Observatoire Géostratégique

numéro 294 / 3 août 2020

ORIENT-ATIONS 293

IL Y A UN AN DISPARAISSAIT NOTRE AMI PIERRE PEAN – La rédaction. Pierre Péan est décédé le 25 juillet 2019 des suites d’une longue maladie. En ces temps de pseudo-éditorialistes, de télévisions continues et d’effondrement du journalisme de qualité, le père du « journalisme d’enquête » (à ne pas confondre avec le journalisme d’investigation/délation à la Edwy Plenel), oui le père d’enquêtes cousues main, avec honnêteté et tranquillité (Histoires africaines notamment, 1983) manque cruellement. Nous transmettons toute notre affection à Odile, ses enfants et petits-enfants.
 
 
BERNARD-HENRI LEVY SE FAIT VIRER DE LIBYE – Richard Labévière, 25 juillet. Selon plusieurs agences de presse algérienne Bernard-Henri Lévy a été empêché ce samedi dernier d’entrer dans la ville libyenne de Tarhouna, rapporte aussi la chaîne russe RT sur son site arabophone, reprenant des vidéos circulant sur les réseaux sociaux. Sur les images, on voit, à l’entrée de la ville, des hommes armés barrer le passage au cortège du pseudo-philosophe français controversé qui a dû rebrousser chemin. Selon des activistes cités par la même source, les hommes armés, des fidèles du Gouvernement d’entente nationale (GNA) de Fayez Al-Saradj, ont même tiré des coups de feu en direction du cortège.

Située à 80 kilomètres au sud-est de Tripoli, la ville de Tarhouna a été reprise en juin dernier par le GNA aux forces du maréchal Khalifa Haftar. Bernard-Henri Lévy est très controversé dans le monde arabe à cause de son influence supposée dans les mal nommées « révolutions » du « printemps arabe ». Parlant et agissant à la place d’Alain Juppé – alors ministre des Affaires étrangères – Il avait joué un rôle clé dans l’intervention militaire franco-britannique en Libye, et l’élimination du président libyen Mouammar Kadhafi. A l’époque, ayant déclaré qu’il agissait en faveur des intérêts d’Israël, reste à savoir maintenant si sa dernière pantalonnade a reçu l’aval du Quai d’Orsay de Jean-Yves Le Drian !
 
 
SOLDAT TUE AU MALI : HOMMAGE NATIONAL A TARBES, CETTE SEMAINE – La Dépêche, 24 juillet. Une cellule de crise a été mise en place au 1er régiment des hussards parachutistes frappé de plein fouet par une attaque suicide qui a tué l’un des leurs et grièvement blessé deux de ses camarades au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane.

C’est la stupeur qui règne au 1er RHP depuis le décès de l’un des siens, le 1ère classe Tojohasina Razafintsalama, tué jeudi matin lors de l’explosion d’un véhicule-suicide ennemi à proximité du véhicule blindé léger où il se trouvait, au Mali. Cette attaque s’est produite lors d’une mission de reconnaissance au Nord de la base avancé de Gossi, dans le cadre de l’opération Barkhane pour laquelle 560 militaires du 1er RHP sur 850, sont projetés. Deux autres militaires du régiment ont été grièvement blessés mais « leur pronostic vital n’est pas engagé » a précisé le commandant en second du régiment Philippe Laurentie. Originaire de Madagascar, célibataire sans enfant, Tojohasina Razafintsalama, 25 ans, « était un tout jeune hussard parachutiste, qui avait deux ans de service. Il était particulièrement apprécié, souligne le lieutenant-colonel. Il revenait d’une mission en Nouvelle-Calédonie pour laquelle il a été félicité. Il avait beaucoup de qualités, des qualités que nous apprécions particulièrement au régiment : il était franc, courageux et volontaire. Il avait été décoré de la médaille de la défense nationale « bronze » le 1er janvier 2019. Comme ses camarades, il était préparé et entraîné à ce type de situation ». Selon nos informations, une cérémonie d’hommage national aura lieu au 1er RHP probablement en milieu de semaine prochaine et sans doute en présence de la ministre des armées Florence Parly, dont le cabinet devrait communiquer dans les prochains jours la date et les modalités de la célébration.

UNE MINUTE DE SILENCE

À la caserne du 1er RHP, vendredi matin, les militaires ont observé une minute de silence « avec une adresse du commandant en second pour donner du sens au sacrifice de notre camarade » et le drapeau du régiment a été mis en berne. La sobriété et le respect d’une dignité empreinte d’émotion étaient de mise vendredi à la caserne du 1er RHP : « Nous sommes une communauté profondément affectée et repliée sur elle-même comme un cocon, pour entourer et soutenir les familles de notre disparu et de nos blessés, nous voulons respecter une forme d’intimité vis-à-vis de leur entourage, explique Philippe Laurentie. Une cellule de crise a été mise en place pour s’occuper des familles du militaire décédé et des blessés qui ont été rapatriés dans un hôpital militaire à Paris où ils sont parfaitement pris en charge médicalement. Nous mettons tout en œuvre pour que les familles puissent les voir au plus vite ». Le maire de Tarbes Gérard Trémège a réagi à cet événement dramatique, dans les premières heures : « Les Tarbais connaissent mon attachement viscéral à nos militaires, la relation extrêmement forte et fusionnelle que nous avons construite avec eux depuis que je suis maire de Tarbes, d’autant que je leur avais rendu visite au Mali il y a quelques années. Ce drame me touche particulièrement. La ville s’associera aux manifestations qui seront organisées en mémoire du militaire décédé. À travers lui, je salue l’engagement et le courage de tous nos militaires ».
 
 
MALI OU LA DESCENTE AUX ENFERS – Ali Baba. « Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne à la gorge » (Winston Churchill).

RIEN NE VA PLUS POUR IBK AU MALI

Les jours se suivent et se ressemblent. Malheureusement, doit-on aussitôt préciser, s’agissant de la situation au Mali. Rien ne va plus. Le président IBK est de plus en plus contesté. Les frasques de son fils complètent agréablement le tableau politique intérieur. L’opposition veut à tout prix la peau du chef de l’État qui a amplement démontré que tout change pour que rien ne change. Corruption, népotisme, copinage, mauvaise gouvernance, armée incompétente… Tels sont les ingrédients favoris d’un État de plus en plus failli, de plus en plus en faillite. Ses voisins commencent à s’inquiéter du chaos ambiant. C’est pourquoi, cinq chefs d’États africains (Côte d’Ivoire, Ghana, Nigéria, Niger, Sénégal) se rendent à Bamako, le 23 juillet 2020, pour tenter de dénouer la crise politique. À l’africaine, sous l’arbre à palabres pour lancer un (improbable) dialogue entre pouvoir et opposition1. Ce qui est une excellente chose en soi. Les Africains ne sont-ils pas les mieux placés pour comprendre les problèmes des leurs et les aider à surmonter, de préférence sans ingérence étrangères (les bonnes recettes de la bonne vieille Françafrique, pour ne pas dire Françafric) ?2 Mais, dans le même temps, ne sommes-nous pas les mieux placés pour être souverain dans notre pays face aux agissements de quelques individus que l’on nous présente comme des petits saints victimes expiatoires de la police française ?3

