Observatoire Géostratégique

numéro 276 / 30 mars 2020

ORIENT-ATIONS 264

ALAIN CHOUET NOUS DIT : « LES ETATS-UNIS ONT BESOIN DE CE TYPE DE CONFLIT » – L’Humanité, 3 janvier.

L’Humanité : Qui était le général Qassem Soleimani et était-il aussi puissant qu’on le dit ?

Alain Chouet : Il était une figure très populaire en Iran, y compris parmi les opposants au régime. C’est un mélange de Robin des Bois, d’Otto Skorzeny (1), d’Erwin Rommel, avec une dimension politique en plus. Il fait partie des premiers gardiens de la Révolution, de ceux qui ont participé à la prise d’otages de l’ambassade américaine, et c’est un héros de la guerre Iran / Irak. Il a, aux yeux de l’opinion publique iranienne, contribué à rendre honneur et fierté au pays. On a beaucoup tendance à négliger la dimension extrêmement nationaliste des Iraniens. C’est vrai que 70% de la population aujourd’hui n’a connu ni la guerre ni la révolution et que les jeunes en ont marre de ce régime où tout est interdit et réprimé, mais il reste une dimension nationaliste sur laquelle jouent les ayatollahs et les pasdarans, qui resserre les rangs autour d’un pouvoir pourtant largement contesté. Plus l’Occident essaie de tordre le bras aux dirigeants de la République islamique, plus ces derniers en appellent à les soutenir, au nom de la défense de la patrie en danger.

Qassem Soleimani était-elle une figure familière pour les services de renseignement, avant sa médiatisation liée à la guerre en Syrie et contre l’Etat islamique ?

Oui, parce qu’il était un de ceux qui ont très largement contribué à la création et à la montée en puissance du Hezbollah au Liban, et de différents groupes militaro-politiques favorables à l’Iran, en Irak ou en Syrie.

On raconte aussi que ce serait lui qui aurait convaincu Bachar al-Assad d’ouvrir ses frontières afin d’acheminer des jihadistes sunnites en Irak en 2003 pour combattre les forces américaines…

C’est une fumisterie très en vogue dans les chancelleries occidentales et en particulier au Quai d’Orsay. Les Syriens, avec qui j’étais toujours en relation à l’époque et jusqu’en 2010, n’ont pas ouverts  en grand leurs frontières aux islamistes. Lorsqu’un certain nombre de Talibans ou de membres d’Al Qaida ont fui en Iran l’invasion américaine de l’Afghanistan en 2001, les dirigeants de la République islamique avaient essayé de les « négocier » avec Washington. Et lorsque les Américains ont sèchement refusé, ils les ont effectivement laissé partir en Irak faire le djihad. Les Syriens, de leur côté, ont fait ce qu’ils ont pu. Et la majorité des djihadistes sont en réalité passé en Irak par la Turquie, ce qu’on oublie systématiquement de rappeler. C’est la même logique lorsqu’on accuse Bachar al-Assad d’avoir relâché des islamistes dans la nature au moment du soulèvement de 2011, il ne faut pas oublier que cela s’est produit sous la pression des Américains, des Anglais, des Français, des Saoudiens et des Qatariens, qui exigeaient la libération de tous les prisonniers politiques. Sauf que 90% des prisonniers politiques en Syrie, c’était des islamistes ou des djihadistes. Evidemment, ça ne fait pas de Bachar al-Assad un ange. C’est un voyou et un prédateur, mais il ne faut pas tout mélanger.

Qassem Soleimani a récemment accordé une interview à la télévision d’Etat en Iran, dans laquelle il raconte comment il a passé la guerre entre Israël et le Liban en 2006 aux côtés du Hezbollah. Quel est le sens de cette confession ?

Evidemment, c’était une manière pour lui de revendiquer une forme de paternité dans la victoire contre Israël. Le Hezbollah, c’est la carte des Iraniens pour être présent sur les dossiers palestiniens et libanais, pour ne pas en laisser le monopole aux Arabes sunnites. Qassem Soleimani a participé depuis le début à la formation des combattants du Hezbollah. Des officiels américains prétendent que Qassem Soleimani préparait une attaque de grande envergure qui aurait pu coûter la vie à de nombreux citoyens américains en Irak… C’est encore une vaste fumisterie. Et les Iraniens n’ont pas besoin de ça : Il y a suffisamment de ressentiment contre les Etats-Unis en Irak ou ailleurs pour qu’il soit nécessaire d’organiser des attaques de ce genre. Même en Arabie Saoudite, cela se fait tout seul !

Quel rôle a-t-il joué, à la fois dans le sauvetage du gouvernement de Bachar al-Assad et dans la lutte contre l’Etat islamique ?

La lutte contre l’Etat islamique s’est faite aussi bien en Irak et en Syrie. Son principal rôle a été d’enrôler le Hezbollah et de le détourner de la lutte contre Israël au profit de Bachar al-Assad. Pour les convaincre d’y aller, et cela leur a coûté très cher, il fallait toute l’autorité des Ayatollah iraniens et des chefs des Pasdarans.

