Observatoire Géostratégique

numéro 290 / 6 juillet 2020

ORIENT-ATIONS 276

LUCIEN SEVE NOUS A QUITTE – Richard Labévière. Ami de prochetmoyen-orient.ch, le philosophe Lucien Sève (âgé de 93 ans) a succombé lundi dernier au coronavirus. On lui doit une magistrale tétralogie – Penser avec Marx aujourd’hui (La Dispute) – quatre volumes, quelques 4000 pages invitant à lire et relire Marx et Engels. Pour lui, cette pensée exprime une idée majeure selon laquelle le communisme n’est pas « un état idéal », une projection de l’esprit construisant une vision sur laquelle le monde devrait se régler, mais bien – selon les termes de Marx lui-même – « le mouvement qui abolit l’état des choses actuel ». Lucien Sève nous dit que « le monde actuel pose la question du communisme », tant il appelle dans son mouvement même de nouveaux rapports de production, de nouveaux rapports à la terre, de nouveaux rapports humains dont les germes, et plus encore les bases, sont déjà présen, ici et maintenantts. Son œuvre occupe une place remarquable dans l’histoire du marxisme, de l’anthropologie politique, de l’histoire et de la philosophie des sciences sociales. Avec l’un de ses premiers grands livres – Marxisme et théorie de la personnalité (éditions sociales) -, il s’oppose à l’anti-humanisme théorique de Louis Althusser, au motif que ses protagonistes sont, eux-aussi, déjà intégrés dans la lutte de classe. Pour lui, si les hommes qui font l’histoire, sont bien de part en part des produits de l’histoire et agissent donc en fonction des contradictions des rapports sociaux, ce sont bien – en définitive – les hommes qui font l’histoire. Entre Louis Althusser, Roger Garaudy, Jean Elleinstein, Henri Lefebvre et d’autres, ce grand philosophe – que l’on partage ou non ses cheminements – nous a appris le goût du savoir et la patience du concept. A sa famille, ses fils Jean et Marc et ses petits-enfants, la rédaction de prochetmoyen-orient.ch adresse ses plus sincères condoléances.
 
 
MICHEL ANNEQUIN, « confiné énervé » : Dissocier le vrai du faux et remettre les faits en perspective. Voilà à quoi on s’emploie lorsqu’on est journaliste. Aujourd’hui, les médias mainstream prétendent être les seuls à produire des analyses géopolitiques sérieuses parce qu’ils seraient les seuls à rendre compte de l’actualité de façon objective. Cette prétendue objectivité, parlons-en. Il y a 10 jours, dans la foulée de la Chine, la Russie a annoncé qu’elle allait envoyer de l’aide à l’Italie, le pays le plus durement touché par la pandémie du COVID-19. Jeudi, un groupe d’une centaine de médecins est arrivé Rome à bord de plusieurs Antonoff chargés d’équipement et notamment de laboratoires mobiles. Sans perdre une minute, une équipe a pris la route pour Bergame, la région la plus touchée. De l’autre côté des Alpes, le bilan est effrayant avec des centaines de mort chaque jour. Les Italiens ont été touchés par le geste des Russes comme ils ont été touchés par la solidarité des chinois. Ici, nos médias mainstream, à l’image du journal Le Monde s’en sont émus. Nos grands éditorialistes n’y ont vu qu’une « opération de propagande » conduite par Moscou. Cela ne fait aucun doute, puisque ministère russe de la défense a publié un communiqué pour informer la presse du monde entier qu’il envoyait de l’aide en Italie… C’est bien connu, ni les États-Unis, ni la France ne médiatisent leurs actions humanitaires. Lorsque c’est la Russie, c’est forcément calculé et pétris d’arrière-pensées. Peut-être, admettons, mais de quoi faut-il s’émouvoir aujourd’hui ? De la Russie qui fait du pied à un pays européen en lui portant secours ou de cette Amérique qui s’est empressée de fermer ses frontières aux Européens ? Il a suffi qu’un virus frappe pour que la réalité de la prétendue alliance transatlantique saute aux yeux. Le chacun pour soi l’a emporté. Et ce virus-là, importé des États-Unis, a contaminé toute l’Europe.
 
 
BERTRAND RENOUVIN NOUS DIT : « MOBILISER L’ECONOMIE », 23 mars. Le 12 mars au soir, Emmanuel Macron a répété que nous étions “en guerre” et appelé à “l’Union sacrée”. Il s’agissait de se camper en héritier de Clemenceau mais la réponse des “soldats” du front sanitaire et des “civils” de l’arrière nous ramena aux scandaleuses réalités de la lutte contre l’épidémie. Les “soldats” sont envoyés au front sans casques ni fusils – en l’occurrence le personnel soignant manque de masques et de respirateurs. Les “civils” des caisses de supermarché, du transport routier, des usines, de la voirie… travaillent eux aussi sans masque et sont traités de déserteurs s’ils invoquent leur droit de retrait tandis que les donneurs d’ordre sont chez eux devant leur ordinateur. Plus que jamais la lutte des classes…

Ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne a cru bon de reprendre le langage élyséen en lui ajoutant sa touche personnelle. “Tout le monde doit comprendre, a-t-elle déclaré au “Parisien”, que nous sommes entrés dans une économie de guerre où beaucoup d’entreprises se mobilisent, y compris pour nous fournir ce qui nous manquait”. Hélas,  tout le monde doit comprendre que madame Borne ne comprend pas ce qu’est une économie de guerre. Elle cite LVMH qui se met à produire du gel hydroalcoolique et des entreprises du Grand Est qui se constituent en groupe pour produire des masques mais ces actions relèvent de l’initiative privée.

Madame Borne n’a certes pas le temps de consulter des livres d’histoire mais elle aurait pu simplement consulter la fiche Wikipédia sur l’économie de guerre avant de faire des phrases. “Vous voyez, assure-t-elle, on adapte la chaîne de production de notre économie pour avoir les bons produits là où il faut. C’est ça, l’économie de guerre”. Qui, “on” ? Pour le moment, c’est un fabricant de parfums qui fait un acte généreux. Quant à “la chaîne de production de notre économie” elle est, d’un bout à l’autre ou par morceaux… en Chine, en Allemagne, en Italie (1). Les masques, le Doliprane, c’est en Chine !

Si madame Borne consultait Wikipédia, elle lirait à la première ligne de la fiche que l’économie de guerre, c’est d’abord le contrôle de la politique monétaire. Or la politique monétaire se définit et se met en œuvre à Francfort, où siège la Banque centrale européenne réputée indépendante des gouvernements (2). Une arme décisive échappe à la France et nous allons en payer les conséquences.

Nous n’oublions pas les mesures de soutien aux entreprises, dans l’heureux sacrifice de l’austérité budgétaire. Mais une économie de guerre ne se réduit pas à des mesures d’urgence et à des recommandations. Si l’on invoque l’Union sacrée, il faut imposer aux plus riches des sacrifices à la hauteur des richesses qu’ils ont accumulées par la spéculation et par l’exploitation de leurs salariés. Impôt massif sur la fortune, contributions exceptionnelles, emprunt forcé… nous disposons de tous les moyens qui permmetent de concrétiser la solidarité et de financer l’effort de “guerre sanitaire”.

