Observatoire Géostratégique

numéro 277 / 6 avril 2020

ORIENT-ATIONS 273

L’EUROPE, QUEL NUMÉRO DE TÉLÉPHONE ? – Jean Daspry

Alors qu’elle est confrontée à plusieurs défis de taille immédiats : épidémie incontrôlée de coronavirus, risque de crise économique et financière1, crise migratoire provoquée par l’ouverture des frontières turques vers la Grèce par le président Erdogan qui veut la punir de son inertie dans la crise syrienne2, opération « Bouclier de printemps » dans le nord-ouest de la Syrie3, tensions russo-turques4…, l’Europe est aux abonnés absents. Alors que durant la campagne pour les élections au parlement européen, les partis politiques classiques louaient ses immenses mérites, l’Europe manque de réactivité. Après des années de pratique, on aurait imaginé qu’elle dispose d’une sorte de centre de crises suivant heure par heure les spasmes du monde et déclenchant, avec un bref préavis, l’alerte. Mais, ni les hordes de technocrates bruxellois (Commission, Conseil), ni les Vingt-Sept États membres ne sont pas encore parvenus à ce stade de préparation (« Gouverner, c’est prévoir »). Ils préfèrent s’interroger, marquer leur préoccupation, étaler leur compassion, voire exprimer leur solidarité – plus dans les paroles que dans les actes – avec le pays frappé par une menace imminente. L’Europe pratique avec un succès égal diplomatie du chien crevé au fil de l’eau et diplomatie de la parole creuse. Reconnaissons-lui au moins cet immense mérite ? La machine tourne à plein mais surtout à vide ! La fameuse Europe des notaires, des taux de TVA… des sanctions qui n’a pas pris la moindre ride. En un mot, un monstre d’inanité qu’il ne faut jamais critiquer tant il est vénéré par la bien-pensance ambiante, la « doxacratie ». Nous en avons un exemple concret avec la situation actuelle inadmissible que connait la Grèce en raison des dernières foucades de l’allumé d’Ankara. L’Union européenne excelle dans la diplomatie du tweet qui n’est autre qu’une variante de la diplomatie de la lâcheté.

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LA DIPLOMATIE DU TWEET : LA NOUVELLE STRATÉGIE DE L’UNION

Que font les organes de l’Union européenne et les partenaires de la Grèce qui est au bord de l’explosion, en particulier sur l’ile de Lesbos ?5 Ils tweetent avec générosité et vigueur pour panser les plaies d’Athènes.

Le leader incontesté de l’Union européenne tweete le 1er mars 2020 dans la soirée : « Pleine solidarité avec la Grèce et la Bulgarie, la France est prête à contribuer aux efforts européens pour leur prêter une assistance rapide et protéger les frontières. Nous devons agir ensemble pour éviter une crise humanitaire et migratoire ».

De son côté, dès le 29 février 2020, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen tweetait, elle aussi, que l’Union européenne observait avec « préoccupation » l’afflux de migrants sans contrôle depuis la Turquie vers ses frontières orientales, en Grèce et en Bulgarie. « Notre première priorité à ce stade est de veiller à ce que la Grèce et la Bulgarie reçoivent notre plein soutien. Nous sommes prêts à fournir un appui supplémentaire, notamment par l’intermédiaire de Frontex (l’agence européenne de garde-frontières) aux frontières terrestres ». On sait que la Grèce, comme la Bulgarie, ont renforcé la sécurité à leur frontière avec la Turquie après l’annonce par Ankara qu’elle laisserait les demandeurs d’asile passer en Europe. Un haut responsable turc avait déclaré le 28 février 2020 qu’Ankara n’empêcherait plus les migrants qui essaient de se rendre en Europe de franchir la frontière, peu après la mort d’au moins 33 militaires turcs dans la région d’Idleb (Nord-Ouest de la Syrie) dans des frappes aériennes attribuées par Ankara au régime syrien, soutenu militairement par la Russie. Le premier ministre bulgare Boïko Borissov, dont le pays est voisin de la Turquie, rencontre le 2 mars 2020 à Ankara le président turc Recep Tayyip Erdogan pour discuter de l’aggravation de la situation à Idleb et de l’afflux de migrants aux portes de l’Union européenne. Alors que plusieurs milliers de migrants se sont rués ce week-end depuis la Turquie vers la frontière grecque, où la plupart ont été stoppés par les forces de l’ordre dépêchées par Athènes, la frontière bulgare n’a connu aucun mouvement comparable. La Bulgarie entretient des relations diplomatiques et économiques privilégiées avec son voisin turc. Les deux pays partagent plus de 250 kilomètres de frontière le long de laquelle Sofia a fait ériger depuis 2016 une clôture pour bloquer les migrants

Du côté du chef de l’introuvable diplomatie européenne, tout va très bien madame la marquise… mis à part un tout petit rien. En effet, nous sommes pleinement rassurés d’apprendre que les combats en cours dans la province d’Idleb « constituent une grave menace pour la paix et la sécurité internationales », selon la diplomatie européenne. Tout aussi rassurés d’apprendre que les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Union européenne doivent participer à une « réunion extraordinaire » cette semaine pour discuter de l’aggravation de la situation en Syrie, qui pousse des populations à fuir vers les frontières de l’Union européenne avec la Turquie, a tweeté le 1er mars 2020, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. 

Tous ces braves gens se déplacent le 3 mars 2020 au contact des populations grecques les plus exposées en promettant 700 millions d’euros d’aide comme si cela était le cœur du problème et en annonçant un contrôle plus poussé des bâtiments de Frontex. Ceci ne mange pas de pain et ne résoudra rien, une fois de plus6.

Pour ce qui est de la crise du coronavirus, nous apprenons de la bouche même de sa présidente que la Commission européenne est prête à « utiliser tous les outils pour protéger la croissance »7. Ainsi, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles.

LA DIPLOMATIE DE LA LÂCHETÉ : LE CARBURANT DE L’UNION

La Grèce revit le cauchemar de 20158 mais l’Union européenne tweete à jet continu au lieu d’agir. Quelle inconséquence et quelle incohérence inadmissible !9 Quelle pantalonnade qui conduira à sa perte comme ce fut le cas, au siècle dernier, avec feu la SDN. Jamais, tous ces pleutres européens ne désigneront la Turquie comme fauteur de troubles, comme violeur du droit international10. Que font ses troupes installées illégalement installées dans le nord de la Syrie sans y avoir été invitées ? Que fait son président en ouvrant les vannes de l’immigration si ce n’est déchirer l’accord conclu avec l’Europe : milliards d’euros pour le prix du contrôle de ses frontières ?11 Qui menace qui aujourd’hui ? Il ne faudrait pas inverser les rôles comme nos dirigeants le font sans la moindre retenue12. Dans un monde idéal gouverné par le droit, les dirigeants des Vingt-Sept devraient se réunir de toute urgence pour décréter des sanctions contre la Turquie qui fait du chantage migratoire13, demander une réunion du Conseil de sécurité pour la condamner, lui imposer des sanctions, une sorte de quarantaine diplomatique… Mais aussi assurer de leur plein soutien le régime de Damas qui ne fait que retrouver la pleine souveraineté de son territoire et se défendre contre d’affreux terroristes à la solde d’Ankara.