RIEN NE VA PLUS POUR JUPITER AU MALI

Comme par hasard, nous apprenions une triste nouvelle4. L’opération Barkhane au Mali est une nouvelle fois endeuillée. Le président de la République, suivi par le ministère des Armées et l’état-major ont annoncé jeudi en fin de journée la mort du hussard parachutiste de première classe Tojohasina Razafintsalama, du 1er régiment de hussard de Tarbes. Le chef de l’Etat Emmanuel Macron, la ministre Florence Parly et le chef d’état-major des armées, le Général Lecointre ont rendu hommage à ce soldat « mort pour la France ». Tojohasina Razafintsalama est décédé jeudi matin lors d’une opération de reconnaissance sur la RN 16 qui relie Gossi à Gao. Son véhicule blindé de l’avant (VBL) a été frappé par une véhicule suicide chargé d’explosifs. Ce type d’attaque est parmi les plus redoutées des militaires français qui luttent contre les groupes terroristes au Sahel depuis 2013. La dernière remonte à un an, quand un véhicule s’était lancé contre la base française à Gao. « C’est une menace tout aussi pernicieuse que les engins explosifs improvisés », qui sont dissimulés sur le chemin des convois, note le porte-parole de l’état-major, le colonel Barbry. « Mais un véhicule peut emporter une charge explosive plus importante », ajoute-t-il. Malgré « l’intervention immédiate de l’équipe médicale », Tojohasina Razafintsalama a succombé à ses blessures. Deux autres soldats ont été gravement blessés. Ils ont été évacués vers Gao. Ils étaient en cours de rapatriement jeudi soir. Pour l’un d’eux, le pronostic était réservé. Né le 20 octobre 1994 à Mahazoarivo à Madagascar, Tojohasina Razafintsalama s’était engagé le 1er août 2018 dans l’armée au 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes. Jeudi soir, l’armée décrivait un jeune homme « compétent » qui faisait preuve « d’un très bon potentiel ». Décoré de la médaille de la défense nationale « bronze » le 1er janvier 2019, il avait effectué sa première mission de courte durée du 31 juillet au 6 décembre 2019 en Nouvelle-Calédonie. L’attaque vient rappeler que la situation sécuritaire au Mali demeure préoccupante même si l’offensive menée par l’opération Barkhane depuis six mois a affaibli les groupes terroristes au Sahel, comme le relevait récemment le commandant des forces françaises, le général Facon. 5100 hommes sont déployés au Sahel et depuis le sommet de Pau du mois de janvier, les efforts de l’opération se concentrent contre l’Etat islamique au grand Sahara, affilié à Daech, dans la région des trois frontières5.

À QUAND UN SURSAUT SALUTAIRE ?

L’histoire de l’intervention française au Mali et au Sahel ne serait-elle qu’un éternel recommencement ? Six décennies après la vague d’indépendance des anciennes colonies françaises, l’expérience ne nous enseigne-t-elle pas que les solutions imposées par les Occidentaux réagissant en Occidentaux en Afrique ont fait pschitt ? Surtout, lorsqu’elles s’accompagnent d’une présence militaire sur le terrain de longue durée. Très rapidement, l’accusation de colonialisme resurgit lorsque tout va mal. Et, c’est bien ce qui se passe actuellement au Mali où les troupes françaises venues, sous la présidence de François Hollande éviter le péril islamique à la population, sont aujourd’hui considérées comme de vulgaires troupes d’occupation auxquelles il est légitime de faire la chasse. D’armée de libération, la « soldatesque française » est considérée comme une armée d’occupation à l’origine de tous les maux du pays6. On comprend, dans ces conditions et sans mettre en cause la valeur et le courage de nos militaires, que leur tâche s’apparente de plus en plus à mission impossible. Telle est la vérité dans ce qu’elle a d’incontournable. Détourner le regard pour ne pas le voir est coupable ! Assumer ce constat serait au contraire responsable, courageux. Mettre en avant des bidules comme le G5 Sahel et autres gadgets bidons comme la « Coalition pour le Sahel »7, comme le fait régulièrement, la mauvaise troupe Macron/Parly/Le Drian, relève de l’exercice d’enfumage qui lui revient régulièrement en pleine figure par effet boomerang. La stratégie du déni n’a jamais été très payante sur le moyen et le long terme. Quand nos dirigeants voudront-ils bien comprendre qu’une opération de 5500 hommes et femmes sur un territoire plus grand que la France est vouée à l’échec ? Cette guerre asymétrique met face à face une armée moderne bien équipée (?)8 constituant une cible mobile pour des « terroristes » évoluant comme des poissons dans l’eau et utilisant des armes redoutables contre lesquelles il est impossible d’agir surtout lorsqu’ils disposent de la complicité – passive si ce n’est active – de la population malienne. Nos dirigeants n’ont-ils rien appris de la guerre en Afghanistan où la coalition a chassé les Talibans de Kaboul en 2002 pour lui redonner les clés en 2020 ? Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si nous devons ou pas quitter le Sahel mais quand, le plus vite sera le mieux9. Et, cela pour que nos troupes quittent cette région dans l’honneur et la dignité. Pense-t-on un seul instant que nous devons continuer à jouer le rôle de gendarme contre l’islamisme en Afrique pour l’Europe alors que nos partenaires ne veulent pas entendre parler de ce guêpier ?

« Ce n’est pas le doute qui fait perdre la raison » (Friedrich Nietzche)

Faute de vouloir apporter une réponse convenable à la question de notre présence au Sahel, ce sont les évènements qui nous la poseront à l’occasion de le mort régulière et inutile de nos soldats, morts pour la patrie… mais, aussi et surtout, pour rien. Faute de nous ressaisir en ayant le courage de prendre des décisions difficiles dans les meilleurs délais, le Mali restera pour longtemps encore la chronique d’une descente aux enfers.

1 Éditorial, Impasse au Mali, Le Monde, 25 juillet 2020, p. 25.
2 Nicolas Barotte, Un soldat français tué au Mali dans des combats contre des groupes armés, www.lefigaro.fr , 23 juillet 2020
3 Samuel Laurent, Une commission estime « établis » des faits de viol par Adama Traoré, Le Monde, 25 juillet 2020, p. 10.
4 Mali : un soldat français tué et deux blessés, Ouest-France, 24 juillet 2020, p. 2.
5 Nicolas Barotte, Un soldat français tué au Mali dans des combats contre des groupes armés, www.lefigaro.fr , 23 juillet 2020
6 Ali Baba, Mali : un désastre français !, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 juillet 2020.
7 La Coalition pour le Sahel a été annoncée lors du sommet de Pau le 13 janvier 2020, par les chefs d’Etats de la France, du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad, en présence du Secrétaire général des Nations unies, du président du Conseil européen et du Haut représentant de l’Union européenne, du président de la Commission de l’Union africaine et de la Secrétaire générale de la Francophonie, www.diplomatie.gouv.fr .
8 Claude Angeli, Ces chefs militaires qui jouent les Cassandre, Le Canard enchaîné, 22 juillet 2020, p. 3.
9 Ali Baba, Sahel-Libye : rien ne va plus pour Jupiter !, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
 
 

Nous publions cette semaine le deuxième article d’une série d’été (de six), consacrée aux zones maritimes stratégiques pour la défense, la sécurité et les intérêts de la France.

