Observatoire Géostratégique

numéro 260 / 9 décembre 2019

ORIENT-ATIONS 242

LE CHOUCHEN DANSE LA SAMBA À BRASILIA – Ali Baba. « En Macronie, les ministres prennent trois semaines de vacances, l’été. Mais, qu’on se le dise, celles-ci seront « studieuses » et pas trop question de rigoler. Ils partent comme Macron leur a demandé « la peur au ventre » plutôt que le cœur léger, avec dans leurs bagages leurs lourds dossiers. Et bien sûr aussi avec des éléments de langage fournis par l’Élysée qui s’en est déjà servi et dont le maître mot est la modestie »1.

Certains de nos brillants ministres n’ont décidément rien à faire en cette période estivale alors que Jupiter leur demande de ne pas trop s’éloigner de Paris pour les avoir sous la main. Instruction que le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) ignore tout simplement en allant promener son incompétence en Amérique latine, augmentant au passage son empreinte carbone. De manière générale, l’expérience nous apprend que la diplomatie est une leçon d’humilité permanente. À trop l’oublier, on court le risque d’une humiliation par l’autre. Telle est la triste mésaventure du chef de la diplomatie française. Au-delà de ce simple épisode, cet épisode constitue le reflet du naufrage de la diplomatie française sous le règne de Jupiter-Pinocchio.

L’HUMILIATION DU CHEF DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE : LE COUP PIED DE L’ÂNE

Dans le cadre d’une tournée en Amérique latine, notre vénéré Jean-Yves Le Chouchen décide de porter la bonne parole au Trump de Brésil, le président qui a pris ses fonctions le 1er janvier 2019. Vous savez l’affreux qui a pour idole le 45ème président américain et envisageait de sortir de l’accord de Paris sur le climat (COP21, décembre 2015). Nous allions voir ce que nous allions voir. Outre des traditionnelles visites protocolaires à Brasilia, notre Breton armé devait être reçu, le 29 juillet 2019, par Jair Bolsonaro. Patatras, au dernier moment, le président brésilien annule son entretien avec Jean-Yves Le Drian. Raison officielle avancée pour justifier cette annulation peu diplomatique, le traditionnel agenda chargé. Cette raison est immédiatement controuvée par la réalité. En effet, ce même jour, quelques minutes après avoir annulé « pour des raisons d’agenda » une rencontre avec le ministre français des affaires étrangères, le président d’extrême droite s’est affiché sur les réseaux sociaux en train de se faire couper les cheveux, plongeant le Quai d’Orsay dans la stupéfaction. Horresco referens ! « Le président Bolsonaro commence à travailler à 4 heures du matin et termine à minuit. Il faut bien qu’il trouve le temps de se couper les cheveux entre 4 heures du matin et minuit », affirme un porte-parole du gouvernement en guise d’explication. Le président brésilien n’aura donc pas loisir d’entendre les réprimandes de notre lorientais désorienté. Plus prosaïquement, l’empressement du chef de l’Etat à soigner sa raie sur le côté ne doit rien au hasard. En s’affichant publiquement chez le coiffeur plutôt qu’aux côtés de l’un des poids lourds du gouvernement français, Jair Bolsonaro affirme autant son souverainisme que son mépris envers le discours moralisateur de Paris vis-à-vis de l’environnement2.

Pour enfoncer le clou, le chef de l’État avait évoqué « un entretien avec le premier ministre français si je ne me trompe pas, pour traiter des problèmes comme l’environnement ». Irrité et comminatoire, il avait ajouté « « il ne devra pas me manquer de respect. Il devra comprendre que le gouvernement au Brésil a changé. La soumission des chefs d’État envers le premier monde n’existe plus ». Il faisait référence aux critiques qu’il avait essuyées lors du G20 d’Osaka sur les questions environnementales. Depuis, au moins l’époque du Traité de Versailles, nous avons compris qu’on n’humilie pas impunément les peuples ! C’est la réponse du berger à la bergère.

Selon son entourage, Jean-Yves Le Drian aurait gardé le « calme des vieilles troupes » tout en « entendant le message ». À vérifier dans le futur !

Certains perroquets à carte de presse nous expliquent doctement qu’à la diplomatie, Jair Bolsonaro préfère la provocation, mais à la confrontation, le chef d’Etat brésilien privilégie l’humiliation de l’adversaire. Ils oublient que la diplomatie se fait sur des réalités et non sur des chimères. Aujourd’hui, nous assistons à une militarisation de la diplomatie. Qu’on le veuille ou non, la force l’emporte sur le droit et sur les convenances traditionnelles. Il faut en tenir compte.

LE NAUFRAGE DE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE : LA GRANDE VADROUILLE DES PIEDS NICKELÉS

En définitive, cette affaire de Clochemerle en dit long sur le discrédit croissant de la diplomatie française hors de nos frontières. À trop jouer les moralisateurs, en lieu et place de s’en tenir aux fondamentaux de la diplomatie, l’on se retrouve parfois pris au piège que l’on a soi-même armé. Jean-Yves Le Drian vient d’en faire l’amère expérience grandeur nature. Et cela plus de deux ans avoir pris ses fonctions. Pas très glorieux en vérité. Il (ses brillants conseillers) aurait dû savoir que l’essence de la diplomatie, c’est avant tout de respecter son interlocuteur, et non de le stigmatiser. Le respecter, et non l’humilier, grande spécialité de La France Arrogante, pour pouvoir entamer le dialogue, y compris le plus critique susceptible d’ouvrir la voie à des compromis. Faute de quoi, l’interlocuteur vous ignore superbement. C’est ce qu’à au moins compris l’ex-officier de l’armée, Jair Bolsonaro.

Notre pays a un lourd passé en termes de mépris de l’autre et de posture moralisatrice. Il en paie aujourd’hui les conséquences au prix fort : absence du règlement du dossier syrien, perche lancée par Emmanuel Macron à Vladimir Poutine (entretien de Brégançon le 19 août prochain) qu’il s’est évertué à ignorer ou à critiquer sa prétendue capacité à diffuser des informations bidon (« fake news ») ; mépris affiché par Donald Trump à l’égard d’Emmanuel Macron dont il évoque la « stupidité » ; fragilisation du couple-franco-allemand qui ne joue plus le rôle prépondérant qui était le sien au niveau de l’Union européenne…. À côté de cela, Paris continue de faire des ronds de jambe au Prince MBS qui fait découper à la scie ses opposants dans son consulat général à Istanbul et commet, avec les armes que nous lui vendons, quelques crimes contre l’humanité et quelques crimes de guerre au Yémen. Et, nous pourrions multiplier les exemples de la duplicité de la diplomatie française prise au piège de ses prétendues valeurs à géométrie variable.

Un grand bravo à la cellule diplomatique d’Emmanuel Macron et au cabinet de Jean-Yves Le Drian. De vrais professionnels de l’incompétence et de la fatuité. De piètres diplomates en vérité au filtre de leurs échecs continus. Des gens qui devraient être sanctionnés pour crimes contre la France par le tribunal du peuple…

Jupiter devrait, comme son ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, absolument suivre quelques cours accélérés de diplomatie – une sorte de diplomatie pour les nuls – dispensés par quelques ambassadeurs de France dignitaires. Nous en avons de très brillants et de très compétents en réserve de la République (Bertrand Dufourcq, Alain Dejammet, Claude Martin, Pierre Morel, Gabriel Robin…). Cela leur ferait le plus grand bien et leur éviterait d’accumuler les bourdes diplomatiques régulières préjudiciables à la crédibilité de la France sur la scène internationale. Aujourd’hui, avec cet « incident », nous frisons le comique, pour ne pas dire le ridicule. Heureusement, l’honneur de la France, patrie des droits de l’homme, des femmes, des animaux, des farces et attrapes est sain et sauf. Jean-Yves Le Chouchen pourra se targuer d’avoir dansé la samba à Brasilia dans ses futures Mémoires de chef de la diplomatie française qu’il écrira lorsqu’il se retirera en Bretagne… le plus vite possible.