Pourquoi, selon vous, Donald Trump a-t-il décidé d’éliminer Qassem Soleimani ?

Il était devenu aussi bien au Yémen qu’en Syrie ou en Irak, le moteur de la politique extérieure iranienne, et cela inquiétait beaucoup les Israéliens. Qassem Soleimani menaçait régulièrement les Etats-Unis et Israël, mais ces menaces relevaient essentiellement de la pure rhétorique pour ne pas en laisser le monopole aux sunnites. Cet assassinat s’inscrit aussi dans l’agenda de Donald Trump, qui assure à ses électeurs que même si il n’envoie plus les « boys » se faire tuer, il sait défendre les intérêts de l’Amérique autrement.

Quelles sont les capacités de riposte de l’Iran ? La République islamique peut-elle mener des actions de représailles sur le sol américain ?

Les Iraniens ne sont pas assez stupides pour opérer des représailles directes et s’exposer à une riposte américaine. Ils enverront leurs partisans irakiens. Et que ces derniers se fassent massacrer ensuite ne leur posera aucun problème. Je vois mal les Etats-Unis attaquer l’Iran de manière frontale sous prétexte que des Irakiens leur ont fait des misères. Les dirigeants de la République islamique sont comme les soviétiques dans les années 70 : leur plus grande peur, c’est un conflit ouvert, parce qu’ils savent très bien qu’ils seront balayés en cas de guerre conventionnelle. Il leur faut des conflits de type asymétrique. Par contre, envahir l’Iran ne sera pas une promenade de santé, car contrairement à l’Irak de Saddam Hussein, ce n’est pas la dictature d’un seul homme. Ils sont extrêmement bien organisés et motivés, et prêts à se battre pour défendre leur pays. C’est un système politique cohérent et complet qui repose sur un nationalisme et une fierté extrêmement forte. Ces gens là se battront pied à pied et feront trop de morts chez les Américains pour que ce soit supportable par l’opinion publique. Ce n’est pas tout d’avoir une supériorité technologique, ensuite il faut aller au sol et occuper le terrain. 

Pour vous, il est exclu pour les Etats-Unis d’envisager des raids aériens sur Téhéran ou sur des cibles militaires en Iran ?

Ce n’est pas exclu, mais cela mène à quoi ? Tactiquement, il n’y a aucun bénéfice à tirer d’une telle opération.

Donald Trump met forcément en danger les troupes américaines stationnées au Proche et au Moyen-Orient, qui ont déjà subi une dizaine d’attaques à la roquette depuis le mois d’octobre. Ne prend-il pas le risque de s’aliéner sa propre armée en cas de riposte de l’Iran ?

Non, je ne crois pas. Et je ne n’imagine pas des représailles coûtant la vie à des milliers de soldats américains. Les Iraniens savent très bien l’impact émotionnel que provoque le retour de quelques cercueils aux Etats-Unis. Quant à l’appareil militaro-industriel américain, il a besoin de ce type de conflit pour se perpétuer. Quelques morts de temps en temps, cela redonne un coup de manivelle à la mécanique et justifie le fait que les Etats-Unis maintiennent une présence militaire dans 74 pays dans le monde.

(1)   Otto Skorzeny était un officier allemand et commando SS connu pour ses missions audacieuses réalisée pour le compte de l’Allemagne nazie.
 
 
ROGER AKL NOUS DIT : « UNE GUERRE POUR LA PRESIDENCE AMERICAINE ? » Que font les Américains et leurs alliés, que cherchent-ils ? Au Liban, ils ont tout fait pour faire sauter le gouvernement et, aujourd’hui, ils font tout pour empêcher la formation d’un nouveau. Leur dernière exigence, c’est d’avoir un ministre de la défense qui empêche l’armée de déranger leurs sbires, fauteurs de trouble, qui doivent avoir la ”liberté” de manifester, de manière à détruire la liberté de la majorité des citoyens, de vaquer à leurs occupations, pour vivre. Ce qui a résulté dans le fait que le Liban est au bord de la faillite, car il n’y a pas de gouvernement pour arrêter tous ces dirigeants corrompus, qui ont eu pour mission de voler le pays, depuis plus de trente ans, dans le but de le mettre à la merci de la « coalition internationale » et de ses « aides financières ». Pourquoi l’Amérique le ferait-elle ? Parce que le gouvernement libanais ne veut pas renoncer à ses droits sur des territoires encore occupés par les Israéliens et ses droits conséquents sur les gisements de gaz en Méditerranée. De même, il ne veut pas participer à l’inimitié contre sa ”sœur syrienne”, ni contre l’Iraq et l’Iran, surtout que ces pays lui sont nécessaires pour le retour des réfugiés syriens, pour ses relations terrestres avec le monde, ainsi que pour sa défense contre les agressions israéliennes. Ah, Israël ! Pays créé par la Grande Bretagne et l’Occident pour contrôler les territoires pris sur l’Empire ottoman et, plus tard, sur leur pétrole et l’argent du pétrole. Sauf qu’aujourd’hui on se demande qui contrôle qui. Car, en ”démocratie” l’argent contrôle les élections et cet argent est entre les mains de milliardaires à double nationalité israélienne. Ici, nous arrivons à l’alliance entre deux personnages que tout devrait séparer : Trump et Netanyahou. Car, pour Trump, l’Amérique devrait arrêter ses interventions militaires à l’étranger, surtout au Moyen-Orient, car elle n’a plus besoin de pétrole et doit se libérer pour utiliser toutes ses forces face à la Chine, tandis que Netanyahou et Israël tiennent à une implication américaine au Moyen-Orient, surtout qu’ils réalisent qu’Israël ne peut plus lutter contre l’alliance allant de l’Iran au Liban, ce Liban dont il faut prendre les droits sur une partie de la Méditerranée, par où doit passer le pipeline de gaz israélien vers l’Europe. Et voilà ! On comprend maintenant pourquoi Trump prend des décisions très dangereuses pour la paix mondiale comme le bombardement en Iraq du Hachd el Chaa’bi qui a résulté en dizaines de morts et de blessés et une attaque contre l’ambassade américaine, ainsi qu’une possible décision de demande, par le gouvernement irakien, que les troupes américaines quittent le pays, sans oublier le meurtre du général iranien Soleimani et la conséquente réaction iranienne. C’est ainsi que les guerres mondiales commencent. Entretemps, le Liban est toujours sans gouvernement et devrait le former tout de suite, car la situation devient explosive.
 