La rédaction

(2) LA MANCHE – Richard Labévière. Après la Méditerranée, la Manche est la deuxième zone maritime vitale pour la France – lieu de passage entre l’Atlantique et l’Europe du Nord. Chaque jour, 20% du trafic mondial empruntent ce couloir le plus fréquenté de la planète avant Malacca, le Bosphore ou Gibraltar : 700 à 800 navires et environ 1 000 bateaux de pêche immatriculés par jour. Ce trafic y est longitudinal – Nord/Sud – mais aussi transversal – Grande-Bretagne/continent (moyenne annuelle de 22 millions de passagers) – avec des conditions de navigation difficiles : forts courants et présence d’épaves des 2 guerres mondiales. Mais le couloir est parfaitement balisé et sécurisé.

Avec une augmentation annuelle de 10% des transits, ce goulet d’étranglement frise la saturation. En 1971, l’Organisation maritime internationale (OMI) a imposé aux navires 4 DST (Dispositif de Séparation du Trafic) pour identifier les navires « montants » et « descendants », avec des systèmes de sémaphores, de radars et de contrôles aériens ; notamment au large de Ouessant, des Casquets et du Pas de Calais. Le rail d’Ouessant date du 1er janvier 1979, quelques mois après la catastrophe de l’Amoco Cadiz.

Qualifiée d’« autoroute de la mer », la Manche comprend 3 voies de navigation, 2 montantes et une descendante, une bande de 6 nautiques réservée aux pétroliers et autres navires chargés de cargaisons dangereuses.

En 1999, le naufrage de l’Erika a relancé la réflexion. Fin 2002, la réorganisation du rail d’Ouessant passe de 3 à 2 voies : celle la plus proche, à 24 milles (43 km) d’Ouessant est réservée aux navires entrants ; celle la plus éloignée est la voie descendante pour les sortants. Le trafic est donc repoussé au large. La généralisation du GPS (système de localisation par satellite) dispense les navires de se rapprocher des côtes pour contrôler leur position.

Le DST des Casquets régule le trafic des îles Anglo-Normandes où convergent celui de Ouessant/îles Scilly et ceux descendant du Pas de Calais auxquels s’ajoutent les transits entre les 2 rives de la Manche. Celui du Pas de Calais canalise le trafic du détroit. Chacun de ces DST est couvert par un Service de trafic maritime (STM), franco-britannique.

Les révoltes arabes de 2011, les difficultés structurelles de l’Afrique subsaharienne alimentent des concentrations de migrants clandestins. Un point de convergence se situe à Calais, dans l’espoir de traverser la Manche pour passer en GB.

Enfin, le « canal-Manche » permet d’accéder à la « Route du Nord-Est » de l’Arctique – 3 500 km de Mourmansk au détroit de Béring – l’une des portes de l’océan Pacifique. Il faut aussi évoquer la Northern-Range de Dunkerque à Saint-Pétersbourg : Anvers, Rotterdam, Hambourg, Copenhague, Malmö…, le complexe de la Hanse.

DATE : 16 mars 1978, le supertanker libérien Amoco Cadiz fait naufrage au large des côtes bretonnes, provoquant une marée noire considérée comme l’une des pires catastrophes écologiques de l’Histoire.

MENACES : Pavillons de complaisance (peu regardants en matière de fiscalité et sécurité) du Panama, Liberia et des îles Marshall immatriculant 71% des navires marchands et filières de migrants clandestins.

ACTEURS : France, GB, UE et Organisation maritime internationale (OMI).
 
 
JOSEP BORRELL SE CABRE – Jean Daspry. « De l’innocence en vous j’aime la candeur » (Voltaire). La candeur des plus hauts responsables de l’Union européenne est déroutante. Nous en avons des exemples éclairants et frappants chaque jour que Dieu fait. Hier, ils découvraient sidérés que la Chine ne respectait pas les règles du jeu international à la faveur de la crise de la Covid-19. Aujourd’hui, ils semblent prendre conscience que les États-Unis figurent dans le peloton de tête des fameux « États voyous » qu’ils se plaisent à clouer au pilori10. C’est le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité – une sorte d’Ersatz de cocktail de ministre européen des Affaires étrangères, de ministre de la Défense et de ministre de l’intérieur sans le moindre pouvoir de coercition – l’espagnol Josep Borrell qui le claironne devant le clergé médiatique après une brève abstinence médiatique11. C’est donc que c’est vrai ! Que faut-il penser de cette nouvelle et énième surprise stratégique ?

LA RÉVÉLATION DU SIEUR JOSEP BORRELL : UN DIPLOMATE SURPRIS EST UN HOMME DÉSEMPARÉ

Reprenons la quintessence de la pensée borrellienne pour bien nous en imprégner !

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a dénoncé, le 17 juillet 2020 (au moment où se tient le Conseil européen consacré aux perspectives budgétaires et au plan de relance de 750 milliards d’euros) la politique des sanctions de l’administration américaine, la jugeant contreproductive. « Je suis profondément préoccupé par le recours croissant aux sanctions, ou à la menace de sanctions, par les Etats-Unis contre les entreprises et les intérêts européens », a-t-il déclaré dans un communiqué publié en son nom pendant un sommet européen consacré à la relance de l’économie européenne. « Nous avons été témoins de cette tendance croissante dans les cas de l’Iran, de Cuba, de la Cour pénale internationale et, plus récemment, des projets (de gazoducs) Nordstream 2 et Turkstream », a-t-il souligné. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a ouvert la voie, le 15 juillet 2020, à des sanctions plus dures pour empêcher la mise en service du projet de gazoduc Nordstream 2 entre la Russie et l’Allemagne, sanctions dénoncées par Berlin. Le projet Turkstream doit lui acheminer du gaz russe en Turquie et en Europe. Il a été inauguré en janvier par les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan. « Par principe, l’Union européenne s’oppose à l’utilisation de sanctions par des pays tiers contre des entreprises européennes exerçant des activités légitimes », a rappelé M. Borrell. « En outre, elle considère que l’application extraterritoriale de sanctions est contraire au droit international », a -t-il insisté. Le technocrate européen a souligné que « les politiques européennes devraient être déterminées ici en Europe et non par des pays tiers ». « Lorsque des différences de politique existent, l’Union européenne est toujours ouverte au dialogue. Mais cela ne peut pas se faire contre la menace de sanctions », a-t-il conclu12.

L’on doit souligner la vigueur, la virilité du propos. L’on doit trembler Outre-Atlantique en lisant pareil communiqué publié par le machin bruxellois.

LA RÉVÉLATION DU CITOYEN EUROPÉEN : UN HOMME BERNÉ EST UN ÊTRE DÉFIANT

Que peut inspirer au citoyen normal que nous sommes ce communiqué insipide d’un des plus hautes responsables de structure européenne ?