Une économie de guerre implique le contrôle du crédit. Il faut nationaliser les banques et les compagnies d’assurance pour parer la menace d’une catastrophe financière mondiale et pour que l’argent, nerf de la guerre, serve à financer l’économie réelle. Une économie de guerre implique la mobilisation des entreprises par l’État afin d’orienter la production en fonction de l’intérêt général. Il faut des réquisitions d’usines, de locaux, de moyens de transport dans les secteurs vitaux. Il faut que les réquisitions et les réorientations d’activités fassent l’objet d’une planification qui doit, dans l’immédiat, viser à juguler la crise sanitaire et ses effets sur les secteurs vitaux de la santé, de la protection civile, de l’alimentation. Il faut aussi préparer la relocalisation des entreprises dans les secteurs stratégiques – à commencer par celui de la pharmacie – et reconstruire les services publics.

Une économie mobilisée par le Plan est une économie protégée. Comme le dit Gaël Giraud (3), nous avons besoin d’un “protectionnisme écologique, social et sanitaire raisonné”. Les sociétés américaines de la vente par correspondance et du divertissement devraient être des cibles prioritaires.La mobilisation de l’économie nationale est évidemment incompatible avec les normes bruxelloises. Qu’importe, puisque nous assistons à la faillite de l’Union européenne. En décidant de suspendre le Pacte de stabilité, la Commission européenne se contente d’accepter des décisions déjà prises par l’Italie, la France, l’Allemagne. La livraison à l’Italie de matériel médical par le gouvernement chinois et la demande d’aide médicale adressée par la Lombardie à la Chine, à Cuba et au Venezuela sont les signes les plus criants de cette faillite.

Une économie mobilisée n’est pas une économie autarcique. La coopération internationale est une réalité qu’il faut maintenir puis développer dans tous les domaines. Il y aura un monde après la démondialisation.

(1) Xerfi, note du 12 mars 2020, Olivier Passet, Alberto Balboni.

(2) L’entretien avec Frédéric Farah publié sur mon blog le 20 mars.

(3) Entretien accordé à L’Obs, 20 mars 2020.

Éditorial du numéro 1186 de « Royaliste » – mars 2020
 
 
LE PANGOLINGATE OU L’ÉLOGE DES FRONTIÈRES – Guillaume Berlat. « Les vertus sont frontières des vices » (François de La Rochefoucauld). Aujourd’hui les frontières entre vice et vertu son fluctuantes. La gestion chaotique de la crise du Covid-19 en administre la preuve éclatante. Petites causes, grands effets ! En quelques jours, sous l’effet d’un virus microscopique se propageant à la vitesse de l’éclair aux quatre coins de la planète, la grammaire des relations internationales s’en trouve toute chamboulée. Ce qui était vénéré hier est aujourd’hui jeté aux orties. C’est pourquoi, il devient de plus en plus délicat de séparer le bon grain de l’ivraie. En effet, les mots ne semblent plus avoir la même signification au temps honni du coronavirus qu’au temps béni de l’insouciance. Prenons un exemple concret : le terme de frontières. Hier, le seul fait de l’évoquer, qui plus est de le prononcer, valait à son auteur, pêle-mêle, blâme, anathème, excommunication de la bien-pensance européiste et mondialiste. Aujourd’hui, ce concept subit une sorte de réhabilitation quasi-religieuse. Au lieu de s’ouvrir à l’autre, il faut désormais s’enfermer. Sans « distanciation » sociale, point de salut. Sans repli sur soi, point de guérison. En un mot et en un tournemain, nous sommes subitement passés du monde des confins à celui des confinés.

DU MONDE DES CONFINS : HARO SUR LES FRONTIÈRES

Revenons quelques jours, quelques semaines, quelques mois, quelques années en arrière pour nous remémorer le temps de la condamnation sans équivoque du terme de frontière et de l’un de ses corollaires, celui de mur ! Avec la fin de la Guerre froide et la fin de l’Histoire, le monde entre dans le temps de l’intangibilité des nouveaux dogmes :

mondialisation/mondialisme ; libre circulation/ libre-échange ; libéralisme économique/division internationale du travail ; européisme (et sa religion d’ouverture des frontières) /anti-souverainisme ; vibrionnisme/tourisme global (le ministère des Affaires étrangères est devenu le ministère du Tourisme) ; fin de l’Histoire/fin des frontières1, … Tout doit fluctuer, se mêler sans répit, sans entraves, donc sans frontières. En conséquence, la conscience morale universelle autoproclamée condamne avec la plus grande vigueur les brebis égarés qui édictent contrôles, qui érigent murs2, enceintes barbelées à la frontière avec la Palestine, avec le Mexique, avec les États limitrophes de la Hongrie… Elles ont le front de caricaturer la démocratie en démocrature. Au début de l’année 2020, le mot « confinement » (quarantaine selon la définition du Petit Robert) relevait encore, en Europe, de la catégorie des incongruités, des pratiques propres aux dictatures comme la Chine, à en croire nos dirigeants éclairés. Mais, c’était oublier que le mode de fonctionnement du monde était parvenu à saturation, que son dérèglement était largement consommé et que les grandes institutions comme l’ONU démontraient leurs limites, interrogeaient sur leur raison d’être. Mais, c’était oublier également que les masques commençaient à tomber que les vernis des mensonges à s’écailler3. L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera.

Aujourd’hui, dans une Europe ouverte aux quatre vents, une question existentielle est posée : si le principe de propagation qui permet le commerce mondial, le capitalisme financier, l’échange frénétique, l’uniformisation linguistique et culturelle, pourquoi le coronavirus n’emprunterait-il pas le même courant ?

AU MONDE DES CONFINÉS : BRAVO LES FRONTIÈRES

Le moins que l’on soit autorisé à dire est que, face à la progression inquiétante du mal, les dirigeants tâtonnent, leurs certitudes s’effondrent en quelques jours. Une sorte de décade catastrophique. En effet, soudain, le 16 mars 2020, au lendemain du premier tour des élections municipales, le président de la République annonce la fermeture des frontières extérieures de l’Union – alors que nos voisins ferment la leur avec la France – et décide de confiner sa population4. Ce qu’il excluait dix jours auparavant en allant au théâtre et en incitant à continuer à vivre comme avant. Il n’aura fallu que quelques jours pour que nos élites abandonnent, dans la plus grande précipitation, les œillères qui les avaient conduites à ne pas anticiper la menace, à s’enorgueillir de garder la France ouverte. C’est bien à une certaine forme de réveil des frontières auquel nous assistons5, incrédules face à un tel changement de cap aussi brusque. Cette conversion est d’autant plus louable qu’elle conduit ceux qui ont défendu bec et ongles le démantèlement inconsidéré des frontières à le rejeter. Mais sauront-ils capables de reconstruire leurs schémas de pensée ? Il est permis d’en douter tant leur action passée et présente a été marquée au sceau de l’ignorance au détriment de la connaissance ; de l’expertise au détriment du savoir ; de l’impuissance au détriment de l’action ; de l’imprévisibilité au détriment de l’anticipation ; de l’idéologie au détriment du réel. « Dans les démocraties, le grand écart entre le principe et la réalité condamnait la pensée à plus de contorsion que de logique »6 (Cf. les confessions tardives de l’ex-ministre des Solidarités et de la Santé, professeur de médecine, Agnès Buzyn suivies d’un semi-rétropédalage). Une fois de plus, « l’Europe qui protège » que l’on nous promet depuis des décennies n’a pas été au rendez-vous de l’histoire. Le fameux esprit européen est un conte de fées (Henri Guaino). Encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots (chanson interprétée par Dalida en 1993) !

