Observatoire Géostratégique

numéro 290 / 6 juillet 2020

ORIENT-ATIONS 289

JEU DE DUPES ENTRE L’OTAN ET LA TURQUIE – Michel Annequin. Qui peut encore oser prétendre que le maintien de l’OTAN a du sens ? Le 18 juin, l’Alliance a confirmé qu’un incident avait eu lieu, la nuit même, entre des frégates turques et françaises au large des côtes libyennes. Preuve de la gravité de l’accrochage, l’annonce a été faite par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. "Les militaires devraient enquêter sur cet incident pour savoir ce qui s’est réellement passé", a-t-il déclaré. Mais est-ce bien nécessaire ? N’en sait-on pas déjà assez ? Le déroulement des événements nous en apprend assez. La frégate turque qui naviguait au large des côtes libyennes a refusé de se conformer à l’ordre d’inspection de sa cargaison par la frégate française participant à l’opération OTAN Sea Guardian. Pour éviter le contrôle, les militaires turques ont pris pour cible le navire de guerre français en utilisant un système de guidage de missiles radar. « Cette affaire est, à nos yeux, très grave. Nous ne pouvons accepter qu’un allié se comporte ainsi : il le fait contre un navire de l’OTAN sous commandement de l’OTAN qui effectue une mission de l’OTAN », a critiqué la ministre française des forces armées, Florence Parly. Dont acte. Mais n’est-il pas temps de regarder la vérité en face. Tout le monde joue avec le feu. Et ce jeu de cache-cache qui oppose des membres de l’OTAN entre eux est une mauvaise farce. Si le navire turc a voulu éviter d’être contrôlé c’est qu’il avait quelque chose à cacher. Quoi ? Des armes évidemment. Actuellement, la Turquie bloque toutes les tentatives visant à parvenir à un accord entre l’UE et l’OTAN sur la fourniture de navires de l’Alliance dans la région pour aider l’opération navale de l’UE "Irini", qui vise à surveiller le respect de l’embargo des Nations Unies sur les livraisons d’armes à la Libye. C’est un secret de polichinelle. Ankara viole systématiquement l’embargo de l’ONU en transférant des armes et des mercenaires, y compris de Syrie, pour aider le gouvernement d’accord national basé à Tripoli, Faiz Saraj, à combattre l’armée libyenne populaire du général Haftar. La Turquie a-t-elle encore sa place au sein de l’OTAN ? L’OTAN, elle-même, a-t-elle encore une once de légitimité ?
 
 
LE CONSEIL D’ÉTAT AU CŒUR DE L’ÉTAT PROFOND – Jean Daspry. « Un paradoxe est une opinion qui vit de ses charmes aux dépens de la vérité » (René de Obaldia). La France prétendument cartésienne et logique ne s’épanouit-elle pas dans le paradoxe permanent ? Patrie autoproclamée des droits de l’homme, elle n’est qu’un État qui les malmène sacrément (Cf. état d’urgence sanitaire et son cortège de mesures liberticides). Patrie autoproclamée de la transparence, elle se vautre dans l’opacité. Patrie des grands corps (Conseil d’État, Cour des comptes, inspection des Finances), elle se rapetisse par leur mesquinerie. Patrie de la grandeur affichée, elle n’est en réalité que celle de l’effacement progressif. Rien ne vaut un exemple éclairant pour étayer notre thèse, celui de la plus haute juridiction administrative française qui a pour nom Conseil d’État et qui siège place du Palais-Royal. Une sorte d’État dans l’État, au cœur de l’État qui, à la différence des belles plantes, s’épanouit dans une obscurité assumée, revendiquée. Aujourd’hui, il revient à un journaliste dit d’investigation, Yvan Stefanovitch de nous livrer les résultats de son enquête au sein cette prestigieuse institution dont le titre est tout un programme : « Petits arrangements entre amis »1. Si la présentation de cet objet juridique, qui a pour nom Conseil d’État est attractive, par maints égards, elle est malheureusement restreinte eu égard à son rôle de Conseil de l’État.

UNE PRÉSENTATION ATTRACTIVE DE L’OBJET JURIDIQUE QUI A POUR NOM CONSEIL D’ÉTAT

Au fil d’un récit de 250 pages, ponctué de titres accrocheurs de ses trois parties (Le justiciable, voilà l’ennemi », « Une maison vraiment exemplaire ? », « La politique dans un fauteuil »), l’auteur nous conduit dans un voyage au cœur d’une institution qui gagne à se faire connaître du grand public. Sous des dehors bien propre sur elle, cette vieille Dame cache de nombreux secrets de famille qui en feraient presqu’une Dame de petite vertu au sens juridique et moral du terme. Ceux qui seraient peu familiers du Conseil d’État découvrent moultes vérités dérangeantes tant du point de vue du droit que de la déontologie. Cette juridiction, dont les fonctionnaires sont qualifiés de « membres » et non de magistrats (tout un symbole), a développé au cours des siècles des pratiques peu orthodoxes. Une aberration est au cœur de son ADN. Elle assume une triple fonction : politique, administrative et juridictionnelle. Cela ne semble pas très conforme au principe cardinal de notre droit, celui de la séparation des pouvoirs. Et cela se ressent dans la manière dont la procédure est conduite devant ses différentes sections, en particulier celle du contentieux, la plus noble. Opaque, froide, presqu’inhumaine qui fait que le requérant ne s’exprime jamais, les avocats ne plaident quasiment pas, procédure écrite oblige. On l’aura compris, l’ennemi n’est pas l’administration qui viole le droit, c’est le justiciable, cet empêcheur de juger en rond. La procédure n’a de contradictoire que le nom. La présomption d’innocence du citoyen n’existe pas. La charge de la preuve lui revient. Par ailleurs, existe la « présomption de légalité » d’un acte administratif. Un acte est immédiatement exécutoire (cela s’appelle le « privilège du préalable »), ce qui signifie qu’il ne peut être contesté devant le juge qu’a posteriori, une fois qu’il est en vigueur, par un requérant qui a intérêt à agir. Il est donc présumé légal puisqu’il est en vigueur, jusqu’au moment où il donne lieu à recours et est annulé par le juge. Les chemins de la décision sont des plus tortueux. Le résultat est couru d’avance : « Aujourd’hui, les justiciables voient leurs droits rognés devant le Conseil d’État, à la fois au nom de l’équilibre budgétaire… et du confort des juges » ou bien « Comme souvent, lorsqu’il est en mesure de le faire, le Conseil a ainsi privilégiée les intérêts de l’État au détriment de ceux des particuliers », voire « Ces hauts fonctionnaires d’excellence ne sont pas arrivés au Palais-Royal pour se faire les juges de l’intérêt général et les défenseurs des libertés individuelles face à des dossiers qu’ils estiment sans intérêt ». On comprend mieux l’intérêt pout tout pouvoir de disposer, à sa discrétion, d’un privilège de juridiction (la juridiction administrative) et d’un droit spécifique (le droit administratif pour juger ses turpitudes. Si vous ajoutez à tous ces avantages non négligeables le parfum de scandale qui émane de la « thébaïde du Palais-Royal », le paquet est empoisonné. Confusion des genres, conflits d’intérêts permanents, pantouflages (dans le secteur public ou privé), détours plus ou moins longs dans la politique (« Le plus souvent, le Conseil d’État n’est qu’un refuge temporaire pour des personnalités désireuses de retrouver l’ivresse de la vie politique et qui se résignent difficilement à l’austérité de la maison », Benoît Ribadeau-Dumas), les cabinets ministériels, corvées, ménages pour arrondir les fins de mois difficiles, exercice de la profession d’avocats, recasage des amis du prince par la procédure du tour extérieur, déontologie défaillante pour ne pas dire inexistante, attitude peu glorieuse sous le régime de Vichy, arrogance débordante… Tels sont les marqueurs d’un Conseil d’État qui tient tous les rouages de l’État : politique et administration et qui n’entend pas se défaire de tous ses privilèges exorbitants du droit commun sauf à se faire marcher sur le corps. Car, ce qui est le plus grave, à la fin des fins, c’est que ce qui nous est présenté comme le bijou de famille de la République, n’est ni indépendant, ni impartial2. Exigences formulées par la Convention européenne des droits de l’homme du Conseil de l’Europe au titre du droit à un procès équitable ! Nous baignons dans l’irréel qui est vrai. Une juridiction Potemkine, à la « docilité assumée »3 quoi qu’en dise son vice-président, Bruno Lasserre, l’homme qui communique plus vite que son ombre4.