Chaque divine parole énoncée dans cet opus magnum de la diplomatie munichoise européenne est un morceau de bravoure en tant que tel. Il est étonnant que l’un des hommes les mieux informés de la planète (il dispose de plusieurs milliers de fonctionnaires à Bruxelles et dans une kyrielle d’ambassades) semble découvrir que la politique d’imposition de sanctions à qui vient se mettre en travers de la route des États-Unis constitue un marqueur de la diplomatie américaine, et cela depuis plusieurs décennies. Josep Borrell ressemble à une poule qui découvre un couteau et n’en revient pas. C’est à désespérer de la diplomatie européenne et de sa naïveté crasse face à un monde marqué au sceau du retour de la puissance et de la conflictualité. Et, oui, Washington applique avec régularité une diplomatie coercitive sans que cela n’entraîne des mesures de rétorsion de la part de l’Union en tant que telle et de ses Vingt-Sept États membres pris séparément au titre du principe de la réciprocité. Pourquoi ? Telle est la question que Josep Borrell et sa cohorte de technocrates devraient, à tout le moins, se poser. Quelle divine surprise de lire que « l’application extraterritoriale de sanctions est contraire au droit international » ! Cela fait des décennies que cela dure. L’Union européenne est assez mal placée pour donner des leçons de morale alors qu’elle applique des sanctions contre la Russie, la Syrie sans que cela lui pose de questions de principe ou d’état d’âme. Josep Borrell en rajoute une couche d’ineptie lorsqu’il écrit « les politiques européennes devraient être déterminées ici en Europe et non par des pays tiers ». Cela s’appelle la soumission ou la servitude volontaire si l’on veut bien appeler un chat un chat. Comment prôner le dialogue avec un État comme les États-Unis qui ne connait que le langage de la force ? Tout ceci est stupide et incohérent.

Avec ce genre de phraséologie, l’on comprend aisément que le mantra français d’une Europe puissance relève de la chimère.

« La diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments » (Bismarck). Telle est la leçon de siècles de diplomatie que semble découvrir le ministre européen des affaires qui lui sont entièrement étrangères en 2020. Une vérité d’évidence s’impose : le poids diplomatique de l’Europe montera en puissance à proportion de ses capacités militaires. Ce qui n’est pas encore pour demain. En attendant, il faudra faire avec faute de pouvoir s’opposer à l’Oncle Sam. Nous qui pensions candidement que gouverner, c’était prévoir au niveau du technopole bruxellois. Nous avons, une fois encore, la preuve qu’à Bruxelles, gouverner, c’est subir sans coup férir si ce n’est publier quelques communiqués diplomatiques sans saveur qui font sourire tant à Washington qu’à Pékin ou à Moscou. Ce communiqué ressemble fort aux aventures de Josep Borrell, vieux cheval de retour qui se cabre.

10 Guillaume Berlat, États-Unis ou États voyous ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 19 septembre 2016.
11 Jean Daspry, Josep Borrell, Candide chez les eurocrates, www.prochetmoyen-orient.ch , 25 mai 2020.
12 L’Union européenne dénonce la politique des sanctions de l’administration Trump, AFP, 17 juillet 2020.
 
 
LE CHOUCHEN À L’ABORDAGE – Ali Baba. Nous mourrions d’impatience de nous délecter des premières déclarations de notre vénéré ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), cru gouvernement Jean Castex et autres fariboles du genre « nouveau chemin, nouvelle méthode, nouvelle équipe »13. C’est désormais chose faite avec l’entretien qu’il vient d’accorder au quotidien Ouest-France cher à sa Bretagne natale14. Nous souhaitons ne pas prendre au dépourvu nos fidèles lecteurs. La nouvelle propose diplomatique n’a rien à voir avec les hésitations et atermoiements de la vieille diplomatie « philipparde » (celle du traitre Édouard Philippe). C’est du solide comme un menhir breton. Cela vous impressionne au premier coup d’œil. En un mot comme en cent, âmes sensibles, vous abstenir de lire ces propos virils qui vont faire trembler le monde de l’après Covid. Que nous dit notre Lorientais désorienté ? C’est du sérieux – comme entre Nicolas et Carla – et cela va secouer dans les chancelleries diplomatiques. Passons en revue les sujets abordés par le chef de la diplomatie française avec un accent particulier mis sur la problématique européenne en ce semestre de présidence allemande !

LE PLAN DE RELANCE EUROPÉEN

L’entretien débute sur le plan de relance de 750 milliards d’euros proposé par l’Allemagne et la France au menu du conseil européen des 17-18-19-20-21 juillet 2020 à Bruxelles. « Il faut transformer l’essai » nous dit l’oracle des bords de Seine. Et d’ajouter : « Très vite, après un certain retard à l’allumage, l’Europe a su prendre la mesure de la situation et se mettre en ordre de bataille, pour protéger la santé (?) et les emplois de nos concitoyens (?). Ce sursaut européen (?), il faut maintenant l’inscrire dans la durée. Il faut donc que les États membres parviennent à un accord politique sur le plan de relance présenté par la Commission ». Monsieur de la Palice n’aurait pas dit mieux. Et notre ministre ne se mouille pas trop : « Je souhaite que ce soit dès ce week-end. En tout cas, avec le président, nous faisons tous les efforts pour que ce soit possible. Ce plan de 750 milliards d’euros, qui doit beaucoup à la France et à l’Allemagne, marquera l’histoire de l’Europe, en donnant une traduction très concrète à l’immense besoin de solidarité collective qui se fait aujourd’hui sentir sur le continent ». Sauf qu’un besoin exprimé n’est pas toujours un besoin satisfait surtout au niveau européen. Et notre Talleyrand nous indique que l’accord franco-allemand du 18 mai 20219 a été un vrai tournant. « Et, il y a une vraie entente entre Angela Merkel et Emmanuel Macron, ainsi qu’entre Heiko Maas et moi-même. Nous nous appelons toutes les semaines pour faire un point et nous nous voyons très souvent ». En voilà un vrai scoop. Il poursuit en faisant la leçon aux « États frugaux » dont l’intérêt pour le bon fonctionnement du marché intérieur est fondamental. Le moins que l’on puisse dire est que l’accord s’est fait en en passant par leurs quatre volontés.

Le Breton ne serait-il pas normand ? Il a besoin de longues vacances reposantes dans le Morbihan pour se refaire une santé pour l’acte III du quinquennat qui s’annonce des plus agités aux quatre coins de la planète.

LA SOUVERAINETÉ EUROPÉENNE

Jean-Yves Le Drian nous livre une définition baroque de la souveraineté européenne qui vaut son pesant d’or : « C’est la possibilité pour chaque État de rester indépendant dans un monde où la rivalité des puissances se fait sentir dans tous les domaines. Le vrai européen, ce n’est pas celui qui nie l’existence et l’importance des États nations ; de même que le vrai patriote, ce n’est pas celui qui condamne et rejette l’Europe. L’Européen patriote ou le patriote européen, c’est celui qui au contraire sait que, sans nations fortes, le projet européen est fragilisé, et que sans Europe forte, nos nations sont plus faibles. Négligez la souveraineté, et vous aurez le souverainisme : oubliez la nation, et vous aurez le nationalisme ». Mazette, comme il cause bien le monsieur… mais tous nos partenaires ne souscrivent pas à nos délires !15 Nous sommes pleinement rassurés d’apprendre que le couple franco-allemand se porte à merveille dans la mesure où il est entré dans une nouvelle dynamique : « Avec l’Allemagne, sur tous les sujets nous nous concertons et sur tous les sujets nous prenons des initiatives communes. Par exemple, sur la question libyenne ».

