Observatoire Géostratégique

numéro 270 / 17 février 2020

ORIENT-ATIONS 269

TOUS A BREST LE 21 FEVRIER AVEC MARIANNE ET LE PREFET MARITIME – Eliane Paty. « France, un empire maritime immense et menacé » : venez assister aux rencontres de Marianne le 21/02 à Brest. L’hebdomadaire Marianne organise le jeudi 21 février à Brest un débat en partenariat avec la Marine nationale, en présence de Natacha Polony. L’entrée est gratuite, sur simple inscription ! France : un empire maritime immense et menacé. Vendredi 21 février – de 18 h 30 à 20 heures. Entrée gratuite. Pour des besoins d’organisation, l’inscription est obligatoire, en cliquant sur ce lien. Avec le soutien de la MGEN et d’Océanopolis.

Les routes de l’économie globalisée, comme celles des crises internationales passent de plus en plus par les mers et les océans. Marianne organise donc une rencontre à Brest – et publie un dossier- sur les enjeux que suppose la possession du deuxième domaine maritime mondial. Enjeux économiques, bien sûr (ressources exploitées ou qui pourraient l’être), enjeux stratégiques (conflits potentiels autour des ZEE, du plateau continental, concurrence avec les superpuissances ou les pays maritimes émergents), enjeux écologiques, et enjeux de défense et de sécurité.

Débat animé par Alain Léauthier, rédacteur en chef monde à Marianne.

Avec Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne.

Jean-Louis Lozier, commandant de la zone maritime Atlantique, préfet maritime de l’Atlantique.

Richard Labévière, journaliste et auteur de Reconquérir par la mer – La France face à la nouvelle géopolitique des océans. Editions Temporis.
 
 
AMI DE prochetmoyen-orient.ch, ALBERT AGHAZARIAN NOUS A QUITTE – Richard Labévière. Palestinien d’origine arménienne, le grand historien Albert Aghazarian est décédé le jeudi 30 janvier à l’âge de 69 ans. Né en 1950, dans le quartier arménien de la Ville sainte, de parents ayant fui le génocide perpétré par le gouvernement ottoman en 1915, cet immense érudit – qui parlait sept langues – connaissait chaque recoin de sa ville, Jérusalem. Rédacteur en chef-adjoint du quotidien Al-Qods (entre 1973 et 1976), il est l’un des membres fondateurs du Forum Intellectuel arabe en 1977 à Jérusalem. Entre 1980 et 2002, il a été le porte-parole de l’université palestinienne de Bir-Zeit. Albert Aghazarian a, aussi été co-porte-parole de la délégation palestinienne à la conférence de paix de Madrid en 1991, aux côtés d’une autre universitaire : Hanan Achrawi. Très critique à l’égard des tentatives d’accord de paix qui suivirent, il a refusé toutes les propositions de responsabilités politiques. « Je préfère espérer devenir un grand homme de savoir, que d’être un petit homme de pouvoir », aimait-il répéter avec son regard malicieux, toujours en éveil et à l’attention de son interlocuteur. Merci à cet ami fidèle de nous avoir fait, souvent partager sa science sur Jérusalem, la Palestine et le Proche-Orient. A sa famille et ses proches, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch adresse ses plus sincères condoléances.
 
 
MICHEL ANNEQUIN NOUS DEMANDE : « QUI POUR DENONCER LE SORT RESERVE AUX MINORITES D’UKRAINE ? » – 8 janvier. Les belles âmes si promptes à défendre les spécificités régionales lorsqu’il s’agit de l’Europe se font plutôt discrètes lorsqu’il est question de l’Ukraine. Et pourtant, au regard de l’origine des minorités présentes dans les pays (bulgares, hongrois, polonais, roumains, russes, slovaques), manifester un peu d’intérêt pour ces populations ne relève pas de l’ingérence.  Au contraire. Aujourd’hui, il existe une forme de complicité sournoise qui consiste à laisser l’Ukraine prendre une pente qui va à contresens de l’Histoire. Une fois encore, nos élites ne brillent ni par leur clairvoyance, ni par leur courage. En avril 2019, le parlement ukrainien (Verkhovna Rada) a adopté une «Loi sur la langue» qui n’a d’autre finalité que d’écraser la minorité russophone, cible d’une vendetta d’Etat inédite. La langue ukrainienne est désormais la seule autorisée à être employée, et ce, tant par les autorités nationales et locales que par les entreprises, les institutions et les divers organismes. Aucune dérogation. Pas même un semblant de tolérance pour les autres langues pratiquées dans le pays.  “La langue russe a été présente dans une large partie du sol ukrainien depuis une période suffisamment longue pour être traitée de manière historiquement juste, surtout si on considère qu’elle avait cohabitée avec la langue ukrainienne pendant une durée beaucoup plus large que toutes les années de la souveraineté de l’Ukraine même”. Ce qui se joue n’est rien d’autre qu’une épuration ethnique par la langue. Alors que de partout en Europe, un mouvement en faveur des langues régionales a contribué à réhabiliter des dialectes parfois disparus, l’Ukraine, elle entame le mouvement inverse au nom d’une doctrine idéologique « homogénéiste ».  Personne ne s’en émeut. Comme personne ne s’émeut des cris de victoire poussés par les groupes néonazis ukrainiens à chaque fois qu’un coup est porté aux droits des minorités et notamment de la minorité russophone. Rester silencieux, c’est cautionner une profonde injustice. 
 
 
ALAIN CHOUET NOUS DIT : « PRENDRE LA PORTE… » – 5 février. Dès mon plus jeune âge, et en tout cas dès l’âge où je fus capable de l’accompagner dans des lieux admettant du public, ma maman m’a appris qu’en passant dans un sens ou dans l’autre la porte d’un tel lieu, je devais tenir cette porte ouverte si quelqu’un me suivait afin de lui en faciliter le passage. Cette recommandation était encore plus justifiée si ladite porte était équipée d’un système de fermeture mécanique dont le plus répandu était alors une espèce de ressort compliqué du nom de « Blount » dont j’étais informé de la présence par la résistance qu’il opposait à l’ouverture de la porte et par la petite plaque émaillée vissée sur le chambranle qui représentait un groom en uniforme et qui proclamait fièrement : « Ne fermez pas la porte, le Blount s’en chargera ». Relâcher sans précaution la porte dans ces conditions aurait sans doute été préjudiciable au nez de la personne qui me suivait. L’usage voulait donc que je tienne la porte ouverte pour mon suiveur qui me remerciait d’un sourire ou d’un petit hochement de tête, me libérait en reprenant la poignée et tenait à son tour la porte ouverte pour la personne suivante, et ainsi de suite jusqu’à épuisement du stock de passants.

Ce comportement était selon ma mère un signe de bonne éducation et l’un des multiples petits gestes qui rendent agréable le « vivre-ensemble » au quotidien dans une grande ville. J’ai donc pratiqué ce « petit geste » sans même y penser pendant toute ma vie active dans des grandes métropoles et jusqu’à ma retraite en Cévennes où il n’y a guère de porte à tenir pour un éventuel suiveur et encore moins de porte à fermeture automatique dans les granges, les magnaneries, les mazets ou les burons. Mais, m’étant récemment rendu dans la capitale, épreuve que j’évite autant que possible tant l’atmosphère y est encore plus irrespirable que l’air, j’ai dû me rendre à l’évidence que les mœurs y avaient radicalement changé, au moins en matière d’ouverture de porte.

Sortant d’un grand magasin, j’ai machinalement tenu la lourde porte en verre qui ne demandait qu’à se refermer sur une femme élégante qui me suivait, la quarantaine bien mise, foulard, lunettes de marque et sac à main. La dame, apparemment pressée, m’a dépassé sans m’accorder un regard ni esquisser le moindre geste pour reprendre le rôle avant d’aller se fondre dans le flot des passants. Elle était suivie d’un jeune homme chevelu à sac à dos, casque audio sur la tête, qui parlait à son micro de téléphone et qui est passé sans plus me voir. Vint ensuite un ouvrier à la combinaison tachée de plâtre, les bras chargés de pinceaux et de pots de peinture. Je ne pouvais faire moins que lui tenir la porte ouverte mais n’eus pas droit au moindre signe de reconnaissance. Après lui se pointa une jeune fille à la mode, cheveux violets et jean à trous, qui me considéra avec hargne et mépris, me taxa de « vieux sagouin sexiste qui n’avait trouvé que ça pour draguer et qui exprimait ainsi son mépris des femmes » avant de se proposer d’alerter la police sur la présence d’un harceleur à la porte du magasin. Derrière elle se profilait une vieille dame. Un peu lassé de mon rôle de portier involontaire, je lui tendis par dérision ma main en sébile (celle qui ne tenait pas la porte….) comme le faisaient du temps de ma jeunesse certains clochards à la porte des grands magasins, des taxis ou des cinémas. Je ne présentais pas exactement le profil usuel du mendiant avec mon costume et ma cravate et j’espérais que cette personne de ma génération noterait l’ironie de la situation et prendrait ma relève avec plus d’efficacité que moi. Je me trompais. Elle a esquissé un bref arrêt, fouillé dans son sac et m’a glissé mécaniquement sans me regarder une piécette dans la main avant de s’éloigner toujours sans le moindre geste pour me libérer et en grommelant contre le manque de gratitude dont j’avais fait preuve en ne la remerciant même pas.