1 Erik Emptaz, L’effort de Brégançon, Le Canard enchaîné, 31 juillet 2019, p. 1.
2 Claire Gatinois, À Brasilia, Bolsonaro annule une rencontre avec Jean-Yves Le Drian pour se faire couper les cheveux. Le président brésilien n’a pas apprécié de se faire tancer par Paris sur l’environnement, Le Monde, 1er août 2019, p. 3.
 
 
ROGER AKL NOUS DIT : « LE LIBAN PRIS ENTRE TROIS FEUX ! » Depuis bien longtemps le Liban est divisé entre deux coalitions, à la fois, régionales et mondiales :

1 – Celle, dite du 14 mars, qui a commencé par être anti-palestinienne, ‘pour sauver le Liban et ses chrétiens des griffes du nationalisme arabe, de l’islam, de la Syrie…’ Pour cela, elle s’était alliée à Israël et était, en 1975, supposée être protégée par l’Occident. Je découvris, durant mon poste d’Attaché militaire, à Washington (1975-76), que le danger venait de l’Occident et d’Israël qui recherchaient la guerre civile et confessionnelle entre Libanais, pour le plus grand bien d’Israël et contre l’influence soviétique ‘athée’ dans les pays musulmans. Pour cela, l’Occident employa tout ce qui était arabe et musulman, surtout l’Arabe saoudite, « pour défendre l’Islam et les ‘pauvres’ Palestiniens, contre les ‘chrétiens privilégiés’ qui voulaient les chasser du Liban ; et où pouvaient-ils aller, les pauvres (surtout pas chez eux, dans leurs foyers volés par les Israéliens) ? »

2 – Celle dite du 9 mars :

Le premier, qui sortit de ce plan diabolique de Kissinger, fut le Président Hafez el Assad, qui mérita vraiment son appellation kissingérienne de Bismarck du Moyen-Orient, et ce fut d’une manière plus visible, à partir de 1983, quand le peuple libanais commença sa résistance et sa bataille de libération des agresseurs israéliens, couronnée par le départ forcé des Israéliens de la majorité des terres libanaises et puis par leur défaite de 2006, malgré l’appui de tout l’Occident et de leurs protégés du Golfe. Aujourd’hui, cette coalition englobe la résistance libanaise, les nationalistes arabes de toutes confessions, le Front Patriotique Libre du Président Aoun, et d’autres partis sunnites, druzes, alaouites et chrétiens (dont les partisans du Pr. Lahoud et des Frangié), de la Syrie et de l’Iran ; elle est appuyée par la Russie et la Chine.

Le gouvernement de désunion nationale :

Le Liban est un petit pays (10.000 km2) rempli de réfugiés syriens et palestiniens qui font plus que la moitié de ses habitants (2,5 millions), alors que l’Europe a peur de bien moins). C’est un pays dont les ressources sont limitées et il vit du tourisme, du commerce, des banques et des Libanais émigrés à l’étranger et dans le Golfe. Il a donc besoin de ses relations avec l’Occident, la finance mondiale et les pays du Golfe, mais aussi, il a besoin de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran pour ses relations avec son arrière-pays et avec toute l’Asie, pour se protéger des agressions d’Israël, pour ramener en Syrie les réfugiés syriens, et empêcher la naturalisation forcée des réfugiés palestiniens, suivant ‘l‘accord (ou l’affaire) du siècle’ de Messieurs Trump et Netanyahou. D’où l’entente sur un gouvernement d’union nationale qui est devenu aujourd’hui un gouvernement de désunion nationale à cause de :

La lutte pour l’Empire mondial :

Tout semblait aller bien, parce qu’on le disait, mais comment gouverner un pays quand le Premier Ministre est aux ordres des potentats du Golfe, à tel point qu’il a fallu l’en sortir par la force (?), non des baïonnettes, mais des prières et de la diplomatie du Président Macron.

En tous cas, Hariri est toujours dans le camp contraire aux Libanais qui se sont battus pour le sortir de son emprisonnement en Arabie saoudite. Ce qui n’a pas empêché cette dernière de commander la visite chez elle des trois autres concurrents de Hariri, à la Présidence du Conseil, pour leur faire prendre une position de ‘défense de la communauté sunnite libanaise et de ses droits’, alors que les sunnites libanais ont commencé à renier ce Royaume, visiblement allié à l’ennemi israélien du Liban et surtout de leurs frères palestiniens, majoritairement sunnites, et totalement contre le ‘contrat du siècle’ ; ils sont appuyés par la Syrie laïque, l’Iran et le Hezbollah chiites.

Et ce n’est pas fini : les partisans de Walid Joumblat chef d’un parti druze majoritaire du 14 mars ont attaqué le convoi d’un ministre druze du 9 mars et ont tiré sur sa voiture et tué deux de ses partisans et, depuis, il n’y a plus de réunion du gouvernement, tandis que les Palestiniens se sont soulevés, contre le ministre du travail (du 14 mars), car il les traiterait, non suivant les lois applicables aux réfugiés palestiniens, mais celles applicables aux étrangers. Enfin, le Président de la République refuse de signer le budget car on y aurait ‘introduit un article inadmissible et illégal’.

POUR NE PAS CONCLURE :

L’Empire et ses sbires ont échoué dans tous leurs plans pour contrôler la région ; ils cherchent à revenir à leur plan premier de détruire le Liban par la guerre confessionnelle et/ou la faillite. Heureusement que Dieu a promis que, « encore un peu de temps le Liban sera transformé en verger et le verger sera semblable à la forêt » (Esaïe 29:17).

Prions donc pour ce pauvre Liban, pour que la promesse de Dieu se fasse vite, car, depuis 1973, on cherche sa destruction ; en effet, son partage démocratique du pouvoir entre 18 communautés religieuses musulmanes, chrétiennes et juive, étaient un mauvais exemple pour l’Empire mondial qui doit diviser pour régner, y compris et surtout, sa partie israélienne, qui doit diviser les pays du Proche-Orient en communautés ethniques, confessionnelles, culturelles… qui s’entretuent, pour qu’Israël puisse être leur maître, Alléluia. Priez aussi, vous autres, Européens unis, ou désunis, car votre tour est en train d’arriver, car l’Empire ne peut accepter des hommes libres et priez, vous aussi, croyants, surtout musulmans, chrétiens et juifs car l’Empire ne peut pas tolérer de croyants en un autre dieu que lui.
 
 
LA TRANSFORMATION DE LA FONCTION PUBLIQUE DEVANT LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL – Roseline Letteron. Le 1er août 2019, le Conseil constitutionnel a rendu sa décision sur la conformité à la Constitution de la loi portant transformation de la fonction publique. Il n’a émis aucune critique, pas la moindre réserve, pas le moindre moyen soulevé d’office. Tout est donc parfait. Sans doute, mais il faut bien reconnaître que le Conseil ne fait rien pour emporter la conviction des lecteurs, tant l’exposé des motifs de sa décision est sommaire, parfois inexistant. Sans prétendre à l’exhaustivité, donnons quelques exemples de cette légèreté des réponses apportées aux députés et sénateurs qui ont saisi le Conseil.

LE PRINCIPE DE PARTICIPATION

Le principe de participation des fonctionnaires trouve son fondement dans le 8e alinéa du préambule de la Constitution de 1946, qui proclame que "Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises". L’article 9 du statut de 1983 énonce, quant à lui, que  "les fonctionnaires participent par l’intermédiaire de leurs délégués siégeant dans des organismes consultatifs à l’organisation et au fonctionnement des services publics, à l’élaboration des règles statutaires et à l’examen des décisions individuelles relatives à leur carrière". 

La loi portant transformation de la justice se propose de simplifier les procédures en réduisant le nombre d’instances de concertation. Le comité technique (CT) et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) sont remplacés par une instance unique, le comité social. Les commissions administratives paritaires (CAP) se trouvent, quant à elles, recentrées sur le champ disciplinaire. Elles ne sont donc plus consultées sur les questions de mutation, de détachement ou d’avancement. Les auteurs de la saisine voient dans cette restructuration une atteinte au principe de participation.