 
ROGER AKL NOUS DIT (2) : « VERS LA FIN DE LA PRESENCE AMERICAINE EN IRAQ ? » – 4 janvier. Quand j’appris la nouvelle de l’assassinat du général Soleymani, à l’aéroport de Bagdad, je pensais que c’était une faute de calcul d’un Président, qui voulait faire une action d’éclat et un cadeau aux Israéliens, pour gagner les élections qui renouvelleraient son mandat de Président. Mais je ne pensais pas que cette faute criminelle était complètement folle, car Soleymani arrivait à l’aéroport de Bagdad, comme diplomate, conseiller militaire du Premier Ministre irakien, et, de ce fait, son arrivée, à l’aéroport de Bagdad, était prévue et annoncée au gouvernement irakien, dans un aéroport où la sécurité était de la responsabilité des troupes américaines qui ont dû être mises au courant de son arrivée car responsables de SA sécurité. Comment donc l’Irak peut-il encore accepter la présence américaine sur son territoire, alors que ces troupes, au lieu d’y assurer la sécurité, assassinent le conseiller militaire du Premier Ministre irakien, sans oublier les dizaines de morts tués parmi le hash el Sha’bi irakien ? Quant au Liban, je ne pense pas que les partisans des Américains et des Israéliens oseront encore parader dans les rues et les places du Liban et y empêcher les Libanais de vaquer à leur travail, tandis que la majorité des Libanais va exiger la formation, sur le champ, d’un gouvernement de spécialistes honnêtes, pour y assurer la sécurité, la justice et le jugement de ceux qui ont volé le pays depuis trente ans et qui devraient arrêter de jouer les paons, alors qu’ils devraient se cacher et demander pardon à Dieu et au peuple libanais. Quant à l’Amérique, Dieu seul sait les conséquences qui vont lui tomber dessus, chez elle et à l’étranger, surtout au Proche-Orient. Que pensent les gouvernements européens de tout cela ?
 
 
LES TRIBULATIONS D’UBU ROI AU QUAI D’ORSAY – Guillaume Berlat. « La connerie, c’est un peu comme la mort : le mort ne se rend pas compte qu’il est mort, et tout le monde est triste pour lui. Le con, c’est pareil ! », nous rappelle un internaute qui ne manque pas d’humour. Qualité qui fait défaut à notre élite autoproclamée. Elle est experte dans la pratique de l’humour sans le savoir comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Humour qui frise le ridicule si l’on prend le temps de lire attentivement la prose la plus sérieuse concernant le fonctionnement de l’État et de l’administration. Le dernier jour de l’année 2019 – année exceptionnelle pour les marchés financiers, apprend-on -, nous découvrons deux informations de la plus haute importance.

La première nous est livré par le très sérieux site www.acteurspublics.fr . Selon un document annexé au projet de loi de finances pour 2020, environ 75 commissions et instances consultatives ou délibératives placées auprès du Premier ministre ou des ministres vont être amenées à disparaître.

La seconde nous est apporté par le non moins sérieux Journal officiel de la République française (JORF) sous la rubrique textes généraux du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères que nous livrons in extenso à nos fidèles lecteurs pour qu’ils apprécient tout le sel :

Début de citation 

JORF n°0303 du 31 décembre 2019 texte n° 16

Arrêté du 30 décembre 2019 modifiant l’arrêté du 28 décembre 2012 portant organisation de l’administration centrale du ministère des affaires étrangères

NOR: EAEA1933467A

ELI: https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2019/12/30/EAEA1933467A/jo/texte

Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Vu le décret n° 87-389 du 15 juin 1987 modifié relatif à l’organisation des services d’administration centrale ; Vu le décret n° 2012-1511 du 28 décembre 2012 modifié portant organisation de l’administration centrale du ministère des affaires étrangères ; Vu l’arrêté du 28 décembre 2012 modifié relatif à l’organisation de l’administration centrale du ministère des affaires étrangères ; Vu l’avis du comité technique ministériel du ministère des affaires étrangères en date du 11 décembre 2019, Arrête :

Article 1

L’article 1er de l’arrêté du 28 décembre 2012 susvisé est ainsi modifié : 1° Les quatorze premiers alinéas constituent un I ; 2° Les quinzième, seizième et dix-septième alinéas sont supprimés ; 3° Le dix-huitième alinéa est remplacé par les dispositions suivantes : « II. – La direction générale des affaires politiques et de sécurité comprend, en outre, sous la coordination du directeur général : » 4° Les vingt-deuxième, vingt-septième, trente-cinquième, quarante et quarante-et-unième alinéas sont supprimés.

Article 2

L’article 3 du même arrêté est ainsi modifié : 1° Les trois derniers alinéas du 1° sont supprimés ; 2° Le dernier alinéa du 2° est supprimé ; 3° Le dernier alinéa du 3° est supprimé ; 4° Le 7° est abrogé.

Article 3

L’article 4 du même arrêté est ainsi modifié : 1° Les deux derniers alinéas du 1° sont supprimés ; 2° Le 3° est abrogé ; 3° Au premier alinéa du 5°, les mots : « , qui comprend : » sont supprimés. Les trois derniers alinéas du même 5° sont supprimés.

Article 4

L’article 5 du même arrêté est ainsi modifié : 1° Le dernier alinéa du 1° est supprimé ; 2° Les deux derniers alinéas du 2° sont supprimés ; 3° Le 4° et le 6° sont abrogés.

Article 5

Le dernier alinéa de l’article 6 du même arrêté est supprimé.

Article 6

L’article 9 du même arrêté est ainsi modifié : 1° Les cinquième et septième alinéas du III sont supprimés ; 2° Au IV, les mots : « et missions » sont supprimés ; 3° Le V est abrogé.

Article 7

L’article 11 du même arrêté est ainsi modifié : 1° Les trois derniers alinéas du I sont supprimés ; 2° Le cinquième alinéa du II est supprimé ; 3° Le dernier alinéa du III est supprimé ; 4° Le VII est abrogé.

Article 8

L’article 12 du même arrêté est ainsi modifié : 1° Au premier alinéa du I, les mots : « et délégation » sont supprimés ; 2° Les deux derniers alinéas du I sont supprimés ; 3° Les deuxième et dernier alinéas du II sont supprimés ; 4° Le III est abrogé ; 5° Les trois derniers alinéas du V sont supprimés ; 6° Le second alinéa du VII est supprimé.

Article 9

L’article 13 du même arrêté est ainsi modifié : 1° Le dernier alinéa du I est supprimé ; 2° Les deux derniers alinéas du II sont supprimés ; 3° Le IV et le VI sont abrogés.

Article 10

L’article 14 du même arrêté est ainsi modifié : 1° Au premier alinéa, les mots : « et mission » sont supprimés ; 2° Le dernier alinéa est supprimé.

Article 11

Les dispositions du présent arrêté entrent en vigueur le 1er janvier 2020.

Article 12

Le présent arrêté sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait le 30 décembre 2019.

Jean-Yves Le Drian

Fin de citation

Comprenne qui pourra ! Bravo à Jean-Yves Le Chouchen pour ce morceau de bravoure parfaitement incompréhensible pour le commun des mortels. Nous lui présentons tous nos meilleurs vœux pour 2020 après la conclusion de l’année 2020 sur ce coup de génie diplomatique ! Nous voici pleinement rassurés de découvrir une nouvelle étape des tribulations d’Ubu Roi au Quai d’Orsay…
 
 
LE SYNDROME DE L’ESPIONNITE – Jean Daspry. Le monde change. La planète comme le quotidien de référence du tout Paris et des cabinets ministériels. Au fil des ans, ce dernier a perdu l’aura des pères fondateurs. Les folliculaires ont remplacé les journalistes. L’infox a remplacé l’info. L’émotion a remplacé la raison. L’approximation a remplacé l’investigation. L’accessoire a remplacé le principal. Le moralisme a remplacé la morale. En un mot comme en cent, Le Monde n’est plus ce qu’il était. Depuis quelques semaines, notre quotidien excelle dans un nouveau créneau, le complotisme antirusse pour ne pas dire la russophobie. Nous avons eu l’occasion de relater par le menu les comptines de nos grands experts du monde interlope du renseignement sur les activités du GRU et autres officines pseudo-soviétiques en Haute-Savoie et dans la région du Léman1. Une histoire à dormir débout tant l’information est impressionniste et ne démontre pas, jusqu’à plus ample informé, l’existence de délits qui aurait dû valoir à leurs auteurs des poursuites pénales ou l’expulsion du territoire français. Plus récemment, nous avons exposé les errements de notre diplomatie onusienne sur le dossier syrien2. Aujourd’hui, nous découvrons les aventures de notre trio de choc en pays catalan. Un morceau de bravoure journalistique pour gogos.