Mais, c’est tout le contraire que la mauvaise troupe européenne fait. Bravo pour la clairvoyance européenne. Ce serait plutôt du genre courage fuyons ! Honte à tous ces incompétents doublés de lâches qui se défilent devant le péril qu’il soit migratoire14 ou sanitaire. Et, ils viennent nous expliquer, avec l’aplomb des ignorants et en sautant comme des cabris, que l’Europe n’est pas le problème, qu’elle est la solution. Mais, la solution à quel problème ? Ceci ne saute pas aux yeux du citoyen doué d’un minimum de bon sens. Heureusement, notre brillant ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, qui garde un œil sur la campagne pour les élections municipales à Lorient, a déclamé à haute et intelligible voix qu’il jugeait « inacceptable le chantage des autorités turques ». Autorités turques dont il taisait diplomatiquement le nom dans sa tribune co-signée, il y a peu, avec treize autres de ses homologues européens !15 Quelle cohérence et quelle constance du chef de la diplomatie française ! Le chancelier autrichien Sebastian Kurz exhorte l’Europe à ne pas céder à la pression turque de façon très directe, la seule que comprenne le nouveau Sultan16.

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L’EUROPE DES CHIMÈRES

En 2020, l’Europe, c’est plus que jamais le chacun pour soi sans vergogne. « Elle tente de ranimer par de beaux discours et de vains traités l’intérêt des derniers abonnés à cette représentation »17. L’éclat de ses titres l’emporte sur la réalité de sa puissance, pour ne pas dire la réalité de son impuissance18. Car « avant d’être accumulation de puissance et de force, la puissance est volonté » comme le souligne si justement Raymond Aron. C’est tout sauf glorieux pour une institution qui prétend défendre ses citoyens contre les menaces qui l’assaillent19. Concrètement, nous recueillons les dividendes d’un système inefficace, mal pensé et politiquement délétère pour l’Union européenne (Cf. celui de la libre-circulation à l’intérieur en contrepartie d’un contrôle strict à la frontière extérieure commune). Lorsque l’on pense, qu’elle est incapable de se réformer mais continue de donner des leçons de morale et de droit à la planète entière. On comprend, mieux, dans ces conditions, les raisons pour lesquelles elle ne pèse rien dans le concert des nations au XXIe siècle marqué par le retour de la puissance, l’affaissement du multilatéralisme, la critique de la mondialisation…20 C’est ce que pense l’actuel ministre de l’économie d’Emmanuel Macron pour qui tant que les Vingt-Sept ne parviendront pas à s’entendre sur le périmètre d’un intérêt collectif européen, qui transcende les intérêts particuliers, « nous reculerons devant les décisions nécessaires pour nous affirmer sur la scène internationale et nous resterons une alliance de marchands, qui négocient tout et ne créent rien »21. Et le monde pourra reprendre à l’unisson la célèbre formule d’Henry Kissinger en 1970, « l’Europe, quel numéro de téléphone »

1 Ivan Letessier, Après une bonne année 2019, les géants du CAC en plein doute face à l’impact du coronavirus, Le Figaro, 2 mars 2020, pp. 23-24-25.
2 Nicolas Cheviron, « Si l’armée syrienne arrive, la Turquie aura le choix : nous laisser entrer ou nous tuer », www.mediapart.fr , 1er mars 2020.
3 Ankara mène l’opération « Bouclier de printemps » contre le régime de Damas, AFP/Le Figaro, 2 mars 2020, p. 7.
4 Alain Barluet/Delphine Minoui, Jusqu’où peut-aller le bras de fer russo-turc, Le Figaro, 2 mars 2020, p. 19.
5 Elisa Perrigueur, À Lesbos, de nouvelles arrivées de migrants provoquent la colère d’habitants et d’extrémistes, www.mediapart.fr , 2 mars 2020.
6 Benjamin Masse-Stamberger/Fabien Perrier, Crise des migrants, le retour ?, Marianne, 6-12 mars 2020, pp.34-35.
7 Derek Perrotte, La Commission européenne est prête à utiliser « tous les outils pour protéger la croissance », Les Échos, 3 mars 2020, p. 3.
8 Cyril Louis, À la frontière turco-grecque, un exode téléguidé, Le Figaro, 3 mars 2020, pp. 1-2.3.
9 Fabien Perrier, La solitude grecque, Marianne, 6-12 mars 2020, pp. 36-37.
10 Dorothée Schmid, Les réfugiés sont « une arme de dissuasion pour Erdogan », Le Monde, 5 mars 2020, p. 30.
11 L’UE attend de la Turquie attend de la Turquie qu’elle respecte l’accord sur les migrants (porte-parole de Merkel), AFP, 2 mars 2020.
12 Majed Nehme, Erdogan/Monde arabe : avec un tel ami, pas besoin d’ennemi, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 mars 2020.
13 Delphine Minoui, Erdogan passé maître du chantage migratoire, Le Figaro, 3 mars 2020, p. 2.
14 Alexia Kefalas, Afflux explosif de migrants à la frontière greco-turque, Le Figaro, 2 mars 2020, p. 7.
15 Ali Baba, Syrie : quatorze ministres étrangers aux affaires !, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 mars 2020.
16 Michel Backfisch/Emmanuel Fançois/Jörg Quoos (propos recueillis par), Sebastian Kurz : « L’Europe ne doit pas céder à la pression turque, Ouest-France, 6 mars 2020, pp. 1-2.
17 Régis Debray, L’Europe fantôme, collection « Tracts », Gallimard, 2019, p. 45.
18 Natacha Polony, Munich sur Bosphore, Marianne, 6-12 mars 2020, p. 3.
19 Renaud Girard, Il faut défendre les frontières de l’Europe !, Le Figaro, 3 mars 2020, p. 17.
20 Norbert Röttgen, Le temps d’une Europe géopolitique est venu : une réponse allemande à Macron, Le Monde, 4 mars 2020, p. 28.
21 Bruno Le Maire, Le nouvel empire. L’Europe du vingt et unième siècle, Gallimard, 2019, p. 69.
 
 
LE MONDE VICTIME DE SON HUBRIS – Jean Daspry

« Il faut éteindre la démesure plus encore que l’incendie » (Héraclite). Tel est l’insurmontable défi auquel sont aujourd’hui confrontés les dirigeants de la planète… à l’insu de leur plein gré. Culte du moi, ambition amorale et sans limite, victoire de l’intérêt individuel (ίδιον) sur le bien commun (κοινόν) : l’homme moderne est résolument tourné vers la démesure. Dans l’Antiquité cela portait un nom : l’hubris (ὕϐρις). Et c’était le plus grand des crimes22. Le monde n’est-il pas en train d’en faire l’amère expérience à travers la crise du coronavirus qui ne cesse de s’étendre dans l’espace et de se prolonger dans le temps ?23 Le monde ne découvre-t-il pas, avec stupeur, qu’il avait ouvert la boîte de Pandore de la mondialisation sans en mesurer au préalable toutes les conséquences néfastes ? Le monde ne prend-il pas conscience que le roi est nu ? La liste des questions que nos dirigeants se posent (ou pas) dans la plus grande précipitation – gouverner n’est plus prévoir – est longue. Les réponses sont-elles à la hauteur des questions ? Rien n’est moins sûr. Chine et Occident, tels des animaux malades de la peste, ne savent plus à quel saint se vouer tant ils n’avaient pas prévu ce cas de figure qui relevait, il y a peu encore de la science-fiction, du complotisme, de la « fake new ». Nul n’est aujourd’hui épargné par ce mal inconnu venu de l’autre bout de la terre. La Chine est malade de sa fierté alors que l’Occident est malade de sa candeur.