Le Conseil constitutionnel se borne à affirmer que ce principe ne concerne que la détermination collective des conditions de travail. Or le projet se borne à soustraire à l’examen des CAP certaines décisions individuelles. Au moins, l’analyse est simple, facile à comprendre, même par le lecteur le moins au fait des subtilités de la jurisprudence.

Si ce n’est que l’on aurait aimé que le Conseil réponde aux moyens soulevés, et notamment à celui développé dans la requête déposée par les députés. Ils font remarquer que cette restriction du champ de compétence des CAP s’analyse comme une limitation du champ de la participation elle-même, la liste des décisions individuelles laissées à la compétence des CAP étant laissée au pouvoir réglementaire. De fait, les décisions relatives aux carrières des fonctionnaires sortent du champ de la participation. Pourquoi pas ? Il n’empêche que l’on aurait aimé que le Conseil s’intéresse à cette question, même pour écarter l’objection.

LA CONTRACTUALISATION

L’un des objets principaux de la loi est de permettre de recruter soit un fonctionnaire, soit un agent contractuel, sur les emplois de direction de la fonction publique et des établissements publics de l’Etat, voire sur l’ensemble des emplois lors qu’il s’agit de faire appel à des compétences techniques, ou lorsque la procédure de recrutement interne s’est révélée infructueuse. Des contrats annuels pourront également être utilisés pour des missions ponctuelles, même si le contrat peut tout de même être renouvelé six fois. Là encore, on ignore tout des emplois concernés, qui, pour la fonction publique d’Etat, seront définis par décret. Les choses sont bien faites, car la réforme des CAP permet précisément de soustraire ces questions aux procédures de concertation. 

Le Conseil constitutionnel déclare cette contractualisation conforme à la Constitution. Il écarte le moyen fondé sur la règle en usage selon laquelle les emplois permanents de la fonction publique doivent être occupés par des fonctionnaires statutaires (art. 3 du statut de 1983). Certes, ces dispositions ont valeur législative, mais précisément, aux termes de l’article 34 de la Constitution, il appartient à la loi de définir les "garanties fondamentales accordées aux fonctionnaires publics". Dans une jurisprudence ancienne, mais classique, le Conseil a même refusé, par exemple dans une décision du 26 juillet 1989 de déclarer réglementaires des dispositions relatives au recrutement des agents publics, estimant qu’elles relevaient de ces "garanties fondamentales" réservées à la compétence législative.

La question n’est pas évoquée, et le Conseil se borne à invoquer deux motifs pour écarter le moyen. D’une part, il observe que l’article 3 du statut autorise les "dérogations" à la règle qu’il pose. Autrement dit, à titre exceptionnel, on peut recruter sur des emplois publics des personnes privées par la voie contractuelle. Aux yeux du Conseil, la présente réforme se borne donc à établir une "dérogation" de plus. Cette fois, on joue sur les mots, car la "dérogation" s’analyse en fait comme un bouleversement du système : on pourra désormais accéder aux emplois publics, soit par la voie du concours ouvert aux fonctionnaires, soit par la voie contractuelle. Ce n’est pas une dérogation, c’est la création d’un double secteur. D’autre part, le Conseil estime qu’il n’y a pas atteinte au principe d’égalité d’accès à la fonction publique, puisque les intéressés ne sont pas dans une situation identique. Cette fois, il ne joue plus sur les mots mais se livre aux joies du sophisme.

L’INDEPENDANCE DES ENSEIGNANTS-CHERCHEURS

On ne pourrait conclure sans évoquer l’indépendance des enseignants-chercheurs, principe fondamental reconnu par les lois de la République, reconnu par le Conseil constitutionnel, d’abord au profit des professeurs des Universités dans une décision du 20 juin 1984, puis à celui de l’ensemble des enseignants-chercheurs dans une QPC du 6 août 2010. Il implique notamment qu’ils soient associés au choix de leurs pairs.

La loi portant transformation de la fonction publique décide que les enseignants-chercheurs ne sont pas suffisamment compétents pour que l’un d’entre eux préside l’instance disciplinaire que constitue le Conseil national de de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER). En effet que pouvait-on trouver de plus compétent, de meilleur, de plus indépendant qu’un Conseil d’Etat ? C’est donc ce qui a été décidé et le Conseil constitutionnel, lui même si proche du Conseil d’Etat n’y voit aucun inconvénient. Sans explications superflues, et avec une concision admirable, il se borne à affirmer que le principe d’indépendance des enseignants-chercheurs "n’impose pas que l’instance disciplinaire qui les concerne soit présidée par un enseignant-chercheur." Les malheureux ne sauront jamais pourquoi.

Ils pourront toutefois constater que la loi allège aussi les règles du pantouflage, et notamment celles gouvernant la saisine de la commission de déontologie. Elle prévoit aussi la création d’un dispositif spécifique de détachement d’office de fonctionnaires dans le cadre d’un transfert de missions de services publics auprès d’un organisme privé ou d’un organisme public chargé d’une mission industrielle et commerciale. Bref, la transformation de la fonction publique, c’est d’abord la possibilité d’ouvrir des emplois à des amis, de favoriser la circulation de ceux qui se perçoivent comme de élites.. Tout cela avec la bénédiction du Conseil constitutionnel. Et la bénédiction apporte une onction divine, pas une des explications juridiques.

http://libertescheries.blogspot.com/2019/08/la-loi-de-transformation-de-la-fonction.html
 
 
HISTOIRE : LE PASSÉ ÉCLAIRE-T-IL LE PRÉSENT ? Guillaume Berlat. « L’histoire est un perpétuel recommencement (Thucydide). Dans un temps où nos boussoles stratégiques ont perdu le nord, nos dirigeants sont à l’ouest, les chercheurs en relations internationales se raccrochent intellectuellement à tout ce qu’ils peuvent pour tenter de comprendre le présent. Ne parlons-pas d’anticiper l’avenir ! Ce qui est une autre histoire. Face au nouveau désordre mondial et à la défaite de l’intelligence, ils peinent à s’élever au-dessus des circonstances, à s’écarter d’un présentisme de bon aloi. À leur décharge, rares sont ceux qui parviennent aujourd’hui à ne pas perdre leur latin pour décrypter un monde indéchiffrable, pour appréhender la nouvelle grammaire des relations internationales adaptée au nouveau monde. Dans ce contexte, rien ne vaut un authentique exercice d’introspection, un retour vers le passé. Dès lors, pourquoi ne pas faire son miel des leçons de l’Histoire si tant est qu’elles puissent être tirées et qu’elles ne soient pas biaisées ? C’est à ce délicat exercice que nous allons essayer de nous livrer à l’aune de l’exégèse de quelques brillants esprits convoqués par un grand journal daté du lendemain. Tout un programme !

Dans la moiteur de l’été, le quotidien Le Monde donne la parole à six experts et expertes (Gérard Noiriel, Patrice Gueniffey, Eva Illouz, Sarah Al-Matary, Barbara Stiegler et Patrick Boucheron) afin qu’ils nous donnent leur interprétation de ce phénomène. Comment résumer ces présentations complexes, parfois difficilement compréhensibles pour le commun des mortels autour de quelques idées simples ?

