous sommes ainsi au cœur d’un travers de l’époque, celui de la victimisation, travers qui semble toucher en priorité la gente féminine victime désignée de la horde masculine. En un mot, le mal de la déresponsabilisation ! C’est pas moi, c’est l’autre. Qui plus est, je suis la victime du machisme ambiant et de ma franchise. Nathalie la buse confond allégrement franchise et bêtise. Tout ceci est pathétique à maints égards pour cette personne qui se dit brillante et au-dessus de l’intelligence normale.

Que nous dit un expert reconnu des questions européennes ?

« On est encore loin du compte. Certes ils admettent que c’est une bille mais qu’il l’a choisie ? Qui n’a pas su voir ce qui crevait les yeux, avant un désastre annoncé ? Qui n’a pas su la recadrer ? Qui ne sait pas s’en débarrasser ? Si je comprend bien elle continuerai « à oeuvrer en coulisse ». Je ne vois vraiment pas à quoi cela pourrait servir si ce n’est à miner davantage le terrain. Il faudrait l’obliger à rester chez elle avec une interdiction absolue de s’exprimer publiquement ».

Nous sommes ainsi au cœur d’un autre travers de l’époque, celui de l’arrogance de nos dirigeants politiques qui se refusent à tirer les conclusions qui s’imposent de leurs échecs. Peserverare diabolicum, c’est bien connu depuis la nuit des temps, surtout dans les allées du pouvoir. Quand voudra-t-on bien sanctionner les incompétents et les névrosés à due proportion de leurs forfaits ?

Les remarques de votre serviteur

Il y aurait beaucoup à dire sur le cas pathologique de Nathalie Loiseau. Nous renvoyons nos fidèles lecteurs aux multiples analyses et appréciations que nous leur avons soumises au cours des dernières années, des derniers mois, des dernières semaines. Elles n’ont pas pris la moindre ride tant le diagnostic psychologique et psychanalytique du patient Loiseau est évident pour celui qui prend le temps de lire et décrypter toutes ses déclarations publiques. Le moins que l’on puisse dire est que cette personne est dérangée. Le pire est que le président de la République ne s’en soit pas aperçu durant les deux années où elle fut ministre en charge des affaires européennes. C’est à croire qu’Emmanuel Macron est aveugle et sourd et que ses capacités en matière de ressources humaines (RH pour faire plus tendance) sont une asymptote de zéro. Le pouvoir est entre de bonnes mains dans notre pays.

À toute chose, malheur est bon, a-t-on coutume de dire ! Il y en a un qui a su tirer les marrons du feu. C’est son ex-directeur de cabinet aux affaires européennes, le « très courageux », Gaël Vayssière. Le prix de deux ans de couleuvres avalées sans coup férir, une ambassade dans l’Union européenne, celle de Zagreb (Croatie) et, qui plus est, sa première.

« Gaël VEYSSIERE, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Croatie, en remplacement de Mme Corinne BRUNON-MEUNIER et de M. Philippe MEUNIER, appelés à d’autres fonctions »28.

La lâcheté a toujours payé et bien payé dans la Haute Fonction publique française, surtout dans la Macronie arrogante. Bon vent à monsieur l’ambassadeur de France en Croatie. Vous l’avez bien mérité de la Patrie. Vous êtes promis à une excellente carrière, vous qui fûtes un temps collaborateur du fourbe, Jean-Pierre Raffarin. Vous avez été à bonne école.

Comment conclure alors que le sujet Loiseau est inépuisable ? Nous nous limiterons à un seul thème, celui de la santé physique et mentale de ceux qui nous gouvernent (l’exécutif), nous représentent (le législatif) et nous jugent (le judiciaire), « Ces fous qui nous gouvernent »29. Pourquoi ne pas exiger de tous nos hommes et nos femmes politiques, à l’instar de ce qui se passe pour l’entrée dans la Fonction publique, un certificat d’aptitude médical témoignant que les prétendants et les prétendantes à ces fonctions électives disposent de toutes leurs facultés physiques et mentales. Cette simple mesure de bon sens, venant s’ajouter à la déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) fournirait un minimum de garanties aux citoyens qu’ils n’élisent pas des personnes dérangées. Ceci nous éviterait la répétition du phénomène Loiseau. En attendant, Emmanuel Macron serait bien inspiré de demander à Nathalie Loiseau de renoncer « spontanément à son mandat de parlementaire européen (pour le plus grand bien de la France) et de retourner au Quai d’Orsay dans un bureau isolé où elle attendrait patiemment l’âge légal de son départ à une retraite amplement méritée (pour le plus grand bien de la diplomatie française). Faute de quoi, et au rythme où vont les choses, Loiseau risque, après l’affaire Benalla, de se transformer en sparadrap du capitaine Macron.

27 Valérie Hacaud/Pauline Théveniaud, Nathalie Loiseau : « J’ai parlé cash et je paie cash », www.leparisien.fr , 23 juin 2019.

28 Décret du 20 juin portant nomination d’un ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Croatie M. VEYSSIÈRE (Gaël), JORF n° 0143 du 22 juin 2019, texte n° 49.

29 Pierre Accoce/Pierre Rentchnick, Ces nouveaux malades qui nous gouvernent, Stock, 1977.

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