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LA CHINE MALADE DE SA FIERTÉ

Alors que le président Xi Jinping apparaît brusquement comme un colosse aux pieds d’argile, le régime chinois ne risque-t-il pas de se crisper encore plus tout en pratiquant la politique de l’autruche ?

Le colosse aux pieds d’argile. L’empereur Xi Jinping, qui se croyait invincible après avoir terrassé le mal de la démocratie qui sévissait dans son pré carré d’Hong Kong24, se retrouve tel un colosse aux pieds d’argile. La paix sociale achetée à coups de croissance économique à deux chiffres ne risque-t-elle pas de voler en éclats à cause d’un virus microscopique ? Virus dont il avait pensé, qu’en taisant l’existence et en embastillant ceux qui voulaient en parler, il en viendrait discrètement à bout ? Ni vu, ni connu, je t’embrouille. Tel un mauvais garnement, Xi Jinping le cacou est pris la main dans le pot de confiture. Décidément, le statut de puissance n’est pas un long fleuve tranquille. « Tout empire périra » écrivait au siècle dernier, l’historien français, Jean-Baptiste Duroselle qui enseignait l’histoire des relations internationales à la Sorbonne, au Panthéon, rue Saint-Guillaume à toute une génération d’étudiants soucieux de comprendre le monde. L’empire du milieu ne risque-t-il pas de se retrouver seul au bord du chemin ? Ne voilà-t-il pas que sa diplomatie conquérante, qui achetait hier encore la collaboration honteuse des organismes multilatéraux contre espèce sonnante et trébuchante (y compris la soi-disant impartiale et indépendante Organisation mondiale de la santé ou OMS basée à Genève au bord du Lac Léman), se trouve mise en quarantaine ! En Italie, la communauté chinoise va jusqu’à s’imposer la quarantaine25. Même des pays amis ferment la porte à la Chine, qui défend péniblement sa gestion de la crise sanitaire26. Officiellement, la gestion de cette crise sanitaire est un tel succès que le département de la propagande a décidé d’y consacrer un ouvrage. On y verra peut-être la désinfection des billets de banque dans la province de Wuhan. Sur le plan économique, le succès est des plus incertain. Les nouvelles routes de la soie se transforment, bon gré mal gré, en nouvelles routes du coronavirus27. L’oncle de Chine tant espéré, tel l’oncle d’Amérique d’antan, est maintenant détesté tel un pestiféré que l’on fuit de peur d’être contaminé. L’empire du milieu ne fait plus rêver. Il donne des cauchemars.

Le risque d’une crispation du régime chinois. D’ores et déjà, les experts occidentaux s’interrogent sur les leçons que les dirigeants chinois vont tirer de la crise. « Il y a des inquiétudes que le leadership chinois réagisse aux pressions probables et aux perturbations économiques en ajournant son agenda de réformes déjà limité. Et qu’il transforme des mesures destinées à combattre la crise comme le renforcement du contrôle sur l’information et de la surveillance numérique en outils de sa politique quotidienne ». Un classique des pays totalitaires : serrer la vis pour contenir la pression montante. Mais, faute de soupape d’échappement, la cocotte-minute pourrait exploser au moment où l’on s’y attend le moins. Qui se souvient encore des paroles élogieuses prononcées par Emmanuel Macron à l’endroit de ses hôtes chinois (en particulier leur transparence et leur rectitude) lors de son récent voyage en Chine ?28 Aujourd’hui, le président de la République est muet sur la responsabilité immense que porte la Chine dans cette pandémie qui mériterait, le moment venu, un passage par la Cour pénale internationale (CPI) pour crime contre l’humanité. Nous n’en sommes pas là. Aujourd’hui, l’on est souvent rattrapé par les paroles malencontreuses que l’on a prononcées.

Pour ce qui le concerne, l’Occident ne semble pas mieux loti que la Chine dont il dépend pour nombre de ses produits, y compris les plus stratégiques (médicaments en particulier).

L’OCCIDENT MALADE DE SA CANDEUR

En France, il aura fallu plus de deux mois pour que nos dirigeants imprévoyants prennent toute la mesure de cette pandémie – sorte de grippe espagnole du XXe siècle – en improvisant tels des amateurs. Ils apparaissent ainsi au grand jour comme les princes de l’erreur permanente. Il est grand temps qu’ils retrouvent les vertus du questionnement.

Les rois de l’improvisation. Au moment où nos dirigeants, toujours prompts à s’exonérer de toute responsabilité des défis qu’ils doivent relever, s’époumonent à nous présenter la situation à Idlib (nord de la Syrie) comme « la plus grande histoire d’horreur humanitaire »29, ne se voilent-ils pas la face sur une autre question gravissime ? La crise sanitaire, dont nous gratifie la Chine dans son immense magnificence et munificente, n’est-elle pas en train de se transformer en plus grande histoire d’horreur sanitaire et humanitaire ? Cela ne se dit pas, cela se murmure. Jupiter réunit à la hâte un conseil de défense sanitaire un samedi 29 février 2020 à l’Élysée pour montrer qu’il s’agite. Preuve d’un état d’impréparation chronique d’une classe politique vivant dans l’instantané, dans le buzz médiatique et qui oublie les vertus bienfaisantes de la prévision, de l’anticipation indépendante. Le poids des mots, le choc des images. Emmanuel Macron n’est guère à l’aise lors de sa visite dans le secteur hospitalier parisien. Il est confronté à ses choix hasardeux en termes médicaux. Quelques médecins, peu adeptes de la langue de bois, le renvoient à son arrogance. Au siècle dernier, on évoquait les risques de guerre chimique, biologique. Avec la fin de la Guerre froide et la fin de l’histoire, toutes ces préoccupations ont disparu. Mais, notre élite inculte n’avait pas imaginé qu’un « patient zéro » pouvait faire autant de ravages que toutes ces guerres et à un coût ridicule, celui de la contamination entre êtres humains pris d’une frénésie de voyages à bas coût. La mondialisation de l’agitation permanente…