En dernière analyse, « la mondialisation aura été le mouvement d’organisation planétaire menant en trois décennies des confins au confinement. Du ‘No borders’ au ‘Restez chez vous’ » 7.

« Trust, but verify » (Ronald Reagan). La démagogie anti-frontières n’a plus vraiment bonne presse, au moins pour un temps, celui de la gestion du Covid-19. Qu’allons-nous faire de ce moment unique ? Une fois la tempête passée, il faudra bien analyser les raisons d’un tel aveuglement collectif face à la menace de cette épidémie de coronavirus, son ampleur, sa dangerosité. Il faudra également s’interroger sur le dogme de l’inéluctabilité de la mondialisation. Et cela au moment où nous nous prenons conscience que « l’inéluctable n’est pas irréversible et que la nostalgie peut proposer de nouvelles directions »8. Il nous reviendra de nous souvenir que « l’imprévu aura toujours une place cruciale dans l’histoire »9. Ne faudra-t-il pas investir dans sa préparation, pas dans sa prévision ?10 Mais, nous voici pleinement rassurés. Le ministre de l’Economie espère que de cette crise doit sortir un nouvel ordre mondial dans lequel les Européens affirmeront leur puissance et leur souveraineté. Rien n’est moins sûr. Mais, une chose est certaine. La crise du coronavirus aura eu au moins un mérite dans la sphère des relations internationales, celui transformer le « pangolingate » en éloge des frontières.

http://www.afri-ct.org/2020/thucyblog-n-22-le-pangolingate-ou-leloge-des-frontieres/

1 Philippe Moreau Defarges, La mondialisation : vers la fin des frontières ?, IFRI/Dunod, 1993.
2 Astrid von Busekist, Portes et murs : des frontières en démocratie, Albin Michel, 2016.
3 Dominique Eddé, Coronavirus, la vie comme après, Le Monde, 22-23 mars 2020, p. 26.
4 Adresse aux Français, Paris, 16 mars 2020, www.elysee.fr .
5 Michel Foucher, Le retour des frontières, CNRS éditions, 2016.
6 Dominique Eddé, précitée.
7 Vincent Trémolet de Villiers (propos recueillis par), Sylvain Tesson : « Que ferons-nous de cette épreuve ? », Le Figaro, 20 mars 2020, p. 24.
8 Sylvain Tesson, précité.
9 Maxime Tandonnet, Le coronavirus, ou l’imprévu en histoire, Le Figaro, 14-15 mars 2020, p. 20.
10 Nassim Nicholas Taleb, Le Cygne noir. La puissance de l’imprévisibilité, Les Belles Lettres, 2011.
 
 
CONNAITRE, ANTICIPER, SE PRÉPARER – Guillaume Berlat. « Il faut prendre l’évènement par la main avant qu’il vous saisisse à la gorge » (Winston Churchill). Que nos dirigeants auraient dû méditer ce jugement d’un homme qui fut à la hauteur des évènements durant la Seconde Guerre mondiale au moment le président de la République évoque la guerre contre le coronavirus ! Et cela d’autant plus qu’ils se sont laissés porter par l’évènement au lieu de le prendre à bras-le-corps dès le début de l’année 2020. Dans le langage commun, l’on commence à dire qu’ils n’ont pas su anticiper une crise dont le minimum de bon sens aurait dû les conduire à ne pas la prendre à la légère dès que les informations inquiétantes leur parvenaient sur le foyer de l’épidémie en Chine11. Que signifie concrètement tout cela ? Alors que nous disposions d’un socle conceptuel solide nous permettant de nous préparer efficacement à cette pandémie, nous avons fait l’exploit de reproduire l’étrange défaite de 1940.

L’EXISTENCE D’UN SOCLE CONCEPTUEL SOLIDE

Un petit retour en arrière s’impose pour tenter de mieux appréhender le concept d’anticipation dans la doctrine sécuritaire française. Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 2008, publié le 17 juin 2008, est un livre blanc chargé de définir une stratégie globale de défense et de sécurité pour la France de 2009 à 202012. Sa coordination a été confiée à Jean-Claude Mallet. Le programme, élaboré par une commission, servira de bases aux deux projets de lois de programmation militaire suivants, qui seront votés par le Parlement français. Ce livre blanc fait suite à deux précédents livres blancs sur la Défense nationale publiés en 1972 par Michel Debré et en 1994 par le gouvernement d’Édouard Balladur. Il a été remplacé par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale en 2013.

Ce livre blanc de 2008 opère une percée conceptuelle dans sa troisième partie (« Une nouvelle stratégie pour l’action ») avec son chapitre 8 intitulé : « Connaître et anticiper » (20 pages sur 300 hormis les annexes et autres glossaires, composition de la commission, lettres de mission, cartes et graphiques). Pour la première fois dans un texte public, la France reconnait l’importance de la fonction stratégique du renseignement dans la mise au point de sa doctrine de défense et de sécurité nationale. Reprenons les termes exacts de l’introduction de ce chapitre !

« Dans un environnement international marqué par de grandes incertitudes et des préavis qui peuvent être très courts, les moyens de la connaissance et de l’anticipation constituent la première ligne de défense d’un pays. Ils doivent offrir au décideur, le plus en amont possible de l’irruption des crises, des éléments d’appréciation de situation (variété et gravité des risques et des menaces, opportunités pour les intérêts français et européens, etc.) qui lui donnent une capacité de choix mieux étayée entre les modes d’action envisageables. C’est pourquoi la fonction connaissance et anticipation est érigée pour la première fois en fonction stratégique à part entière. Elle recouvre plusieurs domaines ».

Les domaines concernés sont le renseignement, la valorisation du réseau diplomatique, le développement de la démarche prospective au sein de l’État, la maîtrise de l’information13. Les plus longs développements sont consacrés à la fonction renseignement jusqu’ici considérée comme le parent pauvre contrairement à sa noblesse dans le système anglo-saxon. Notre pays disposait donc d’une pratique de mise en œuvre de cette fonction « connaissance et anticipation » de plus d’une décennie pour utiliser toutes ses fonctions régaliennes afin de mieux connaître le monde, d’anticiper les crises de quelque nature qu’elles soient et, enfin et surtout, de mieux s’y préparer.