RECOURS À L’HISTOIRE : UN ÉTERNEL RECOMMENCEMENT

Nombreux sont les exemples pris au cours des siècles passés qui démontrent une évidence. Même s’il n’existe pas des lois de l’histoire comparables aux lois de la physique ou de l’astronomie, il est possible de mettre en évidence des processus de longue durée, des « chaînes d’interdépendance » reliant les hommes entre eux (Norbert Elias). C’est dans cette perspective que s’est développée l’histoire structurale de Fernand Braudel qui recherchait derrière l’écume des évènements des constantes de longue durée. Marc Bloch ne disait-il pas que l’histoire « doit aider les hommes à mieux vivre » ! Dans cette perspective, on comprend mieux l’intérêt qui s’attache à éclairer le présent en s’appuyant sur le passé, voire même à anticiper l’avenir. « Ce qui se passe aujourd’hui au Brésil et en Hongrie prouve que ce passé est toujours bien présent et qu’il peut engager notre avenir »3. « Tout le monde veut connaître le passé, c’est probablement une façon détournée de mieux comprendre le présent ». Si gouverner, c’est prévoir (du moins en théorie), il est clair que les dirigeants, dans une moindre mesure, mais surtout les chercheurs, les prévisionnistes ne peuvent se permettre le luxe de négliger les leçons de l’histoire, si complexes soient-elles, comme outil incontournable d’analyse et de prospective stratégique. Ils ne s’en privent pas comme en témoigne cette référence entre la situation actuelle et celle prévalant dans les années 1930 qui revient de manière récurrente dans les commentaires de presse, voire de quelques experts reconnus4.

Une fois le principe posé de l’utilité d’une approche historique, reste une question plus délicate, celle de l’interprétation subjective qui peut être faite de l’histoire dans un but qui n’est pas toujours désintéressé.

RECOURS À L’HISTOIRE : UN RISQUE D’INSTRUMENTALISATION

Interpréter le passé, l’histoire n’est pas toujours chose aisée tant il ne s’agit pas d’une science exacte mais d’une science humaine. Or, qui dit science humaine, dit subjectivité, partialité, idéologie… Tout d’abord, est-on certain de disposer de sources directes, fiables, indépendantes, impartiales livrées à sa propre interprétation ? Si tant est que ce soit le cas, est-on certain que l’interprétation que l’on va donner d’un fait, d’une guerre, d’une révolution (les mal nommés « printemps arabes »), d’une crise économique ou financière (celles de 1929 et de 2008) ne soit pas biaisée par une sorte de préjugé, un préjugement lié à une multitude de facteurs psychologiques, politiques (Lucien Febvre : « une vérité à son usage exclusif, une vérité à sa ressemblance et à sa seule convenance ») ? Et, dans cette hypothèse, l’historien ne convoque -t-il pas l’histoire avec une arrière-pensée, la faire entrer dans un cadre d’analyse préétabli (Cf. l’antiintellectualisme5) ? Dès lors, le recours à l’histoire est-il utile pour éclairer le présent ? La question mérite à tout le moins d’être posée. Nous savons que la réponse à la problématique du rapport entre passé et présent divise ceux qui croient que « l’histoire nous ressert toujours les mêmes plats » et ceux qui partent du principe que le passé diffère du présent. Rappelons ce qu’écrivait Alexis de Tocqueville sur le sujet, pour les périodes de crises, le passé ne peut éclairer ni le présent, ni le futur parce que « l’esprit erre dans l’obscurité ». Comme en toute chose, il faut savoir raison garder.

En dépit du risque évident d’instrumentalisation6, le recours à l’histoire s’avère toujours un exercice salutaire, y compris lorsqu’il s’agit de l’écarter.

RECOURS À L’HISTOIRE : UN EXERCICE SALUTAIRE

Face à tous ces immenses défis que soulèvent à juste raison chercheurs et intellectuels, que faire concrètement face à une actualité internationale aussi imprévisible que déroutante ? Faire ostensiblement l’impasse sur l’histoire et des éventuelles leçons ou bien la convoquer à tort et à travers dans une approche purement idéologique ? Le chemin est étroit mais mérite d’être emprunté avec quelques garde-fous. Souvenons-nous que « si vous n’envisagez pas l’avenir, vous n’avez pas de raison de vous intéresser au passé »7. Car, il est difficile, si ce n’est impossible de faire du passé table rase. Souvent, « l’éclair du passé n’illumine pas le présent mais l’électrise »8. Et cette approche peut conduire à un projet stratégique et à une intelligence tactique, toutes choses qui font défaut à nos dirigeants plus hommes politiques qu’hommes d’État. À la condition évidente de concilier une exigence de neutralité méthodologique et la nécessité d’engagement. Et nous parvenons au cœur du problème éternel que pose parfaitement Patrick Boucheron : « car le temps passé est moins un dépôt inerte qu’une énergie fossile toujours susceptible de se réactiver, et ce ‘précipité’ qu’est l’effectuation du passé dans le présent qui se nomme ‘histoire’ ». Et dans cette optique, il nous appartiendra collectivement « d’encourager les temps présents à s’éclairer des leçons du passé ». Le voulons-nous ? Le pouvons-nous ? Même si « l’histoire, c’est la science des choses qui ne se répètent pas » (Paul Valéry), le peut et doit nous permettre de faire le départ entre continuités et discontinuités des évènements dans le temps et dans l’espace.

« L’histoire se répète, les historiens aussi ». Au-delà du facile jeu de mots, quels sont les mots qui devraient nous guider pour affronter les problèmes du présent avec lucidité et aborder les défis de l’avenir avec sérénité. Il ne s’agit bien évidemment pas d’avoir le sentiment que nous serions inexorablement condamnés à un futur entièrement déterminé par les structures du présent mais plutôt de réfléchir, d’analyser, de prévoir en évoluant en permanence entre passé, présent et avenir. Car comme le souligne l’écrivain et philosophe américain George Santayana : « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le revivre ». Sans tomber dans le travers de « l’inévitabilisme » (Eva Illouz), il y a place pour une démarche volontariste et intelligente de l’appréhension du monde, de la gouvernance internationale. « Jeune homme, étudiez l’histoire. C’est dans l’histoire que se trouvent tous les secrets de l’art de gouverner » aurait dit un jour Winston Churchill à l’adolescent James Humes, futur rédacteur des discours de plusieurs présidents des États-Unis ! Ce grand homme d’État britannique ne nous donne-t-il pas implicitement la réponse à la question de savoir si le passé éclaire ou non le présent ?

3 Gérard Noiriel, « Il ne faut pas négliger les leçons de l’histoire », Le Monde, l’été des idées, 16 juillet 2019, p. 22.
4 Barbara Stiegler, « Les années 1930 éclairent les tendances autoritaires du néolibéralisme », Le Monde, l’été des idées, 20 juillet 2019, p. 22.
5 Sarah Al-Matary, « L’anti-intellectualisme est une posture stratégique », Le Monde, l’été des idées, 19 juillet 2019, p. 26.
6 Eva Illouz, « L’invocation du passé met en jeu une vision morale de l’avenir », Le Monde, l’été des idées, 18 juillet 2019, p. 22.
7 Patrice Gueniffey, « Toute situation historique est spécifique et non reproductible », Le Monde, l’été des idées, 17 juillet 2019, p. 24.
8 Patrick Boucheron, « L’histoire est l’art de rappeler aux hommes leur capacité d’agir en commun », Le Monde, l’été des idées, 21-22 juillet 2019, p. 26.
 