À la veille du passage à la nouvelle année, Le Monde renfourche son nouveau cheval de bataille antirusse3. L’auteure de ce morceau d’humour, qui ne dit pas son nom, nous explique que la justice espagnole – n’a-t-elle pas suffisamment à faire avec le traitement des multiples volets du dossier catalan ? – serait sur la trace de trois membres d’une même unité des services secrets de Moscou qui auraient séjourné à Barcelone entre novembre 2016 et 2017. Il s’agirait – noms à l’appui – de trois brillants officiers du renseignement russe, tous rattachés à l’unité 29155 du 161e centre de formation spéciale du GRU, spécialisés dans les assassinats et les actions clandestines. Fait important, ils auraient utilisé la Haute-Savoie comme base arrière pour des opérations menées dans toute l’Europe. Quel serait le délit que la presse bien informée attribuerait au chef de ce trio de Pieds Nickelés ? En automne 2017, quelques jours avant la tentative de référendum lancée par le gouvernement catalan, il aurait passé 19 heures à Barcelone, selon les traces laissées par son téléphone portable. Fait intriguant, il se serait fait passer pour un homme d’affaires du nom de Fedotov. Après son bref séjour dans la capitale catalane, pour y commettre les pires méfaits – dont on ne nous dit rien de précis -, l’homme aurait pris un train à destination de Lyon, puis de Genève. Circonstance aggravante, le James Bond russe aurait déjà passé six jours à Barcelone en novembre 2016. Tout ceci est vraiment étrange. On évoque mezzo voce le terme de « terrorisme » sans plus de précision. Le poison de la rumeur qui se propage sans la moindre vérification sérieuse, les recoupements indispensables. Mais, notre Rouletabille nous tient en haleine comme dans un bon roman policier en nous livrant à la fin de son morceau de bravoure l’information la plus lourde, celle qui démontre que nous ne sommes pas au cœur d’une affaire de cornecul mais d’une opération d’espionnage de grande envergure du Kremlin. Selon le site d’information Bellingcat, à l’origine de ce scoop, de ce Watergate à la sauce catalane, le chef du trio, le général Sergeev avait (la journaliste n’utilise pas le conditionnel) coordonné l’empoisonnement au neurotoxique Novitchok, en mars 2018, d’un ex-espion russe, Serguei Skripal et de sa fille Ioula, à Salisbury au Royaume-Uni. Le lecteur attentif en reste coi. Un mélange de détails sans le moindre intérêt et quelques accusations graves portées au détour d’une phrase. Nous sommes loin du véritable journaliste d’investigation à la manière de feu Pierre Péant. Où sont les faits documentés, recoupés qui partent de A pour aller jusqu’à Z ? Où se trouve la limite entre l’information (objective) et l’opinion (subjective) ? Rien de tout cela dans la prose de cette illustre inconnue (« correspondance Madrid ») qui a droit à une belle colonne en page 5 (sous la rubrique « international »). Mais que font donc les « décodeurs » du Monde et leur « decodex » pour traquer la fausse information, le « bobard », la « fake news » ? Ils n’ont vraisemblablement pu rejoindre leur nouveau bâtiment de verre en raison des grèves de transport ou ne pratiquent pas le télé-travail ?

Avec cet Ersatz d’article du Monde, nous sommes en présence d’une nouvelle réédition de la main de Vladimir dans la culotte de Conchita ! Cela relève du polar de piètre facture qui fait sourire les personnes qui ont un tant soit peu quelques connaissances du monde du renseignement, du monde des Services. De là à nous dire que ces trois étranges personnages auraient contribué à installer la pagaille en Catalogne et auraient ainsi affaibli le gouvernement central de Madrid, il n’y a qu’un pas que la journaliste ne franchit pas mais qu’elle suggère lourdement au lecteur avisé de faire. On sent l’opération déstabilisation du régime espagnol à plein nez, le coup de main aux populistes et autres nationalistes gros comme une maison. Tout ceci ressemble à s’y méprendre à un vulgaire journalisme pifométrique digne de la presse de caniveau. Décidément, le Monde est frappé du syndrome de l’espionnite.

1 Jean Daspry, Russie : les hémiplégiques de l’indignation (suite), www.prochetmoyen-orient.ch , 9 décembre 2019.
2 Jean Daspry, Russie-Syrie-ONU : trêve de plaisanterie !, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 décembre 2019.
3 Isabelle Piquer, Trois espions russes auraient séjourné à Barcelone en 2017, Le Monde, 28-29 décembre 2019, p. 5.
 
 
FAUT-IL AVOIR PEUR DES PEURS ? Guillaume Berlat. « Celui qui n’a pas peur n’est pas normal ; ça n’a rien à voir avec le courage » (Jean-Paul Sartre). La peur, vaste sujet de dissertation de philosophie ou de psychologie. La peur, vaste sujet de réflexion de relations internationales, également. La problématique est inépuisable tant elle est éternelle. Souvenons-nous de la Grande Peur, un mouvement de jacqueries et de révoltes engendrées par une peur collective, qui se sont répandues en France, essentiellement du 20 juillet 1789 au 6 août 1789, mais se sont prolongées au-delà ! Aujourd’hui, le passage de l’ancien au nouveau monde, avec toutes les incertitudes dont il est porteur, est générateur de craintes, d’angoisses, de peurs, individuelles ou collectives, plus ou moins rationnelles. Dès lors, une question fondamentale est posée : doit-on faire fi de tous ces mouvements de panique en les ignorant, motif pris que la peur est mauvaise conseillère ou bien doit-on les analyser pour mieux en rechercher les causes afin d’en traiter les effets autant que faire se peut ?