Les princes de l’erreur. Certains esprits non conformistes s’interrogent : « l’idéologie mondialiste, rejetée par les peuples, survivra-t-elle au coronavirus chinois » ?30 Les héros triomphants de la « mondialisation heureuse » se font discrets. Les envolées lyriques sur le grand village planétaire ont fait long feu. Elles sont discrètement remisées dans les rayonnages de l’Histoire. La plaie d’un mondialisme indompté suppure sous l’effet d’un microbe, d’un virus inconnu en dépit des miracles de l’intelligence artificielle et des algorithmes salvateurs. Les déclarations évolutives du nouveau ministre de la Santé, Olivier Véran (« il n’y a pas d’épidémie chez nous, elle est à nos portes… On ne fermera pas les frontières, ça n’aurait aucun sens » suivie d’une autre disant à peu près le contraire à un jour d’intervalle) en disent long sur l’amateurisme de la Macronie et sur son état d’impréparation congénitale. Le non-sens est dans un raisonnement qui admet la porte mais refuse de la fermer. Le reste est à l’avenant. Les fanatiques d’un monde sans frontières doivent avaler leur chapeau, eux qui appellent à restreindre les déplacements à l’intérieur et à l’extérieur de l’Hexagone. Le coronavirus a pour effet immédiat da faire descendre de son piédestal la mondialisation et le culte dont elle faisait l’objet. Bruno Le Maire ne disait pas autre chose lorsqu’il soulignait que le coronavirus bouleverserait l’économie de la mondialisation. Le même ministre de l’économie, hier mondialiste viscéral, tient des propos inattendus dans sa bouche en soulignant : « la nécessité impérative de relocaliser un certain nombre d’activités et d’être plus indépendant sur certaines chaînes de production ». Heureuse mais tardive conversion au réalisme dans les relations internationales ! Ne s’agit-il pas d’un éloge du souverainisme encore détesté, il y a peu encore ?

Les vertus du questionnement. À ce stade, et si tant est que la Macronie du 49.3 en ait l’idée et en ait le courage, il serait indispensable, incontournable qu’elle se livre à un triple questionnement à la lumière de la crise du coronavirus qui sert de révélateur aux multiples erreurs stratégiques du passé.

Un questionnement salutaire sur le concept galvaudé de mondialisation. La panique, qui gagne la planète, force à revisiter la philosophie de l’économie libre-échangiste du XXe siècle, présentée comme l’alpha et l’oméga du meilleur des monde mais aussi à s’interroger sur l’immigration et le tourisme de masse qui l’accompagnent. Et cela sans le moindre tabou. C’est Bruno Le Maire, qui ne passe pourtant pas pour un révolutionnaire, qui le clame haut et fort en pleine crise sanitaire. La question n’est pas secondaire. Elle est existentielle. Saura-t-on/voudra-t-on se livrer à un exercice d’autocritique collective comme au temps de la révolution culturelle en Chine ? Rappelons que poser ce genre de questions, il y a peu encore, valait à son auteur excommunication. Il est toujours hasardeux d’avoir raison trop tôt contre la majorité tyrannique. Mais aujourd’hui, le temps est venu de s’interroger sur les risques que fait peser sur l’Europe une dépendance à 85% de la Chine dans le secteur de la santé.

Un questionnement urgent sur la relation idéalisée avec la Chine. La crise du coronavirus démontre, s’il en était encore besoin, notre dépendance librement consentie à l’égard des productions chinoises, y compris et surtout dans des secteurs stratégiques. Tous ces préceptes de la libre-circulation, de l’ouverture à l’autre (le plus souvent sans la moindre réciprocité, sans la moindre contrepartie) pour de simples raisons de coût de la main d’œuvre démontrent leurs limites intrinsèques. La candeur, dont nous avons fait preuve à l’égard du régime chinois, est coupable. Nous avons accepté que Pékin viole ouvertement et scandaleusement les principes qu’il avait volontairement souscrits en adhérant à l’Organisation mondiale pour le commerce ou OMC en pratiquant concurrence déloyale, dumping social, atteinte à l’environnement… Sans verser dans l’excès contraire, il s’agit tout simplement d’en finir avec notre candeur rafraichissante avec la Chine (Cf. les multiples déclarations d’Emmanuel Macron lors de sa récente visite en Chine précitée). Cela porte un nom, Realpolitik. Ni plus, ni moins.

Un questionnement sur l’état de délabrement de l’Union européenne. Au moment où débutent de délicates négociations avec le Royaume-Uni sur la mise en œuvre du « Brexit », il importe de tirer les leçons de cette philosophie mortifère (mondialisation, libre-échangisme, dérégulation…) que ce pays a imposé à ses partenaires de l’Union européenne qui ont fait preuve d’un aveuglement coupable. Cela signifie une réflexion stratégique : bilan, causes et responsabilités, propositions pour l’avenir. Toute méthodologie inconnue au sein du machin européen, adepte des querelles de procédure et de chiffres plutôt que des débats d’idées, les seuls qui vaillent. Que penser de l’absence de concertation minimale à Vingt-Sept dès les premiers signes de la maladie ? À quoi servent donc les beaux traités sur papier glacé et les sommets du vide des chefs d’État et de gouvernement ? L’Union européenne livre son vrai visage, celui de la désunion chronique et permanente, du chacun pour soi. Une machine qui tourne à vide, qui n’a pas de cap et pas de pilote dans l’avion. L’occasion des discussions sur l’avenir de l’Europe, voulues par la France et l’Allemagne, devraient fournir le cadre idoine à pareilles réflexions. Mais, ne rêvons pas, le parti de l’inertie et de la politique du chien crevé au fil de l’eau est très puissant à Bruxelles pour ce faire. Nous espérons nous tromper. Cette usine à gaz risque de déboucher sur plus de pétitions de principe creuses, de procédures lourdes mais sur rien d’opérationnel. Mais aussi, elle ouvrira un boulevard aux partis dits populistes pour critiquer l’inefficacité d’une structure que l’on nous présente comme la solution à nos problèmes de toutes natures alors qu’elle en est souvent la cause.

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« La démesure en fleurissant produit l’épi de la folie, et la récolte est une moisson de larmes » (Eschyle). Si l’homme ne veut pas prendre l’ampleur de la crise climatique, il est contraint, aujourd’hui, de prendre en compte l’ampleur de la crise sanitaire. Une de plus qu’il n’avait pas vu venir. Elle pourrait s’accompagner d’une crise financière, économique, sociale. Mais, que font donc les prévisionnistes qui sont légions dans les allées du pouvoir et qui se contentent de prédire ce que le prince veut entendre dans un élan méritant louange de servitude volontaire ? Il est important d’en revenir au binôme, pensée puis action, diagnostic puis remède. Des classiques qui ont fait leur preuve dans le monde d’hier et que le monde d’aujourd’hui ignore superbement. Il en paie le prix fort, intérêt et principal comme le disait Jean de la Fontaine. Au-delà de la crise sanitaire, si grave soit-elle, c’est toute la question de la grammaire des relations internationales du XXIe siècle qui est posée aux dirigeants (pouvoirs exécutif, législatif…) mais aussi aux citoyens responsables. Ceci mériterait certainement le lancement d’un RIC (referendum d’initiative citoyenne) tant la problématique est cardinale de nos jours. À tout le moins de se rappeler que l’avenir se subit s’il ne se prépare pas soigneusement à l’avance. L’angélisme est une plaie, au sens propre et figuré, en ces temps conflictuels. L’Histoire nous l’a amplement démontré. Le présent, lui, nous signifie que le monde est victime de son hubris.