Avec un beau sujet de réflexion, l’auteur de l’ouvrage manque en partie sa cible.

UNE PRÉSENTATION RESTREINTE DE CELUI QUI A POUR RÔLE DE CONSEIL DE L’ÉTAT

Manifestement, nos perroquets à carte de presse, qui s’affublent du titre pompeux de journalistes d’investigation, ne savent pas ce que les mots veulent dire dans la langue de Molière. Avant d’investiguer sur un sujet il faut s’informer sur le sujet. C’est tout le travail documentaire qui précède la rédaction d’une thèse de doctorat. Sans cela, l’on ne peut imaginer une recherche sérieuse, crédible. Or, Yvan Stefanovitch manque à la fois de méthodologie, de rigueur dans l’analyse, de connaissance minimale du droit (il cite rapidement la Cour européenne des droits de l’homme), une ignorance candide du fonctionnement de l’administration à l’instar du sinistre et nullissime, Vincent Jauvert5, un défaut de citation de ses sources (une pratique vichyssoise très française). Méfions-nous comme de la peste de ces Fouquier Tinville au petit pied ! Ce dernier a fini sous la guillotine. Traiter d’un sujet aussi complexe que celui de la plus haute juridiction administrative française suppose au préalable de se livrer à un travail historique : conditions et date de création de l’institution, évolution au cours des siècles, le passage peu glorieux et peu charpenté sur Vichy vient comme un cheveu sur la soupe, analyse de la situation actuelle. Or, l’on ne trouve rien de cela. Ce qui nuit à la qualité et à la crédibilité de l’ouvrage qui confine, par maints côtés, au roman de gare et à la délation ad hominem stérile. Comment traiter sérieusement d’un sujet que l’on n’a pas défini au préalable ? L’ouvrage tourne souvent à la discussion du café du commerce sans le moindre intérêt tant l’auteur parle dans le vide, est trop approximatif dans sa connaissance du sujet. Il aurait été utile qu’il soit conseillé par quelques professeurs agrégés de droit public non conformistes pour l’aider à comprendre ce qu’il n’a manifestement pas appréhendé par ignorance crasse des grands principes du droit, de la procédure administrative, de la différence entre juridictions administrative et judiciaire, des grandes conventions internationales (ONU, Union européenne, Conseil de l’Europe…) qui peuvent être les instances d’appel des arrêts du Conseil d’État. C’est un peu comme si l’on écrivait un ouvrage sur les médecins sans connaître les rudiments de la médecine. L’accessoire ne peut remplacer le principal. Faute de quoi, on verse dans l’anecdotique, le sensationnel et non dans la vérité objective des faits, dans le travail sérieux. Toute la formation de nos prétendus journalistes d’investigation est à refaire. Si l’impressionnisme a toute sa place dans la peinture, il est à proscrire lorsque l’on veut faire une enquête sérieuse.

En 1992, Régis Debray écrit dans sa lettre de démission au vice-président, Marceau Long qu’il ne supportait pas de « sacrifier ses convictions à son confort, c’est-à-dire de voir rendus des arrêts parfois contraires à ce que l’on pense ». Quel merveilleux résumé du fonctionnement d’une structure qui relève de la « perversité ordinaire » (Jean-Pierre Le Brun). Nos lecteurs ne seront donc pas surpris de découvrir pareil diagnostic aussi sévère, dans la bouche de cet écrivain, tant la situation problématique du Conseil d’État6 et de ses membres7 leur a souvent été exposée dans notre magazine. Ce n’est que l’exposé objectif d’une réalité dans ce qu’elle a de plus crue. Le Conseil d’État, corps poubelle par excellence, baigne dans l’immoralité la plus totale alors qu’il se drape dans les oripeaux de la morale, de l’éthique et de la déontologie8. Rappelons que le vice-président du Conseil d’État est mis en examen pour complicité de harcèlement moral alors qu’il présidait aux destinées de l’Autorité de la concurrence. Fait que notre auteur oublie de mentionner, soit par méconnaissance de son sujet, soit par servitude volontaire ! Curieux, n’est-ce pas ? Surtout lorsque l’on est censé traiter sérieusement d’une institution, le Conseil d’État, avant tout conseil de l’État qui se situe au cœur de l’État profond.

1 Yvan Stefanovitch, Petits arrangements entre amis, Albin Michel, 2020.
2 Jean Daspry, Le Conseil d’État juge de l’État, www.prochetmoyen-orient , 30 mars 2020.
3 Stéphanie Marteau, 48° 51’ 47 " 2° 20’ 14 " E, M. Le Magazine du Monde, 6 juin 2020, p. 28.
4 Raphaëlle Besse Desmoulières/Bertrand Bissuel (propos recueillis par), Bruno Lasserre : « Le Conseil d’État n’a de compte à régler avec personne », Le Monde, 7 février 2020, p. 8.
5 Jean Daspry, Le retour du délateur Vincent Jauvert, www.prochetmoyen-orient.ch , 10 février 2020.
6 Jean Daspry, Le Conseil d’Etat ou la négation de la justice !, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 janvier 2020.
7 Ali Baba, La ballade des pantoufleurs heureux, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 décembre 2019.
8 Dominique Rousseau, Pour déconfiner la France politiquement, il faut reconnaître la compétence des citoyens, Le Monde, 24 juin 2020, p. 30.
 
 
HOULETTEGATE OU LA JUSTICE HEXAGONALE EST NUE ! Ali Baba. « Où commence le mystère finit la justice » (Edmond Burke). Et, c’est le moins que l’on puisse dire s’agissant de l’autorité judiciaire (terme employé par la Constitution de 1958) en France avec son dualisme entre justice judiciaire et justice administrative ! Au fil des années et des mois, notre site a essayé, bon an mal an, de suivre les avatars d’une justice de plus en plus décrédibilisée dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme. Et, les signes d’un système usé, à bout de souffle sont de plus en plus visibles, y compris pour les non-initiés9. Il convient d’en poser le diagnostic idoine à travers quelques symptômes bien documentés, en particulier la dépendance du parquet10.

France, pays dans lequel est méconnu, pour ne pas dire foulé aux pieds, le principe sacré, dans toute démocratie, de la séparation des pouvoirs comme le démontre une actualité récente11. À tel point que l’on peut s’interroger sur le point de savoir si la France est encore un État de droit ?12

France, pays disposant d’un prétendu Conseil constitutionnel qui est avant tout une structure ni indépendante, ni impartiale en raison de sa composition et de son manque évident de courage hors-mis quelques rares décisions voulant démontrer sa liberté de jugement. À tel point que d’aucuns évoquent parfois un Conseil anticonstitutionnel !13

France, pays qui dispose d’une sorte de justice Potemkine qui est en voie d’implosion tant les coups de boutoir que lui porte le pouvoir exécutif du monde d’après sont nombreux et rudes. À tel point que certains esprits critiques se demandent ce qu’il en restera à la fin du quinquennat de Jupiter.