LE CONSTAT ACCABLANT D’UNE ÉTRANGE DÉFAITE

Si l’on en croit les informations ouvertes dont nous disposons depuis quelques semaines, le tableau semble clair et limpide. Qu’il s’agisse de la ministre des Solidarités et de la Santé, du directeur général de la Santé ou des services de renseignement, les plus hautes autorités françaises étaient bel et bien informées de l’existence d’une pandémie gravissime en Chine et des risques de sa propagation sur le continent européen, y compris en France ! Et cela au plus tard, dès la fin du mois de janvier. Le moins que l’on puisse dire est qu’elles savaient/connaissaient mais – pour des raisons qu’une commission d’enquête parlementaire éclaircira peut-être le moment venu – qu’elles ont pêché par arrogance, par défaut d’humilité, tant sur les plans de l’anticipation et de la préparation en faisant la sourde oreille aux Cassandre. On en mesure aujourd’hui les conséquences négatives sur le plan sanitaire, économique, financier, social et cela sur le moyen et le long terme. Nos gouvernants auraient-ils oublié que gouverner, c’est prévoir ? Auraient-ils oublié que « l’erreur ne devient une faute que lorsqu’on ne veut pas en démordre » comme le souligne Ernst Jünger ? Auraient-ils oublié les vertus bienfaitrices d’un exercice de planification dont nos militaires ont le secret.

On peut dire, sans grand risque d’erreur, que jusqu’au 16 mars 2020, par aveuglement ou par calcul politicien, Jupiter et sa mauvaise troupe (les plus dignes représentants de la Caste) n’ont pas cessé de minimiser la gravité de la crise. Il est risible d’entendre aujourd’hui le président de la République déclarer avec une mauvaise foi évidente : « Je félicité toutes celles et ceux qui avaient prévu tous les éléments de la crise une fois qu’elle a eu lieu »14. Transmis aux nombreux spécialistes qui ne l’avaient pas exclue ou qui avaient réclamé dès le début de l’année la prise de mesures de confinement. Nos dirigeants avaient-ils oublié les leçons d’Ebola ?15

En France, l’histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement ? Mener une guerre sans armes ni stratégie revient à planifier la déroute d’une armée et d’un peuple. Quand Marc Bloch écrit L’étrange défaite, parlant de juin 1940, sa description des archaïsmes du commandement français pourrait être reprise pour analyser les œillères d’élites incapables d’anticiper la menace, tout en s’enorgueillisant de garder la France ouverte. La raison est impuissante à comprendre l’entêtement mis par Macron à refuser d’avoir recours à la protection des frontières nationales, au prétexte de promouvoir Schengen, l’Union européenne et son propre rôle de leader d’une Union européenne en débandade16. Comment mieux résumer que ne le fait cet éditorialiste les erreurs additionnés de mépris des informations fiables mises à sa disposition, les fautes d’anticipation couronnées par les défauts d’impréparation inadmissibles à ce niveau de responsabilité (Cf. les manques stocks de masques et de tests)17 ! Les avertissements du Secrétaire général de la Défense et de la sécurité nationale (SGDSN) sont restés lettre morte18. Et, la France se permet le luxe de jouer les donneuses de leçon à la planète entière. En dernière analyse, pour caractériser l’attitude légère de nos dirigeants, nous pouvons reprendre le titre de l’article de Frédéric Lordon : « Les connards qui nous gouvernent »19.

AU MÉPRIS DE LA PRÉVISION RAISONNABLE

« La prospective est un art difficile surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » nous rappelle l’humoriste, Pierre Dac. Et cela d’autant plus que quand on pratiquait tout l’inverse pendant de longues semaines, le virage est périlleux. Et pire encore lorsqu’on a fait litière de l’adage latin In dubio, pro malo (dans le doute, envisage le pire) surtout lorsque l’on sait le risque zéro n’existe pas dans le domaine sanitaire. La menace était réelle depuis le début de l’année 2020. Il était doublement coupable de la nier et de la sous-estimer. Le sang-froid, le recul, la stratégie, la méditation étaient sommées devant la rapidité et la communication. Il eut été préférable d’investir dans la préparation à la pandémie, pas dans une prévision aléatoire par nature. Mais, Jupiter a réussi le tour de force ni de connaître, ni d’anticiper et de ni se préparer au pire20. C’est que dans la Macronie triomphante, il ne s’agit non de démontrer mais de se montrer. Elle pourrait le payer très cher le moment venu21.

EN GUISE D’ÉPILOGUE

Comme l’écrivait Hans Jonas : « la prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire n’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite » !

11 Sophie de Ravenel, Sondage : la confiance des Français envers l’exécutif en chute libre, Le Figaro, 26 mars 2020, p. 19.
12 Défense et sécurité nationale. Le livre blanc, préface de Nicolas Sarkozy, Odile Jacob, 2008.
13 http://bdc.aege.fr/public/Defense_et_securite_nationale_Livre_Blanc.pdf
14 Coup de griffe du même Macron, Minimares, Le Canard enchaîné, 25 mars 2020, p. 2.
15 Isabelle Barré, Ebola, le coup de semonce qui a tonné dans le vide, Le Canard enchaîné, 25 mars 2020, p. 3.
16 Ivan Rioufol, Ce que le coronavirus révèle de la France, Le Figaro, 20 mars 2020, p. 25.
17 Covid : mascarade et prise de tests. Des dépisteurs très dépités. Un rapport de 2019 réclamait 1 milliard de masques, Le Canard enchaîné, 25 mars 2020, p. 3.
18 Le plan qui a fini en plan, Le Canard enchaîné, 25 mars 2020, p. 2.
19 https://www.les-crises.fr/les-connards-qui-nous-gouvernent-par-frederic-lordon/
20 François Bonnet, L’urgence d’un autre exercice du pouvoir, www.mediapart.fr , 26 mars 2020.
21 Michel Deléan, Coronavirus : le pouvoir est visé par plusieurs plaintes en justice, www.mediapart.fr , 26 mars 2020.
 
 
CORONAVIRUS : LE CONSEIL D’ÉTAT JUGE DE L’ETAT – Jean Daspry. La décision du Conseil d’État était attendue. Elle est intervenue le dimanche 22 mars 2020 dans la soirée. Reprenons in extenso les termes du communiqué de presse publié par le service de communication de la plus haute juridiction administrative française avant de nous livrer à une sommaire exégèse de la décision !

Début de citation

Statuant en urgence, le Conseil d’État rejette la demande de confinement total et enjoint au Gouvernement de préciser la portée de certaines interdictions déjà édictées. Saisi par le syndicat Jeunes Médecins, le juge des référés du Conseil d’Etat refuse d’ordonner le confinement total de la population. Il enjoint néanmoins au Gouvernement de préciser la portée ou de réexaminer certaines des dérogations au confinement aujourd’hui en vigueur. Le syndicat Jeunes Médecins a demandé le 19 mars au juge des référés du Conseil d’Etat d’enjoindre au Gouvernement, d’une part, de prononcer un confinement total de la population, d’autre part, de prendre les mesures propres à assurer la production à échelle industrielle de tests de dépistage et le dépistage des personnels médicaux. Sont notamment intervenus au soutien de cette demande l’Inter-syndicale Nationale des Internes et le Conseil National de l’Ordre des médecins. L’audience, qui a duré environ 2h30, s’est tenue ce jour au Conseil d’Etat, dans des conditions exceptionnelles. Des mesures de sécurité ont été mises en place afin notamment de garantir un espacement minimal entre les personnes présentes et, pour la première fois, a été utilisé, à la demande des requérants, un dispositif de visioconférence.