22 Léa Gaz, L’hubris ou le crime d’orgueil, https://philitt.fr/2015/04/28/lhubris-ou-le-crime-dorgueil/
23 Épidémie de COVID-19. Coronavirus : les cas se multiplient en France, Le Monde, 29 février 2020, pp. 1, 13-14-15-16.
24 Florence de Changy, Hong Kong : le magnat de la presse d’opposition arrêtée, Le Monde, 1er– 2 mars 2020, p. 4.
25 Rémi Barroux, À Prato, en Italie, la communauté chinoise s’impose la quarantaine, Le Monde, 29 février 2020, p. 16.
26 Frédéric Lemaître, La diplomatie chinoise lutte contre l’isolement, Le Monde, 29 février 2020, p. 16.
27 Simon Leplâtre, La Chine, quasi-paralysée flirte avec la récession, Le Monde, 5 mars 2020, p. 10.
28 Guillaume Berlat, Cinq leçons sur une visite en Chine : un Munich de la diplomatie française, www.prochetmoyen-orient.ch , 9 décembre 2019.
29 Benjamin Barthe, « La plus grande histoire d’horreur humanitaire du XXIe siècle », Le Monde, 29 février 2020, p. 3.
30 Ivan Rioufol, Le mondialisme victime du coronavirus, Le Figaro, 28 février 2020, p. 17.
 
 
RÖTTGEN EXPLIQUE L’EUROPE À JUPITER – Ali Baba

« Il importe que les Allemands reconnaissent que leur destin, c’est l’Europe et que l’Europe, c’est par excellence l’union avec la France » (Charles de Gaulle). C’est ce que le premier président de la Ve République s’est attaché à faire – avec un certain succès – avec Konrad Adenauer. Mais, les temps ont bien changé depuis cette époque de l’idylle franco-allemande concrétisée par le traité de l’Élysée de 1963 et marquée par une dynamique de la concertation permanente entre Paris et Bonn. Depuis le siècle dernier au sein du couple franco-allemand qui fait de plus en plus chambre à part. Aux péroraisons lyriques de Jupiter répondent les réflexions cartésiennes du président de la commission des affaires étrangères du Bundestag, Norbert Röttgen.

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LES PÉRORAISONS LYRIQUES DE JUPITER

Au grand dam de nos partenaires d’Outre-Rhin, le plus jeune président de la Ve République, Emmanuel Macron n’a de cesse de leur expliquer, de vouloir leur imposer de manière cavalière (depuis mai 2017) sa conception, souvent baroque, de la construction de l’Union européenne au XXIe siècle. Le moins que l’on puisse dire est que toutes ses homélies n’ont guère convaincu les Allemands qu’il n’avait pas cru opportun de consulter au préalable avant de jeter ses pavés dans la mare. Elles ont fait pschitt qu’il s’agisse de sa vision d’ensemble (Cf. son discours de la Sorbonne de septembre 201731) ou de son approche des questions de sécurité et de défense (Cf. sa sortie sur la « mort cérébrale de l’OTAN »32 et son discours de l’école de guerre de février 202033). Les faits sont têtus. Les méthodes à la hussarde du président disruptif n’impressionnent plus. Elles irritent aussi bien à Berlin qu’à Bruxelles et dans les capitales de nos vingt-six partenaires. L’arrogance à la française est stigmatisée alors même que les performances internes et externes de la « Grande nation » ne sont pas à la hauteur de ses fortes ambitions. Ce qui n’échappe pas au sens critique des analystes étrangers. La France, « l’emmerdeuse du monde », pour reprendre la formule chère au diplomate-écrivain, Jean Giraudoux34, agace prodigieusement nos partenaires. Hormis quelques commentaires à chaud agacés, irrités à Berlin (en particulier, ceux de la ministre de la Défense, AKK), rares sont les dirigeants allemands qui aient apporté, jusqu’à présent, la contradiction aux préconisations du chef de l’État. Une vision pensée, construite de leurs attentes de l’Europe. Cela donnait le beau rôle au président de la République qui pouvait se targuer du silence radio assourdissant d’une Allemagne redevenue impériale qu’il juge incapable d’assumer les responsabilités qui lui reviennent en matière de sécurité et de défense. Mais, le mutisme prussien n’a qu’un temps. À Berlin, on préfère prendre le temps de la réflexion avant de se jeter tête baissée dans l’arène européenne et otanienne.

LES RÉFLEXIONS CARTÉSIENNES DE L’EXPERT DU BUNDESTAG

Aujourd’hui, nous avons droit à la réponse du berger à la bergère. Le temps du silence est passé. C’est chose faite avec la tribune que publie dans le quotidien Le Monde, le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag, Norbert Röttgen35.

Des préoccupations de politique intérieure évidentes

D’entrée de jeu, notons que les préoccupations de politique intérieure allemande ne sont pas totalement étrangères de la démarche de ce parlementaire. Concurrent déclaré d’Angela Merkel, il saisit l’occasion de sa tribune pour viser deux objectifs : dénoncer implicitement l’inertie d’une chancelière usée, d’une part et démontrer l’intérêt que porte toujours l’Allemagne à la construction d’Europe forte, de l’autre. Ceci étant dit, Norbert Röttgen fait d’une pierre deux coups.

Des réponses concrètes aux maux de l’Union

Le temps du diagnostic. Le président du Bundestag apporte « une » (pas la) réponse allemande argumentée aux propositions tous azimuts d’Emmanuel Macron. Il le fait avec élégance et conviction mais sans lyrisme et avec pragmatisme. Après avoir marqué sa reconnaissance au président français « pour avoir mis au centre des débats les questions stratégiques importantes de notre époque », il porte un diagnostic juste sur les maux du monde qui change de « façon radicale » et de l’Europe. C’est pourquoi, « de nouvelles questions se posent et nous avons besoin d’y apporter des réponses ». À trop repousser le temps des réponses souhaitées par les citoyens, le nationalisme prospère sur notre continent. Dans cette période de risques et d’opportunités, il faut savoir « saisir ces opportunités avec courage et confiance en soi… pour que les pays membres de l’Union européenne jouent au mieux le jeu de la concurrence nouvelle et de systèmes ».

Le temps du remède. Après avoir posé le diagnostic, Norbert Röttgen en vient au remède, aux solutions (« C’est dans le concret que se révèle la capacité d’action ») que Paris et Berlin peuvent mener à bien pour trouver des solutions européennes aux défis communs. Le parlementaire allemand propose que l’Union européenne se consolide et agisse en matière de politique étrangères. Forte sur le plan intérieur, elle pourra s’affirmer à l’échelle mondiale. L’auteur de la tribune propose plusieurs pistes d’action : renforcement de l’euro (coordination plus étroite des politique économique et financière) ; mise des ressources des États au service d’une politique étrangère et de sécurité commune (au moment où la politique de puissance s’impose, une forte impulsion des E3 s’impose en coordination avec la Pologne) ; adoption d’une seule stratégie vis-à-vis de la Chine (concurrente et rivale systémique d’une Europe qui doit prendre conscience de ses ambitions technologiques et de ses visées géopolitiques : à titre d’exemple, ayant raté le train de la 5G, elle doit anticiper celui de la 6G sous l’impulsion du tandem franco-allemand) ; imaginer en commun de nouvelles relations avec le Sud (Proche-Orient, Afrique du nord, Sahel où une stabilisation s’impose ainsi que la définition d’objectifs économiques, diplomatiques et humanitaires comme en Syrie)36 ; démonter la capacité d’action de l’Union dans le domaine de la défense et de sécurité (non contre les États-Unis mais en tant que pilier européen de l’OTAN). Norbert Röttgen conclut sa tribune en soulignant que « l’Europe n’est pas un musée ». Elle dispose d’un énorme potentiel au XXIe siècle. « Ce qui fait défaut, c’est la volonté politique d’articuler tout cela (performances économique, intelligence scientifique et technologiques importantes) en une stratégie ». Citons sn ultime phrase qui résume parfaitement sa démarche. « Si Paris et Berlin coopèrent plus étroitement et développent des axes communs en matière de géopolitique, mais aussi de préservation des ressources naturelles -particulièrement quant à la protection du climat -, alors l’Europe demeurera un modèle de réussite dans le cadre d’une concurrence mondiale toujours plus âpre, et pourra devenir une puissance capable de façonner le monde ».