France, pays fier de sa justice administrative qui s’apparente à une justice allongée surtout lorsque l’on parvient au Graal du Conseil d’État14 dont les « membres » (ils ne sont pas qualifiés de magistrats) n’ont pas brillé pour censurer les multiples atteintes aux libertés publiques durant l’état d’urgence sanitaire15. Une structure aux ordres du pouvoir16 même si elle se donne des grands airs de la vertu outragée comme le fait son vice-président, Bruno Lasserre, mis en examen pour complicité de harcèlement moral17. Un récent ouvrage, consacré à cette structure, laisse pantois lorsque l’on découvre ce qui se passe place du Palais-Royal18, sans que cela ne suscite que quelques borborygmes de la part de quelques initiés. Le sujet est inépuisable. D’autres ouvrages pourraient lui être dédiés qui compléteraient utilement le précédent.

France, pays fier de sa justice judiciaire dont on nous vante à longueur de temps l’indépendance et l’impartialité. Mais dans notre Douce existe toujours un énorme gouffre entre les généreuses pétitions de principe et la réalité plus triviale.

En grattant le vernis, nous découvrons que les magistrats du siège peinent à mettre en œuvre les dispositions de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme du Conseil de l’Europe qui garantit à tout citoyen le droit à un procès équitable. La présomption d’innocence est bafouée en permanence tant le principe d’une instruction à charge et à décharge est une fiction autant que celui de la recherche de la manifestation de la vérité. Interrogez les avocats qui sont bien au fait de la pratique de ces magistrats instructeurs idéologues qui ont des idées arrêtées in limine litis ou bien sur ces autres soigneusement choisis par la haute hiérarchie judiciaire pour leur docilité. L’instruction tourne souvent à la farce tant elle sert à masquer des préjugements avant jugements.

Que dire des magistrats du parquet qui vivent aux ordres du pouvoir en place. Ils ne recevraient pas d’instructions personnelles (comment en avoir la preuve ?) mais recevraient des instructions générales censées harmonier la politique pénale générale (nous ne savons toujours pas ce que cela signifie concrètement pour le citoyen) ! Rares sont ceux qui évoquent les deux arrêts de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) – arrêts Medvedyev19 et Moulin20 – condamnant vertement la France en 2010, motif pris que le parquet à la française n’est ni indépendant, ni impartial au sens de la Convention européenne. Rien de moins. Mais depuis cette date, trois présidents se sont succédés et n’ont pas procédé à la modification constitutionnelle nécessaire pour couper le lien incestueux entre l’exécutif et le parquet ? Pourquoi ? Tant que cette évolution ne sera pas transcrite dans les faits, pèsera un légitime soupçon compréhensible de dépendance du parquet par rapport à l’exécutif.

Au-delà des excès de langage auxquels elle conduit21 ainsi que d’une instrumentalisation politique qu’elle engendre22, l’affaire Houlette23 – du nom de l’ancienne procureure nationale financier qui est aujourd’hui qualifiée de « girouette »24, après sa volte-face (l’ex-procureur, Eliane Houlette, a regretté que ses propos aient été « déformés ou mal compris » devant la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale sur « l’indépendance du pouvoir judiciaire ») – en fournit aujourd’hui un bel exemple. Il n’est nullement question ici de mettre en cause la probité de cette magistrate (qui est poursuivie pour « violation du secret de l’enquête »), ni de prendre fait et cause pour François Fillon (l’homme qui a usé des emplois fictifs pour sa famille). Mais, de constater que le seul simple fait que la question d’éventuelles pressions se pose25, est en soit un sérieux problème dans un État de droit qui souhaite exporter ses valeurs aux quatre coins de la terre. Nous ne sommes ni sur le terrain des faits, ni de la procédure mais sur celui des principes fondamentaux des libertés publiques26. Et c’est bien là que le bât blesse27. Et ce ne sont pas les cris d’orfraie poussés par la procureure générale de Paris qui y changeront quelque chose. Catherine Champrenault (proche de Ségolène Royal dont la nomination fut pilotée par François Hollande), a réfuté toute « pression de quelque nature que ce soit » dans l’affaire Fillon28. Pouvait-il en être autrement ? Pas plus que la saisine du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) par le président de la République29 que l’appel à « lever le doute délétère » de la ministre de la Justice qui changeront à cette affaire qu’on présente aujourd’hui comme une simple querelle de chiffonniers entre magistrats30. Encore des gadgets pour anesthésier le bon peuple de France. Mais, la ficelle est un peu grosse, y compris pour les gogos. L’histoire d’Éliane Houlette est tout de même troublante lorsqu’on connaît les pratiques occultes de la chancellerie sous tous les gardes des sceaux successifs. Celles que viennent mettre à jour l’affaire Kohler révélée par le site mediapart31. Comme le souligne justement, Bruno Retailleau : « Qui peut penser aujourd’hui en France qu’il y une justice indépendante » ? La réponse est dans la question.

Au cœur du paradoxe français

« La clémence vaut mieux que la justice » (Vauvenargues) On comprend mieux pourquoi Chantal Arens – première présidente de la Cour de cassation depuis juillet 2019 – signait, il y a peu encore, une tribune intitulée : « Pour une transformation profonde de la justice »32. Si l’on traduit cette invitation en langage moins retenu, l’on peut aisément imaginer ce que cela signifie en termes d’indépendance de l’institution par rapport au pouvoir exécutif. Mais, nous n’en sommes pas encore là tant les vents mauvais qui secouent l’acte III de l’actuel quinquennat ne sont guère propices à une réforme (révolution) d’une telle ampleur. Les derniers rebondissements de l’affaire Kohler agissent comme une piqûre de rappel33. Le Houlettegate n’est en définitive que le révélateur, l’accélérateur d’une prise de conscience que la justice hexagonale est nue.