Le juge des référés du Conseil d’Etat, statuant en formation collégiale de trois juges présidée par le président de la Section du contentieux, a rendu son ordonnance ce soir. Le juge des référés rejette la demande d’un confinement total. Le juge des référés rappelle au préalable qu’il appartient aux autorités publiques, face à une épidémie telle que celle que connaît aujourd’hui la France, de prendre, afin de sauvegarder la santé de la population, toute mesure de nature à prévenir ou limiter les effets de cette épidémie. Lorsque l’action ou la carence de ces autorités crée un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes, le juge des référés peut prescrire toutes les mesures de nature à faire cesser, dans un délai de 48 heures, le danger résultant de cette action ou de cette carence, en tenant compte des moyens dont disposent ces autorités et des mesures qu’elles ont déjà prises. Le juge des référés relève tout d’abord qu’un confinement total tel que celui demandé par les requérants pourrait avoir des implications graves pour la santé de la population. Ainsi, le ravitaillement à domicile ne peut être organisé sur l’ensemble du territoire national, compte tenu des moyens dont l’administration dispose, sauf à risquer de graves ruptures d’approvisionnement et à retarder l’acheminement de matériels indispensables à la protection de la santé. En outre, la poursuite de certaines activités essentielles, telles que celle des personnels de santé ou des personnes participant à la production et à la distribution de l’alimentation, implique le maintien d’autres activités dont elles sont tributaires (notamment le fonctionnement, avec des fréquences adaptées, des transports en commun). Le juge des référés estime nécessaire de préciser la portée des mesures déjà prises. Le Premier ministre a pris le 16 mars un décret interdisant le déplacement de toute personne hors de son domicile, sous réserve d’exceptions limitatives, tenant à diverses nécessités, avec la possibilité, pour le représentant de l’État dans le département d’adopter des mesures plus strictes si des circonstances locales l’exigent. Le juge des référés estime que, si l’économie générale de ces mesures ne révèle pas une carence des autorités publiques, la portée de certaines dispositions présente néanmoins un caractère ambigu au regard en particulier de la teneur des messages d’alerte diffusés à la population. Il en va ainsi de la dérogation pour les « déplacements pour motif de santé », sans autre précision quant à leur degré d’urgence. Pareillement, la dérogation pour les « déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelle des personnes, à l’exclusion de toute pratique sportive collective, et aux besoins des animaux de compagnie » apparait trop large, notamment en rendant possibles des pratiques sportives individuelles, telles le jogging. Il en va de même du fonctionnement des marchés ouverts, sans autre limitation que l’interdiction des rassemblements de plus de cent personnes, dont le maintien paraît autoriser dans certains cas des déplacements et des comportements contraires à la consigne générale. Dès lors, le juge des référés enjoint au Gouvernement de prendre dans les 48 heures les mesures suivantes :

– préciser la portée de la dérogation au confinement pour raison de santé ;

– réexaminer, dans le même délai le maintien de la dérogation pour « déplacements brefs, à proximité du domicile » compte tenu des enjeux majeurs de santé publique et de la consigne de confinement ;

– évaluer les risques pour la santé publique du maintien en fonctionnement des marchés ouverts, compte tenu de leur taille et de leur niveau de fréquentation.

Le Gouvernement a pris les dispositions nécessaires pour renforcer les mesures de dépistage.

S’agissant enfin des mesures relatives au dépistage, le juge des référés relève que les autorités ont pris les dispositions avec l’ensemble des industriels en France et à l’étranger pour augmenter les capacités de tests dans les meilleurs délais. La limitation, à ce jour, des tests aux seuls personnels de santé présentant des symptômes du virus résulte d’une insuffisante disponibilité des matériels.

Fin de citation

Comme cela était largement prévisible, le Conseil d’État rejette rejette la demande d’un confinement total, motif pris que ce dernier tel que celui demandé par les requérants pourrait avoir des implications graves pour la santé de la population. Pouvait-il raisonnablement remettre en cause toute l’économie générale du processus mis en place par le gouvernement ? Certainement pas. Mais, pour ne pas apparaître inféodé à l’exécutif, il prend les gants de tempérer son ordonnance de principe en exigeant du gouvernement quelques éclaircissements de « détail » portant sur les raisons de santé, les déplacements brefs à proximité du domicile et le fonctionnement des marchés ouverts. Les experts reconnaîtront aisément le jésuitisme légendaire des hauts fonctionnaires du Palais-Royal sans parler de sa duplicité intrinsèque en matière contentieuse. Comme le relève justement une professeure agrégée de droit public, l’affaire ne manque pas de sel :

« Sur ce plan, l’ordonnance de référé du 22 mars 2020 illustre parfaitement les limites de la fonction contentieuse du Conseil d’Etat, qui n’est pas tant le juge de l’administration que l’administration qui se juge. On observera au passage que le directeur des affaires juridiques des ministères sociaux, chargé de défendre l’administration devant le juge des référés, est M. Charles Touboul, lui-même maître des requêtes au Conseil d’Etat. Le contrôle prend ainsi la forme d’un dialogue entre le Conseil d’Etat et le Conseil d’Etat » 22.

Au-delà du contenu de cette décision ponctuelle de référé prise dans l’urgence (qui demeure sans grandes conséquences), revient de manière récurrente, la question de l’indépendance et de l’impartialité de la plus haute juridiction administrative française – la loi qualifie de « membres » et non de magistrats ceux qui siègent au Palais-Royal -, condition essentielle du droit à un procès équitable dans un authentique État de droit. En effet, comme son nom l’indique, le Conseil d’État est à la fois conseil et juge de l’État français. De plus, plus d’un tiers des membres de ce corps de contrôle évoluent dans d’autres administrations, autorités administratives indépendantes, entreprises publiques, des cabinets ministériels voire même au sein du gouvernement… Situation étrange en vérité qui échappe à une majorité écrasante de notre clergé médiatique ! Ce que nous relevons régulièrement dans notre magazine23. Situation d’autant plus étrange, à y regarder de plus près, si l’on sait que le Premier ministre et son directeur de cabinet sont d’éminents membres du Conseil d’État sans parler du secrétaire général du gouvernement et son directeur des affaires juridiques qui ont la même origine administrative. En réalité, le Conseil d’État sis place du Palais-Royal juge ses brebis égarées 57 rue de Varenne (où siège la garde rapprochée d’Édouard Philippe), avec la plus grande mansuétude. Si la question n’était pas fondamentale, elle prêterait à sourire lorsque l’on sait que la patrie autoproclamée des droits de l’homme est toujours prompte à administrer des leçons de droit et de démocratie à la planète entière24. Telle est la leçon que l’on peut tirer de cette fable du Conseil d’État qui juge l’État !

22 Roseline Letteron, Pas de jogging pour le Conseil d’État, mais de la gymnastique, www.libertescheries.blogspot.com , 24 mars 2020.
23 Jean Daspry, Le Conseil d’État ou la négation de la justice, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 janvier 2020.
24 Guillaume Berlat, Conseil d’État : l’insoupçonnable fatuité de l’être, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 décembre 2017.
 