N’ayant tout de même pas l’intention de passer mon bref séjour parisien à jouer à l’homme invisible qui tient ouverte une porte qui ne souhaite que se refermer, j’ai fini par la relâcher sans trop me soucier de qui arrivait. Elle atterrit évidemment sur le nez d’une autre jeune femme à la quarantaine bien mise qui m’abreuva de nom d’oiseaux, me traita (en termes un peu plus imagés et vigoureux) de goujat sans éducation et de malappris qui n’accordait aucune attention à ceux qui l’entouraient, en particulier aux femmes. Elle conclut sa diatribe en affirmant qu’un connard comme moi ferait mieux d’aller vivre seul au fin fond de la cambrousse avec les péquenots dans son genre. Je me suis abstenu de relever la contradiction d’un conseil qui m’invitait à aller vivre seul avec des autres. Mais je me suis dépêché de le suivre en me jurant de n’aller désormais que dans des lieux publics urbains fermés par une des ces merveilleuses portes coulissantes munies d’un détecteur de présence qui leur commande de s’ouvrir toutes seules quand quelqu’un s’approche et de se fermer de la même façon quand la personne s’éloigne.
 
 
LE QUAI D’ORSAY S’AFFICHE SUR LE MUR DES CONS – Ali Baba. On savait le Quai d’Orsay passablement racorni depuis qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même. On savait les diplomates pleutres depuis leur comportement « exemplaire » sous le régime de Vichy. On savait la direction de la communication de ce Département ministériel aplaventriste grâce sa souplesse légendaire. On savait la responsable de cette officine opportuniste avec toutes les couleuvres, pour ne pas dire tous les boas qu’elle digère sans coup férir depuis qu’elle a fait don de sa personne à Daladier/Le Chouchen1. Chaque semaine, les reptiles à ingurgiter sont de plus en plus gros. Mais, notre franco-suissesse, intime de Nathalie Loiseau (qui a produit une énième bourde dans un entretien avec la BBC) dont elle a été l’adjointe à l’ambassade de France à Washington, est devenue énorme depuis qu’elle porte la oix de la Maison des bords de Seine. Qu’il est loin le temps où notre étudiante, le cœur à gauche, le droit de l’hommisme en bandoulière tenait le haut des barricades pour protester avec la plus grande énergie contre la Loi Devaquet2. Notre péronnelle a pris de l’embonpoint, de l’assurance, de l’aplomb avec ses avancements de grade et ses promotions dans les ordres nationaux. Elle est très bien placée pour en avoir d’autres d’ici peu après son coup d’éclat trumpien. C’est que le Quai des Brumes s’est défoncé lorsqu’il s’est agi de commenter le plan de paix de Donald Trump sur le conflit au Moyen-Orient (« l’accord du siècle ») du 28 janvier 2020 dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est entièrement déséquilibré3. Les esprits raisonnables en restent cois tant la forfaiture d’une mauvaise troupe de diplomates, obéissant au doigt et à l’œil de Jupiter sans le moindre état d’âme, est inqualifiable. S’abaisser à un tel niveau de bassesse est indigne à tous les égards. Ces comportements individuels, mériteraient, le moment venu, d’être sanctionnés avec la plus grande sévérité. Revenons à quelques commentaires sur cet épisode peu glorieux pour la diplomatie française mais aussi pour le président de la République qui paradait quelques jours plus tôt à Jérusalem !

Où va-t-on lorsqu’un ambassadeur à la retraite, qui ne passe pas pour un agité stigmatise, dans Le Monde le contenu du communiqué par le Quai d’Orsay après la publication du Plan de Donald Trump ? « Or, le communiqué du Quai d’Orsay donne malheureusement une perception d’un alignement sur la politique américaine ». Un plan de paix qui a tout l’air d’un plan de guerre tant il est caricatural. Prise de position d’autant plus surprenante que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères prend position sur un document dont il reconnait qu’il ne l’a pas examiné avec attention. Mais, dès le départ, l’on a compris qu’il violait le droit international, en particulier toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité (elles ne manquent pas). Ce à quoi s’ajoute le fait que « la diplomatie française est dénuée de vision stratégique globale sur les différentes crises du Proche-Orient qui s’additionnent et se nourrissent les unes les autres ». Une fois encore, « la diplomatie émotionnelle, et donc du temps court, l’a emporté sur la diplomatie de l’anticipation et du temps long » 4. Un nouveau symptôme d’une bérézina de l’outil diplomatique français et de ses ouvriers qualifiés de diplomates.

Où va-t-on lorsqu’inoxydable éditorialiste du Canard enchainé décrit par le menu – il est toujours très bien informé – l’indignité de tous ces diplomates qui ne tiennent debout que par leur costume amidonné ?5 Claude Angeli nous rapporte quelques morceaux choisis de cette « réaction officielle plutôt mollassonne » qui devraient figurer en bonne place dans les manuels de diplomatie et dans le sottisier du Quai d’Orsay : « La France salue les efforts du président Trump et étudiera avec attention le plan de paix… Elle exprime sa conviction que la solution des deux États… est nécessaire à l’établissement d’une paix juste et durable [et elle] continuera d’agir en ce sens en lien avec les États-Unis… ». Communiqué dont on nous dit qu’il aurait été visé par le stylo présidentiel. Ni plus, ni moins. Président qui n’avait même pas été informé à l’avance par son homologue américain, comme le voudrait la tradition entre alliés. Le journaliste du Canard enchaîné nous indique que cet opus magnum de la com’ aurait donné lieu à l’apparition du traditionnel clivage au sein du Quai des miracles entre les néocon (particulièrement représentés par le directeur général des affaires politiques et de sécurité, Philippe Errera, le fiston de son père) qui ne jurent que par l’Amérique de Donald Trump bien parti pour un second mandat6 (ils jugent la « déclaration équilibrée ») après son acquittement par le Sénat7 et ce que l’on a coutume de nommer par le vocable « de rue arabe » mais aussi par les rares diplomates encore attachés à une certaine idée de la France. Du côté de la cellule diplomatique, certains s’interrogent : comment son chef, Emmanuel Bonne a pu « avaliser une déclaration aussi minable » ? La réponse est d’une simplicité biblique, nous sommes en présence d’un néocon lâche qui fait tout ce que son maître Jupiter lui demande de faire. Ne parlons-pas de sa nouvelle adjointe, Alice Rufo. Et le reste est à l’avenant comme la réaction ambigüe de Jean-Yves Le Drian au grand jury de RTL le 2 février 2020. Quelle meilleure conclusion que celle de Claude Angeli : « Moralité : il n’y en a pas. Qu’il s’agisse du conflit israélo-palestinien, des relations avec Moscou ou avec Téhéran, la France et les Européens n’ont pas leur mot à dire, puisqu’ils n’élèvent jamais la voix devant Trump ».

Où va-t-on lorsque le directeur de l’IRIS souligne que la diplomatie française a renié toutes ses valeurs fondamentales en saluant de façon fort surprenante un document qui n’a rien d’un plan et tout d’un Diktat, au sens technique du terme8.

Toutes ces prises de position convergentes devraient donner matière à réflexion à nos élites, à nos diplomates, à nos perroquets à carte de presse qui sont restés particulièrement discrets sur le sujet. Bravo pour la patrie des droits de l’homme et des farces et attrapes si prompte à donner des leçons à la planète entière alors qu’elle est incapable de balayer devant sa porte. À quand un audit authentiquement indépendant de la diplomatie française conduit sans tabou ? On y apprendrait des choses intéressantes et peu flatteuses pour le Quai des carabistouilles et pour ses diplomuches nouvelle vague. Nous attendons de voir comment va voter la France sur le projet de résolution américain présenté le 13 février 2020 devant le Conseil de sécurité9.

Mais où sont passés les diplomates d’antan ?

Perseverare diablicum ! Nous sommes à cent lieues des grands serviteurs de l’État (comme notre ambassadeur en Chine, Laurent Bili qui coulait des jours heureux en Bretagne au plus fort de l’épidémie de coronavirus10) et des serviteurs de l’intelligence sous le règne de la Macronie déclinante. Nous sommes au cœur d’un scandale d’État dont les « héros » sont des prétendus hauts fonctionnaires serviles et couchés qui feraient tout et n’importe quoi pour conserver leur fromage. Un nouvel exemple de la diplomatie du froc baissé. Quelle est l’éthique et la morale de tous ces fonctionnaires – femmes et hommes – qui se sont vautrés dans pareille servitude volontaire ? Avec cet épisode peu glorieux, ce nouveau Munich de la diplomatie française, le Quai d’Orsay – largo sensu avec les guignols de la cellule diplomatique de l’Élysée – peut s’afficher sans complexe sur le mur des cons.