9 Guillaume Berlat, Libertés chéries ou libertés honnies : une passion hexagonale, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 juin 2020.
10 Érik Emptaz, Contrecoup de « pressions », Le Canard enchaîné, 24 juin 2020, p. 1.
11 Jean Daspry, Montesquieu doit se retourner dans sa tombe, www.prochetmoyen-orient.ch , 22 juin 2020.
12 Jean Daspry, La France est-elle encore un État de droit ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 15 juin 2020.
13 Guillaume Berlat, Le Conseil anticonstitutionnel !, www.prochetmoyen-orient.ch , 10 septembre 2018.
14 Guillaume Berlat, Conseil d’État : l’insoupçonnable fatuité de l’être, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 décembre 2017.
15 Jean Daspry, Le Conseil d’État ou la négation de la justice, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 janvier 2020.
16 Stéphanie Marteau, 48° 51’ 47 " N 2° 20’ 14 " E, M. Le Magazine du Monde, 6 juin 2020, p. 28.
17 D.S., Au haut Conseil des tas, Le Canard enchaîné, 17 juin 2020, p. 1.
18 Yvan Stefanovitch, Petits arrangements entre amis, Albin Michel, 2020.
19 https://hudoc.echr.coe.int/fre#{%22itemid%22:[%22001-97988%22]}
20 https://hudoc.echr.coe.int/eng#{%22itemid%22:[%22001-101876%22]}
21 Roseline Letteron, Eliane Houlette, victime de fake news, www.libertescheries.blogspot.com , 19 juin 2020.
22 Marion Mourgue, Les proches de l’ancien candidat s’indignent des révélations, Le Figaro, 19 juin 2020, p. 10.
23 Jean-Marie Leclerc, Fillon : la procureur qui l’a poursuivi sème le doute, Le Figaro, 19 juin 2020, p. 10.
24 Houlette la girouette, Le Canard enchaîné, 24 juin 2020, p. 3.
25 Gérard Davet/Fabrice Lhomme, Affaire Fillon : l’ancienne procureur évoque une pression de sa hiérarchie, Le Monde, 20 juin 2020, p. 15.
26 Sarah Belouezzane, Affaire Fillon : le traumatisme de la droite ravivée, Le Monde, 23 juin 2020, p. 13.
27 Régis de Castelnau, Quand l’ex-patronne du PNF reconnaît implicitement le raid judiciaire anti-Fillon, www.lescrises.fr , 23 juin 2020.
28 L’intéressée est convoquée pour une audition devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale le 1er juillet 2020.
29 Paule Gonzalès, Affaire Fillon : le CSM limité par ses moyens d’enquête, www.lefigaro.fr , 22 juin 2020.
30 Isabelle Barré/Hervé Lifran/Christophe Nobili, Fillon : la procureure ouvre la boîte à gifles, Le Canard enchaîné, 24 juin 2020, p. 3.
31 Samuel Laurent/Anne Michel, Les investigation reprennent dans l’affaire Kohler, Le Monde, 26 juin 2020, p. 13.
32 Chantal Arens, Pour une transformation profonde de la justice, Le Point, 7 mai 2020, p. 63.
33 Martine Orange, L’affaire Kohler a été classée après une lettre d’Emmanuel Macron, www.mediapart.fr , 23 juin 2020.
 
 
EUROPE : DU RAPIDE ENGOUEMENT AU LENT DÉNIAISEMENT ! Guillaume Berlat. Après le temps du rêve, vient celui du cauchemar. Après le temps des espoirs, vient celui des doutes. Après le temps de la confiance, vient celui de la défiance Après le temps du confinement sanitaire, vient celui du déconfinement diplomatique. Après le temps de la candeur, vient celui du réalisme. Ainsi pourrait-on résumer en quelques phrases, la comptine de l’évolution de la relation entre la Chine et l’Union européenne. Alors que, depuis des années, les affreux souverainistes mettaient en garde contre les excès d’une mondialisation heureuse, d’une Chine conquérante, les universalistes riaient aux éclats en réaction à cette vision rance du XXIe siècle. Ces modernistes n’avaient de cesse de dénoncer, de stigmatiser les passéistes qui s’accrochaient aux stigmates du monde d’hier. Au concept de nations, il substituait celui de village planétaire, le Graal de tout libéral qui se respecte. Et, patatras, un microscopique virus au yeux bridés livré sur un plateau en or en Europe remet en cause tous les dogmes d’hier. Fini le nouveau testament. Retour à l’ancien testament. Après l’adoration du veau d’or venu de Pékin, vient le temps du pangolin de plomb à la malédiction du virus de Wuhan.

LE VEAU D’OR : L’ADORATION DE L’IDOLE DE PÉKIN

Qu’il est doux de se reposer sur la bien-pensance fédéraliste et sur ses dogmes réconfortants ! Qu’il est doux de se laisser bercer par la petite musique libérale et ses petits chants lénifiants ! En effet, nous sommes entrés, à l’insu de notre plein gré, dans le monde des bisounours – tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil – depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS. Le monde de la fin de l’Histoire, des nations, des États, des frontières… Le monde de la libre-circulation des hommes, des marchandises et des biens, du tourisme de masse, de la novlangue, de « l’essorage sémantique » (Éric Hazan) … Le monde de l’Europe ouverte à tous les vents, y compris les vents mauvais venant de l’Ouest (les États-Unis de « l’America First »)34 et de l’Est (la Chine des « nouvelles routes de la soie »)… Le monde de l’Europe qui n’exige ni réciprocité, ni respect de ses fausses valeurs tout en se pliant servilement devant l’homme à la mèche blonde et devant le nouvel empereur de l’empire du Milieu Le monde de l’Europe de la candeur, de la naïveté, des promesses non tenues… Le monde de l’Europe des eurocrates qui n’ont que faire des citoyens traités comme des consommateurs de normes. Le monde de l’Europe qui brade ses technologies de pointe à une Chine qu’elle croyait incapable de prouesses technologiques. Le monde de l’Europe qui se montre accommodante – pour ne pas dire munichoise – devant les ambitions stratégiques de Pékin en Mer de Chine35 et ses coups de poing avec l’Inde sans parler de l’ordre qu’elle entend faire régner à Hongkong. Le monde de l’Europe qui tolère les punitions infligées à l’Australie pour avoir eu le toupet de réclamer une commission d’enquête indépendante sur les origines de la crise de la Covid-19. En un mot une Chine qui passe de la « diplomatie du masque » à celle des « loups combattants », variante de la diplomatie agressive qui privilégie le « hard » au « soft power ».

Or, la crise du coronavirus semble avoir ouvert les yeux des aveugles et aveuglés eurolâtres et les avoir conduits à une prise de conscience salutaire du danger que représente l’agressivité chinoise qu’elle soit commerciale ou stratégique.

LE PANGOLIN DE PLOMB : LA MALÉDICTION DU VIRUS DE WUHAN

Curieusement, un virus échappé d’un marché ou d’un laboratoire de haute sécurité « P4 » construit avec la coopération de la France36 a plus fait évoluer les mentalités bornées de nos dirigeants que des années de mise en lumière rationnelle des dangers d’une trop grande dépendance vis-à-vis de la Chine (médicaments, masques, tests…). Après le temps du lyrisme du verbe jupitérien, nous passons aux exigences d’un réalisme de bon aloi dans un monde du retour de la puissance. Le quotidien Le Monde nous explique qu’un vent de réalisme souffle désormais sur les institutions européennes37. Nous apprenons que la Commission, Paris et Berlin partagent dorénavant un vœu géopolitique : l’Union européenne doit affirmer sa souveraineté, protéger ses secteurs stratégiques et avancer les yeux ouverts, entre une Amérique trumpienne méconnaissable et une Chine de plus en plus assertive. Après « l’essorage sémantique », c’est la réhabilitation linguistique de certains mots tels que souveraineté38, autonomie stratégiques, Europe puissance. Nous découvrons que la Commission européenne aurait changé de logiciel (selon des conseillers d’Emmanuel Macron), ayant présenté le 17 juin 2020 un livre blanc visant à protéger les marchés européens contre les entreprises étrangères largement subventionnées par des États, représentant une concurrence déloyale. La Chine est visée en priorité. Une ère de naïveté se conclut. Une ère de réalisme commence. Alléluia ! En 2019, cette même Commission définissait la Chine comme un partenaire stratégique sur le climat et le multilatéralisme, un concurrent économique et un rival systémique. Quelles conclusions pratiques en avait-elle tirées ? Aucune. L’Union européenne est-elle prête à présenter un front uni contre Xi Jinping à l’avenir lors de toutes les rencontres bilatérales de haut niveau ? Ayant identifié certaines divisions entre les Vingt-Sept, la Chine a initié un format 17+1 dès 2012 qui regroupe la plupart des États d’Europe centrale et des Balkans pour multiplier les chantiers d’infrastructures dans le cadre des « nouvelles routes de la soie ». Même si, à ce jour, le bilan est maigre, la Chine met en œuvre le fameux diviser pour mieux régner sur le long terme. Rappelons que Josep Borrell, Ersatz de ministre européen des Affaires étrangères déclarait récemment à propos de l’expression « rival systémique » que : « les Chinois ont réitéré leur volonté, d’être présent dans le monde et de jouer un rôle global, mais ils n’ont pas d’ambitions militaires et ils ne veulent pas utiliser la force ni participer à des conflits militaires »… quelques jours avant les graves incidents à la frontière entre la Chine et l’Inde (16 juin 2020). Encore un brillant dirigeant européen qui a tout compris au monde du XXIe siècle ! On comprend mieux pourquoi l’Europe pose souvent le mauvais diagnostic sur les problèmes auxquels elle est confrontée.