 
LES RECETTES DU BON DOCTEUR VÉDRINE – Guillaume Berlat. Dans cette période d’infobésité et de « fake news », il est réconfortant de découvrir de ci de là des analyses raisonnées et raisonnables de la situation actuelle particulièrement complexe. Parmi celles-ci, l’on peut citer celle d’Hubert Védrine qui livre sa compréhension du monde d’aujourd’hui et de demain dans un long entretien au Figaro25. Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne manie pas la langue de bois pour décrire les dérives actuelles et leurs multiples causes à l’aune de la crise du coronavirus. Comme toujours avec l’ex-ministre des Affaires étrangères, nous avons droit à une excellente remise en perspectives des problèmes, combinant passé, présent et futur. Ceci est extrêmement utile pour démêler le vrai du faux, le bon grain de l’ivraie, le stratégique du tactique, l’historique du médiatique. Nous allons présenter ci-après les quatre grandes lignes de sa démarche pour la simplification de la présentation.

LES CHIMÈRES DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

Hubert Védrine saisit l’occasion pour enfoncer un clou, à savoir pour rappeler que la communauté internationale n’existe pas ou qu’elle n’est pas préparée à faire face à une pandémie mondiale. La crise du coronavirus confirme que les dépendances stratégiques générées par la mondialisation ne sont pas secondaires. Elle met également en évidence le fait que le système multilatéral (ONU, OMS, G7, G20) n’est pas opérationnel et que l’Union européenne a été conçue pour un monde sans tragédie. Par ailleurs, les mouvements de population sont devenus massifs, permanents et problématiques.

L’EUROPE DE L’ESBROUFFE

Sur l’Union européenne, il ne mâche pas ses mots et trace son sillon depuis plusieurs années. Il est constant dans son diagnostic. Les Européens seraient mal placés de critiquer la Chine pour avoir profité de toutes les opportunités qui lui été offertes par la mondialisation. Ils feraient mieux de s’interroger sur leur stratégie et leur naïveté. C’est très dur pour les Européens qui se voyaient comme l’avant-garde civilisationnelle du monde. Pour autant, Hubert Védrine se félicite de l’intervention massive de la Banque centrale européenne pour empêcher un effondrement des économies des Vingt-Sept et de la décision de la Commission de la suspension générale des règles budgétaires. « C’est potentiellement une Europe nouvelle ». Ceci étant posé, Hubert Védrine n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser les dérives du système Schengen et le dogme de l’ouverture des frontières. Il est curieux que la liberté de circulation au sein de l’Europe soit devenue son symbole absolu. Modeste initiative des secrétaires d’Etat aux affaires européennes dans les années 1985, elle est devenue au fil du temps un élément central d’une négligence coupable en ce qui concerne les frontières extérieures par idéologie, par « sans frontièrisme » puisque l’on pensait que ces accords humanistes allaient s’étendre sans fin. Rétroactivement, les accords de Schengen sont devenus le symbole même de l’Europe. Le refus des frontières était devenu comme une religion que l’on ne pouvait remettre en cause. Tout cela va vraisemblablement être remis en cause et permettre un retour à un certain pragmatisme.

LE QUESTIONNEMENT DE LA MONDIALISATION

La crise du coronavirus met en évidence la dépendance économique de la France concernant des produits stratégiques comme les médicaments. Il faudra en finir avec les aveuglements, les exagérations, dérives qui sévissent encore autour du concept de la mondialisation. Au-delà, c’est une remise en cause d’un mode de vie insouciant, hédoniste, individualiste et festif qui semble devenu le premier des droits de l’homme. Il faudra également remettre en cause « l’économie casino » financière sans bornes. C’est également à la décrédibilisation tonitruante, exagérée et déraisonnable de la souveraineté des États et de leur rôle à laquelle il faut mettre un terme. En définitive, c’est n’est pas seulement un mode de vie qu’il faut remettre en cause mais toute une civilisation.

LE MONDE DE DEMAIN

Que faire dans ce contexte volatil ? Hubert Védrine distingue deux dimensions temporelles. À très court terme : il importe de stopper la pandémie et de prévenir l’effondrement de l’économie. À moyen et long terme, il faut précéder à une évaluation implacable de tout ce qui doit être corrigé ou abandonné aux niveaux international, européen, national, scientifique, administratif, collectif et personnel. Par ailleurs, il serait opportun de réfléchir dans cinq directions complémentaires : (1) organiser les mesures de précaution et les traitements face aux pandémies sur la base d’une coopération internationale intergouvernementale ; (2) passer au crible le système ONU-Bretton Woods-G7-G20… ; (3) tout écologiser et décarboner ; (4) lutter contre les ravages du tourisme de masse à ne pas confondre avec le voyage ; (5) libération des œillères de l’Europe et handicaps constitutifs en combinant subsidiarité, souveraineté nationale à préserver et souveraineté européenne, à concrétiser.

Dans cette période de grande confusion et mentale, il est rassurant de lire une analyse utile et sans langue de bois épaisse qui plus est par une personnalité qui a été l’un des acteurs de la fin de la Guerre froide dans les différentes fonctions qu’il a occupées (présidence de la République, ministère des Affaires étrangères). Aujourd’hui, il consacre le plus clair de son temps à la réflexion (comme consultant) sur le monde actuel et à venir en dehors de toutes contraintes politiques et idéologiques. Ce qui donne encore plus de poids à ses prises de parole. Comme il le fait régulièrement, Hubert Védrine procède comme le ferait un médecin en deux temps : celui de diagnostic et du remède. Si le premier est faux, le second a toutes les chances d’être inadapté. C’est pourquoi, nous ne pouvons que nous féliciter des recettes du bon docteur Védrine.

25 Anne Fulda (propos recueillis par), Hubert Védrine : « Le choc du coronavirus est en train de pulvériser des croyances très enracinées », Le Figaro, 23 mars 2020, p. 24.
 
 
L’AFGHANISTAN AU TEMPS DU CORONAVIRUS – Ali baba. Dès le début de la mise en œuvre des accords de Doha (29 février 2020) devant lancer le processus de réconciliation entre forces gouvernementales, société civile et Talibans dont l’objectif était d’engager l’Afghanistan dans un processus de paix, l’on savait que ce n’était pas chose aisée. Dès les premiers jours, escarmouches militaires (à titre d’exemple, des hommes armés ont pris d’assaut le 25 mars 2020 un temple hindou-sikh du centre de Kaboul), manœuvres politiciennes… ont commencé à grever le processus d’une lourde hypothèque26.