 
LA FRANCE RESPIRE – Ali Baba. La France respire. Non pas, comme vous l’imaginez candidement, parce que les températures sont redevenues plus respirables en ce début du mois d’août, mais pour des raisons plus sérieuses. En effet, nous apprenons, par la presse autorisée – portée tout à la fois sur les relations internationales et sur le people – qu’à la mi-juillet, il s’était passée quelques évènements de la plus haute importance dans cette bonne ville de Neuilly-sur-Seine. Celle dont le maire fut un temps un homme de Passions, à savoir Nicolas Sarkozy. Grâce au magazine Closer, nous découvrons que l’on nous cache tout en ces temps de transparence revendiquée. La diplomatie française portée par Jupiter entend offrir le meilleur jour, le meilleur visage pour accueillir coup sur coup dans la seconde quinzaine d’août deux évènements de la plus haute importance : la rencontre Macron-Poutine au Fort de Brégançon (une première depuis la rencontre de Versailles en 2017)9 et le G7 (dont la Russie est exclue depuis son entrée en Crimée) à Biarritz (pour régler les grands problèmes du monde). Pour ces occasions historiques, il fallait impérativement que l’ambassadeur, chef du protocole, introducteur des ambassadeurs (c’est son titre officiel) de facto et non le diplomate qui porte ce titre de jure (Frédéric Billet) se présente sous son meilleur jour en dépit du poids des ans et des rides. Vous l’aurez compris, il s’agit de l’épouse du président de la République, Brigitte Macron née Trogneux qui veille au grain sur l’intendance et le programme des conjoints des chefs d’État et de gouvernement. Closer nous apprend que Bijou avait fait une escapade à la mi-juillet, ni vue ni connue (accompagnée tout de même de quatre gardes du corps payées par nos impôts), au très select Hôpital américain de Neuilly pour y retrouver une sommité de la médecine. Cet expert reconnu avait anesthésié sa patiente pendant trois heures – il est vrai que son époux possède un art consommé pour enfumer ses concitoyens – pour lui faire subir une intervention de chirurgie esthétique. Rien ne nous est dit sur la partie de l’anatomie de la première dame de France qui a fait l’objet de toutes ses attentions. Le soir même, Bijou avait pu quitter l’Hôpital pour aller prendre quelque repos bien mérité à La Lanterne (dans cette bonne banlieue de Versailles) après cette réparation des outrages du temps. On nous dit également que Manu est venu la visiter à l’Hôpital en bon mari pour l’épauler dans sa dure épreuve. Nous ne pouvons que nous féliciter de la manière dont notre Brigitte nationale – pas Brigitte Bardot – avait fait don de sa personne à la France qui traverse de sérieuses tempêtes : projet de réforme des retraites qui passe mal, mesures de rétorsion annoncées par Donald Trump après la taxation par la France des GAFA, « homardgate », mort du jeune Steve à Nantes, attaques contre les permanences des députés contre la République en marche taguées avec la formule hideuse « La République en merde », grèves à répétition dans les services d’urgence des hôpitaux de France et de Navarre. Tous ces hôpitaux que fréquentent ceux qui sentent la clope et le diesel et dans lesquels certains patients peuvent patienter cinq jours sur un brancard avant d’être pris en charge. Mais lieux malfamés que ne connait bien évidemment pas le couple présidentiel. N’ergotons pas, Brigitte Trogneux travaille gratuitement pour la patrie reconnaissance : elle répond à l’imposant courrier qui lui est adressé, elle joue la Dame patronnesse, elle fait office de mannequin pour les grands couturiers lors des visites officielles (en France ou à l’étranger), elle prodigue des enseignements à ceux qui veulent avoir une seconde chance dans la vie. Brigitte valait bien un passage par Neuilly… Comme toujours, quelques esprits chagrins imaginent que la première dame de France préparerait déjà discrètement la campagne pour la réélection de son divin époux à la présidentielle de 2022 qui ne se présenterait pas sous les meilleurs auspices10. Comme elle aura passé le cap des soixante-dix ans, un ravalement était plus que nécessaire pour ne pas handicaper outre-mesure Emmanuel, objet de tous ses sentiments. Reconnaissons-le, il ne s’agit que de très mauvais coucheurs ou râleurs de la pire espèce qui ne veulent rien comprendre aux exigences de la raison d’état ! Ouf ! La France respire de savoir que sa diplomatie brillera prochainement de mille feux sur le grand échiquier international.

9 Galia Ackerman/Françoise Thom, Inviter Poutine, c’est le conforter dans ses positions agressives, Le Monde, 2 août 2019, p. 28.
10 Macron et Ferrand déjà inquiets pour 2022. 2022, déjà, Le Canard enchaîné, 31 juillet 2019, p. 2.
 
 
« STUPIDITÉ » DE MACRON : LECTURE INCONOCLASTE – Jean Daspry. Même en cette période de canicule suivie d’orages, l’actualité internationale ne connaît pas de pause estivale. Elle poursuit son cours imprévisible, tempétueux qui a l’art de mettre dans l’embarras nos perroquets à carte de presse. En lieu et place de conduire une enquête sérieuse, à la manière d’un Pierre Péan trop tôt disparu, ils réagissent de manière pavlovienne et émotionnelle. Ils ne cherchent pas à comprendre les tenants et aboutissants de déclarations à l’emporte-pièce – le plus souvent sous formes de tweets nocturnes rageurs – comme celles dont le président des États-Unis est friand. La machine à débiter des sornettes s’emballe. Gare à ceux qui laissent enfermer dans la dialectique binaire et à courte vue de notre clergé médiatique si prompts à nous servir les éléments de langage (EDL) de l’exécutif. Nous en avons un exemple probant avec le dernier tweet de Donald Trump qualifiant la décision d’Emmanuel Macron portant sur la taxation des GAFA de « stupidité ». Ni plus, ni moins. Un retour sur les faits s’impose avant de livrer notre interprétation subjective de ce dernier psychodrame franco-américain, notre lecture iconoclaste.

BREF RAPPEL DES FAITS

C’est par un nouveau tweet virulent que Donald Trump s’en est pris à Emmanuel Macron, le 26 juillet 2019. Le président américain a critiqué son homologue français sur la taxe dite Gafa, acronyme désignant les géants américains du numérique Google, Amazon, Facebook et Apple. « La France vient d’imposer une taxe numérique à nos grandes entreprises technologiques américaines. Si quelqu’un devait les taxer, cela devrait être leur pays d’origine, les Etats-Unis », a écrit le président américain. Avant de lancer : « Nous annoncerons bientôt une action réciproque substantielle après la stupidité de Macron. J’ai toujours dit que le vin américain était meilleur que le vin français ! ». Le moins que l’on puisse dire est que le propos est peu amène, peu diplomatique. Pour mémoire et à titre de contextualisation de cette déclaration, rappelons que le président américain se montre virulent à l’encontre des pays européens. Selon lui, les relations commerciales entre le vieux continent et le nouveau monde sont déséquilibrées et doivent être revues.

Dans un premier temps et dans un élan de virilité diplomatique affirmée et assumée, notre contorsionniste ministre de l’Économie, Bruno Le Maire rétorque que la France ne cédera pas. L’homme à la mèche blonde va voir de quel bois la France éternelle se chauffe. Il lui en coûtera de qualifier la mesure de Kim Jong-Macron de « stupidité ». On n’insulte pas impunément Jupiter. Dans la foulée, nous apprenons que le chef de l’État s’est entretenu au téléphone avec son homologue américain mais nous n’en saurons pas plus sur les échanges d’amabilités entre les deux hommes. Sur ces entrefaites, nous apprenons que Bruno Le Maire espère qu’un accord global sera trouvé sur la taxation des activités digitales lors du prochain sommet du G7 à Biarritz, fin août. Il aurait également plaidé pour que la question des droits de douane sur les importations de vins français aux États-Unis soit traitée séparément. Manifestement, le ton est plus à la coopération qu’à la confrontation. Bizarre, vous avez dit bizarre…

Est-il possible de nous livrer à un exercice d’exégèse diplomatique de ces échanges transatlantiques ?

INTERPRÉTATION SUBJECTIVE DES FAITS

Sans avoir la prétention de connaître ce qui s’est réellement dit dans la coulisse et des sous-entendus de cette guerre picrocholine franco-américaine des GAFA et du vin, nous pouvons essayer d’aller au-delà de l’écume des vagues. Tentons, à la lumière de l’expérience, de donner notre interprétation nécessairement subjective de cette séquence !