Accessoirement, « l’épidémie mondiale de coronavirus a montré l’utilité des nations protectrices et des frontières »39. La stupidité des dogmes intangibles du phalanstère bruxellois apparaît désormais au grand jour. En venir à une telle solennité pour rappeler une évidence en dit long sur la fragilité d’une Union qui a tous les airs de la désunion. Une Union européenne qui découvre sidérée que la Chine n’est plus « émergente mais submergeante ».

LA DÉFAITE DE CANDIDE OU L’OPTIMISTE ?

13 lignes. Les fins esprits, qui se gaussaient de tous ceux qui osaient critiquer le fonctionnement chaotique et irresponsable de l’Union sans remettre pour autant en cause son utilité – en sont pour leurs frais. Ils avalent aujourd’hui leur chapeau sans pour autant faire amende honorable pour leurs péchés mortels à propos de la Chine. Ils font aujourd’hui preuve de clairvoyance rétrospective avec l’air des sachants qui ne savent rien alors que les souverainistes, voués à l’anathème et à l’exclusion, leur avaient montré la voie depuis très longtemps. Candeur et idéologie constituent la marque de faiblesse de toute diplomatie qui se respecte. C’est une bonne chose en soi que l’Union européenne choisisse désormais – du moins dans les mots – la voie de la finesse et du réalisme. Reste à savoir comment cette évolution va se traduire concrètement dans la conduite de la relation entre les Vingt-Sept et la Chine. Seul l’avenir nous le dira au regard des rencontres institutionnelles entre ces deux entités. L’Histoire d’amour entre l’Union européenne et la Chine est passé du rapide engouement au lent déniaisement.

34 Éditorial, Grand froid entre les États-Unis et l’Europe, Le Monde, 21-22 juin 2020, p. 30.
35 Frédéric Lemaître, La stratégie de Pékin au cœur des tensions Asie-Pacifique, Le Monde, 21-22 juin 2020, p. 3.
36 Guillaume Berlat, « P4 » de Wuhan : un scandale d’État ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 4 mai 2020.
37 Piotr Smolar, L’Europe face à la Chine, le lent déniaisement. Le président Xi Jinping dit s’entretenir, lundi, avec des dirigeants de l’UE, soucieuse d’affirmer sa souveraineté, Le Monde, 21-22 juin 2020, p. 2.
38 Guillaume Berlat, Du retour en grâce du concept de souveraineté !, www.prochetmoyen-orient.ch , 8 juin 2020.
39 Ivan Rioufol, La France, malade d’être abandonnée, Le Figaro, 19 juin 2020, p. 19.
 
 
QUAND LES POLITIQUES SE DÉFAUSSENT DE LEURS RESPONSABILITÉS SUR LES EXPERTS – Jean Daspry. « Un expert, c’est une opinion. Deux experts, c’est la contradiction. Trois experts, c’est la confusion ». Ainsi pourrait-on résumer en quelques mots la catastrophique gestion de la crise de la Covid-19 par Jupiter et sa bande de cloportes qui sont censés le conseiller sur tout et sur rien40. Car, comme le souligne justement Franck Lloyd Wright (architecte concepteur américain décédé en 1959) : « Un expert est un homme qui a cessé de penser. Pourquoi penserait-il, puisqu’il est un expert ? ». Cela d’autant plus que l’on a été formé, pour ne pas dire déformé, par un passage par l’école nationale de l’arrogance (ENA). Pour autant, faut-il se passer de l’expertise de ceux qui savent ? Certainement pas tant le recours à l’expertise est une condition plus que nécessaire à la prise d’une décision politique éclairée. Néanmoins, elle n’est certainement pas une condition suffisante pour justifier une décision politique surtout lorsque cette dernière marque de pertinence.

LE RECOURS À L’EXPERTISE : UNE CONDITION PLUS QUE NÉCESSAIRE

Qui peut raisonnablement prétendre que l’on peut se passer de l’avis autorisé de virologues, d’épidémiologistes, de microbiologistes41, d’anthropologues historiens des pandémies42, de praticiens des médecines tropicales, d’urgentistes… pour comprendre les tenants et aboutissants d’une crise sanitaire grave comme celle de la Covid-19 ? Personne. Nous ne parlons pas des « toutologues » chers à Régis Debray qui pérorent sur tout et sur rien sur les chaînes d’abrutissement en continu avec l’arrogance des imbéciles. Nous ne parlons pas, non plus, des philosophes, nouveaux Pic de la Mirandole, dont les écrits sont inspirés par la période de confinement qui les a contraints à ne plus voyager aux quatre coins de la planète43. Nous parlons de tous ces obscurs qui savent qu’ils ne savent pas et cherchent à comprendre jour après jour dans leurs laboratoires, dans leurs hôpitaux… Ceux que l’on applaudissait à 20 heures et à qui l’on cloue le bec avec le « Ségur de la Santé ». Nous parlons de ces chercheurs qui explorent les mystères de la vie, de la mort, de la souffrance, de la guérison avec une abnégation qui mérite louange. En un mot comme en cent, le recours à l’expertise est incontournable tout en mesurant aussitôt les limites lorsque l’on entre dans le champ spécial de la politique, concept pris dans son acception la plus péjorative.

LE RECOURS À L’EXPERTISE : UNE CONDITION NON SUFFISANTE

La conjugaison des limites inhérentes à toute expertise conjuguée à la lâcheté des politiques conduit à la situation que nous connaissons tant sur le plan sanitaire (30 000 morts) qu’économique (disparition de 800 000 emplois et baisse importante du PIB).

Les limites de l’expertise. Tout d’abord, il n’y a pas d’expert qui soit absolument compétent tant les sciences humaines ne sont pas des sciences exactes. Ceci vaut également pour la médecine qui relève en grande partie de l’empirisme et de l’expérience. Par ailleurs, l’avis de l’expert ne porte, par nature, que sur une seule dimension d’un problème complexe. Dans ce contexte, il est paradoxal, pour ne pas dire incongru de demander aux experts du Conseil scientifique de justifier leur avis sur la nécessité du confinement44 dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise45. Dans la même veine, le Lancetgate nous incite à la plus grande prudence y compris à l’égard de la fiabilité des informations et thèses scientifiques, souvent reprises et déformées par les réseaux asociaux46. On mesure ainsi le fait que l’expertise et les experts sont sujets à caution, à débat. Et, c’est ainsi que les progrès de la science se construisent, non dans un unanimisme de façade. Le professeur Didier Raoult, qui n’a pas sa langue dans sa poche, expliquait son départ du Haut Conseil scientifique en le qualifiant de « Pétain ». Que dire des experts indépendants qui arborent à la boutonnière ruban, rosette rouge en signe d’allégeance au pouvoir en place. En un mot, l’expertise, c’est comme la plus belle femme, elle ne peut donner que ce qu’elle a. Surtout lorsqu’elle est instrumentalisée à des fins partisanes, politiques.