Or, plus ça change, plus c’est la même chose. Comme si un mauvais génie s’acharnait à mettre un grain de sable dans la mécanique diplomatique particulièrement complexe mise au point par Américains et Talibans, chaque jour qui passe apporte son lot de mauvaises nouvelles. Tel est le cas au cours des derniers jours. La situation est tellement dégradée qu’elle a conduit le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo à effectuer une visite surprise à Kaboul le 23 mars 2020. Le ton n’était pas à la plaisanterie. C’est le moins que l’on puisse dire27. Pour ce déplacement, il apporte le bâton dans sa valise diplomatique, laissant la carotte à des jours meilleurs. Il annonce la réduction de l’aide américaine à 1 milliard de dollars et en promet bien d’autres pour 2021 si le besoin s’en faisait sentir. Il déclare ainsi : « Nous entamerons également un examen de tous nos programmes et projets pour identifier des réductions supplémentaires et allons reconsidérer nos engagements en vue des conférences de donateurs pour l’Afghanistan ». Le message a le mérite de la clarté. Sur le plan de la réconciliation des deux frères ennemis (Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah), les efforts américains semblent avoir été vains, chacun des deux opposants ayant organisé sa propre investiture au poste de président de la République le 9 mars 2020. Cocasse dans un pays où le mot d’ordre devrait être celui de réconciliation ! Nonobstant ce léger contretemps, Mike Pompeo a imploré les frères ennemis à s’entendre sur la composition du gouvernement ainsi que sur la liste des participants à la délégation chargée de négocier avec les Talibans. Il semble que nous en sommes encore loin. Les deux hommes se querellent sur le partage des dépouilles pour la suite du processus. Le secrétaire d’État américain a fait pression sur Ashrag Ghani procède à la libération des 5000 prisonniers talibans en lieu et place d’une libération progressive, ce dont les Talibans ne veulent pas entendre parler. En effet, ils considèrent ce point comme un précondition de la mise en œuvre de l’accord de Doha. Jusqu’à 10.000 prisonniers seront libérés d’ici dix jours en Afghanistan pour éviter une propagation du nouveau coronavirus dans ce pays où les infrastructures de santé sont défaillantes après quatre décennies de guerre, ont annoncé le 26 mars 2020 les autorités afghanes. Seul léger élément portant à l’optimisme, une vidéo-conférence s’est tenue entre talibans présent à Doha et représentants du gouvernement pour sortir de l’impasse. Et, ce ne sont que quelques pierres d’achoppement dans l’ensemble d’un processus particulièrement complexe digne d’un mécanisme d’horlogerie suisse. L’établissement et la consolidation de la paix n’a jamais été un processus de tout repos, dans quelque partie du monde. Surtout lorsque le conflit afghan approche les deux décennies et que les rancœurs sont tenaces et peu promptes à s’effacer après la signature d’un parchemin, y compris lorsque celui-ci est signé par l’hyperpuissance américaine dont l’étoile est pâlissante. Le temps est révolu où les États-Unis faisaient la pluie et le beau temps aux quatre coins de la planète. Il va falloir s’y faire. Il suffit de tourner notre regard vers le Moyen-Orient pour en prendre conscience quotidiennement.

Comme si cela ne suffisait pas, le virus sans passeport qui a pour nom Covid-19, a choisi de faire le déplacement dans le « cimetière des Empires », histoire de voir comment il pourrait ajouter quelques noms à son tableau de chasse déjà fort garni. Et cela a bien, pour ne pas dire, très bien débuté surtout si l’on sait que le pays a une longue frontière avec l’Iran (pays particulièrement touché par la crise sanitaire). Ajoutant de la confusion à la confusion, sa propagation entraîne toute une série d’évènements en cascade : fermeture des frontières, avions cloués au sol, ralentissement du retrait des troupes américaines… compliquant ainsi la mise en œuvre de l’accord de Doha qui n’en avait pourtant pas besoin. Mais aussi en catastrophe libération de prisonniers pour éviter la propagation de la pandémie. Chronique de l’Afghanistan au temps du coronavirus !

26 Guillaume Berlat, Accord de Doha : débuts chaotiques en Afghanistan, www.prochetmoyen-orient.ch , 23 mars 2020.
27 Jacques Follorou, Afghanistan : le virus complique encore le processus de paix, Le Monde, 25 mars 2020, p. 9.
 
 
LE CROISIÉRISTE JEAN-YVES LE CHOUCHEN CAUSE AUX CITOYENS – Ali Baba. Oyez, oyez bonnes gens, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangère accorde, dans sa grande mansuétude, un long entretien au quotidien Le Figaro dont la devise est « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » (Beaumarchais). Il livre la substantifique moëlle de sa pensée hautement stratégique en pleine crise du coronavirus28. Cela va décoiffer sans faire de mauvais jeu de mots tant Jean-Yves Le Drian a été bien décoiffé par les vents marins. Accrochez-vous aux branches ! Vous allez commencer à comprendre ce qui se passe aux quatre coins de la planète auquel vous n’entendez rien tant vous êtes bas de plafond. Un exercice pédagogique incontournable pour le commun des mortels. En vérité, le titulaire du bureau de Vergennes conjugue harmonieusement diplomatie du vide et diplomatie Norpois

ANALYSE DE LA PROSE : LA DIPLOMATIE DU VIDE

Que nous dit notre breton madré, notre oracle hors-pair qui reste étranger aux Affaires qui lui ont été confiées depuis mai 2017 avec une constance qui mérite louange ? Si tant est que la pensée de notre Lorientais désorienté soit un minimum articulé, on pourrait l’organiser autour de quelques axes forts. Le rapatriement des Français bloqués à l’étranger fait partie de ses principales préoccupations. Il s’organise petit à petit. Ils peuvent être rassurés en attendant les propos virils de notre Talleyrand aux petits pieds, également en charge du tourisme : « Je veux leur dire que nous travaillons d’arrache-pied, nuit et jour, pour dénouer toutes les situations problématiques » (Cf. les deux pages consacrées au Centre de crise et de soutien dans la dernière livraison du JDD, CDCS dirigé par l’ignoble Kouchnerboy, Eric Chevalier, surnommé Pol Pot lorsqu’il dirigeait la DCP)29. Le ministre jure ses grands dieux que la France fait preuve de solidarité avec l’Italie : « La France a pris sa part dans le cadre de cet effort de solidarité européenne ». Nous avons ensuite droit à un invraisemblable couplet sur l’Europe. Tout en reconnaissant que « tout n’a pas été parfait. L’Europe n’a peut-être pas anticipé. Elle a pu être un ‘peu lente au démarrage ‘ ». Il nous fait un madrigal incroyable sur la solidarité européenne : fermeture des frontières extérieures, mise en place de contrôles aux frontières internes, achats groupés d’équipements de protection. Cerise sur le gâteau, Le Chouchen nous assène que « l’échelon européen est tout aussi crucial pour limiter l’impact économique de la crise ». Et, il fait encore plus fort en déclarant que « nous (la communauté internationale) pouvons améliorer notre capacité de réaction à cette crise inédite… ». Sur la question des masques et des tests, le ministre se livre à un exercice d’écran de fumée pour éviter de répondre directement. Se refusant à critiquer la mondialisation et le libéralisme, il se contente de dire que « nous sommes dans le temps de l’action » et que le temps des critiques viendra plus tard. Et, nous avons droit à une nouvelle perle : « le multilatéralisme a gagné ». Ce monsieur ne lit manifestement pas les journaux qu’il reçoit quotidiennement à son bureau. Il vit dans une autre planète. À la question finale intitulée « Quels changements géopolitiques peut-on déjà anticiper ? », la réponse est plus que floue : « En nous mobilisant face à cette crise, nous apprenons collectivement à mettre la solidarité au milieu de la vie internationale. Voilà un changement politique majeur ! Et je compte tout faire pour qu’il s’inscrive dans la durée, car une fois que nous aurons dépassé la crise en France, nous devrons aider des pays vulnérables à combattre ce fléau pour qu’il disparaisse totalement. Et ce n’est pas seulement une question d’humanité, c’est aussi notre intérêt bien compris. Je crois que nous devons collectivement tirer les leçons de cette crise pour l’Europe, pour le système des Nations unies, pour le multilatéralisme. La France sera fidèle à son rôle et son histoire et fera des propositions ambitieuses, le moment venu ». Alléluia