Notre ami aurait-il trop abusé de quelques boissons fortes dont il est amateur ? Il oublie tous les sujets de divergence que nous avons avec Berlin.

L’EUROPE PUISSANCE

Une fois encore, citons in extenso la parole divine tant elle est profonde par son vide sur un sujet qui fait rire dans les chancelleries étrangères : « L’Europe est une puissance. Oui, il faut l’assumer. Les Européens doivent se révéler à eux-mêmes qu’ils sont une puissance. C’est cela le sujet. Face à la brutalisation du monde, l’Europe doit définitivement sortir de l’innocence et de la naïveté. Elle doit prendre la mesure qu’elle est une double puissance : une puissance de souveraineté, au service de chacun des États membres ; une puissance d’équilibre, au service du droit, du dialogue, de la coopération internationale et de la stabilité internationale. Trop longtemps, nous avons fait nôtre, en Europe, la maxime ‘pour vivre heureux, vivons couchés’. Il est clair aujourd’hui que ce n’est plus tenable ».

De quel monde, le ministre des Affaires qui lui sont toujours restées étrangères nous parle-t-il ? D’une Europe idéalisée qui n’existe que dans les rêves de nos dirigeants crédules. Il existe beaucoup de situations qui ne sont plus tenables et contre lesquelles nous sommes impuissants. Cela s’appelle la Realpolitik : faire avec ce que l’on et non faire ce que l’on voudrait sur la base d’un monde qui n’existe pas.

LES TENSIONS TURCO-EUROPÉENNES

Le ministre tente, maladroitement, de situer le différend franco-turc au plan européen : « Cette clarification, qui doit venir de la Turquie, est essentielle pour les intérêts européens. Ce que j’appelle la ‘syrianisation’ de la Libye, par exemple, pose des questions pour la sécurité de l’Europe. Sur la maîtrise des flux migratoires, c’est aussi un sujet européen. Du même s’agissant du non-respect du droit international de la mer en Méditerranée orientale, les deux pays qui sont d’abord victimes sont Chypre et la Grèce, deux États membres de l’Union européenne. Violer leur souveraineté territoriale, c’est violer l’Europe. La réponse doit être collective. Une discussion franche entre l’Europe et la Turquie s’impose ».

Le seul problème tient au fait que lorsque nous faisons appel à la solidarité de nos alliés de l’OTAN et à nos partenaires de l’Union européenne (Cf. incident de la Frégate Courbet), ils sont soigneusement aux abonnés absents. C’est le règne du chacun pour soi. La réponse collective que Jean-Yves Le Drian appelle de ses vœux, est un leurre. Ce n’est pas encore demain la veille que nous la verrons. Une fois encore, ce ne sont que des paroles creuses qui ne débouchent que sur quelques vœux pieux. Il n’a toujours pas compris que l’Europe est une Europe des normes et des fausses valeurs qui ne pèse pas grand-chose sur le grand échiquier international. Chevauchez de pareilles chimères conduit immanquablement à une impasse !

LES TENSIONS SINO-AMÉRICAINES

« L’Europe n’a rien à gagner à se laisser enfermer dans une nouvelle logique des blocs. Mais pour cela, elle n’a pas d’autre choix que de s’affirmer comme acteur politique international capable de défendre ses intérêts propres ».

Jean-Yves Le Drian ne cesse de galoper dans les nuages en fervent adepte du bon Docteur Coué qu’il est manifestement. C’est en ce sens que sa diplomatie est frappée au coin de l’irréalisme le plus total.

Le ministre conclut sur un morceau de bravoure dont il a le secret : « Je suis pleinement engagé pour servir mon pays, c’est ma seule ambition. C’est un honneur et un devoir ».

À constater l’indigence de la pensée et la vacuité du propos de Jean-Yves Le Drian, on comprend mieux les raisons du déficit croissant de crédibilité de la diplomatie française sur les scènes européenne et internationale16. La diplomatie du verbe n’a jamais remplacé une diplomatie de la stratégie. Communiquer sur le temps court est une chose, réfléchir sur le temps long en est une autre ! Notre Breton madré semble dépassé par la complexité et l’imprévisibilité d’un monde dont il est plus spectateur qu’acteur. Il peine à le comprendre au présent, à l’appréhender pour l’avenir. Ce qui est lui importe est de paraître ou d’être, pas de faire. Dire que ce plaisantin a successivement occupé deux ministères régaliens : la Défense sous François Hollande (2012-2017) et les Affaires étrangères sous Emmanuel Macron (2017-2020) ! Nous sommes loin du critère de la méritocratie pour l’attribution des portefeuilles ministériels. Ce serait plutôt du genre copinage et casting de mauvais films. Le dernier pourrait s’intituler : Le Chouchen à l’abordage.

13 Ali Baba, Le diplomate Le Chouchen emprunte un nouveau chemin, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
14 Laurent Marchand (propos recueillis par), Jean-Yves Le Drian : « Ce plan marquera l’histoire de l’Europe », Ouest-France, 17 juillet 2020, pp. 1 et 3.
15 Philippe de Saint-Robert nous dit : « De la souveraineté », www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
16 Benjamin Barthe, Le grand écart diplomatique de la France, Le Monde, 17 juillet 2020, p. 2.
 
 
LE NOUVEAU TRIANGLE WASHINGTON-MOSCOU-PÉKIN – Guillaume Berlat. Fernand Braudel cherchait, derrière l’écume des évènements, des constantes de longue durée. François Heisbourg n’est pas Fernand Braudel. Mais, c’est à un exercice braudelien qu’il se livre dans son dernier ouvrage intitulé Le temps des prédateurs. La Chine, les États-Unis, la Russie et nous17. Prenant comme point de départ la mission conduite à la demande du roi d’Angleterre, Georges III par le compte George Macartney auprès de l’empereur Qianlong de Chine en 1793, l’auteur développe sur 233 pages son raisonnement autour de la dichotomie prédateur-proie du XVIII siècle à nos jours en travaillant sur les analogies entre passé et présent. Après avoir défini le concept de prédation, François Heisbourg consacre un chapitre au « retour des prédateurs » (des fauves face à une Europe démunie, quelle « jungle des analogies » !) et aux « scènes de chasse » (« le passé s’écrit au présent » et (« le futur s’écrit au présent, lui aussi ») qui caractérisent le monde du XXIe siècle. Après avoir dressé ce tableau, l’auteur s’attache à décrire les différents acteurs de ce festin : une Chine (« que le cauchemar commence ») qui fait tout pour retrouver sa place sur la scène internationale en utilisant tous les instruments de la puissance à sa disposition ; des États-Unis (« au revoir ou adieu » qui disposent encore de nombreux atouts dans leur jeu mais qui pourraient voir leur monopole contester, voire disparaître et une Russie (« un appétit d’ours ») qui n’est plus l’URSS mais qui tente de s’imposer avec agilité au gré des opportunités qui se présentent à elle. À côté de ces grands fauves, il existe un agneau qui a pour nom Europe (« un mot qui tue ») qui aimerait bien devenir loup mais qui n’en a toujours pas la volonté en dépit de ses nombreux atouts (normes et valeurs). Après ce tableau clinique du présent, François Heisbourg se livre à un exercice, ô combien hasardeux, de projection sur l’avenir (« l’avenir n’existe pas, il se construit »). Si l’Europe veut peser sur l’échiquier international, il est indispensable de se fonder sur l’expérience pour penser stratégiquement (décider qui est l’ennemi et choisir ses objectifs) tout en agissant à traité constant (« faire ce qu’on peut avec ce qu’on a ») et en inscrivant son action dans le temps long (« la tyrannie du temps »). François Heisbourg conclut sur une note de politique fiction, celle de Paris en 2049 sous la botte d’une Chine qui ressemble à s’y méprendre à l’occupation de la capitale par l’armée allemande dans les années 1940. Post-scriptum : « Il ne tient qu’à nous d’éviter une telle issue »…