Force est de constater que nous vivons dans le monde de la contradiction permanente. En même temps, nos dirigeants surfent sur les passions, les émotions pour gagner en popularité médiatique tout en se moquant des peurs des peuples – immédiatement assimilées au mal du « populisme » – qui traduisent une certaine défiance envers une mondialisation jugée, à tort ou à raison, porteuse de tous les maux de l’Occident de ce début du XXIe siècle4. Afin de donner un tour plus concret à notre démarche, nous tenterons de décrire les quatre angoisses existentielles de notre temps avant de nous interroger sur les deux réponses que l’on pourrait/devrait leur apporter dans un monde de la logique chère à René Descartes. Mais, nous n’en sommes pas encore là tant la politique est marquée au sceau du court-termisme et de la précipitation.

LES QUATRES ANGOISSES EXISTENTIELLES DU XXIe SIÈCLE

En dépit de la censure, de la dictature implacable d’une minorité bien-pensante, il est impossible de faire l’impasse sur la réalité des peurs dans nos sociétés occidentales, et, en particulier, dans l’Hexagone telle qu’elle s’est largement développée au cours des dernières années comme en sont le reflet les résultats des élections.

Censure implacable de la bien-pensance

Évoquer l’existence des peurs relève aujourd’hui du tabou opposé par la bien-pensance ! Cela est quasiment assimilé à une maladie honteuse. Jouer sur les peurs est considéré comme un crime. Tout homme politique ayant l’outrecuidance d’évoquer un sujet déplaisant aux oreilles chastes des bien-pensants est aussitôt accusé de jouer sur l’inquiétude, de l’entretenir, pire de la susciter pour l’instrumentaliser à son profit. Dans cette période de pensée cadenassée, de parole bâillonnée, gare à celui qui s’égare des sentiers battus. Il est voué aux gémonies tant il n’y a pas de place pour une réflexion libre au pays de la liberté d’expression.

Le débat est faussé tant il est manichéen. C’est celui aux relents moralisateurs du combat entre le Bien et le Mal. Mais, les faits sont têtus. Que nous disent-ils du monde d’aujourd’hui qui diffère du monde d’hier ?

Réalité des peurs

Il faudra s’y faire quoi qu’en pensent certains brillants esprits. Quatre grandes peurs traversent aujourd’hui notre société. Elles peuvent s’exclure ou se rejoindre partiellement, exister à des degrés d’intensité divers. Mais toutes quatre forment le cercle de la réflexion (stratégique et prospective) et de l’action politique (intérieure et extérieure) La première peur est celle du grand déclassement. C’est l’angoisse de la classe moyenne paupérisée et des classes populaires quant à leur avenir économique, face à la mondialisation et à l’automatisation. La seconde, corollaire identitaire de la première, est celle du grand remplacement. C’est l’angoisse d’une partie de la population de souche ou d’immigration ancienne face à l’immigration récente et à l’islamisation des parties du territoire, face au terrorisme et au développement du communautarisme. La troisième est celle du grand réchauffement qui est surtout le fait de la jeunesse et de la bourgeoisie éclairée des centres-villes face à l’urgence climatique, la peur de ne plus pouvoir habiter dans un monde vivable et d’en être responsable. La quatrième est celle du grand renversement. Elle est celle des d’une partie des possédants et des classes cultivées face aux risques nouveaux que fait peser l’irruption des mouvements « populistes ». Ce frisson qu’ils ont ressenti face au résultat du « Brexit », l’élection de Donald Trump, le risque d’un second tour Marine Le Pen/Jean-Luc Mélenchon ou les violences constatées à l’occasion de la crise des « gilets jaunes »5. Tel est le constat objectif auquel nous ne pouvons échapper.

LES DEUX RÉPONSES ENVISAGEABLES AUX ANGOISSES DU XXIe SIÈCLE

Pour répondre aux défis et aux menaces de notre temps (réels ou supposés), il n’y a en vérité que deux voies possibles. Elles sont opposées, voire antinomiques : celle de la lâcheté ou du déni et celle du courage ou du réalisme.