EXÉGÈSE DU PROPOS : LA DIPLOMATIE NORPOIS

Notons que le propos de notre ami Le Chouchen – celui qui a fondé le « Breizh Lab » pour contribuer à la réflexion sur la construction européenne et sur les grandes problématiques du moment ! – est aussi assuré qu’il est creux. Nous sommes en présence d’un parfait exercice de langue de bois épaisse qui démontre la vacuité de la pensée de celui qui est à la tête de la diplomatie française. L’homme n’a manifestement rien compris à l’évolution rapide des grands paradigmes des relations internationales actuellement en cours. Aucune analyse ne nous est fournie de ces trois mois de pandémie et de leurs conséquences sur le fonctionnement de la gouvernance mondiale30. Rien ne nous est dit de la crise économique et financière gravissime qui se profile dans la foulée de la crise sanitaire ainsi que de la crainte qui se développe d’une grande peur de la dépression31. Rien ne nous est dit de l’armée à laquelle on fait appel (opération « Résilience » annoncée depuis Mulhouse par Emmanuel Macron, le 25 mars 2020) alors que ses budgets ont été rognés par les crânes d’œuf de Bercy, que l’on a fermé les hôpitaux militaires (Cf. la vitrine de l’hôpital d’instructions du Val de Grâce)32 et casernes alors que 5000 militaires guerroient au Sahel dans une guerre sans fin33. Rien ne nous est dit sur la façon de penser le monde d’après hormis quelques platitudes (« La France sera fidèle à son rôle et son histoire et fera des propositions ambitieuses, le moment venu »)34. Quid de la défaillance de nos capacités d’anticipation ?35 Sur tous ces sujets très concrets, le chef de la diplomatie française joue les taiseux. En réalité, il est à côté de ses pompes. Jean-Yves le Drian est un homme du passé et un homme du passif. Courageux mais pas téméraire dès qu’il s’agit de prendre pleinement ses responsabilités en acceptant de reconnaître que l’Europe et le système multilatéral ont été défaillants. Pouvaient-ils l’être tant la communauté internationale est divisée, minée par la montée des égoïsmes nationaux, du chacun pour soi ? C’est une réalité incontournable. L’ignorer, c’est se préparer de nouvelles « étranges défaites » pour les prochaines décennies ! La diplomatie du déni de la France atteint rapidement ses limites lors des crises les plus graves, les plus paroxystiques. Nous le voyons tous les jours un peu plus sur tous les continents. Jean-Yves Le Drian nous en fournit aujourd’hui un exemple frappant dans un exercice de mauvaise foi qui fait fi de l’importance de la vérité objective et de l’humilité dans la pratique des relations internationales. Le moins que l’on puisse dire, à la lecture attentive de cette prose, est que notre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères n’est pas à la hauteur de la tâche dans une période de multicrises qui est celle de la fin de la deuxième décennie du XXIe siècle.

MORALE DE L’HISTOIRE : DE L’INCOMPÉTENCE SYSTÉMIQUE !

Pour le prix d’une morale, nous en avons trois. C’est mieux que ce que faisait en son temps le fabuliste Jean de la Fontaine.

Un touriste au Quai d’Orsay. Notre clergé médiatique omet de dire que Le Chouchen est aussi Ministre en charge du tourisme. Et, nous pouvons ajouter qu’il fait aussi partie de la catégorie des ministres touristes tant il ne possède pas ses dossiers. Ce qui suppose travailler d’arrache-pied pour comprendre, pour anticiper, pour mieux se préparer à l’imprévu. Accessoirement, cela suppose de moins lever le coude en abusant moins des boissons fortes. Tout ceci se ressent dans l’inconsistance et dans l’inconséquence de l’action ledrianesque. La diplomatie est une affaire trop sérieuse pour la confier à de tels touristes.

Un incompétent au Quai d’Orsay. Avec ce genre d’olibrius à la tête du Quai d’Orsay, on comprend mieux pour quelles raisons objectives, la diplomatie française est « en état de mort cérébrale » tout en nous « coûtant un pognon de dingue ». Le contribuable français pressurisé par la clique de Bercy, qui a pris ses quartiers à l’Élysée, appréciera. La diplomatie française est devenue une coquille d’autant plus vide qu’elle enfle en voulant traiter (le mot est tout à fait impropre dans le cas d’espèce) des sujets qui dépassent ses compétences. La diplomatie est une affaire trop sérieuse pour la confier à de tels incompétents.

Un inutile au Quai d’Orsay. Tout se préparant et se décidant au niveau du château, Jean-Yves Le Drian en est contraint d se contenter de faire de la figuration. Mais il y a figurants et figurants dans le monde du spectacle. Une fois de plus, le chef de la diplomatie française perd une sacrée occasion de se taire pour éviter d’enfoncer quelques portes ouvertes avec l’assurance des ânes. Et au passage de se ridiculiser pour une prose indigne de la fonction ministérielle. Le Quai d’Orsay pourrait fermer boutique que nul ne s’en apercevrait tellement le vide passe inaperçu. « L’homme, c’est l’impuissant fécondant l’inutile » (Victor Hugo). En dernière analyse, l’entretien du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères ressemble plus à la causerie d’un croisiériste aux citoyens. La diplomatie est une affaire trop sérieuse pour la confier à de tels inutiles.

28 Isabelle Lasserre (propos recueillis par), Jean-Yves Le Drian : « Face au virus, nous sommes dans le même camp », Le Figaro, 25 mars 2020, p. 3.
29 Rachida El Azzouzi/François Bougon, Pour les Français bloqués à l’étranger, du retard et de la friture sur la ligne, www.mediapart.fr , 26 mars 2020.
30 Cyrille Louis, En trois mois, le virus du Covid-19 a submergé la planète, Le Figaro, 25 mars 2020, pp. 4-5.
31 Derrière la crise sanitaire, la crise économique. La grande peur de la dépression, Le Monde, 26 mars 2020, pp. 1-
32 Claude Angeli, Le service de santé militaire très gravement militaire, Le Canard enchaîné, 25 mars 2020, p. 3.
33 Nathalie Guibert, Le renfort de l’armée, une « mission » en trompe-l’œil, Le Monde, 26 mars 2020, p. 10.
34 Alexandre Devecchio (propos recueillis par), François Lenglet : « Il fut déjà penser au monde d’après », Le Figaro, 25 mars 2020, p. 26.
35 Stéphane Morel, Pourquoi la France ne dépiste pas davantage, Le Monde, 26 mars 2020, p. 3.

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