1 Ali Baba, Boa d’or pour AVM, www.prochetmoyen-orient.ch , 14 janvier 2020.
2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_de_loi_Devaquet
3 Thierry Oberlé (propos recueillis par), Ofer Zalzberg : « Le plan Trump a un parti pris pro-israélien », Le Figaro, 5 février 2020, p. 20.
4 Yves Aubin de la Messuzière, Sur le conflit israélo-palestinien, la voix de la France s’est éteinte, Le Monde, 4 février 2020, p. 28.
5 Claude Angeli, La grande timidité de Macron face à Trump. L’Elysée a dicté au Quai d’Orsay les termes très mollassons de la déclaration publiée après l’annonce du « plan de paix américain pour le Moyen-Orient », Le Canard enchaîné, 5 février 2020, p. 3.
6 Isabelle Lasserre, Le monde se prépare à un second mandat du président disrupteur, Le Figaro, 6 février 2020, p. 2.
7 Alain Léauthier, Tout glisse sur Trump, Marianne, 7-13 février 2020, pp. 34-35.
8 Pascal Boniface, La diplomatie française s’est-elle reniée sur le conflit israélo-palestinien ?, Le Blog de Pascal Boniface, www.mediapart.fr , 5 février 2020.
9 Carrie Nooten, Bataille à l’ONU autour du plan de Trump pour le Proche-Orient, Le Monde, 8 février 2020, p. 4.
10 Jean-Michel Decugis/Avia Diamshidi, L’ambassadeur, lui, était en Bretagne, Le Parisien, 5 février 2020, p. 15.
 
 
GRAND ORAL DU CHOUCHEN : UNE BELLE LEÇON D’ANTIDIPLOMATIE ! Ali Baba. « La parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée » (Talleyrand, 1831). Il serait hasardeux de comparer Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères à Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Le premier n’a aucune des qualités d’éloquence et d’intelligence du second. L’homme, dont nos folliculaires bien aimés, prétendent que la parole est rare, était le 2 février 2020, l’invité du grand jury RTL/Le Figaro/LCI. Vissés devant notre fenestron, nous piaffions d’impatience à l’idée de voir et d’écouter notre breton madré disserter sur l’actualité internationale. L’homme est l’un des mieux informés de France sur les questions extérieures. Il dispose d’un cabinet ministériel de tout premier ordre dirigé par un brillant énarque, Nicolas Roche (assis au premier rang de l’auditoire et qui joue les coryphées) qu’il avait déjà eu comme collaborateur au ministère de la Défense ; d’une administration centrale exceptionnelle avec mention spéciale pour le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie stratégique (CAPS) dirigé par un autre brillant énarque, Manuel Laffont-Crapouille, d’un des plus importants réseaux diplomatiques (ambassades et consulat) au monde, d’une participation à toutes les réunions internes (conseil de défense), internationales et de rencontres régulières avec ses homologues étrangers, de l’accès à toutes les notes rédigées par la communauté française du renseignement (DGSE, DGSI, DRM, DRSD, DREND, TRACFIN et du travail fourni par la gendarmerie dans la sphère du renseignement). Que demander de plus à un homme aussi averti de tous les spasmes du monde, heure par heure, 365 jours sur 365 ? Qu’il éclaire notre lanterne avec d’autres types d’information que celles accessibles au commun des mortels sur la toile et autres NTIC. Le moins que l’on puisse dire est que nous avons été passablement déçus de sa prestation consacrée en partie à évoquer des sujets n’entrant pas dans son domaine de compétence. Pour celles directement liées à son champ d’activités, l’homme pourrait mieux faire tant sa prestation était faible, pour ne pas dire insuffisante à maints égards.

DU HORS-SUJET RABAISSANT LE CHEF DE LA DIPLOMATIE

Au cours de l’heure qu’il accorde aux trois ténors de la politique internationale qui l’interpellent, il en consacre le dernier tiers à la politique intérieure. Des sujets de la plus haute importance pour celui qui doit être la vigie de la France sur les mers agitées en partie par des « vents mauvais » : couac de Muriel Pénicaud sur la longueur du droit à congé de parents ayant perdu un enfant11 ; défiance des citoyens envers le président de la République ; réforme des retraites, affaire des poursuites lancées contre ceux qui avaient imité sa signature pour extorquer frauduleusement des fonds (les faux Le Drian12) ; départ de Ségolène Royal de son poste d’ambassadrice des pôles (nous découvrons à cette occasion qu’elle lui a remis un rapport d’activités, démontrant qu’elle avait « fait son travail »)13 : intérêt pour le poste de Premier ministre en cas de départ d’Édouard Philippe … mais surtout lancement la veille par Jean-Yves Le Chouchen de « l’aile gauche » de la majorité de la République en godillots dénommée « Territoires de progrès », mouvement destiné à faire entendre sa musique14. Du costaud15. Olivier Faure, secrétaire national du PS a comparé cette formation à un groupe des alcooliques anonymes. Il est vrai que toutes ces questions ne présentaient pas le moindre intérêt pour un ministre en charge de l’Europe et des Affaires étrangères. Comme nous le rappelle le proverbe, chacun son métier, les vaches seront bien gardées. Les rappels des adages ayant passé l’épreuve du temps sont souvent les meilleures protections, les meilleurs antidotes contre les excès d’une société du tout médiatique qui pédale dans le vide.

DES VRAIS SUJETS DÉCRÉDIBILISANT LE CHEF DE LA DIPLOMATIE

Durant une bonne demi-heure, le chef de la diplomatie a surfé sur la vague internationale avec maestria. Entendons-nous bien, il s’est révélé un piètre commentateur de l’actualité internationale.

Sur l’épidémie de coronavirus, en dehors de quelques banalités, nous avons appris deux choses invraisemblables si nous n’avions pas été derrière notre écran. La première est que la coopération avec les autorités chinoises avait été remarquable (nous qui pensions qu’elles avaient tardé à sonner le tocsin). La seconde est que le chef de la diplomatie faisant entièrement confiance aux experts de l’OMS (nous qui pensions qu’elles avaient plié sous les pressions chinoises et traîné à déclarer l’urgence sanitaire mondiale).

Sur le « Brexit », Jean-Yves Le Drian a excellé dans l’art de débiter des banalités avec la componction de celui qui sait mais ne dit pas tout ce qu’il sait. Le vote du peuple s’impose. En cela, il diffère des vues de son ex-collaboratrice, Nathalie Loiseau qui pense que le peuple peut se tromper. L’avenir est compliqué pour le Royaume-Uni. Nous entrons dans une période difficile au cours de laquelle l’Union devait rester unie, en particulier sur le paiement de la facture de 45 milliards due par nos amis anglais. L’Europe ne tolérerait pas la création Outre-Manche d’un « Singapour sur Tamise ». Sur les questions de pêche, la discussion devrait être « équilibrée » …. Rien de plus que ce que nous pouvons lire dans nos quotidiens !

Sur la lutte contre le terrorisme, le ministre a confirmé les informations fournies quelques heures plus tôt par sa collègue des Armées, Florence Parly. La France enverrait 600 hommes de plus pour renforcer le contingent « Barkhane » qui passerait ainsi à 5000 femmes et hommes16. Notre pays réaffirmait ainsi son engagement dans la zone17. La réunion de Pau18 avait été une étape importante dans la coordination entre les divers intervenants (France, Union africaine, Union européenne, ONU) pour lutter contre la détérioration de la situation dans la région des trois frontières. La menace terroriste (dans le Sahel mais aussi en Irak/Syrie) était aujourd’hui plus « large et plus diffuse ». En dehors des actions de formation, de coopération des forces spéciales, il était essentiel de renforcer l’autorité des États et l’aide au développement. Il fallait oser. Il l’a fait. Une chose est claire : nous avons gagné la guerre et nous sommes en train de perdre la paix19.

Sur le sort des djihadistes français ayant combattu en Irak et en Syrie, la règle devrait être qu’ils devaient être jugées par les autorités locales tout en obtenant qu’ils ne soient pas condamnés à la peine de mort pour respecter les règles du droit humanitaire. Les mineurs pourraient être rapatrié sur notre sol.

Sur la disparition de trois ressortissants français en Irak, notre taiseux est resté muet comme une carpe. Mais, il a donné l’impression du comploteur qui nous cache quelques secrets d’état avec l’assurance des vieux routiers.

Sur la détention de nos deux compatriotes dans les geôles iraniennes, l’homme a déclaré être « scandalisé » par cette détention arbitraire sur la base d’un dossier judiciaire vide. Il avait fait part de sa désapprobation à son homologue iranien. Dans le contexte de dégradation des relations avec Téhéran, le ministre persan a dû lui dire quelque chose du genre, cause toujours, tu m’intéresses.

Sur le plan de paix Trump pour le Proche-Orient20, le ministre a été plus que flou, tentant de jouer sur les mots pour cacher son embarras. S’il avait salué les efforts américains, il n’en approuvait pas les principes qui ne devaient violer le droit international. La France était attachée à un objectif (la création de deux États) et à une méthode (la négociation). Il était important de plus impliquer les Européens et de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU. À une question sur la prudence française sur ce dossier motivée par le souci de ménager les Américains au Sahel, le breton est resté des plus fuyants. Souvenons-nous de ce que nous dit Vauvenargues sur le sujet : « La servitude abaisse les hommes » ! Et cela au moment où les positions de Paris et de Washington divergent en Afrique et sur bien d’autres sujets21. L’ex-ambassadeur, Yves Aubin de la Messuzière résume parfaitement la situation : « Sur le conflit israélo-palestinien, la voix de la France s’est éteinte… La diplomatie émotionnelle et donc du temps court, l’a emporté sur la diplomatie du temps long et de l’anticipation »22. Pour sa part, la Ligue arabe est perplexe23.

Sur la question mémorielle algérienne, nous ne sommes pas certains d’avoir saisi les subtilités de la pensée le drianesque.

On l’aura compris, c’est du lourd, du brutal que nous sert Jean-Yves Le Drian au cours de son show dominical, homélie païenne de notre expert es-tabliers. Nous en sommes encore tout retournés tant il excelle au firmament de l’inconsistance diplomatique et conceptuelle. L’imprécision est fille de l’indolence.