Que penser de cette réflexion d’un brillant esprit (dé)formé par son passage par l’école nationale de l’arrogance (ENA pour les experts) ? Si l’ouvrage ne manque pas d’exemples concrets (un exercice de révision pour temps de concours), il n’en pêche pas moins sous divers aspects. Sa méthodologie est déroutante. En apparence, nous sommes dans le jardin à la française tel qu’on l’enseigne à Sciences-Po Paris. En réalité, chaque énoncé d’un principe est aussitôt tempéré par l’énoncé des multiples exceptions qui confirment la règle. Au final, la prose de François Heisbourg tourne au sabir technocratique qui n’a plus le moindre rapport avec la réalité. Faute de hiérarchisation de ses priorités, l’exercice se transforme rapidement en inventaire à la Prévert. On voit que l’homme s’est rapidement éloigné de la diplomatie pour fréquenter le monde des centres de recherche où l’on galope très souvent sur les nuages. À trop jouer sur les concepts, on s’éloigne du réel (« le réel, c’est quand on se cogne », Jacques Lacan). On y perd facilement son latin tant la confusion l’emporte sur la clarté. Son idéologie transpire à chaque page. François Heisbourg est un atlantiste qui ne jure que par le monde anglo-saxon (il nous rappelle qu’il est né au Royaume-Uni) qui porte haut l’étendard de la civilisation occidentale. C’est peu dire que Russes et Chinois ne trouvent pas grâce à ses yeux. Le moins que l’on puisse dire est que cet ex-socialiste n’est pas gaulliste dans son approche des relations internationales. François Heisbourg est un européiste (il nous rappelle que son père est luxembourgeois et sa mère) qui croit à la promesse d’une Europe puissance, comme celle qui a brillé durant la crise du Covid-19 et qui ne parvient pas à faire front commun face à la Chine18. Une Europe qui au bord de l’implosion à l’instar de la SDN à l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Mais, ceci échappe à ce brillant esprit prisonnier de ses préjugés. Son monde idéalisé ne colle pas au monde réel – en pleine recomposition – dans lequel nous vivons aujourd’hui. Résultat : à la fin de la lecture, y compris la plus attentive, le lecteur est perdu tant la pensée part dans tous les sens et ne parvient pas à se concentrer sur une idée maîtresse. Où va le monde ? Nous ne le saurons pas à lire la prose de François Heisbourg.

« Le passé ne peut éclairer ni le présent, ni le futur parce que l’esprit erre dans l’obscurité en temps de crise » (Alexis de Tocqueville). Tel est, de notre point de vue, le principal défaut du Temps des prédateurs. L’Histoire ne serait-elle qu’un éternel recommencement ? Nous serions tentés de le penser à mettre en rapport l’ouvrage le plus récent de François Heisbourg et celui de Michel Tatu datant de 197219. Ne serions-nous pas serions confrontés à une nouvelle déclinaison du triangle Washington-Moscou-Pékin, version 2020 ?

17 François Heisbourg, Le temps des prédateurs. La Chine, les États-Unis, la Russie et nous, Odile Jacob, 2020.
18 Jean-Pierre Stroobants, Face à Pékin, l’Europe à la recherche d’une riposte, Le Monde, 7 juillet 2020, p. 3.
19 Michel Tatu, Le triangle Washington-Moscou-Pékin et les deux Europe (s), Casterman poche, 1972.
 
 
LA VÉRITÉ D’ÉRIC DUPOND-MORETTI – Jean Daspry. La nomination d’Éric Dupond-Moretti n’était pas si tôt annoncée par les gazettes et les médias d’abrutissement en continu qu’elle suscitait un torrent de réactions : surprise dans la classe politique, critique acerbe dans la magistrature. Il est vrai que l’homme ne laisse pas indifférent. Esprit libre revendiqué et grande gueule, il a le tort, pour la bien-pensance, d’avoir critiqué la Justice en tant qu’institution pour son fonctionnement mais surtout pour ses dysfonctionnements. Il livre ses idées dans un long entretien au Journal du Dimanche du 19 juillet 2020, entretien qui ne manque pas d’intérêt (complété par son interview donné à Antenne 2 le même jour) si l’on veut juger objectivement le nouveau Garde des Sceaux20. Ses remarques rejoignent largement celles que nous avions formulées dans l’un de nos derniers magazines21. Reprenons quelques points forts de son entretien pour ne faire une idée plus précise de l’approche du ministre de la Justice si caricaturé par les syndicats de magistrats.

LES RAISONS DE L’ACCEPTATION DU POSTE DE MINISTRE DE LA JUSTICE

Critiqué pour avoir déclaré en son temps qu’il ne serait jamais ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti explicite les raisons qui l’on conduit à se contredire. Elles s’organisent autour des axes suivants : une réaction instinctive, une connaissance approfondie et non technocratique du fonctionnement de l’institution judiciaire, la volonté de mettre en œuvre ses idées avec pour objectif de réussir à débloquer certains sujets dans les 600 jours à venir, le souhait d’apprendre de son administration et de l’apprivoiser (compétente mais ayant comme toute structure ses lourdeurs), l’assurance donnée par le président de la République et le Premier ministre qu’il disposera de moyens budgétaires pour mener à bien ses projets de réforme (« le budget 2021 va accroitre le rythme de créations de postes pour la Justice »), le courage d’Emmanuel Macron… Si Éric Dupond-Moretti a fait le choix d’accepter ce poste, c’est parce qu’il est « porté par la haute idée qu’il a de la Justice ».