La première remarque est que, faute d‘avoir pu trouver un accord à 28/27 sur le sujet particulièrement sensible de la taxation des géants du numérique opérant sur notre continent, la France jupitérienne fait cavalier seul. Elle joue les Don Quichotte allant à l’assaut des moulins. Curieux pour un président de la République qui, depuis son fameux discours de la Sorbonne de l’automne 2017, n’a de cesse de nous seriner que la solution à tous nos maux est européenne et non hexagonale. Or, dans la réalité, et sur de nombreux dossiers, c’est tout le contraire. On oublie promptement l’existence du machin bruxellois, machine à produire de la norme et de la procédure. Si les mots ont encore un sens, cela s’appelle de la duplicité

La deuxième remarque est que nous sommes fort loin des embrassades, de mots d’amour, de la tactilité qui prévalait un certain 14 juillet 2017 en marge des cérémonies de la fête nationale. On invitait Donald et Mélania à festoyer au restaurant Jules Verne au deuxième étage de la Tour Eiffel pour faire apprécier la gastronomie française, ses vins. On nous annonçait que le président américain, impressionné par son Pic de la Mirandole de collègue français, envisagerait de revoir sa position sur le climat et sur le nucléaire iranien. Nous étions en pleine lune de miel. Elle fut de courte durée comme l’arbre qui fut planté quelques mois plus tard sur la pelouse de la Maison Blanche. Aujourd’hui, nous sommes parvenus au temps béni des invectives. Emmanuel Macron avait oublié que les États, surtout lorsqu’ils sont Unis, sont des monstres froids qui défendent en priorité leurs intérêts bien compris. Cela s’appelle de la candeur.

La troisième remarque est que notre ex-diplomate écrivain, Bruno Le Maire est moins courageux et moins constant qu’il ne laisserait penser si l’on va au bout des choses. Après le temps de la charge de la cavalerie légère pour impressionner le géant américain vient celui de la marche de la Légion étrangère (peut-être aurait-il subi, entre temps, des pressions de nos exportateurs de vins qui sont très bien implantés sur le marché américain et qui craignent quelques représailles de nos alliés ?). Bruno Le Maire joue les chattemites. On se fait plus conciliant. Fini la politique du bâton. C’est au tour de la carotte que l’on brandit tel le Saint-Chrême. Notre premier de la classe évoque la prochaine réunion du G7 en cette bonne ville de Biarritz… sauf que les Américains seront présents et l’on n’imagine mal qu’ils fassent marche arrière sur un sujet qui tient à cœur au président Trump. Cela alors qu’ils sont en plein bras de fer avec les Chinois et qu’ils ne semblent pas vouloir lâcher prise dans un proche avenir. On ne va pas au combat avec les Américains si l’on est seul et assuré de le perdre. Cela s’appelle de l’inconscience.

Et, nous pourrions formuler bien d’autres remarques sur la diplomatie de ce gamin que les Français ont mis à l’Élysée, en un beau jour du mois de mai 2017 dans la liesse populaire, pour reprendre la formule ciselée de Luc Ferry.

Manifestement, le roi est nu. Comme par un effet du hasard et comme pour faire diversion, nos « spin doctors » bien aimés nous apprennent, le lendemain de la perte du maillot jaune par le jeune français, Julian Alaphilippe dans les Alpes, qu’Emmanuel Macron recevra, le 19 août 2019, en son château de Brégançon Vladimir Poutine. Tout ceci est curieux. Que va-t-il bien pouvoir lui dire ? Que rien ne va plus avec l’Oncle Donald ? Que nous venons de livrer discrètement deux navires de guerre sophistiqués à l’Arabie saoudite en dépit de ses crimes de guerre et ses crimes contre l’humanité au Yémen ? Que la France des valeurs est mécontente que la police russe ait procédé à l’arrestation d’un millier d’opposants à Moscou le 27 juillet 2019 ? Que la France des valeurs est courroucée par les bombardements de l’aviation russe dans la province d’Idleb mais qu’elle aimerait bien obtenir un strapontin pour la partie diplomatique du dossier syrien ? L’honnête homme se perd en conjectures tant la diplomatie macronienne est incompréhensible, erratique, imprévisible. Tout ceci n’est pas très sérieux pour un président qui entend uniquement jouer dans la cour des grands. À maints égards, le qualificatif de « stupidité » employé par Donald Trump nous paraît tout à fait approprié. Telle est la leçon iconoclaste que l’on peut tirer du dernier tweet du 45ème président des États-Unis ! »>
 
 
MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE. RETOUR SUR LE « HOMARDGATE » – Ali Baba Il y aurait beaucoup à dire sur l’affaire de Rugy, ex-président de l’Assemblé nationale et ex-ministre de la transition écologique et solidaire en tant que telle11. Nous avons décidé de ne pas nous arrêter à sa dimension médiatique, au buzz qu’elle a fait et continue de faire en pleine canicule12. Nous prenons le parti de prendre un minimum de hauteur pour tenter de tracer quelques lignes de force qui dépassent le feuilleton que constitue ce vaudeville d’été pour une meilleure compréhension de la problématique générale qui est posée par cette micro-affaire d’état13. Nous en avons choisi deux qui nous semblent relever de l’arrogance, de l’extravagance française qui font rire à l’étranger : la dépendance inadmissible des contrôleurs et l’insoupçonnable légèreté des contrôlés. Un vaudeville bien français mais moins humoristique que celui de Georges Feydeau. Mais, nous sommes pleinement rassurés en apprenant par le Point que « l’exécutif a digéré le homard ». À voir…

LA DÉPENDANCE INADMISSIBLE DES CONTRÔLEURS

Un principe élémentaire du droit veut qu’un juge soit indépendant et impartial pour donner au citoyen « présumé innocent » (et non « présager de son innocence » comme le déclame l’innocente et incompétente porte-parole du gouvernement) toutes les garanties inhérentes au droit à un procès équitable (Cf. article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme du Conseil de l’Europe à laquelle la France est partie depuis 1974). Ce qui vaut pour les juges vaut également pour tous les grands corps de contrôle de l’État (Conseil d’État, Cour des comptes, Inspection des Finances), les corps d’inspection de tous les ministères (IGA, IGS…), voire s’ils en existent des structures ad hoc en charge de mener des investigations pour démêler le vrai du faux dans toutes les institutions publiques relevant de l’exécutif14, du législatif, du judiciaire. Comment attendre un jugement objectif lorsque l’on est juge et partie à la même cause ? Cela est tout simplement impossible à moins de faire preuve d’une totale malhonnêteté intellectuelle.

Pour ce qui est de l’affaire de Rugy, nous sommes loin du compte après les prétendues enquêtes conduites par les services de l’Assemblée nationale et du Premier ministre. Ces derniers sont réalisés par des instances dépourvues d’indépendance fonctionnelle donc par des hommes et par des femmes dont l’esprit n’est pas libre de préjugés.

Pour ce qui est des premiers, les informations que nous servent nos perroquets à carte de presse relèvent de la vaste blague. Comme le soulignent justement les enquêteurs de mediapart : « Le rapport d’enquête produit par l’Assemblée nationale épingle trois des dîners organisés par François de Rugy à l’hôtel de Lassay, sur douze examinés. Et balaye toute « irrégularité ». Mais le manque d’indépendance de son auteur, ancien subordonné de l’intéressé, oblige à qualifier ce « contrôle » de mascarade… En choisissant de confier cette mission inédite au secrétaire général de l’Assemblée nationale et de la présidence (titre ronflant, rebaptisé SGAP dans la maison), il a d’emblée jeté le discrédit sur le résultat (diffusé mardi 22 juillet) et sur la volonté de l’institution, rodée à l’autorégulation, de se plier jamais à un contrôle effectif ».15 La célérité avec laquelle ce rapport a été rendu public jette une ombre sur l’indépendance de cette structure alors qu’une enquête sérieuse devait prendre plusieurs semaines pour procéder à toutes les vérifications, auditions contradictoires. En fait, le SGAP n’a rien contrôlé et n’a donc rien trouvé. Circulez, il n’y a rien à voir. Tout était conforme aux usages. Surtout que la Cour des comptes ne vienne pas mettre son nez dans des histoires qui relèvent de la souveraineté du peuple en raison du principe de la séparation des pouvoirs.