« Il faut que le diplomate ait de l’avenir dans ses vues » (Talleyrand). Que retenir de cette heure de bavardage télévisuel de notre grand ami Jean-Yves Daladier/Le Chouchen si ce n’est que ce dernier n’a pas d’avenir dans ses vues ? Le ministre possède d’immenses talents que personne ne lui conteste : enfonceur de portes ouvertes ; débiteur de banalités et de lapalissades ; expert de la langue de bois épaisse ; ventriloque de Jupiter ; praticien aguerri de la diplomatie du vide ; bonimenteur de foires… Le ministre possède une qualité indéniable, il ne sait pas ce qu’est une stratégie globale dans le temps et dans l’espace, marque des grands de la diplomatie. Ce qu’il n’est assurément pas. Cela se saurait. « Les évènements de mon temps, les évènements de tous les temps, obéissent à la loi cyclique de l’alternance du meilleur et du pire »24. Avec Jean-Yves Le Drian révélé par son grand oral du 2 février 2020, nous sommes dans la seconde branche de l’alternative. Notre lorientais désorienté aurait gagné à s’abstenir de se livrer à ce genre de prestation inutile. Pourquoi, par ce qu’il n’y a rien de si dangereux que de se mettre en concurrence avec des journalistes sur des questions liées à la diplomatie, parce que les médias, dans leur publicité hâtive, forcent souvent leurs folliculaires à parler de choses qu’ils ne savent pas, tandis que les diplomates ont le devoir de ne pas parler de celles qui savent. Mais, il est vrai que Jean-Yves Le Drian n’est pas diplomate. Nul n’est parfait. C’est que la diplomatie exige un mélange de connaissances acquises et de dons naturels dont la réunion est rare, et dont aucun examen ne fournit une preuve suffisante. Pire encore est l’ignorance dans laquelle se trouve notre ministre, de la différence entre politique étrangère et diplomatie. « La politique extérieure est l’art de diriger les relations d’un État avec les autres États. Ce sont surtout les principes, les tendances générales, les objectifs essentiels de l’action d’un État hors de ses frontières. La diplomatie, elle, est l’art d’assurer l’exécution et, s’il est possible, l’heureuse réalisation du programme ainsi tracé, son application méthodique et quotidienne » (Léon Noël, 1939). Si on lit en creux la prose de Jean-Yves Le Chouchen lors de son grand oral dominical, on découvre une belle leçon d’antidiplomatie ! Elle mériterait l’écriture d’un ouvrage intitulé manuel de patadiplomatie25 qui aurait une place de choix dans le sottisier du Quai d’Orsay.

11 Lucie Delaporte, Congés pour perte d’enfants : la pathétique marche-arrière de l’exécutif, www.mediapart.fr , 2 février 2020.
12 Simon Piel, Masque de ministre, prétendue rançon, l’arnaque au faux Le Drian devant la justice, Le Monde, 5 février 2020, p. 12.
13 Ali Baba, Une sortie Royal (e), www.prochetmoyen-orient.ch , 20 janvier 2020.
14 Alexandre Lemarié, L’aile gauche de la majorité s’organise pour « faire contrepoids à la droite », Le Monde, 4 février 2020, p. 12.
15 Alain Goutal, Humour macroniste, Le blog d’Alain Goutal, www.mediapart.fr , 6 février 2020.
16 Nathalie Guibert, Opération « Barkhane » : 600 militaires en renfort, Le Monde, 4 février 2020, p. 5.
17 I.L., Le Drian réaffirme l’engagement au Sahel, Le Figaro, 3 février 2020, p. 6.
18 Guillaume Berlat, Manque de Pau : Jupiter se plante !, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 janvier 2020
19 Tanguy Berthemet, Sahel : l’avenir de « Barkhane » se joue dans les prochains mois, Le Figaro, 6 février 2020, p. 15.
20 Gérard Araud, « Le ‘plan du siècle’ de Trump nous oblige à regarder les réalités en face », www.lepoint.fr , 1er février 2020.
21 Stéphane Lauer, L’amende infligée à Airbus, une bonne affaire géopolitique, Le Monde, 4 février 2020, p. 29.
22 Yves Aubin de la Messuzière : « Sur le conflit israélo-palestinien, la voix de la France s’est éteinte », Le Monde, 4 février 2020, p. 28.
23 Benjamin Barthe, Face à Trump, la Ligue arabe met ses divergences en sourdine, Le Monde, 4 février 2020, p. 6.
24 Jules-François Blondel, ambassadeur de France dignitaire, Ce que mes yeux ont vu. De 1900 à 1950. Récit d’un diplomate, tome 2, 1960, p. 240.
25 Ali Baba, Manuel de la patadiplomatie, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 octobre 2018.
 
 
LES PRUSSIENS SONT TOMBÉS SUR LA TÊTE – Guillaume Berlat. « En Allemagne, les médiocrités s’additionnent. En France, les supériorités se neutralisent » (Paul Claudel). Nous n’irons pas jusque-là tant les Allemands possèdent de nombreuses qualités que nous dénigrons volontiers. On sait d’expérience que nos voisins allemands ont une qualité la ténacité, complément de leur constance qui mérite louange, comparée à notre versatilité et notre inconstance. Depuis longtemps déjà (essentiellement depuis la chute du mur de Berlin et la réunification de la RFA et de la RDA), ils aspirent, légitimement, à retrouver leur statut de grande puissance diplomatique, corollaire de leur statut de puissance économique. C’est pourquoi, ils sont de plus en plus décomplexés à vouloir assumer ce statut de grande puissance (Cf. réunion de Berlin sur la Libye), mais surtout à le revendiquer. À leurs yeux deux attributs importants leur font encore défaut pour être pleinement reconnus comme les P5 (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) : la qualité de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et celle d’État doté de l’arme nucléaire (EDAN) au sens du traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP). C’est pourquoi, ils ont entrepris, souvent avec la lourdeur et la maladresse qui les caractérisent, de s’attaquer à ces deux chantiers pharaoniques. Vaste programme, comme aurait dit le général ! Mais, tout ceci est pensé, planifié et n’est pas une simple foucade de quelques excentriques allemands. Il va falloir s’y habituer et ne pas jouer, à chaque occasion, le grand air de la sidération.

L’ALLEMAGNE RÉCLAME UN STATUT DE MEMBRE PERMANENT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

L’histoire est un éternel recommencement. On connait les tentatives répétées de Berlin pour réclamer que le siège de membre permanent du Conseil de sécurité, revenant indument à la France, soit désormais attribué à l’Union européenne. En un mot, un biais détourné pour ne pas dire un siège attribué à l’Allemagne qui bénéficie d’une place de choix au sein de la machinerie européenne (Cf. le poste de président de la Commission européenne avec Ursula von der Leyen et bien d’autres dans les directions générales). Aujourd’hui, avec le départ du Royaume-Uni, ils estiment injuste que seule la France bénéficie de ce privilège exorbitant du droit commun en raison des avatars la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils souhaitent que les choses soient remises à plat d’autant plus que la France s’efface de la scène mondiale et qu’eux remplissent le vide ainsi créé par l’inconséquence de Paris. Il ne fait aucun doute qu’ils n’ont pas baissé les bras sur cette question et qu’ils reviendront à l’assaut le moment venu. Et, cela d’autant plus que la génération montante, celle d’AKK, dauphine d’Angela Merkel n’estime plus avoir à payer éternellement pour les fautes de la génération de l’Oncle Adolphe. Qu’on se le dise ! Il va falloir s’y faire. Le combat ne fait que commencer et les Allemands n’ont pas dit leur dernier mot sur ce sujet comme sur d’autres.

Ce combat ancien s’accompagne d’un autre plus récent mais qui soulève de graves questions juridiques, diplomatiques et stratégiques.

L’ALLEMAGNE RÉCLAME UN STATUT DE QUASI ÉTAT DOTÉ DE L’ARME NUCLÉAIRE

Aujourd’hui, les Allemands s’attaquent au second chantier qui était, jusqu’à présent considéré comme tabou Outre-Rhin en raison du passé, celui de l’arme nucléaire. Et, le débat ne fait que commencer. Reprenons les informations publiques en notre possession qui ont été éclipsées par une autre actualité tournant autour du coronavirus et de la réforme des retraites ! L’Allemagne, dont l’opinion est profondément anti-nucléaire et où le sujet reste largement tabou, doit « envisager une coopération avec la France en ce qui concerne les armes nucléaires », a déclaré le vice-président du groupe parlementaire de l’Union démocrate-chrétienne (CDU), Johann Wadephul, dans cette interview parue lundi dans le quotidien berlinois Tagesspiegel. Le pays « devrait être prêt à participer à la force de dissuasion nucléaire avec ses propres capacités et moyens », poursuit cet élu du mouvement de la chancelière. En contrepartie, « la France devrait être prête à la placer sous un commandement commun de l’Union européenne ou de l’OTAN », a-t-il estimé. « Le président Emmanuel Macron nous a plus d’une fois appelé à oser plus pour l’Europe. Il pourrait maintenant montrer qu’il est lui aussi prêt à cela. Cela prendra du temps, mais le débat doit commencer maintenant », lance-t-il en forme de défi. Les replis nationalistes dans le monde ne rendent pas l’Europe « plus sûre », a-t-il argumenté. L’Allemagne coopère déjà avec les Etats-Unis dans ce domaine. Des avions allemands ont la capacité de transporter des bombes nucléaires américaines, conservées sur le sol allemand. L’ONG Greenpeace a réagi avec colère aux suggestions du député. « L’appel de Wadephul pour une dissuasion nucléaire allemande veut dire : rendre de nouveau possible et envisageable un massacre (perpétré) par l’Allemagne », a dénoncé un porte-parole Christoph von Lieven. Depuis l’holocauste du régime nazi, « la responsabilité historique de l’Allemagne consiste à préserver la paix », a-t-il martelé.