La lâcheté des politiques. En ces périodes de défiance croissante des citoyens à l’égard des dirigeants politiques – de tous les bords -, comment essayer de recrédibiliser sa parole démonétisée ? Si ce n’est en ayant recours à un subterfuge : le recours à l’expert dont la parole est sacrée, inattaquable par nature. Emmanuel Macron a usé et abusé du principe d’un gouvernement éclairé par la science. Quel meilleur allié en cette période de communication reine47 !. Le seul problème tient au fait, que lors de crises paroxystiques comme celle que nous venons de traverser, l’expert ne possède aucune certitude tant la matière à laquelle il est confrontée est inconnue de lui. L’expert est démuni. Peu importe, on se retranche derrière son avis – nous n’avons jamais eu communication de l’intégralité de ces avis- pour justifier le caractère subjectif, pour ne pas dire arbitraire de son choix. « Il est vrai que la vie politique ne prépare pas à raisonner dans l’inconnu et la recherche n’est que rarement organisée pour répondre de façon coordonnée à un danger inédit »48. La collision entre deux mondes qui n’évoluent pas dans la même dimension spatio-temporelle aboutit souvent à des catastrophes. Nous disposons d’un parfait exemple avec la gestion pour le moins chaotique de la pandémie par un pouvoir déboussolé. Un pouvoir qui n’a pas anticipé. Un pouvoir qui n’a pas préparé. Un pouvoir qui n’a pas géré49. Un pouvoir désemparé au bout du rouleau qui ne sait plus à quel saint se vouer. Un pouvoir dont la responsabilité était d’informer le public de l’état des connaissances (lacunaires sur le coronavirus) et des moyens (particulièrement maigres en termes de dépistage, de masques…), sans taire les controverses parmi les experts. Toutes choses qu’il n’a pas su ou pas voulu faire par manque de distance et de hauteur par rapport à l’évènement dramatique, par défaut de prise du temps nécessaire à la réflexion.

Pas plus que le gouvernement des juges, le gouvernement des experts n’est et ne sera jamais une bonne méthode de gouvernance démocratique.

« Personne ne croit aux experts mais tout le monde les écoute » (Auguste Detoeuf). Voilà où nous conduit l’homme du monde d’après, président du désordre et de l’impuissance50 ! L’homme qui conduit la République en godillots51. L’homme présenté comme disruptif qui n’a pas fait mieux que ses prédécesseurs mais qui, en plus, s’est lâchement retranché derrière des avis d’experts contestés et contestables. Les consciences de la science sont diverses et variées… mais moins que celles de nos dirigeants narcissiques et incompétents. Gouverner, c’est prévoir mais aussi assumer les conséquences de ses choix étant entendu que le choix n’est jamais entre deux bonnes solutions mais entre deux mauvaises. Surtout lorsqu’il faut arbitrer entre considération sanitaires et économiques qui répondent à des logiques différentes si ce n’est antagonistes. Les résultats catastrophiques de la gestion de la crise de la Covid-19 démontrent amplement ce qu’il advient lorsque les politiques se défaussent de leurs responsabilités sur les experts !

40 Philippe Villin, L’économie française va payer l’addition d’un diktat sanitaire déraisonnable, Le Figaro, 19 juin 2020, p. 18.
41 Professeur Didier Raoult, Épidémies : vrais dangers et fausses alertes, Michel Lafon, 2020.
42 Jean-Dominique Michel, Covid-19. Anatomie d’une crise, HumenSciences-Santé, 2020.
43 Bernard-Henri Lévy, Ce virus qui rend fou, Grasset, 2020.
44 Chloé Hecketsweiler/Solenn de Royer, Le Conseil scientifique défend le confinement, Le Monde, 20 juin 2020, p. 10.
45 Cécile Thibert, Le Conseil scientifique se justifie sur la nécessité du confinement, Le Figaro, 19 juin 2020, p. 13.
46 Emmanuel Lemieux, Ces revues qui ramènent leur savoir, Marianne, 19-25 juin 2020, pp. 52 à 55.
47 Dominique Wolton, Vive l’incommunication. La victoire de l’Europe, EFB essais, 2020.
48 Armand Hatchuel, L’expert et le politique face à l’inconnu, Le Monde, 18 juin 2020, p. 20.
49 Jean Daspry, Trois leçons sur la crise de la Covid-19, www.prochetmoyen-orient.ch , 1er juin 2020.
50 Bertrand Badie, L’impuissance de la puissance, Fayard, 2004.
51 Virginie Le Trionnaire, Philippe de Villiers : « En marche !, c’est le hors-sol », Le Figaro, 19 juin 2020, p. 6.
 
 
UNE FRANCE PIÉGÉE – Jean Daspry. « Tout ce que touche Macron devient de la merde » aurait déclaré en petit comité Donald Trump selon ce qu’écrit son ancien conseiller à la sécurité nationale, l’homme à la moustache, John Bolton dans son brûlot contre le président de États-Unis. En dépit de sa grossièreté, ce jugement de l’homme à la mèche blonde ne manque pas de pertinence, trois ans après l’entrée à l’Élysée du gamin désigné par le suffrage universel par défaut. Patent, le constat global de l’échec de la diplomatie jupitérienne repose sur quelques constats spécifiques d’actualité.

UN CONSTAT GLOBAL

« Il ne faut pas se le dissimuler : la crise du Covid-19 fragilise la position de la France dans le monde. Pour au moins trois raisons : d’abord parce que le « système France » a paru moins bien réagir à la pandémie que l’Allemagne ; la perception existe aussi que, sur le plan économique, la France glisse dans le camp des pays du Sud de l’Europe. Ensuite parce que les budgets de défense vont se trouver soumis à d’intenses pressions alors que les menaces – crises au Proche-Orient, terrorisme, Libye – ne connaissent aucune rémission. Enfin, plus généralement, parce que le Covid-19, selon toute probabilité, entraîne un monde plus dur, plus fracturé, moins coopératif : avec la diplomatie des masques conjuguée à de brutales pressions, la Chine a révélé toute son ambition ; la rivalité sino-américaine prend un caractère quasi irréversible ; les grandes institutions multilatérales, qu’aiment tant les Français, ont montré toutes leurs limites, qu’il s’agisse de l’OMS, des Nations Unies, du G20 ou du G7 »52

Que cela est dit de manière diplomatique sous la plume de cet ex-ambassadeur à Damas et à Berne qui passe pour un brillant intellectuel !53 Plus trivialement, la diplomatie d’Emmanuel Macron est inaudible et peu crédible sur la scène internationale. Nous entrons ainsi de plain-pied dans le nouveau monde et toutes ses joyeusetés. Un champ de ruines que laissera en héritage Jupiter à ses successeurs.

DES CONSTATS SPÉCIFIQUES

Les déroutes de la diplomatie macronienne sont légions. Nous ne retiendrons que les plus actuels.