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« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrive aisément » (Nicolas Boileau). Le mérite de cette présentation tient à sa clarté et à sa concision. Elle se trouve à mille lieues des envolées lyriques du président de la République française. Berlin est aussi pragmatique que Paris est idéologue. La réalité européenne, on le sait, a pris l’habitude de dépasser la fiction. Comme le souligne le général de Gaulle : « les plus nobles principes du monde ne valent que par l’action ». Tel est l’immense mérite de la tribune de Norbert Röttgen : proposer des axes d’action franco-allemands pour entraîner l’Union européenne. En un mot, il explique à Jupiter l’Europe réelle imaginée à Berlin et non l’Europe rêvée à Paris.

31 Guillaume Berlat, Jupiter se mue en Atlas, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 octobre 2017.
32 Guillaume Berlat, Pour The Economist, Jupiter dynamite l’Europe et l’OTAN, www.prochetmoyenèorient.ch , 11 novembre 2019.
33 Guillaume Berlat, Défense et dissuasion : la galimatias de Jupiter !, www.prochetmoyen-orient.ch , 17 février 2020.
34 Jean Giraudoux, L’impromptu de Paris, Grasset, 1937.
35 Norbert Röttgen, Le temps d’une Europe géopolitique est venu : une réponse allemande à Macron, Le Monde, 4 mars 2020, p. 28.
36 Alexandra de Hoop Scheffer, En Syrie, la géopolitique « fluide ». Révélatrice de l’impuissance occidentale, la tragédie humanitaire d’Idlib montre les limites du rapprochement turco-russe, estime la politiste, Le Monde, 5 mars 2020, p. 30.
 
 
LES PLATITUDES DE LOUIS GAUTIER – Guillaume Berlat

« La parole est d’agent mais le silence est d’or ». Il en va des membres de la Noblesse d’État, de la Caste comme des arrogants. Ils ne perdent jamais une occasion de se taire alors même qu’ils ne nous débitent que des banalités, enfoncent des portes ouvertes avec l’assurance des imbéciles. Tel est le cas de Louis Gautier dans une pleine page de confidence à l’experte en banalités du Figaro, Isabelle Lasserre37. L’homme nous est présenté sous son meilleur jour : ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), créateur en 2013 de la chaire « Grands enjeux stratégiques contemporains » à la Sorbonne dont l’objectif est de « donner une vitrine aux enseignements stratégiques en France, qui sont le parent pauvre de l’université, et de les confronter aux différentes écoles de pensée internationale ». La septième édition de la chaire est consacrée aux États-Unis. Occasion pour notre érudit de nous livrer un constat sur l’état du monde manquant d’originalité. En définitive, nous avons droit à un robinet d’eau tiède sans grand intérêt stratégique et géopolitique.

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UN CONSTAT DE L’ÉTAT DU MONDE MANQUANT D’ORIGINALITÉ

L’introduction de l’entretien respire la hauteur de pensée de cet expert : la réélection de Donald Trump est une hypothèse sur laquelle il faut travailler (!) ; les relations transatlantiques continueront d’être affectées par la diplomatie du 45ème président des États-Unis ; accumulation des mauvaises nouvelles (retrait de l’accord nucléaire iranien, du traité FNI, remise en cause de la garantie de l’OTAN, poursuite du pivot vers l’Asie…). 70 ans après sa création, certains s’inquiètent de la survie du NATO. En dépit des propos de Donald Trump (caractère « obsolète » de l’Alliance), Louis Gautier estime que l’Amérique assumerait ses obligations au titre de l’article 5 du traité en cas de besoin. Mais, cette grave crise qui secoue l’Alliance doit nous conduire à « revoir le partage des tâches et des charges ». C’est pourquoi, les « Européens doivent davantage contribuer à leur sécurité collective, défendre mieux leurs intérêts de souveraineté ». Heureusement que Louis Gautier est là pour éclairer notre lanterne de béotien sinon nous n’y aurions pas pensé. Dans l’hypothèse où Donald Trump ne serait pas réélu, il faut s’attendre à une action réparatrice américaine mais pas à un revirement dans la relation transatlantique. Une fois encore, le grand stratège, Louis Gautier encourage les Européens à « sortir de leur cocooning et à prendre en main leurs intérêts de sécurité ». Ces derniers doivent rechercher leur propre voie. Avant tout, ils doivent se poser les bonnes questions. L’unilatéralisme de Donald Trump sape l’organisation du système international. Son pari sur la faiblesse de l’Europe est mortifère pour l’ensemble du monde. Louis Gautier propose de relancer les négociations avec l’Iran, la Russie et la Chine (sans donner plus de précisions). Les Russes ont très habilement profité du vide laissé par les Américains – en particulier au Moyen-Orient – mais ils manquent de moyens. Tout cela n’ira pas plus loin que d’aider Bachar al-Assad, nous prédit notre oracle. Quoi que malheureuse, la formule de la « désoccidentalisation » du monde reflète une « évolution inéluctable ». Que vont faire les Européens après le départ des Britanniques de l’Union européenne ? Se continentaliser, se tourner vers sa périphérie orientale, en particulier vers la Russie et la Turquie ? En dehors de quelques actions humanitaires, de lutte contre le terrorisme (?), l’Union européenne ne sait pas faire grand-chose tant elle pense toujours protection américaine. « Les défis de sécurité exigent une unité politique très forte de l’Europe mais elle n’existe pas car tous les pays sont absorbés par leurs agendas nationaux ». L’Europe est confronté à un immense défi tenant à sa capacité à gérer des crises sur son sol. L’exemple du coronavirus a amplement démontré que nous n’en étions encore loin en raison de l’absence de réactions coordonnées, harmonisées. Les principaux enjeux de sécurité (cybercriminalité, crise migratoire, technologie …) ne sont pas pris en compte par l’Union. La raison en est simple : « il n’y a pas de pilote dans l’avion » tant le pouvoir est éclaté à Bruxelles entre Conseil et Commission. L’Europe est incapable d’anticiper comme ce fut le cas pour la 5G. « Il ne faut pas rater la prochaine marche, car les enjeux de souveraineté sont décisifs ». Ainsi, Louis Gautier son brillant madrigal.