La voie du déni

C’est celle qui fait l’impasse sur le fait que la politique est objet d’émotion autant que de raison. C’est aussi celle qui est privilégiée par nos hommes et femmes politiques. C’est également celle qui refuse le dialogue avec l’autre, se contentant de refuser le débat avec le contradicteur. Dans ce domaine, l’arrogance des sachants est légendaire. Pourquoi accepter de dialoguer sur un phénomène quasi-pathologique, celui de l’angoisse ? La réponse est simple : ceux qui souffrent d’angoisses existentielles doivent être traités par la médecine qui dispose d’une pharmacopée adaptée. Comme le souligne, la sagesse populaire, la peur n’écarte pas le danger. La peur des peurs sociales n’écarte pas les dangers politiques dont celles-ci s’inquiètent6. C’est le règne du circulez, il n’y a rien à voir. Un grand classique de la République en godillots, celle qui n’autorise pas la moindre pensée déviante. Nous détenons la vérité qui ne se discute pas. Nous sommes dans une sorte de prêt-à-penser, comme ces catéchismes dénoncés par George Orwell.

La voie du réalisme

Elle est toujours la voie la plus prometteuse bien que n’étant pas la plus aisée à emprunter. Il est toujours plus avisé de répondre aux causes des peurs, des angoisses par une politique efficace que de vitupérer ses effets par un moralisme donneur de leçons. Si Angela Merkel en était pas persuadée, le résultat des dernières élections régionales l’a peut-être convaincue que sa généreuse politique d’accueil d’un million de migrants en 2015 n’était pas du goût de la population attachée à son mode de vie. L’arrivée de bateaux emplis de malheureux migrants au cours de l’été conforte, qu’on le veuille ou non, la peur du grand remplacement et de l’incohérence de la politique migratoire (elle n’existe pas) de l’Union européenne. Quant nos dirigeants politiques accepteront d’ouvrir une sorte de grand débat national démocratique – non dévoyé par la Caste – sur la problématique des peurs afin d’en déceler les causes profondes. Et, ce n’est qu’au prix de l’exigence sur la démarche intellectuelle que nous pourrons avancer sur la voie du traitement de ces causes si tant est qu’il existe. Faute de quoi, les partis qualifiés de « populistes » auront un boulevard pour les prochaines élections en France et en Europe. Les phénomènes Trump, Brexit, Orban, Bolsonaro, Salivini, AfD… ne tombent pas du ciel. Ils sont les conséquences directes d’un déni de réalité. Cessons de se masquer les yeux comme si tout ceci n’était que vétilles sans le moindre intérêt. Comme disait Lacan « le réel, c’est quand on se cogne ». Attendrons-nous d’avoir une grosse bosse sur le front avant de se livrer à un sursaut salutaire, celui de l’intelligence de nommer les choses et non de les ignorer superbement ?

« Le courage consiste à dominer sa peur, non pas à ne pas avoir peur » (François Mitterrand). En cette seconde partie de l’année 2019, cherchons les fils de la vérité sur le paradigme de la peur, de l’angoisse, des passions, du moins les chemins qui y mènent. C’est un chemin de liberté. Mais, pour l’exercer, l’un des prodiges de l’espèce humaine, c’est l’esprit critique7 qui fait tant défaut de nos jours pour ne pas sous-estimer la puissance tellurique de ces peurs au motif qu’elles seraient irraisonnées ou exagérées. Incurables, nos élites arrogantes qui croient encore aux miracles ! Elles se complaisent dans l’apathie face aux phénomènes subjectifs et irrationnels pour mieux nous faire le coup de la sidération lorsque le pire se produit. Au lieu de crier aux vents mauvais, ne serait-il pas plus opportun de les conjurer par la pensée ? Parce qu’en France chacun sait qu’il n’y a pas de réelles difficultés. L’ennui, c’est qu’à force d’avoir la grosse tête, nos têtes bien faites comme des crânes d’œuf ne trouvent plus rien à leur mesure. Aujourd’hui, il est indispensable de développer une critique profonde de la façon dont nos élites dominantes appréhendent (ou pas) la question des phénomènes irrationnels par le mépris. Les ignorer ne nous paraît pas être la meilleure des réponses dans le meilleur des mondes, le monde des bisounours auquel on veut nous faire croire. Cessons de prendre les réalités pour des fantasmes ! Cessons de nous dissimuler derrière un paravent permettant de se cacher la réalité ! L’histoire de l’entre-deux guerres devrait nous servir de leçon pour ce début de XXIe siècle. « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans dans ténèbres » nous rappelle fort à propos Alexis de Tocqueville en cette période de grande ignorance de notre histoire la plus récente et de refus systématique du débat démocratique. In fine, faut-il avoir peur des peurs ? La réponse est dans la question.

4 Arnaud Montebourg, « Pour moi, la mondialisation est terminée », Le Monde, 8-9 septembre 2019, p. 8.
5 Simon Olivennes, Les quatre angoisses qui dessinent l’horizon politique de notre temps, Le Figaro, 4 septembre 2019, p. 16.
6 Simon Olivennes, précité.
7 Mathieu Laine, La littérature, cette route délaissée vers la vérité humaine, Le Figaro, 4 septembre 2019, p. 16.
 