LA CONCEPTION D’UNE JUSTICE PLUS PROCHE DES CITOYENS

S’il y a bien un projet qu’Éric Dupond-Moretti voudrait mener à bien avant de quitter ses fonctions, c’est celui de « réconcilier les Français avec leur Justice, leur redonner confiance ». C’est pourquoi, il utilise le concept de « Justice de proximité ». Ce qui ne signifie pas le rétablissement des juges de proximité supprimés en 2017 mais essayer d’établir une proximité avec les justiciables. Pour cela, il lui faudra combattre sur deux fronts : le manque de moyens et les mauvaises habitudes. En tenant de l’expérience acquise durant le confinement déplacement des magistrats dans les hôpitaux), ne serait-il pas envisageable que dans certains territoires ou dans certains cas précis, les magistrats se déplacent de préférence aux justiciables. Pourquoi ? Parce que la Justice est au service du justiciable et non l’inverse. Par ailleurs, le ministre de la Justice entend généraliser les bonnes pratiques pour améliorer les conditions de détention. Il entend donner une grande importance au traitement des violences conjugales dans le respect de la présomption d’innocence en montrant que la Justice est attentive et qu’elle ne laisse rien passer.

LE RESPECT DES GRANDS PRINCIPES DU DROIT DE LA DÉFENSE

Il incite à en finir avec les débats caricaturaux et l’approche compassionnelle de la politique pénale. Ce n’est pas soit le tout-répressif, soit le laxisme. « Le bon principe, c’est l’équilibre ». S’il suffisait de cogner fort pour que le crime disparaisse, cela se saurait. Seuls les populistes font semblant de le croire. Éric Dupond-Moretti se revendique droit-de-l’hommiste et l’assume. Il ne veut plus que la France soit « le 12ème pays le plus condamné par la Cour européenne sur 47 essentiellement pour des procès jugés ‘inéquitables’. C’est bien qu’il faut changer quelque chose, non ?… On ne fait pas une bonne justice avec de la démagogie. Il faut des principes : le contradictoire, les droits de la défense, ça ne coûte pas de l’argent. La Justice ne doit pas rendue sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux de télévision22.

LE TRAITEMENT DES TERRORISTES

Alors que le Sénat examinera prochainement la question des mesures de surveillance à appliquer à des terroristes en fin de peine, le ministre de la Justice souligne que sa réflexion a évolué. Il rappelle qu’il a toujours été opposé à la rétention de Sarkozy envisagée par Nicolas Sarkozy. Il ne veut pas de Guantanamo en France Il n’est pas opposé au port du bracelet électronique pour des personnes condamnés pour faits de terrorisme dans la mesure où il ne s’agit pas d’une privation de liberté. En toute hypothèse, elles seraient sous la surveillance des services de renseignement. Il n’entend verser ni dans l’angélisme ni dans le populisme S’il a défendu le frère de Mohamed Merah, c’est pour défendre une certaine idée de la Justice. « Cet homme avait droit d’être défendu. La différence entre la civilisation et la barbarie, c’est la règle de droit ». S’il est toujours favorable au rapatriement des femmes et des enfants prisonniers en Syrie, il relève qu’il appartient à un gouvernement qui défend l’idée qu’ils doivent être jugés dans le pays où ils ont commis leurs actes. Ceci étant dit, il n’est pas interdit d’examiner les situations au cas par cas, dans le respect des conventions internationales signées et ratifiées par la France. Éric Dupond-Moretti se veut pragmatique. Qui pourrait lui en vouloir au moment où il aborde ses premières semaines à la tête de la Place Vendôme ?

LA QUESTION DU STATUT DES MAGISTRATS

S’il estime légitime pour le gouvernement de définir et de disposer d’une politique pénale (elle est une et indivisible), Éric Dupond-Moretti considère que le pouvoir n’a pas le droit d’intervenir dans le cours des affaires. Il souhaite graver dans le marbre de la Constitution le fait que les procureurs soient nommés par le ministre après avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Il rappelle que s’il est normal que le gouvernement soit informé d’affaires qui ont une certaine résonance, la loi interdit au ministre de la Justice de donner des instructions au procureur. S’il est favorable à la séparation des carrières des magistrats du siège et du parquet, il estime impossible de mener à bien cette réforme d’ici à 2022. Reprenant le propos d’un président de Cour d’assises, il relève que « la Justice, est le seul port où l’arbitre porte le même maillot qu’un des joueurs ». Il existe un autre sujet qui tient à cœur du nouveau Garde des Sceaux, celui de la lutte contre le corporatisme qui nuit à la Justice. Dans ce dossier comme dans le précédent, il souhaiterait transformer l’École nationale de la magistrature (ENM) en une école unique de formation des magistrats et des avocats. Il reconnait que cela demanderait du temps dont il ne dispose pas. En dernière analyse, il veut s’attaquer au cœur du réacteur nucléaire.

LA SIGNIFICATION DU DROIT À UN PROCÈS ÉQUITABLE

« La Justice s’est bunkerisée ». C’est pourquoi, il faut revenir à une Justice plus fluide, à des rapports pacifiés entre juges et avocats. « Le procès équitable, c’est le contraire de le guerre » souligne le nouveau ministre de la Justice. En particulier, les enquêtes préliminaires doivent rester préliminaires. C’est pourquoi, elles doivent ne pas s’éterniser et respecter le principe du contradictoire tout en respectant le secret. Dans cet esprit, Éric Dupond-Moretti à son administration de lui faire des propositions. Il souligne que le secret des avocats doit être respecté. Il est respectueux du travail de la presse et du secret des sources mais un travail de réflexion s’impose en concertation avec les journalistes. Pour ce qui de l’enquête sur les fadettes du Parquet national financier, le ministre de la Justice, il attend les conclusions de l’Inspection générale de la Justice23. Sur l’affaire Solère et de ses errements, il se prononcera dès qu’il sera saisi24. Éric Dupond-Moretti souligne avec vigueur, comme il l’a toujours fait dans le passé que « L’indépendance ne permet à aucun magistrat de s’affranchir de nos règles. L’indépendance n’a de sens que si elle inscrit dans l’impartialité et, dès lors, elle n’exclut pas la responsabilité. C’est un chantier que je veux engager, dans la concertation avec les magistrats ». Le ministre souhaite une réforme de la Justice des mineurs, un projet étant en cours d’étude devant le parlement. Les incivilités doivent entraîner une comparution immédiate devant un juge. Il est anormal qu’il faille attendre plusieurs années avant qu’un mineur ne soit jugé.

L’impression générale qui prévaut après la lecture attentive de ce premier entretien avec la presse est que l’approche du nouveau ministre de la justice ne ressemble pas à celle qu’en donnent ses principaux détracteurs, syndicats de magistrats en tête (Cf. sa première visite au Palais de Justice de Paris le 17 juillet 202025) qui ont tenté de le décrédibiliser ab initio. Que peut-on reprocher à un homme qui veut être le « Garde des Sceaux du bon sens » ? Bon sens qui fait défaut à notre élite intelligente, arrogante qui sait tout et ne comprend rien aux grandes problématiques du monde et de la France. Que peut-on reprocher à un homme qui veut renforcer les droits de la défense de tous les citoyens contre l’arbitraire de certains magistrats (Cf. fiasco de l’affaire d’Outreau et bien d’autres) ? Que peut-on reprocher à un homme qui veut imposer la responsabilité des magistrats fautifs comme c’est le cas de tous les autres fonctionnaires français ? Il n’y a, que ceux qui ont à perdre avec de telles avancées, qui craignent la vérité d’Éric Dupond-Moretti. Nous jugerons sur pièce le moment venu.