UN ROBINET D’EAU TIÈDE SANS GRAND INTERET STRATÉGIQUE ET GÉOPOLITIQUE

Au passage, relevons que notre bécassine d’Isabelle Lasserre oublie de mentionner que ce monsieur est issu de la prestigieuse Cour des comptes (on ne l’y a pas vu depuis des années mais il en conserve tout de même certains avantages) et qu’il a rendu en novembre 2019 un rapport intitulé « Défendre notre Europe » immédiatement envoyé à la poubelle, n’ayant pas été du goût de Jupiter pour son conformisme stratégique ambiant38. Dans son dernier entretien au Figaro, Louis Gautier ne fait preuve d’aucune imagination. Il se borne à ressasser un constat auquel tout citoyen au fait des questions stratégiques peut se livrer. Le couplet sur l’Union européenne doit prendre en main sa sécurité ressemble à s’y méprendre à celui que nous sert régulièrement le président de la République, avec le succès que l’on sait auprès de ses partenaires européens. Ces derniers pensent uniquement OTAN et ne veulent pas entendre parler de défense européenne autonome. Ils l’ont fait savoir au président de la République après sa sortie sur la « mort cérébrale de l’OTAN » et autres carabistouilles débitées à l’occasion du discours à l’école de guerre ou à Munich39. Quand on pense que Louis Gautier passe, dans les dîners en ville, comme un des meilleurs stratèges de technostructure française, on comprend mieux pourquoi la pensée française ne s’experte plus hors de l’Hexagone. Une telle indigence intellectuelle et conceptuelle est pathétique surtout lorsqu’elle est le fait de l’élite de la Nation française dans le moule de l’école nationale de l’arrogance (ENA), y compris et surtout, celle sortie dans la botte (les trois grands corps que sont le Conseil d’État, la Cour des comptes et l’inspection des finances). Que ces Dames et ces Messieurs restent dans leur corps d’origine, dit corps de contrôle, et laissent le soin de traiter des questions internationales et stratégiques aux diplomates et aux militaires formés pour ! La France s’en porterait mieux et sa voix serait plus audible sur la scène internationale. Une fois de plus, nous sommes dans la confusion des genres la plus totale qu’affectionne la clique jupitérienne. Pour sa part, le Figaro se grandirait en ne faisant pas appel à de telles fausses valeurs, des enfonceurs de portes ouvertes, des illusionnistes sans grand talent si ce n’est celui de se mettre en valeur, en scène… Mais, il est vrai que ceux qui savent ne parlent pas alors que ceux qui ne savent pas parlent. Un classique du genre au pays de l’élite dévoyée.

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« L’homme de caractère confère à l’action la noblesse ; sans lui morne tâche d’esclave, grâce à lui jeu divin du héros » (Le fil de l’épée, Charles de Gaulle). Avec Louis Gautier dans le rôle de Coryphée et ses fadaises assénées avec componction, nous en sommes loin. Le contraste entre la complexité du monde et le diagnostic insignifiant qu’en donne notre clergé énarchique est saisissant. Sur les questions de sécurité et de défense, la France n’est plus crédible tant elle fait en permanence le grand écart entre défense européenne autonome et pilier européen de défense de l’OTAN alors que les termes sont irréconciliables. Louis Gautier devrait se souvenir de ce qu’écrit Jean-Pierre Chevènement sur le sujet : « Les Européens se sont accommodés de la vassalisation ». L’Union européenne est velléitaire. Elle fait de beaux discours, publie de sublimes communiqués mais se couche dès que l’oncle Sam siffle la fin de la récréation. Elle ne sait toujours pas inscrire son action dans le temps et dans l’espace. Telle est la conclusion qui s’importe après avoir pris connaissance des platitudes de Louis Gautier.

37 Isabelle Lasserre (propos recueillis par), Louis Gauthier : « Les Européens doivent assumer leur sécurité », Le Figaro, 28 février 2020, p. 18.
38 Guillaume Berlat, Louis Gautier ou le rapport introuvable, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 novembre 2019.
39 Guillaume Berlat, Davos de la défense à Munich : les facéties du caporal Jupiter, www.prochetmoyen-orient.ch , 24 février 2020.
 
 
L’EXTASE DE LA (RE)LECTURE : CAMUS PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE 1957 – Guillaume Berlat

« Le génie ressemble à tout le monde et nul ne lui ressemble » (Honoré de Balzac). Quel meilleur portrait pouvait-on dresser d’Albert Camus, prix Nobel de littérature 1957 ! Un premier homme qui fait découvrir une jeunesse algérienne modelée par un instituteur clairvoyant. Un homme mort trop tôt. Un écrivain qui laisse un héritage littéraire incomparable. Un génie dont on ne se lasse pas de lire et de relire, à intervalles réguliers, ses ouvrages ; de découvrir la clairvoyance de sa pensée ; d’appréhender la profondeur d’âme… Exercice hautement salutaire dans cette période de grande médiocrité intellectuelle, de conformisme de la pensée, de servitude volontaire ! Aujourd’hui, alors que l’on célèbre le soixantième anniversaire de sa mort dans un stupide accident de la route survenu le 4 janvier 1960. Nous avons choisi de relire le discours qu’il a prononcé, trois ans plus tôt, le 10 décembre 1957, à l’hôtel de ville de Stockholm, à la fin du banquet clôturant les cérémonies de l’attribution des prix Nobel. Texte réédité pour notre plus grande joie dans un format de poche très maniable. Quel ravissement à la lecture de ces dix pages petit format d’une extrême densité, richesse, profondeur intellectuelle et littéraire !40 Un moment de béatitude nous transportant hors du temps et de l’espace. Il n’entre nullement dans notre intention de résumer ce voyage au bout de l’artiste. Nous ne possédons pas la moindre légitimité pour le faire. Nous limiterons notre propos à mettre en exergue quelques idées fortes qui n’ont pas pris la moindre ride plus d’un demi-siècle après.

Albert Camus se définit d’entrée de jeu comme « un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d’une œuvre encore en chantier ». Il n’est vrai qu’il n’a à l’époque que 44 ans mais il tire sa force de ses doutes. Quelle leçon d’humilité en ces temps d’arrogance de notre élite formée à l’école nationale de l’arrogance (ENA) et de nos pseudo-écrivains de romans de gare. Et s’en suit une belle leçon sur le thème de l’art et de l’artiste qui sonne vraie, authentique. Nous retiendrons quelques formules qui nous ont marqué. « Il [l’art] oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler, il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle ». Le sujet de la vérité revient de manière récurrente dans son discours comme une sorte de fil conducteur de la démarche camusienne. Il complète son exposé par une formule que nos Torquemada aux petits pieds gagneraient à méditer : « C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger ». Ce jugement prend toute sa signification au moment où sévit l’insoutenable tribunal médiatique dont on connait les ravages. Albert Camus déroule logiquement sa pensée : « Par définition, il [l’artiste], il ne peut se mettre au service de ceux qui font l’histoire, il est au service de ceux qui la subissent… l’écrivain peut retrouver le sentiment d’une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu’il accepte, autant qu’il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier : le service de la vérité et celui de la liberté  ». Les deux mots sont lâchés. Il enfonce le clou : « la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression ». Quel superbe viatique pour nos dirigeants, nos technocrates, nos élus, nos perroquets à carte de presse, nos « spin doctors », nos faiseurs d’opinion ! S’ils suivaient les préceptes de notre prix Nobel, ils s’épargneraient la crise de confiance dont ils sont l’objet de la part de nos concitoyens. Nous retrouvons ensuite sa formule devenue célèbre depuis qu’il l’a énoncée : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait portant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est encore plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ». Quelle prescience lorsque l’on se penche sur l’état du monde en ce début de XXIe siècle et sur les sottises que l’on nous sert à longueur de journée sur l’ancien et le nouveau monde. Il évoque ensuite : « les techniques devenues folles… les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent pas convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression… ». Dans une conférence qu’il prononce le 14 décembre 1957, il déclare : « j’ai toujours pensé qu’il y avait deux sortes d’intelligence, l’intelligence intelligente et l’intelligence bête ». À mettre en rapport avec nos brillants technocrates (nous pensons à quelques brillants inspecteurs des Finances qui sont entrés par effraction dans un Palais de la République situé 55 rue du Faubourg Saint-Honoré un mois de mai 2017) à qui manque le plus élémentaire bon sens. Albert Camus revient à ses deux thèmes de prédilection lorsqu’il souligne que « La vérité est mystérieuse, fuyante toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d’avance de nos défaillances sur un si long chemin ».