 
SÉGOLÈNE ROYAL PREND LA MOUCHE – Ali Baba. Pyralène Royal – son surnom lorsqu’elle présidait aux destinées du ministère de l’environnement – n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais bon (bonne) joueur (joueuse). Lui font à l’évidence défaut deux qualités essentielles lorsque l’on parvient à son niveau de notoriété politique, publique et médiatique : humilité et humour. Elle excelle dans le genre roquet qui apprécie peu le débat démocratique, la critique et qui mord dès que l’on s’attaque à son auguste personne. Elle excelle dans le genre mauvaise foi, y compris face à la force de l’évidence. Nous en avons un nouvel exemple avec le feuilleton de ses activités (inactivités) d’ambassadrice thématique pour les pôles. Nous en avons relaté le dernier épisode la semaine dernière8. Il est donc inutile de revenir sur la genèse de cette affaire qui défraie la chronique médiatique depuis deux ans environ.

Elle prend un tour nouveau avec sa déportation sur le plan parlementaire avec la demande d’audition par deux députés qui souhaitent en savoir plus sur la réalité de son emploi par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) au titre des questions de banquises et autres joyeusetés de l’escadron. Ségolène Royal, grande démocrate devant l’Éternel, n’apprécie pas d’avoir à rendre des comptes devant la représentation nationale comme le font ministres, secrétaires d’État, hauts fonctionnaires. Elle y voit une sorte d’atteinte à son honneur. L’honneur perdu de Ségolène la magnifique. Est-ce indécent de s’expliquer sur le service que l’on rend à l’État lorsque l’on est censé être à son service ? Apparemment, oui pour cette grande Dame qui ne cesse d’éructer dans les colonnes des journaux ou sur les plateaux des chaînes d’abrutissement en continu. Et, elle n’hésite pas tirer sur tout ce qui bouge avec la plus mauvaise foi9. Tout le monde ne prend pour son grade : menaces de procès en diffamation contre les journalistes qui ont mis en cause ses activités glaciales, hurlements contre les deux députés qui veulent la convoquer pour examiner son bilan d’ambassadrice thématique, critique de son prédécesseur… Avec une élégance rare qui l’honore, Ségolène Royal tire à vue contre Michel Rocard. Pour justifier ses absences aux réunions du Conseil de l’Arctique – c’est donc bien qu’il y en a eues -, elle va jusqu’à dire, qu’en sept ans, il ne se serait rendu qu’une fois aux dites rencontres en sa qualité d’ambassadeur pour les pingouins et les manchots. Après enquête réalisée dans les archives du Conseil de l’Arctique, l’ancien premier ministre s’y était rendu en 2009, 2011 et 2013, lors des réunions plénières. Comme le relève le volatil, il n’est plus là pour témoigner de l’utilité de telles réunions.

Mais, les attaques les plus virulentes sont dirigées contre celui qu’elle imagine être à l’origine de cette campagne de dénigrement contre elle. Il s’agit bien évidemment du président de la République, Emmanuel Macron à qui elle reproche son injuste et inique projet de réforme du système des retraites, son parti pris ostensible pour les riches contre les pauvres… Tous les pans de l’activité jupitérienne sont passés au crible de la critique royale. Au passage, Ségolène Royal oublie qu’en tant que fonctionnaire, elle est soumise à un devoir de réserve qu’elle viole régulièrement en s’attaquant publiquement et ouvertement à la politique intérieure du chef de l’État. Les raisons, qui la poussent à un tel degré d’agressivité à l’endroit du plus haut personnage de la République, sont moins nobles qu’elle le prétend urbi et orbi. En réalité, il ne s’agit que d’une vulgaire vengeance de midinette. Elle estime, à tort ou à raison, qu’Emmanuel Macron ne l’aurait pas suffisamment défendu dans toutes ses candidatures à des postes de fonctionnaires internationaux ou européens auxquelles elle avait postulé… sans le moindre succès en raison de ses insuffisances notoires. À trop chercher Jupiter, elle risque de le trouver. Il est aujourd’hui en position de force et pourrait – c’est en son pouvoir – de mettre fin à ses fonctions d’ambassadrice thématique pour les pôles et de la renvoyer à Pole emploi pour y trouver chaussure à son pied. Il est vrai qu’il s’occuperait également du cas d’un ex-peu illustre ministre délégué aux affaires européennes (Thierry Repentin) de François Hollande qui l’a recasé en 2017 à l’un des plus beaux fromages de la République (occupé en son temps par un certain Edouard Balladur), à savoir celui de président du conseil d’administration de la société des Autoroutes et du Tunnel du Mont-Blanc (ATMB). L’homme est un cumulard modèle ancien monde : conseiller départemental PS de Savoie, conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes. Il briguerait la mairie de Chambéry. Crime de lèse-majesté, Thierry Repentin tire à boulets rouges contre le gouvernement sur les réseaux sociaux. À Matignon, on souhaiterait lui régler son compte en lui ôtant son fromage d’appellation contrôlée ATMB.

En ces temps de « vents mauvais » jupitériens, Ségolène Royal aurait intérêt à la jouer plus discret et plus finement au lieu de prendre la mouche. On n’insulte pas impunément les princes qui nous gouvernent, ce qu’elle ne semble toujours pas avoir compris.

8 Jean Daspry, Ségolène Royal soumise à la question, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 décembre 2019.
9 Royal contre-attaque au lance-flammes, Le Canard enchaîné, 31 décembre 2019, p. 2.

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