S’agissant des seconds, nous frisons le ridicule pour celui qui veut bien prendre le temps de se poser, de s’informer, de réfléchir avant d’émettre une quelconque idée cohérente. Ce que ne fait pas notre clergé médiatique. Or, nous en sommes loin tant le Secrétariat général du gouvernement (SGG) ne présente aucune garantie minimale d’objectivité dans l’affaire de Rugy. Il s’agit d’un service rattaché au Premier ministre, dirigé par un conseiller d’état servile et fourbe qui n’aspire qu’à une seule chose : devenir le prochain patron de la plus haute juridiction administrative. Il écrit sous la dictée d’Edouard Philippe (lui-même conseiller d’état) pour tenter de désamorcer la bombe à retardement de Rugy. Ni plus, ni moins. Bravo l’indépendance et l’impartialité ! Mais, nous sommes entièrement rassurés en apprenant que le Premier ministre a pondu le même jour une circulaire appelant tous les ministres à se comporter « normalement » comme si un vulgaire torchon de papier pouvait dissuader les délinquants potentiels de passer à l’acte s’ils sont déterminés et pensent jouir d’une totale impunité. Ce qui est encore le cas à bien des égards dans notre monarchie républicaine.

L’affaire de Rugy n’est pas encore achevée qu’une nouvelle nous conduit à des conclusions similaires. Il s’agit de celle de la mort de Steve Maia Caniço dans des conditions non encore élucidées. Une fois encore, on confie à l’IGPN le soin de rendre un rapport sur les activités de la police alors que l’enquête aurait dû être diligentée par le parquet pour homicide involontaire. Son rapport, dont nous ne portons aucun jugement de valeur sur le contenu16, est rendu avec une célérité qui fait douter de son sérieux et de son objectivité17. Dès lors, la plus grande prudence d’impose18. Comme par hasard, un témoin, qui prétend ne pas avoir été auditionnée par la police, vient contredire la thèse de l’IGPN19. Une fois de plus, le Premier ministre nous promet la transparence, preuve que nous étions dans l’opacité20, mettant en exergue l’existence d’éléments à charge contre la police21. Toute cette mascarade rejaillit sur la probité du chef de l’État22. Nous comprenons que la France est le règne de la partialité, de l’opacité et du mensonge, de la raison d’État supplantée par la déraison d’État… mais aussi de l’insécurité23.

Toutes ces fadaises nous font penser au rapport de Bernard Tricot sur l’attaque du bateau de Greenpeace par des commandos de la DGSE dans le port d’Auckland à l’été 1995. Ce haut fonctionnaire s’était littéralement fait enfumer par le ministre de la Défense et la DGSE en concluant que la France éternelle n’était pour rien dans cet acte violant les règles du droit international. On connait la suite. Certains n’ont rien appris de cet épisode qui n’est pas à l’honneur de notre pays !

L’INSOUPÇONNABLE LÉGÉRETÉ DES CONTRÔLÉS

En France, les lois sur la moralisation, la confiance, la transparence de la vie publique, les codes de déontologies… se suivent à un rythme effréné et pourtant le nombre des contrôlés délinquants ne cesse de croître. Comme le souligne justement pour l’occasion Edwy Plenel : « La République – ses lieux, son intendance, ses finances et ses personnels – n’appartient pas à celles et ceux qui, représentants ou gouvernants, sont momentanément à son service. En révélant la persistance d’habitudes contraires, malgré les engagements pris, les enquêtes de Mediapart sont d’utilité publique… Dans le cas d’espèce, l’enjeu est celui de l’usage privatif et discrétionnaire, à leur bon vouloir et sans contrôle indépendant, des moyens de la République par celles et ceux qui la représentent et la gouvernent, élus et ministresLa France n’est pas seulement monarchique en raison de l’ampleur si peu limitée du pouvoir présidentiel, elle l’est aussi par les usages, habitudes et accommodements qui découlent de cette appropriation de la volonté de tous par le pouvoir d’un seul : ce sentiment trop répandu parmi les élites parlementaires et gouvernementales que l’intendance de la République est à leur service, alors même qu’elles devraient au contraire veiller à un usage le moins dispendieux et le plus économe des deniers publics. Ce n’est pas seulement affaire de vertu morale, mais surtout d’efficacité politique : le consentement citoyen à l’impôt suppose la certitude que l’argent public n’est pas dilapidé à des fins personnelles ou futiles »24.

Nous pourrions ajouter à la liste (gouvernent, élus et ministres) un certain nombre de très hauts fonctionnaires de la République pris la main dans le pot de confiture et qui n’ont fait l’objet ni de poursuites administratives, ni d’enquêtes pénales. La liste serait trop longue à exposer dans un article aussi contraint mais elle est parfaitement documentée : anciens élèves de l’ENA sortis dans les grands corps, préfets, ambassadeurs, administrateurs civils… qui confondent allègrement argent public et argent privé. Sans parler des règles de fonctionnement opaque des cabinets ministériels25. Quand enseignera-t-on la morale à l’école nationale de l’arrogance en lieu et place de stupides cours sur le management moderne ?26 Que dire des caprices de Brigitte Macron qui se prend pour Marianne réincarnée : changement de la décoration comme de la vaisselle de l’Élysée, de la construction d’une piscine à Brégançon sans parler de toute sa famille qu’elle héberge, nourrit dans les Palais de la République aux frais du contribuable, frais divers pour la cohorte qui l’entoure et nous coûte un « pognon de dingue » … Et son quadragénaire d’époux qui siphonnait ses frais de représentations pour préparer sa campagne électorale lorsqu’il était à Bercy sans que cela ne lui ait valu le moindre désagrément. Et toutes ces carabistouilles restent impunies, donnant l’impression d’un deux poids, deux mesures en matière de respect du droit et de la morale.

Or, que nous enseigne la jurisprudence de l’histoire ? « Là où les fautifs sont nombreux, on ne châtie personne, là où l’on punit les petits délits, on récompense les fautes graves »27. Toutes ces pratiques d’un autre temps ruinent la République ! Un énième remake de L’étrange défaite immortalisée par Marc Bloch.

Le Macron nouveau est arrivé. L’affaire de Rugy n’est que la partie émergée de l’iceberg sur laquelle la République française se fracasse périodiquement : affaires Cahuzac, Fillon, Thévenoud, Sarkozy/Guéant et consorts, Balkany, Tapie… La France d’en haut a un problème structurel avec la morale, l’éthique, la déontologie, le sens de l’État, la chose et le bien publics… Ce n’est pas le prurit normatif qui y changera le moins du monde. Surtout, lorsque l’on sait qui a été nommé procureur de Paris (un proche de Jupiter), signifiant la dépendance du parquet à l’exécutif28 ; vice-président du Conseil d’état (un proche de Jupiter), Cela vaut aussi pour la nomination de l’un de des adjoints de Rémy Heitz au poste de directeur de cabinet de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet qui a pour nom Olivier Christen (impliquée dans le désastre judiciaire de Tarnac ou dans la rédaction de la note sur le traitement des gilets jaunes). « L’image d’une justice indépendante, déjà bien écornée sous Macron, promet de s’améliorer avec ce chouchou du procureur de la République de Paris appelé chez la garde de Sceaux. La ligne directe est déjà branchée »29. Que dire du maintien de la Cour de justice de la République, juridiction d’exception appelée à juger les membres du gouvernement30. L’affaire de Rugy dépasse de loin son seul protagoniste tant la confusion des genres, le conflit d’intérêts, le mépris du bien public… sont structurellement inscrits dans l’ADN des puissants qui nous gouvernent. Un chapitre de plus à inscrire dans le grand livre de la moralisation de la vie publique après ce rapide retour sur le « homardgate »31.