L’inexistence de l’Union européenne

Contrairement aux affirmations sur l’unité des pays européens la crise sanitaire que nous vivons a montré en vraie grandeur, pour ceux qui l’ignoraient, que tous les Etats pratiquent le chacun pour soi y compris dans l’achat des matériels et des produits. Nous n’avons pas d’amis, nous n’avons que des alliés ou des ennemis disait Churchill. C’est le plus fort, le plus riche ou le plus agressif qui emporte la mise.  Ceux qui ont anticipé ont un avantage réel car ils ont pu se préparer et agir tandis que les autres essaient de réagir au jour le jour et la sanction économique et sociale est brutale. Comme le savent bien les militaires, la solidarité n’existe que dans les troupes entrainées qui partagent des valeurs et des objectifs. L’Europe s’est révélée incapable de répondre à la crise par des actions communes. L’OTAN non plus d’ailleurs. La fourmi nordique a géré au mieux quand la cigale méditerranéenne a sombré dans le chaos. En réalité chacun s’est débrouillé comme il a pu, en fonction de ses moyens, entre ceux qui ont considéré qu’il fallait laisser faire la nature quoi qu’il en coûte et ceux qui ont cherché à éviter la contamination par des mesures allant de l’identification des malades au confinement général54. En dépit des promesses lénifiantes, la situation n’a guère évolué dans le bon sens depuis le début du mois de mai 2020. Le projet d’un plan de relance économique de 750 milliards reste encore au niveau des vagues promesses en raison de l’opposition des États dits « frugaux (Pays-Bas en tête de liste). C’est que les décisions se prennent à Vingt-Sept et non à Paris ou entre Paris et Berlin. Pour le reste, c’est la fable du bateau ivre dont le capitaine découvre la candeur dont l’Union a fait preuve à l’égard d’une Chine submergeante. Mais, l’on nous affirme que c’est la fin de la naïveté européenne !55

Les conséquences désastreuses de la guerre en Libye

En visite à Paris, le 22 juin 2020, le président tunisien, Kaïs Saïed renvoie la France à ses turpitudes du printemps 2011, dans un long entretien accordé au Monde56. Que nous dit le chef de l’État tunisien sur un ton nuancé, ce qui lui donne encore plus de poids ?

« Le problème libyen concerne les Libyens ! Certes, il y a une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui représente la légalité internationale, mais elle ne peut pas être perpétuelle. Il y a aussi les interventions étrangères57 et le conflit libyen a fini par devenir international, alors que c’est un problème national. Lorsque les mercenaires russes sont rentrés en Libye, c’est devenu un problème entre deux empires : américain et russe. Les règles du jeu ont changé. J’ai proposé un certain nombre de solutions. Comme réunir les chefs de tribu, en vue de rédiger une Constitution provisoire permettant d’organiser les pouvoirs publics ; puis de préparer une nouvelle Constitution admise par tous les Libyens. Mais j’insiste sur un point : la Tunisie n’acceptera jamais une partition de la Libye. Cela pourrait être le préalable à une partition aussi des États voisins. La Tunisie a payé cher cette guerre qui n’en finit pas : sur le plan financier, sécuritaire et même au sein de sa classe politique. Comme si le problème libyen était tuniso-tunisien, les uns soutenant le camp de l’est, les autres celui de l’ouest. Ce qu’il faut, c’est coordonner les positions de l’Algérie et de la Tunisie pour permettre aux Libyens de trouver leur solution ».

Cette pagaille monstre remonte au temps béni où Nicolas Sarkozy avait décidé de faire la peau au colonel Kadhafi (après l’avoir traité comme un Seigneur à Paris) et entrainât derrière lui une coalition hétéroclite pour mener à bien sa fameuse guerre humanitaire en violation de la résolution 1973 du Conseil de sécurité. Que sont devenues les brillantes conférences de la Celle-Saint-Cloud et de l’Elysée organisées par Emmanuel Macron ? Elles ont tout naturellement fini dans les poubelles de l’Histoire dont il est un client régulier. La Libye, c’est aussi une preuve de l’impuissance de l’Europe58. On le mesure aisément lorsque l’on constat que la seule façon d’exister sur ce dossier est la publication, le 25 juin 2020, d’un communiqué commun par Berlin, Paris et Rome à demander que cessent les ingérences étrangères. « Face au risque croissant de dégradation de la situation en Libye et d’escalade régionale, la France, l’Allemagne et l’Italie appellent toutes les parties libyennes à cesser immédiatement et sans condition les combats et à suspendre le renforcement en cours des moyens militaires à travers le pays », soulignent ces trois pays européens. Ils « exhortent également les acteurs étrangers à mettre un terme à toutes les ingérences et à respecter pleinement l’embargo sur les armes établi par le Conseil de sécurité des Nations unies ». Libye, le pari perdu de la France59.