20 Pascal Ceaux/Hervé Gattegno/Plana Radenovic, Éric Dupond-Moretti, « J’aurai des moyens », JDD, 19 juillet 2020, pp. 1-2-3-4.
21 Jean Daspry, Éric Dupond-Moretti : la parole est à la défense, www.prochetmoyen-orient.ch , 13 juillet 2020.
22 Lydia Guirous, Le tribunal du buzz n’est pas la Justice, JDD, 19 juillet 2020, p. 31.
23 Pascal Ceaux, PNF : les résultats très attendus d’une inspection judiciaire, JDD, 19 juillet 2020, p. 4.
24 Hervé Gattegno, Affaire Solère : la fuite en avant des juges, JDD, 19 juillet 2020, p. 6.
25 Pierre Bafoil, Opération séduction au tribunal, JDD, 19 juillet 2020, p. 3.
 
 
MARC GUILLAUME ENFILE L’HABIT DE PRÉFET – Ali Baba. Comme nous l’avions pressenti la semaine dernière, Marc Guillaume n’a pas mis très longtemps à se recaser après son éviction « brutale » de son poste de Secrétaire général du gouvernement (SGG)26 dont il avait fait, au fil du temps, une sorte de vice-premier ministre27. Débarqué lors du Conseil des ministres du 15 juillet 2020, il obtient un nouveau poste lors du Conseil des ministres du 22 juillet 2020, celui de « préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris (hors classe), à compter du 17 août 2020 »28. Cela n’a pas tardé29. De vice-roi de Matignon, il passe sous la tutelle de la Place Beauvau, siège du ministère de l’Intérieur. [son prédécesseur, Michel Cadot, préfet hors classe, est nommé délégué interministériel aux jeux Olympiques et Paralympiques 2024 et délégué interministériel aux grands évènements sportifs, à compter du 17 août 2020 ; l’on ne peut pas dire que ce soit une promotion en termes de fonction]. Que penser de toute cette farce très française de très mauvais goût ? Il est curieux qu’un haut fonctionnaire, qui a été « évincé » au sens déontologique du terme pour une sorte d’abus de pouvoir par le premier ministre (avec l’aval du président de la République), se voit immédiatement recasé alors que d’autres auraient été suspendus ou mis au placard pour quelques mois sous forme de pénitence. Pourquoi une telle discrimination entre hauts fonctionnaires ? Ceux du Conseil d’État qui sont les gardiens de la déontologie en seraient exemptés en violation du principe d’égalité des citoyens devant la loi ? Ils pourraient tout se permettre sans en subir les foudres. En un mot, ils seraient au-dessus de la loi, pour ne pas dire hors-la-loi. Quelle drôle de conception de la démocratie française ! On recase Marc Guillaume tout en laissant des préfets hors cadres, qui n’ont pas pour autant démérités, sur l’étagère pendant un temps plus ou moins long. Pourquoi un haut fonctionnaire qui appartient à un corps de contrôle, le Conseil d’État ne réintègre-t-il pas automatiquement le Palais-Royal, son administration d’origine au lieu d’aller pantoufler dans le corps préfectoral ? Cela lui ferait le plus grand bien de refaire du contentieux – il a peut-être oublié ce que cela signifie – et de faire une cure d’humilité, lui qui est si arrogant et autoritaire, à l’occasion ignorant des bonnes manières. Imaginons un court instant qu’après son poste de préfet, il retourne au Conseil d’État et soit amené à juger d’actes qu’il a pris dans ses précédentes fonctions. Cela ne poserait-il pas un sacré problème d’impartialité, voire de conflit d’intérêts ? Dans un État de droit normal comme l’Allemagne ou un pays nordique, cela serait impossible. Mais, dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme, ceci est tout à fait possible et même courant pour les hauts fonctionnaires sortis dans les grands corps que sont le Conseil d’État, la Cour des comptes, l’Inspection des finances [Quoi que l’on dise et que l’on fasse, « les technos sont toujours là »30]. C’est un sport couramment pratiqué sans que cela ne choque aucune de nos bonnes âmes. On préfère tirer à vue sur les autres hauts fonctionnaires – qui ne sont pas passés par l’ENA – comme Bernard Squarcini qui n’a pas été recasé dans le corps préfectoral après son éviction politique de son poste de DCRI par François Hollande, monsieur petites blagues31. [Curieusement, le site de délation en ligne mediapart, si prompt à dénoncer les privilèges, n’a pas écrit la moindre ligne sur ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Guillaume. Pourquoi ? Y aurait-il des sujets tabous ? À titre d’exemple, il n’a jamais écrit la moindre ligne lorsque l’actuel vice-président du Conseil d’État a été mis en examen pour complicité de harcèlement moral dans son précédent poste à l’Autorité de la concurrence]. Nous sommes au cœur des privilèges exorbitants du droit commun des membres de La noblesse d’État, de La Caste. Il n’y a pas que des castes en Inde. Il y a mieux, c’est en France où la devise de notre République, qui comprend le mot égalité, est foulée aux pieds d’une manière inacceptable. Pire encore, il se murmure que Marc Guillaume aurait été choqué par le traitement qu’il aurait subi, le même qu’il a infligé à tant de hauts fonctionnaires pendant son règne à Matignon. Quelle capitis diminutio que d’accepter un poste subalterne de préfet alors que l’on est un brillant Conseiller d’État qui aspirait, il y a peu encore, à occuper le poste prestigieux de vice-président de cette noble institution qui s’est couchée lamentablement sous le régime de Vichy ! Tout ceci prêterait à sourire si le sujet n’était pas sérieux. On regrette que Coluche n’ait pas fait un sketch en brodant sur l’affaire Guillaume. Tous nos bons vœux de succès à celui qui, après trois semaines de vacances amplement méritées, enfilera, après le 15 août 2020, l’habit de préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris ! Formons le vœu que ce passage dans la préfectorale le conduise à un peu plus de sobriété, d’humilité envers tous ceux qu’il a dédaignés et maltraités avec la morgue qu’on lui connaît.

26 Dominique Albertini, Éviction de Marc Guillaume : Castex change de tour de contrôle, www.liberation.fr , 22 juillet 2020.
27 Ali Baba, Marc Guillaume, la chute d’une icône de la République, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 juillet 2020.
28 Décret du 22 juillet 2020 portant nomination du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris (hors classe) – M. GUILLAUME (Marc), JORF n° 0179 du 23 juillet 2020, texte n° 66.
29 Shahinez Benabed, Marc Guillaume recasé à la tête de la préfecture d’Île-de-France, www.acteurspublics.fr , 22 juillet 2020.
30 Étienne Girard/Soazig Quéméner, Les technos sont toujours là, Marianne, 24-30 juillet 2020, pp. 16-17.
31 Richard Labévière, Acharnement contre le Squale : honte à Mediapart et consort !, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 juillet 2020.

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