Le chef de l’Etat français a plaidé l’an passé avec force pour une plus grande autonomie des Européens en matière de défense, allant même jusqu’à déclarer l’OTAN en état de « mort cérébrale ». Une phrase qui est très mal passée en Allemagne, pays traditionnellement atlantiste et pacifiste depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Et notamment chez la chancelière Angela Merkel. La France se plaint aussi régulièrement de la timidité de l’engagement militaire de l’Allemagne sur des terrains d’intérêt commun, comme au Sahel. La ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), a du reste reconnu lundi que son pays, régulièrement pointé du doigt aussi par les Etats-Unis de Donald Trump pour des dépenses militaires jugées insuffisantes dans le cadre de l’OTAN, devait faire davantage. « Je suis convaincue que l’Allemagne doit devenir plus active, y compris en matière de politique de sécurité », a-t-elle dit, en mentionnant le Sahel. Les critiques françaises à l’égard de l’Allemagne dans ce domaine suscitent néanmoins un agacement grandissant à Berlin. Signe de ce raidissement, le quotidien conservateur Die Welt a publié dimanche un éditorial au vitriol contre Emmanuel Macron et sa vision en matière de défense. « Ses réflexions sur l’Europe suivent le même objectif » que jadis le général De Gaulle, « à savoir placer le continent sous domination française, à qui cela revient de droit », juge le journal, « ce que la France n’est plus capable de réaliser, les Allemands doivent aider à le faire, sans bien sûr être sur un pied d’égalité ». Die Welt accuse en particulier Paris de refuser à l’Allemagne « un droit de regard pour l’utilisation des missiles nucléaires français » ou un partage du siège permanent de la France au conseil de sécurité de l’ONU. Et de conclure : « Paris est notre partenaire le plus étroit, Washington le plus important »26. Quelle dissuasion l’Allemagne préfère-t-elle ?27

Pour la petite histoire, rappelons que les Allemands votent pour toutes les résolutions, les traités condamnant l’arme nucléaire à l’ONU tout en louant les bienfaits dans les textes importants de l’OTAN ! Ce qui en dit long sur leur duplicité sur les questions nucléaires. Mais, leur force leur permet de tout se permettre sans essuyer la moindre critique. Encore un sujet de friction dans la relation franco-allemande passablement chahutée au cours des derniers mois. À quand le temps indispensable des clarifications entre Berlin et Paris ?

Tout ceci est loin d’être anecdotique et mérite une sérieuse réflexion de la part des autorités françaises. Et surtout d’éviter de nous placer inutilement dans une situation inconfortable à l’avenir. Emmanuel Macron aurait été bien inspiré de ne pas déclarer le 3 février 2020 à Varsovie que les intérêts des autres pays européens seraient pris en compte dans le discours qu’il prononcera le 7 février 2020 pour redéfinir la doctrine de dissuasion nucléaire de la France28. Après la sortie du Royaume-Uni, la France est désormais le seul des 27 pays de l’Union européenne à être doté de l’arme nucléaire. « Sur la question nucléaire, il m’appartient de définir les intérêts vitaux et j’aurai l’occasion de revenir très longuement sur ce point dans le discours que j’aurai à prononcer », a déclaré le chef de l’Etat français lors d’une conférence de presse au premier jour de sa visite en Pologne. « Je veux dire clairement, qu’à mes yeux, les intérêts de nos partenaires européens sont toujours pris en compte. Je reviendrai précisément sur la doctrine, mais aussi sur les procédures et modalités que je souhaite proposer sur ce sujet dans les prochains mois à nos partenaires dès vendredi »29. C’est ce que l’on appelle donner un bâton pour se faire battre sur un sujet particulièrement régalien. Le risque est grand que les Allemands prennent Emmanuel Macron à son propre piège. Les Prussiens sont tombés sur la tête… pas tant que cela si on se met à leur place et si l’on mesure leur degré d’ambition sur la scène internationale.

26 Un proche de Merkel demande à la France de partager ses armes nucléaires, AFP, 3 février 2020
27 Isabelle Lasserre, L’arme nucléaire, un mal nécessaire face aux crises de prolifération, Le Figaro, 7 février 2020, p. 9.
28 Nicolas Barotte, Dissuasion : les inflexions de Macron, Le Figaro, 7 février 2020, p. 9.
29 Dissuasion nucléaire : Macron s’engage à prendre en compte les intérêts européens, AFP, 3 février 2020.
 
 
L’INSUPPORTABLE PESANTEUR DU TERRORISME INTELLECTUEL – Jean Daspry. « Ni despotisme, ni terrorisme. Nous voulons le progrès en pente douce » (Les Misérables, Victor Hugo, 1862). En ce début d’année 2020, la France va mal, va très mal. Une chappe de plomb pèse de plus en plus sur nos concitoyens. Au-delà de la chappe de pollution qui plane sur la capitale entraînant des conséquences sanitaires sur les plus faibles, il en est une autre, plus pernicieuse mais aussi dangereuse. Il s’agit de cette volonté de formatage des esprits d’une minorité qui l’impose, y compris par la violence physique, à la majorité. Une tyrannie, une dictature d’une minorité agissante dont les dégâts sont de plus en plus prégnants et visibles tant les auteurs de ces crimes contre la liberté de l’esprit agissent en pleine lumière et en toute impunité en Macronie30. Il y a peu, nous dénoncions un retour de l’ordre de moral dans la France mère des arts, des armes et des lois31. Nous nous interrogions sur le point de savoir si le macronisme n’était-il pas un maccarthysme ?32 Depuis, ces dates récentes, la situation ne cesse de se détériorer dans la prétendue patrie des droits de l’homme. Le malaise est perceptible33. Une nouvelle forme de terrorisme – nous ne parlons pas du terrorisme islamiste qui possède le mérite de la clarté – sévit sur notre Douce France à la manière d’une épidémie de Coronavirus. Elle a pour nom terrorisme intellectuel. Après avoir défini cette notion, il importera d’en saisir quelques manifestations actuelles qui caractérisent le nouveau monde.

TENTATIVE D’APPROCHE CONCEPTUELLE DU TERRORISME INTELLECTUEL

Le terrorisme intellectuel est la pratique qui, au moyen d’arguments et de procédés intellectuels (conformes en général à la liberté d’expression), vise à intimider pour empêcher la formulation d’idées gênantes. On parle de « terrorisme » parce que le but caché est de faire taire l’adversaire en le discréditant ou en usant d’arguments émotionnels pour éviter un débat rationnel. C’est une censure idéologique qui vise à empêcher de parler de tout ce qui n’entre pas dans les grilles de l’idéologie, et qui sera dénoncé par le politiquement correct comme étant un dérapage. C’est un moyen de favoriser ses propres idées et donc soi-même en tant qu’incarnation de ces idées (intellectuel défendant son statut, parti visant la conquête du pouvoir). La politique est un des domaines privilégiés du terrorisme intellectuel, mais la culture, l’enseignement, l’art, l’écologie, les « sciences sociales », etc. n’en sont pas exempts34. Ainsi, nous voici éclairés, en grande partie, sur ce cancer qui déverse subrepticement ses métastases dans la société. Comme toujours, après un éclairage sur la théorie, rien ne vaut un retour à la réalité, à la vérité des faits pour mesurer l’étendue du mal qui ronge la France, la liberté de pensée, la liberté d’expression dans un pays qui est longtemps apparu comme un phare pour les autres peuples.

Ne parle-ton pas de philosophie, de mouvement des Lumières. Le mouvement des « Lumières » désigne, sous forme d’une métaphore, le courant intellectuel, philosophique ou littéraire du XVIIIe siècle qui prône l’usage de la « raison éclairée », fondée sur la connaissance rationnelle et l’idée de liberté.

Il rejette l’autorité arbitraire, l’absolutisme monarchique ainsi que les oppressions religieuses ou morales. Il met en avant le progrès des arts et des sciences ainsi que la recherche du bonheur sur Terre. On appelle « siècle des Lumières » la période qui va de la mort de Louis XIV (1715) au début la Révolution française (1789)35. Qu’en est-il de la réalité du phénomène ?

TENTATIVE D’APPROCHE CONCRÈTE DU TERRORISME INTELLECTUEL

Rappelons pour mémoire que le phénomène du terrorisme intellectuel n’est pas nouveau et qu’il est particulièrement documenté depuis l’ouvrage de Jean Sévillia intitulé Le terrorisme intellectuel paru il y a déjà vingt ans !36 Le moins que l’on puisse dire est que l’auteur a fait preuve d’une clairvoyance et d’une préscience étonnante. Ce qu’il conceptualise en 2000 se vérifie trait pour trait en 2020. Depuis, d’autres brillants esprits ont écrit et continuent d’écrire sur cette plaie bien française qui explique, en grande partie, l’étrange défaite (Marc Bloch) du pays des lumières. Le pays est divisé en deux : une minorité sachante et pensante qui impose ses vues à une majorité ignorante et bêlante. Cela ne se discute pas tant nous évoluons dans le monde du manichéisme et du moralisme. Situation confortable où l’on vous sert gratuitement le prêt-à-penser du jour comme il existe le prêt-à-porter dans le domaine de la mode. Nul besoin de se creuser les méninges.