Quel autre conseil pouvons-nous donner à nos fidèles lecteurs que celui de découvrir ou de redécouvrir ce magnifique discours d’Albert Camus ! Un superbe éclairage du passé sur un présent incompréhensible, imprévisible. Dans la conférence du 14 décembre 1957, il prononce quelques mots qui trouvent aujourd’hui un écho intéressant à la faveur de la crise que traverse l’Union européenne : « Réjouissons-nous d’avoir vu mourir une Europe meneuse et confortable et de nous trouver confrontés à de cruelles vérités. Réjouissons-nous en tant qu’hommes puisqu’une longue mystification s’est écroulée et que nous voyons clair dans ce qui nous menaces ». Clairvoyance, prescience, anticipation, humilité, attachement à la recherche de la vérité et à la quête de liberté. L’étoffe d’un génie de la littérature française qui nous manque. L’extase de la (re) lecture du discours du prix Nobel de littérature 1957, Albert Camus.

40 Albert Camus, Discours de Suède. Prix Nobel 1957, Folio, 2017.
 
 
CORONAVIRUS, LE PATIENT ZERO N’EST PAS UN INCONNU – Hedy Belhassine

En mai 2018, le Centre de sécurité sanitaire Johns Hopkins organisait à Washington des ateliers de simulation avec des jeux de rôles partagés par de hauts responsables de la sécurité nationale. Le scénario décrivait les ravages de la propagation d’un virus « Clade X » qui faisait 150 millions de victimes dont 15 aux États Unis. La documentation des conséquences collatérales aux USA fait froid dans le dos : dégringolades boursières de 90%, faillite des banques et des fonds de pension, économie en récession , chômage à 20%, paupérisation, pénuries, émeutes, institutions décimées, vice-Président décédé, Président en réanimation…
Il a six mois, une équipe de prévisionnistes du Center for Strategic and International Studies conduite par Samuel Banner imaginait pareillement la fiction d’une pandémie de coronavirus en 2025 dont voici le récit. Échappé suicidaire ou involontaire d’un laboratoire ultra sécurisé en Allemagne, le patient zéro prend l’avion pour New York , traine dans les aéroports et propage l’infection. En trois mois la planète contamine 800 millions d’habitants et cause 25 millions de morts. Ce thème a été soumis à la réflexion d’une soixantaine de spécialistes de la prévention et de la gestion des crises.
Les deux « exercices » précités, réalisés par des institutions de notoriétés internationales concluaient à l’évidente nécessité de mettre en œuvre une série de mesures préventives. Gouverner c’est prévoir et prévoir c’est savoir écouter les prévisionnistes.

Pékin a vite compris que la bombe biologique était capable de tuer des millions d’êtres humains. L’état d’urgence a été décrété, l’armée nationale mobilisée. Masque pour tous, confinement, réquisitions, constructions d’hôpitaux en quinze jours. Exemplaires, les autorités ont collaboré avec l’étranger et l’Organisation Mondiale de la Santé, elle ont communiqué au jour le jour les statistiques, les symptômes, les essais thérapeutiques, etc… Mais du haut de leur suffisance, les capitales étrangères ont d’abord exigé le rapatriement de leurs ressortissants. Elles ont ensuite cherché à comprendre, et surtout à identifier le responsable, le patient zéro ; consommateur de viande exotique ou travailleur au laboratoire de recherche P4 ultra confiné (vendu par la France) ? Chacun était alors convaincu que le mal ne sortirait pas de Wuhan. Les télé-experts ont même cru deviner quelques manœuvres de circonstance au sein du parti communiste, ils ont spéculé sur une action de sabotage d’un opposant au régime, sur l’absence d’hygiène de la population, sur la défaillance des infrastructures sanitaires…. Bref, ce n’était pas dramatique car la maladie étant sino-chinoise, il suffisait d’un moment d’apnée pour l’éviter. À Paris, les restaurants des quartiers de la porte d’Ivry et de Belleville se sont vidés. Dans le métro, des regards hostiles croisaient ceux des yeux bridés. Pendant plusieurs semaines, au lieu de nous préparer, nous avons contemplé à la télévision l’agitation des fourmis masquées dans un monde qui ne nous concernait pas. Las, il est peu probable que ce temps ait été consacré à préparer la mobilisation des industries et des chaine d’approvisionnement vitales.

La France n’eut pas le temps de s’indigner de l’absence de frontières sanitaires avec l’Italie qu’elle était à son tour infectée. Affichant son sang-froid, Macron avec courage s’en fut serrer les mains suspectes à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière. Le gouvernement attendit le dernier jour pour fermer le salon de l’agriculture (bouillon de culture) mais se garda bien d’annuler le foot. Les autorités françaises ont choisi de répondre à l’urgence au jour le jour, de façon « proportionnée » pour ne pas alerter « inutilement » la population. Mais les hôpitaux sont débordés, le 15 est saturé, les masques et les combinaisons sont introuvables. Pour rassurer, les professeurs de médecine défilent à la télé. La protection civile et le service de santé des armées n’ont pas encore été sollicités. L’état d’urgence n’est pas envisagé. Matignon est obsédé par la réforme des retraites et les élections municipales.

Contrairement aux asiatiques qui perçoivent le temps long, les occidentaux agissent et « profitent » de l’instant présent, le passé révolu et l’avenir lointain ne les concernent pas. C’est sans doute la raison pour laquelle tous les prévisionnistes ont imaginé dans leurs scénarios que la bombe biologique sera désamorcée par la découverte d’un vaccin miracle…. en Chine.
Reste maintenant aux chercheurs en boule de cristal à imaginer le monde qui émergera de la crise dévastatrice qu’ils avaient prédite.

https://threadreaderapp.com/thread/1233438868029964288.html
http://www.centerforhealthsecurity.org/our-work/events/2018_clade_x_exercise/index.html
https://csis-prod.s3.amazonaws.com/s3fs-public/publication/200123_Brannen_TwinPillars_WEB_FINAL.pdf?eljUpAKOjVauOujYfnvuSGDK0xvsQGZF

https://hybel.blogspot.com/2020/03/coronavirus-le-patient-zero-nest-pas-un.html

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