11 François de Rugy, l’homme qui démissionne plus vite que son ombre, Le Canard enchaîné, 24 juillet 2019, p. 2.
12 Macron en pinçait pour Rugy, Le Canard enchaîné, 17 juillet 2019, p. 2.
13 Manon Rescan, Affaire Rugy : deux rapports et une riposte, Le Monde, 25 juillet 2019, pp. 6-7.
14 Christophe Alix (propos recueillis par), Régis Juanico : « Il n’existe aucun contrôle réel de l’exécutif », Libération, 24 juillet 2019, p. 3.
15 Mathilde Mathieu/Yann Philippin , La farce du contrôle de l’Assemblée, www.mediapart.fr , 23 juillet 2019.
16 Nicolas Chapuis/Yan Gauchard, Selon la « police des polices », « l’usage de la force était justifié », Le Monde, 6 juillet 2019, p. 7.
17 Yan Gauchard, Mort de Steve Maia Caniço : de la colère et des zones d’ombre, Le Monde, 1er août 2019, p. 6.
18 Geoffroy de Lagasnerie, La mort de Steve comme révélatrice de la vérité de la police, Le Blog de Geoffroy de Lagasnerie, www.mediapart.fr , 31 juillet 2019.
19 Yan Gauchard, Mort de Steve : le « témoin « oublié » par l’IGPN, Le Monde, 2 août 2019, p. 8.
20 Virginie Malingre, Face à la polémique, Edouard Philippe monte en première ligne, Le Monde, 1er août 2019, p. 6.
21 Pascale Pasciarello, Nantes : l’IGPN omet des éléments à charge pour la police, www.mediapart.fr , 1er août 2019.
22 Michel Deléan, Steve Maia Caniço, le mort de trop pour Emmanuel Macron, www.mediapart.fr , 31 juillet 2019.
23 Isabelle Fick, Sécurité : Philippe en première ligne, Castaner affaibli, Les Échos, 1er août 2019, p. 3.
24 Edwy Plenel, Cette République hôtelière qui discrédite la France, www.mediapart.fr , 23 juillet 2019.
25 Manon Rescan/Maxime Vaudano, Les règles opaques des cabinets ministériels, Le Monde, 25 juillet 2019, p. 7.
26 Jean-François Kahn, Homard l’a tué !, Marianne, 26 juillet – 1er août 2019, p. 4.
27 Patrick Boucheron « L’histoire est l’art de rappeler aux hommes leur capacité d’agir en société », Le Monde, 21-22 juillet 2019, p. 26.
28 Michel Deléan, La justice est malade de ses procureurs, c’est la faute des politiques, www.mediapart.fr , 24 juillet 2019.
29 D.S., Plus près de toi, Nicole…, Le Canard enchaîné, 24 juillet 2019, p. 4.
30 Cécile Guérin-Bargues, En finir avec la Cour de justice de la République, Le Monde, 24 juillet 2018, p. 26.
31 Natacha Polony, Comment le vase finit par déborder, Marianne, 26 juillet – 1er août 2019, p. 3.
 
 
ARTICLE 36 : ENTRE RAISON ET DÉRAISON D’ÉTAT ! Jean Daspry. « La morale n’est pas un paramètre prioritaire dans l’équation de la raison d’état ». Comment mieux résumer l’ouvrage du journaliste Henri Vernet qui a pour titre Article 36 !32 Dans l’avalanche d’ouvrages parus en cette fin de premier semestre 2019, ce roman de fiction politique vaut, à l’évidence, le détour tant la réalité, on le sait, a pris l’habitude de dépasser la fiction. Ce qui paraissait inconcevable hier (le recours à un officier général en cas de crise grave) est aujourd’hui dans l’air du temps (à croire certains sondages même s’il ne fait pas surestimer la valeur intrinsèque de ces derniers). Telle est la trame de ce récit, plus vrai que nature, que nous livre Henri Vernet. D’entrée de jeu, le personnage principal de cette fiction n’est autre qu’Emmanuel Macron tandis que les autres ressemblent à s’y méprendre à des personnalités existantes ou ayant existé. Abordons rapidement la forme de cet ouvrage avant de nous attacher à sa substance, son essence.

UN OUVRAGE DE QUALITÉ DANS SA FORME

Reconnaissons à l’auteur, que nous ne connaissions pas auparavant, de réels talents de plume, qualité rare par les temps actuels. Qualité de style indéniable tant les descriptions sont criantes de vérité pour celui qui dispose d’un minimum de connaissance du microcosme parisien : monde politique, haute fonction publique, médias (le « clergé médiatique » et son insincérité grave33). Qualité d’analyste des méandres de la vie politique, administrative, judiciaire, militaire, policière, sociologique… de notre pays aussi indéniable. L’homme est parfaitement à l’aise dans la description des rouages et des allées du pouvoir. De ces points de vue, le livre est agréable à lire. Il se dévore comme un excellent roman policier mais non comme un vulgaire roman de gare. Celui que nous servent régulièrement quelques perroquets à carte de presse qui se prétendent journalistes d’investigation, voire « grands reporters ». Il est vrai, qu’au pays de l’arrogance, il n’existe pas de catégorie de petits reporters !

UN OUVRAGE DE QUALITÉ DANS SON ESSENCE

Le fil conducteur est relativement simple. Confronté à des tensions paroxystiques de divers ordres, le président de la République instaure l’état de siège pour une durée limitée conformément aux dispositions de la Constitution française de la Ve République, article 36 plus spécifiquement qui constitue le titre de l’ouvrage. Henri Vernet nous conduit en Syrie, en France (présidence de la République, Matignon, ministères régaliens, plateaux de télévision, banlieues difficiles, quartiers bourgeois… ou à l’étranger (Bruxelles où il décrit de manière savoureuse mais ô combien réaliste, le déroulement d’un conseil européen). Nous avons ainsi la chance de découvrir « l’humus social français »34. Mention spéciale doit être faite à la dimension communication de toute l’opération pilotée par le président de la République et ses plus proches collaborateurs (ceux du premier cercle, des cercles décisionnaires). Et nous avons confirmation, ce que nous pressentions du fait de l’expérience, que « Diriger un pays en régnant dans un pays rempli de serviteurs, quelle absurdité ! » (p. 356). À l’exception de quelques rares individualités, militaires au premier chef, l’esprit de Cour est Roi sous le règne du monarque Macron-Jupiter 1er. Rares sont les courageux qui osent dire son fait au Prince qui nous gouverne. Pire encore, au moment où l’on rebat les oreilles de moralisation de la vie publique, nous comprenons, à travers mille exemples concrets, que « la morale n’est pas un paramètre prioritaire dans l’équation de la raison d’état » (p. 406). Comme pour un excellent polar, il serait déplacé, voire incongru de livrer l’épilogue de ce roman vérité. Nous laissons le soin au lecteur futur de cet ouvrage le soin, le plaisir de le découvrir avec ses multiples rebondissements.

« On vous juge sur des mots, plus que sur des attitudes »35. En définitive, cet ouvrage ne manque pas d’épaisseur au sens propre (400 pages) et figuré (la clairvoyance de son analyse). Il ne manque pas non plus de réelles qualités d’observation, d’analyse fine d’un pays habité par le doute, par l’émotion. Un pays qui peine à découvrir une vision, un cap choisi par ses dirigeants. Comme le rappelle le général de Gaulle : « les plus nobles principes ne valent que par l’action ». Et, les principes et les valeurs en prennent un sacré coup dans cette période de mise entre parenthèses des libertés publiques et des droits fondamentaux. Nous ne pouvons que recommander à tous nos fidèles lecteurs de prendre connaissance de cet Article 36 d’Henri Vernet qui nous conduit, pour notre plus grand plaisir et notre éducation civique, aux confins de la raison et de la déraison d’état.

32 Henri Vernet, Article 36, JC Lattès, 2019, p. 406.
33 Laurent Mauduit, Crise à Radio France : un rapport dément les chiffres de la direction, www.mediapart.fr , 16 juin 2019.
34 Romain Guibert/Jean Guisnel/Sébastien Le Fol (propos recueillis par), Jean-Yves Le Drian. La grande confession du silencieux, Le Point, 13 juin 2019, p. 35.
35 Stéphanie des Horts, Pamela, Albin Michel, 2017, p. 184.

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