Les résultats de l’inconséquence sur le Kosovo

Nous apprenons le 25 juin 2020 que le président du Kosovo, Hakim Taçi est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Washington rencontrer son homologue serbe Aleksandar Vucic60. « Cela faisait bien longtemps que l’on attendait les premiers actes d’accusation des chambres spécialisées pour les crimes de guerre au Kosovo, officiellement créées en 2016. « Plus le temps passe, plus les témoins disparaissent et plus le voile de l’oubli tombera sur les crimes », assurait en 2019 Negoman Maric, responsable de l’association des parents de victimes de l’enclave serbe de Velika Hoca, dans l’ouest du Kosovo. Cette dernière année, les chambres ont auditionné près d’une centaine de suspects potentiels, anciens membres de la guérilla de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), mais beaucoup redoutaient qu’elles n’accusent que des exécutants, des sous-fifres. Bien au contraire, elles ont choisi de frapper très haut, en lançant un acte d’accusation contre Hashim Thaçi et son bras droit Kadri Veseli. Ancien porte-parole de la guérilla, Hashim Thaçi, aka Commandant Serpent, est devenu président de la République du Kosovo en avril 2016. Kadri Veseli, député, ancien président du Parlement, est le chef du Parti démocratique du Kosovo (PDK), une formation créée par les anciens combattants. Il était le chef des services secrets de la guérilla. À ce titre, il aurait été directement impliqué dans l’élimination des « traîtres », le plus souvent des cadres de la faction albanaise rivale, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) d’Ibrahim Rugova. Les deux hommes sont accusés de « crimes de guerre et crimes contre l’humanité, y compris le meurtre, la disparition forcée, la persécution et la torture ». L’acte d’accusation publié mercredi après-midi évoque le meurtre d’une centaine de personnes, « des Albanais du Kosovo, des Serbes, des Roms et des personnes d’autres nationalités, dont des opposants politiques, dont les noms sont connus par l’accusation ». La création des chambres spécialisées est une conséquence de l’échec du Tribunal pénal international de La Haye (TPIY), qui s’est révélé incapable de juger les anciens commandants de l’UCK : dans tous les procès, les témoins avaient été éliminés ou se sont rétractés durant les audiences. Le dossier des crimes imputés à la guérilla avait été relancé par le retentissant rapport présenté en décembre 2010 par le député suisse Dick Marty devant le Conseil de l’Europe, qui évoquait notamment un trafic d’organes sur des prisonniers civils serbes. « La reconstruction des événements pendant la période tourmentée et chaotique de 1999 à 2000 au Kosovo est extrêmement difficile, écrivait-il. Il y a toujours, un manque de volonté d’établir la vérité et les responsabilités de ce qui s’est passé pendant ce laps de temps. Le faisceau d’indices existant contre certains hauts responsables de l’UCK explique en grande partie ces réticences. Il y a des témoins de ces événements qui ont été éliminés, d’autres sont terrorisés par le simple fait d’être interpellés sur ces événements ». Dick Marty insistait sur la question cruciale de la protection des témoins. En décembre 2019, un garde-forestier était retrouvé mort non loin de Pristina, juste après avoir été interrogé par les chambres. « Si les témoins ne sont pas tués, alors ils sont isolés par la société qui les frappe d’ostracisme », confiait un de ces témoins sous couvert d’anonymat. « Les menaces et les pressions les poussent parfois à prendre des décisions fatales. Moi, je ne serais plus jamais tranquille, j’en suis conscient. » Selon Human Rights Watch, ces menaces contre les témoins ont été encouragées par Hashim Thaçi lui-même au lendemain de la publication du rapport de Dick Marty. Alors premier ministre, Hashim Thaçi avait déclaré qu’il connaissait les noms des personnes qui avaient collaboré avec le rapporteur du Conseil de l’Europe et qu’il allait les rendre publics. L’acte d’accusation stipule que Thaçi et Veseli ont mené une campagne de diffamation contre le tribunal, « montrant ainsi qu’ils font passer leurs intérêts privés avant ceux des victimes, le respect de l’État de droit et les intérêts du peuple entier du Kosovo ». Dès mercredi, une bonne part de la classe politique du Kosovo a fait bloc autour des accusés. « Je crois fermement que la guerre de l’UCK a été une guerre juste et propre, que ses combattants se sont battus pour protéger le peuple du Kosovo contre la terreur, la liquidation et le génocide serbe », a ainsi déclaré le président de la LDK et ancien premier ministre Isa Mustafa. Le gouvernement du Kosovo a appelé la population à la retenue mais, si les sympathisants du PDK se déchaînaient sur les réseaux sociaux, Pristina est restée calme mercredi soir. Également issue de la LDK, mais en rupture avec son propre parti, la présidente du Parlement, Vjosa Osmani a été la seule à faire, timidement, entendre un son de cloche différent, en rappelant que le Kosovo avait « avant tout besoin de justice ». L’acte d’accusation a été rendu public alors qu’Hashim Thaçi s’apprêtait à se rendre à Washington où il devrait rencontrer samedi son homologue serbe, Aleksandar Vucic, à l’invitation de Richard Grenell, l’émissaire spécial du président Trump pour le Kosovo. La rencontre était présentée comme une étape essentielle dans la conclusion d’un « accord final » avec la Serbie. Les États-Unis ont fortement pesé pour le renversement du gouvernement de gauche d’Albin Kurti, le 25 mars 2020, en pleine pandémie, et son remplacement par un cabinet conduit par la LDK, supposé être plus favorable au dialogue et à un éventuel partage territorial du Kosovo comme base d’une paix « durable ». Richard Grenell a d’abord tweeté que la rencontre de samedi serait maintenue, Hashim Thaçi se faisant remplacer par le premier ministre Avdulah Hoti, mais ce dernier a annoncé dans la soirée qu’il ne se rendrait pas à Washington. C’est donc tout le scénario, conçu par les stratèges de la Maison Blanche, d’un « accord rapide » avec la Serbie qui s’effondre. Ayant su se rendre indispensable aux Occidentaux, Hashim Thaçi croyait avoir assuré son impunité. Mais, « selon le droit international, il n’existe aucune amnistie pour qui que ce soit ayant violé les lois humanitaires internationales », rappelait en 2017 David Schwendiman, alors procureur en chef des chambres spécialisées. Le 23 juin 2020, Hashim Thaçi écartait l’idée d’une démission, tandis que l’acte d’accusation doit encore être validé par la justice du Kosovo, conformément à la procédure particulière des chambres spécialisées, mais sa position risque vite de devenir intenable. Reste à savoir s’il sera possible, après deux décennies, de juger les crimes commis »61.

Que pense de tout cet embrouillamini Bernard Kouchner, le grand défenseur de l’État mafieux kosovar ? Qu’en pense Emmanuel Macron ? Va-t-il rappeler notre ambassadeur à Pristina ? Va-t-il demander à l’Union européenne d’imposer des sanctions au Kosovo ? Va-t-il saisir le Conseil de sécurité de l’ONU ? Allons-nous être actif – comme nous l’avons été pour faire embastiller Laurent Gbagbo dans les geôles de la CPI62 – durant la suite de la procédure pénale ? Vraisemblablement que nous n’aurons pas de réponses précises à toutes ces questions si ce n’est une déclinaison de la diplomatie du en même temps.

DES INCONVÉNIENTS DE LA DIPLOMATIE DU CABOTAGE !

« Pour le président, il convient d’avoir une boussole suffisamment précise afin que, malgré les improvisations que la situation exige, un cap soit maintenu. Ce n’est pas forcer le trait que de dire combien la séquence qui vient de mêler manifestations antiracistes et colère des policiers sur fond d’émeutes urbaines a eu un effet désastreux sur l’image du gouvernement…. Reste que dans l’urgence, tous les Français ont pu constater que le pouvoir, parce qu’il a paniqué, a réagi sans cohérence. Les directives venues d’en haut, de l’Elysée plus particulièrement, reflétaient trop de confusion dans les principes pour qu’au bout du compte, les esprits s’apaisent plutôt que de s’échauffer. Dans le genre, on a rarement fait pis. … Mais dans le contexte particulier d’une crise sanitaire qui s’efface pour laisser place à une crise économique et sociale de grande ampleur, le danger est que l’accidentel devienne sinon la norme du moins l’habitude »63. À l’extérieur comme à l’intérieur – il n’y a pas de mystère -, l’improvisation conduit droit dans le piège que Jupiter, mais aussi ses prédécesseurs, a soigneusement armé !

52 Michel Duclos, Quelle stratégie pour restaurer la place de la France à l’international ?, www.lexpress.fr , 24 juin 2020
53 Michel Duclos (sous la direction de), Le monde des nouveaux autoritaires, L’Observatoire, 2019.
54 Ancien Directeur du renseignement à la DGSE de 2002 à 2003, Alain Juillet a ensuite occupé jusqu’en 2009 les fonctions de Haut responsable à l’intelligence économique, rattaché au Premier Ministre. Conseiller au Cabinet Orrick Rambaud Martel, il est également Président de l’Académie d’Intelligence Economique, 29 avril 2020.
55 Franck Dedieu/Coralie Delaume/Jack Dion, Finie l’Europe naïve ! Vraiment ?, Marianne, 26 juin-2 juillet 2020, pp.40-41-42.
56 Maryline Baumard/Charlotte Bozonnet (propos recueillis par), Kaïs Saïed : « La Tunisie a payé très cher cette guerre en Libye » Le président Kaïs Saïed met en garde contre une partition de l’État voisin sous l’effet des ingérences étrangères, Le Monde, 25 juin 2020, p. 6.
57 Alain Léauthier, Erdogan fait ce qui lui plaît, Marianne, 26 juin-2 juillet 2020, p. 43.
58 Jean-Pierre Stroobants, En Libye, l’impuissance de l’Europe, Le Monde, 26 juin 2020, p. 4.
59 Piotr Smolar, Libye, le pari perdu de la France, Le Monde, 27 juin 2020, p. 5.
60 Stéphanie Maupas, Le président du Kosovo accusé de crimes contre l’humanité, Le Monde, 26 juin 2003, p. 3.
61 Jean-Arnault Dérens/Philippe Bertinchamps, Kosovo : Hacim Taçi accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, www.mediapart.fr , 25 juin 2020.
62 Julian Fernandez, L’attaque de Donald Trump contre la Cour pénale internationale illustre la brutalité de sa diplomatie, Le Monde, 27 juin 2020, p. 32.
63 François Bazin, Macron et la loi erratique de l’évènement, www.lexpress.fr , 24 juin 2020.

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