Tels de vulgaires assistés, attardés mentaux, les citoyens sont constamment bombardés d’injonctions : ne pas aller voir le J’accuse de Roman Polansky ; prendre fait et cause pour Vanessa Springora37 contre Gabriel Matzneff avant que l’affaire n’ait été jugée par les tribunaux ; ne pas en vouloir à Frédéric Mitterrand en dépit de ses turpitudes avouées et assumées38 ; vouer aux gémonies Mila qui a eu le toupet de blasphémer le prophète conformément aux indications de la ministre de la Justice, Nicole Belloubet39 ; privilégier la parole de l’enfant par rapport à celle de l’adulte, de la femme par rapport à l’homme, du subordonné au supérieur, de l’homo à l’hétéro, de la couleur à la blancheur, de l’islam aux autres religions, du casseur au policier, du fédéraliste par rapport à l’affreux populistes, limiter au maximum la liberté d’expression40 … Un tribunal médiatique de l’Inquisition s’est mis en place. Il fonctionne avec célérité et sévérité au mépris de la présomption d’innocence et des autres grands principes du droits et avec la complicité actives des magistrats qui violent le secret de l’instruction. Dans le rôle de l’Inquisiteur en chef, le site de délation en ligne, mediapart41 occupe une place de choix42. Mais, il n’est pas le seul, les chaînes d’abrutissement en continu assistés par les réseaux asociaux prennent leur part du fardeau des opérations mises à mort de tel ou tel au gré des modes du moment. Quant aux éditeurs, ils portent une part de responsabilité dans cette nouvelle forme de totalitarisme. Nous pensons en particulier à Antoine Gallimard qui vient donner quelques belles leçons de morale alors même qu’une actualité récente a mis en lumière ses réels talents de lâche43.

Jean Sévillia, pour revenir à lui, dénonçait l’emprise d’une caste intellectuelle sur le débat public. Retraçant ses délires successifs, il notait la persistance de l’intelligentsia dans l’erreur, s’expliquant en partie par sa fascination pour l’utopie. Il évoquait la pensée unique, un système de domination fondé sur la disqualification systématique des contradicteurs. Il évoquait « un système totalitaire. Mais d’un totalitarisme patelin hypocrite, insidieux. Il vise à ôter la parole au contradicteur, devenu une bête à abattre ». Et, c’est tout à fait de cela dont il s’agit en 2020 face au déchaînement de haine, de violence, de mépris, d’intolérance qui constitue la marque de fabrique du nouveau monde tant la ressemblance est frappante avec les stigmates de l’ancien monde. Si les enjeux changent, la structure mentale ne change pas. Jean Sévillia racontait en fait la faillite intellectuelle et morale de l’intelligentsia sur un demi-siècle qui broie pêle-mêle État, nation, famille, religions, cultures à travers la doctrine du marché. Aujourd’hui, les gardiens de la morale – décrétée par on ne sait qui – participent à la traque quotidienne du dérapage et « phobisent » la moindre expression considérée comme « déviante » par rapport à la bien-pensance44. Peut-on encore rire de tout ? Y compris de la circulaire Castaner45.

Aujourd’hui, signe des temps, on pratique la chasse aux humoristes, signe des temps, des « vents mauvais » qui sévissent sur la France46.

LA FRANCE EN QUÊTE DE HAUTEUR

« Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus. Le pouvoir total ne peut être achevé et préservé que dans un monde de réflexes conditionnés, de marionnettes ne présentant pas la moindre trace de spontanéité » (Hannah Arendt). Le paradoxe est que notre pays emprunte le chemin du totalitarisme qu’il condamne chez les autres (dictatures, démocratures et autres démocraties illibérales). C’est pourquoi, nous sommes en droit de nous poser une légitime question au moment où nous sommes entrés dans l’acte II du quinquennat. Où va la France sous Jupiter ? Des lumières à l’obscurantisme ! Au secours, Vichy est de retour. Preuve en est que dans les meilleurs restaurants de Paris, la première eau minérale que l’on vous propose est l’eau de Châteldon, celle du bon Pierre Laval. Par chance, le réel pénètre de force dans le système médiatique qui continue à chercher à l’expulser, de gré ou de force. Mais, la révolte des peuples a commencé et ne va pas s’arrêter en dépit de l’intelligentsia qui continue à faire litière de tout ce qui ressemble de près ou de loin au réel. Prenons garde que cette très mauvaise pente ne nous conduise, lentement mais sûrement, en 2022 vers un résultat qui n’est plus improbable ! Qui en sera surpris ? Les professionnels de la sidération. De toute manière, il serait la conclusion logique de l’actuelle insupportable pesanteur du terrorisme intellectuel.

30 Guillaume Tabard, La macronie, un bateau ivre, Le Figaro, 3 février 2020, p. 5.
31 Ali Baba, Du retour de l’ordre moral en France !, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 décembre 2019.
32 Guillaume Berlat, Le macronisme est-il un maccarthysme ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 29 juillet 2019.
33 Jacques Julliard, Le malaise français, Le Figaro, 3 février 2020, p. 20.
34 https://www.wikiberal.org/wiki/Terrorisme_intellectuel
35 http://www.toupie.org/Dictionnaire/Lumieres.htm
36 Jean Sévillia, Le terrorisme intellectuel, Perrin, février 2000.
37 Vanessa Springora, Le consentement, Grasset, 2020.
38 Frédéric Mitterrand, La mauvaise vie, Robert Laffont, 2005.
39 Roseline Letteron Le Crime de Mila, www.libertescheries.blogspot.com , 27 janvier 2020.
40 Gwénaële Calvès, Avec l’affaire Mila, un vent mauvais s’abat sur la liberté d’expression, Le Monde, 5 février 2020, p. 28.
41 Natacha Polony, Mediapart : le casque et l’enclume, Marianne, 7-13 février 2020, p. 3.
42 Marine Turchi, Sexisme et misogynie : plongée dans « Le masque et la plume », l’émission phare de France Inter, www.mediapart.fr , 2 février 2020.
43 Antoine Gallimard, Ne jamais se resigner à publier moins pour lire moins, Le Monde, 7 février 2020, p. 24.
44 Mathieu Bock-Côté, Relire « Le terrorisme intellectuel », Le Figaro, 1er – 2 février 2020, p. 19.
45 Paul Cassia, 22 nuances de Castaner, Le Blog de Paul Cassia, www.mediapart.fr , 3 février 2020.
46 Patricia de Sagazan, Bigard, la nouvelle cible, Valeurs Actuelles, 6 février 2020, pp. 18 à 24.
 
 
CEDH : GOUVERNEMENT DES JUGES OU GOUVERNEMENT DES GREFFIERS ? Guillaume Berlat. « S’il n’y avait pas d’injustice, on ignorerait jusqu’au nom de la justice » (Héraclite). Le meilleur rempart que l’on ait imaginé à ce jour contre l’injustice – n’est-elle pas consubstantielle à la justice des hommes et des femmes, parité oblige – résulte de la combinaison de deux principaux éléments : la définition de grands principes intangibles et la multiplication des voies de recours contre une décision. Or, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) du Conseil de l’Europe, sise à Strasbourg47 – à ne pas confondre avec la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) sise à Luxembourg48 – remplit à l’évidence ces deux conditions. Elle vérifie la conformité des décisions de justice nationale non susceptibles de recours aux termes de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, communément appelée Convention européenne des droits de l’Homme. Ce traité international signé en 1950 par les États membres du Conseil de l’Europe est entré en vigueur en 195349. La France ne l’a ratifié qu’en 1974 en raison des réserves, pour ne pas dire de l’obstruction du Conseil d’État, hostile à l’idée que ses arrêts puissent être censurés par une juridiction supranationale. Pour autant, la CEDH est-elle exempte de tout reproche ? Après un reproche ancien qui est formulé à son encontre, celui d’être un gouvernement des juges en fleurit un nouveau, celui d’être une sorte de gouvernement des greffiers

LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME : GOUVERNEMENT DES JUGES

Le bijou de famille du Conseil de l’Europe

« Le plus grand mal, à part l’injustice, serait que l’auteur de l’injustice, ne paie pas la peine de sa faute » (Platon). C’est un peu le rôle dévolu à la CEDH qui remplit son rôle de vérificateur suprême de la conformité juridique des décisions rendues en dernière instance par les juridictions administratives et judiciaires nationales (dans le cas de la France mais qui vaut de la même façon pour les 47 États membres du Conseil de l’Europe). Reconnaissons qu’elle le fait le plus souvent avec un certain courage et un certain panache ! Mais, il lui arrive parfois de botter en touche pour ne pas fâcher tel ou tel État qui menace de claquer la porte. Elle dispose pour cela d’un sésame incontestable, un gadget que seuls de fins juristes sont aptes à comprendre : la marge d’appréciation de l’État. Comme on l’aura compris, cela ne veut rien dire. Sur quels sujets précis couverts par la Convention et à partir de quelles limites, l’État incriminé par l’un de ses ressortissants jouit-il d’une marge d’appréciation ? Vous n’en saurez pas plus. Est ainsi posée la question de l’opportunité. La Cour rend-elle ses décisions non susceptibles d’appel en droit ou en opportunité ? Il en va ainsi pour toutes les questions de société sur lesquelles les pays n’ont pas la même approche des problèmes. En fonction de quels critères doit-on juger que ceci est bon ou mauvais, voire moral ou immoral ? Comment sont prises les décisions ? Sur la base d’une logique d’un droit anglo-saxon ou d’un droit romain ? Seuls ceux qui sont à l’intérieur de la machine pourraient répondre à ces questions mais ils sont soumis à une obligation de réserve. Ceci étant dit, on ne peut que se féliciter que, dans un authentique état de droit, une juridiction supranationale puisse à l’occasion condamner un État ne respectant pas ses engagements contractuels même si elle peut rapidement passer de l’interprétation du droit à la défense d’une idéologie !

Un caillou dans la chaussure de la « Grande Nation »

« La France avait le plus de difficulté à s’appliquer à lui-même les vertus républicaines et morales qu’il exigeait des autres »50. Telle est la conclusion que tire dans son roman, le prix Goncourt 2019, Jean-Paul Dubois. Le moins que l’on puisse que ce non-expert du droit met dans le mille. Nombreux sont les exemples dans lesquels la Cour a été contrainte de recadrer la France sur des questions posant de légitimes questions de droit et de la conduire à revoir sa législation. Pour en avoir quelques exemples concrets, il suffit de se reporter à l’ouvrage rédigé par l’un de ses derniers présidents, notre compatriote, issu du Conseil d’État, Jean-Paul Costa51. Il suffit également de se rapporter à la lecture de sa jurisprudence abondante de la Cour qui nécessite une bonne connaissance du droit pour être accessible au commun des mortels, expliquée par l’un de ses anciens jurisconsultes, un autre compatriote, Vincent Berger52.

Peu après sa prise de fonctions comme président de la République française en mai 2017, Emmanuel Macron a effectué une visite à la CEDH devant laquelle il a prononcé un vibrant éloge de la juridiction strasbourgeoise53. C’est que contrairement à ce que déclare notre amateur de discours lyriques, la justice française n’est pas au-dessus de tout soupçon. Nous nous en tiendrons à deux seuls exemples. La CEDH vient de condamner la France pour mauvais traitement d’un détenu. Elle juge en outre que la victime n’a pas bénéficié d’une « enquête effective »54. Plus grave est l’inertie coupable de trois présidents de la République successifs (Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron) qui n’ont toujours pas procédé à l’indispensable révision constitutionnelle pour mettre en conformité la norme française avec les préconisations de la Cour. En effet, en 2010, dans deux arrêts bien connus (Medvedyev et Moulin), la juridiction strasbourgeoise a considéré que le parquet à la française n’était ni indépendant, ni impartial en contravention avec l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme qui garantit à tout individu le droit à un procès équitable. Rien de moins. Mais, cela ne se dit que dans les cercles d’initiés. Rares sont les journalistes d’investigation qui étudient le sujet pour satisfaire la soif de savoir de nos concitoyens.

Rarement satisfaits des condamnations dont ils sont l’objet, les États concernés se plaignent de l’existence d’un gouvernement des juges ! Mais, il y a mieux mais qui fait moins l’objet d’informations des médias qui se contentent de l’écume des jours. C’est ce qui se passe dans la mécanique institutionnelle de la CEDH et qui pose problème. Un énorme problème qui touche au fonctionnement même de la justice européenne.

LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME : GOUVERNEMENT DES GREFFIERS

Le poids exorbitant du Greffe dans la juridiction strasbourgeoise

Ceux qui évoluent dans la périphérie de la Cour connaissent d’expérience le poids exorbitant du greffe dans le fonctionnement de la juridiction strasbourgeoise. Traditionnellement, dans les juridictions nationales, le greffe a une fonction notariale, prendre note des auditions, des débats, diffuser les pièces du dossier. En aucun cas, le greffe ne saurait se substituer au magistrat. Spécificité alsacienne, le greffe se voir reconnaître de facto si ce n’est de jure quelques compétences extravagantes. Et, ce n’est pas un folliculaire extravagant, amateur de complotisme qui le dit. C’est l’ex-juge slovène qui, après neuf ans d’activités, publie ses Mémoires qui ne manquent pas de sel55. Il s’en fait l’écho dans un hebdomadaire sulfureux, Valeurs actuelles56. Le moins que l’on puisse dire est que cela devrait soulever les foules. Mais cela ne semble pas être le cas. La France vit aujourd’hui au rythme des inondations et des grèves multiples qui sont en voie de paralyser son fonctionnement dans les mois à venir.

Le greffe, juge de la recevabilité des requêtes, voire de la substance

Que nous dit Bostjan Zupancic ?

« Depuis 2011, toutes les affaires qui arrivent à la Cour sont triées par une « section de filtrage », dirigée par une greffière. Elle identifie toutes les requêtes qui lui paraissent irrecevables (plus de 90%) et les adresse à un juge unique (non national) qui statue seul, sur la base des indications du greffe, et les rejette donc toutes ou presque. Ce juge ne voit jamais le dossier sur lequel il doit se prononcer, notamment en raison de la barrière de la langue. Des centaines d’affaires sont littéralement « balayées sous le tapis » – d’anciens juges me l’ont confirmé. Les dossiers des affaires rejetées sont détruits au bout d’un an, si bien que la Cour n’en garde aucune trace.

Lorsqu’un recours doit être jugé par une chambre, composé de sept juges, un « juge rapporteur » » est désigné pour superviser l’affaire. Il consultera normalement les juges du greffe chargés de préparer le projet de jugement, lequel est ensuite présenté directement aux autres juges pour délibérer. Il résulte de cette procédure que, dans ces affaires de chambre, en tant que juge, je n’ai jamais vu le dossier sur lequel je vais devoir me prononcer – sauf lorsque j’étais juge national (c’est-à-dire lorsque l’affaire était portée contre la Slovénie). Les délibérations se fondent donc seulement sur le texte du projet d’arrêt, et rien d’autres.

En d’autres termes, ce sont les juristes du greffe qui « mènent la danse » à la Cour. Les juges sont remplacés tous les neuf ans, mais les juristes demeurent et sont de plus en plus incontournables.

Il en va différemment dans quelques affaires soumises à la Grande Chambre, composée de 17 juges, car l’audience publique est obligatoire et les éléments pertinents du dossier sont soumis à l’avance à l’attention des juges… ».

On marche sur la tête avec l’existence d’une sorte de technostructure inamovible qui rend la justice au nom des juges qui, rappelons-le, sont désignés sur une liste de trois noms, fournis par chacun des États, par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Il s’agit d’une sorte de contournement de pouvoirs des juges par le greffe. Est-ce acceptable, tolérable ? Si non, ce système ne devrait-il pas être réformé immédiatement pour corriger cette incongruité juridique ?

Et en dépit de cela, la Cour viole elle-même le principe dont elle est censée être la gardienne, à savoir d’être jugé dans un délai raisonnable. Certaines affaires traînent, dit-on, depuis plus de sept ans dans ses cartons. Que fait le greffe ? Il classe les dossiers en fonction de son bon vouloir

« Quand la justice n’est pas juste, l’injustice est exacte » (Pierre Dac). Et cela est d’autant plus vrai lorsqu’il s’agit d’une Cour supranationale comme la Cour européenne des droits de l’homme du Conseil de l’Europe, qui plus est, hébergée par la patrie autoproclamée des droits de l’homme. Cour qui se présente à la terre entière comme le bijou de famille de ce même Conseil de l’Europe aujourd’hui marginalisé par l’Union européenne. Néanmoins, cette auto-valorisation peine à dissimuler les faiblesses d’une juridiction parfois pusillanime. Cette récitation de la pensée conforme fait fi de certaines réalités que connaissent parfaitement les avocats qui plaident à Strasbourg et, en dernier ressort, les citoyens européens qui en sont victimes. Quand nos dirigeants, notre élite, nos avocats cesseront des faire abstraction des brutales évidences du réel strasbourgeois ? L’expression n’est pas l’action. Le caractère d’un homme – nous pourrions ajouter d’un juge – se mesure à ses actes comme le rappelle si justement Aristote57. Après les risques d’idéologisation de la justice européenne et transformation des juges des gouvernements en gouvernement des juges, nous découvrons à la faveur de la lecture d’un hebdomadaire mis au ban de la bien-pensance qu’en existe un autre, celui du gouvernement des greffiers. Pour rectifier le tir, la voie est étroite mais l’ambition immense. Il y va de la crédibilité de l’état de droit en Europe. Ni plus, ni moins !

47 https://www.echr.coe.int/Pages/home.aspx?p=home&c=fre
48 https://europa.eu/european-union/about-eu/institutions-bodies/court-justice_fr
49 https://www.coe.int/en/web/conventions/full-list/-/conventions/rms/0900001680063776
50 Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde la même façon, éditions de l’Olivier, 2019, p. 61.
51 Jean-Paul Costa, La Cour européenne des droits de l’homme. De juges pour la liberté, Dalloz, 2013.
52 Vincent Berger, Jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, Sirey, 11ème édition, 2009.
53 Guillaume Berlat, Jupiter fait la cour à Strasbourg, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 novembre 2017.
54 Jean-Baptiste Jacquin, La France épinglée pour mauvais traitement d’un détenu, Le Monde, 7 décembre 2019, p. 12.
55 Bostjan M. Zupancic, Sur la Cour européenne des droits de l’homme, rétrospective d’un initié (1998-2016), L’Harmattan, coll. « Logiques juridiques », 2019.
56 Grégor Puppinck (propos recueillis par), CEDH : des droits de l’homme à l’idéologie, Valeurs actuelles, 5 décembre 2019, pp. 79 à 82.
57 Robert Harris, J’accuse, Pocket, 2019, p .625.
 
 
LE RETOUR DU DÉLATEUR VINCENT JAUVERT – Jean Daspry. « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait » (Michel Audiard). Le moins que l’on puisse dire est que cette remarque est d’une actualité criante surtout lorsque certains journalistes incultes et ignares jouent les « toutologues » (Régis Debray). Cela est encore pire lorsque les journalistes s’encensent entre eux. Nous sommes bombardés d’encarts publicitaires sur la toile vantant les mérites du Sauveur de l’humanité ! Nous frisons alors le ridicule, le pathétique. Nous en avons ainsi un exemple avec le retour de notre Rouletabille des caniveaux qui vient vendre sur les plateaux des chaînes d’information en continu sa soupe imbuvable. Nous sommes en présence d’un torchon d’une immense vacuité intellectuelle – le surnom de l’auteur est la « truffe » dans le monde journalistique – qui révèle une nouvelle fois ses talents d’expert patenté de la délation et de pseudo-sachant qui ne sait rien.

UN TORCHON D’UNE IMMENSE VACUITÉ INTELLECTUELLE

Aujourd’hui, le clergé médiatique sonne la cloche. Le fils prodigue est de retour avec son nouvel opus magnum publié chez un éditeur indigne de se prêter à cette mascarade digne des heures les plus sombres de l’Histoire58. On se l’arrache tellement c’est du lourd, du travail sérieux. Deux cents pages de petit format dont on nous explique qu’elles sont le fruit de deux ans d’enquête visant à démontrer la déliquescence du système politique et administratif français. Neuf brefs chapitres au titre accrocheur : « Toujours plus », « Les amis du chef », « La République des lobbyistes », « L’avenir radieux du pantouflage » … On reste sans voix à découvrir ce morceau d’anthologie de la bêtise humaine. En quatrième de couverture de ce qu’on ne peut qualifier de « livre », on peut lire que ce folliculaire est « Grand reporter à l’Obs ». Essayez de découvrir la prose de l’intéressé sur le site de l’Obs ! Vous serez touchés par la grâce de l’indigence intellectuelle de cet homme à la grosse tête – au sens propre et figuré du terme – mais surtout à la cervelle de moineau. Il serait plutôt du genre petit reporter spécialisé dans le copier-coller et dans la délation. Une sorte d’aspirateur à ragots. Le résultat s’en ressent : « Tout cela dans un néant sans fin ni commencement »59. On comprend pourquoi les Français n’ont plus la moindre confiance dans les médias traditionnels tant ils regorgent de bobards, de fadaises, d’inepties.

UN EXPERT PATENTÉ DU JOURNALISME DE LA DÉLATION

Faute de pouvoir appréhender sérieusement et objectivement la problématique des pratiques de la haute fonction publique – sans parler de celles des hommes et femmes politiques qui relèvent d’une autre logique – en s’en tenant à l’essentiel, à savoir le droit positif existant en la matière, il fait dans le pifométrique et dans le moralisme. La question n’est pas de savoir si cela plait ou ne plait pas à l’inspecteur Javert mais si cela est légal ou illégal dans un état de droit. Le reste n’est que calembredaine qui ne présente pas le moindre intérêt si ce n’est pour les frustrés auxquels appartient Vincent Jauvert. L’homme qui bave d’envie devant le montant de certains traitements. Faute de se livrer à une authentique analyse sociologique, juridique sérieuse de la haute fonction publique, l’écrivassier n’a d’autre choix que de pratiquer l’attaque ad hominem. Dans ce domaine, sa prose mérite louange. La majorité des cas cités sont parfaitement documentés pour celui qui prend régulièrement connaissance du JORF, des sites spécialisés comme Acteurs publics et autres feuilles d’information en ligne. Vincent Jauvert ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes : « Emmanuel Macron distribue les postes de pouvoir et les prébendes selon son bon plaisir ». Il ignore que le président de la République tient ce pouvoir de la constitution du 4 octobre 1958 à ses articles 13 et 14. Cela n’est pas étonnant, notre « grand reporter » ignore les bases du droit constitutionnel et du droit administratif français. Ce qui l’autorise à raconter n’importe quoi avec la componction des ignorants. Beati possidentes.

UN PSEUDO-SACHANT QUI NE SAIT RIEN

Comme nous l’avions noté pour ses précédents ouvrages, Vincent Jauvert ne possède pas son sujet. Il ne fait aucune référence aux ouvrages fondamentaux que sont La noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps (1989) de Pierre Bourdieu, La corruption de la République (1992), d’Yves Mény, Conflits d’intérêts : les liaisons dangereuses de la République (2014) et La République en miettes : l’échec de la start-up nation (2019) de Paul Cassia ou La Caste (2018) de Laurent Mauduit pour comprendre les raisons des dérives d’une certaine haute fonction publique française. L’ouvrage ne comporte, du reste, aucune bibliographie. Faute de comprendre, il se limite à décrire les principaux phénomènes sous le seul angle de l’attaque personnelle. Vincent Jauvert semble découvrir la roue. Tout a déjà été écrit, bien écrit, bien pensé sur le sujet avant que notre Messie ne vienne sur Terre. N’est pas lanceur d’alerte qui veut ! Laissons la justice faire son travail si tant est que ce soit le cas. Rien ne nous est dit des voies de recrutement dans la Fonction publique, de la spécificité de l’ENA et de ses grands corps qui constituent un État dans l’État. Notre imbécile semble découvrir que le Conseil d’État est à la fois conseil et juge de l’État (« Or, ces petites mains sont membres du Conseil d’État, un corps qui défend bec et ongles les intérêts de la haute fonction publique », p. 91). Ce qui explique bien des choses auquel notre plumitif ne comprend rien. Il n’est qu’à lire ses notes en bas de page pour comprendre que Vincent Jauvert ne fait que du simple recopiage d’informations qui traînent dans diverses feuilles de chou. Cet enquêteur hors-pair ne mentionne pas une seul fois le rapport sur la réforme de la Haute fonction publique confié par Emmanuel Macron au conseiller d’État, Frédéric Thiriez. Il n’en connait vraisemblablement pas l’existence. Sur le Quai d’Orsay, il nous ressort les mêmes élucubrations, le plus souvent incomplètes. Vincent Jauvert est un frustré dont les maux relève de la médecine lourdes. Il ne sait pas que « le journalisme le plus essentiel est précisément celui que des gouvernements tentent de réduire au silence »60. Notre homme fait rire tant sa prose est médiocre à son image.

« Je vous raconterai bien une connerie mais vraiment y en a plein les journaux » (Coluche). Rien d’étonnant à découvrir le résultat des élucubrations de notre perroquet à carte de presse qui nous joue le grand air de la vertu outragée, du moraliste éploré. Méfions-nous, c’est un dangereux récidiviste61. En 2018, nous avions affublé notre plumitif de trois qualificatifs : ignorant, naïf, délateur. En 2020, notre jugement n’a pas évolué d’un iota tant l’homme a changé, il est pire qu’avant. Vincent Jauvert, duc de Vichy et de Châteldon, n’est pas comme les grands crus, il ne se bonifie pas en vieillissant. Il se dégrade. Dire qu’il aura fallu deux ans à notre ballot pour pondre ce poulet aux hormones qui se complait dans l’énumération stérile de noms des uns et des autres comme dans une vulgaire lettre de corbeau. Méfions-nous comme de la peste de ces Fouquier Tinville ! Ce dernier a fini sous la guillotine. Le meilleur conseil que nous pouvons adresser à ceux que contacte Vincent Jauvert est de le traiter par le plus grand mépris. C’est tout ce qu’il mérite. Le meilleur conseil que nous pouvons donner à nos lecteurs est de boycotter cette prose malsaine qui fait vibrer les plus vils instincts humains. Une sorte de « banalité du mal » (Hannah Arendt), de Perversion ordinaire (Jean-Pierre Lebrun) ! C’est tout le bien que l’on doit souhaiter à Robert Laffont62. Le retour du délateur Vincent Jauvert n’est qu’une Plaisanterie au sens où l’entend Milan Kundera qui en connaissait un rayon sur les méthodes des pays totalitaires.

58 Vincent Jauvert, Les voraces. Les élites et l’argent ce Macron, Robert Laffont, 2020.
59 Jack Kerouac, Sur la route, Gallimard, 1960, p. 359.
60 Edward Snowden, Au Brésil, un coup dur pour la liberté de la presse, le Monde, 1er février 2020, p. 27.
61 Jean Daspry, L’inspecteur Javert mène l’enquête, www.prochetmoyen-orient.ch , 5 février 2018.
62 Etienne de Montety, « L’odieux semble être devenu un dopant de l’édition. Indignation et compassion, ses deux mamelles », dans Littérature : quand le témoignage tue la fiction, Le Figaro, 24 janvier 2020, p. 19.

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