Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

ORIENT-ATIONS 344

RENDONS À DONALD CE QUI APPARTIENT À DONALD ! Jean Daspry. Dans quel monde vivons-nous ? Celui du primat de la raison. Certainement pas. Celui du primat de l’émotion. Certainement. Une conscience morale autoproclamée s’érige en donneuse de leçons, en décideuse du Bien, du Mal. Dans ce contexte, il devient quasiment impossible de faire entendre la voix de la mesure, de l’équilibre dans le brouhaha médiatique permanent. Prenons un exemple de cette approche manichéenne du monde, le cas du 45ème président des États-Unis, Donald Trump. Accablé de tous les maux de la terre durant son mandat, il est aujourd’hui l’objet d’un procès en sorcellerie qui, notons-le, permet de passer sous silence les erreurs du 46ème président américain. Si le milliardaire new yorkais mérite de nombreuses critiques pour sa gestion des affaires internationales, il n’en demeure pas moins que certains aspects de sa diplomatie méritent attention. Surtout, lorsqu’on les met au regard de ce que fait ou ne fait pas son successeur. À y regarder de plus près, Joe Biden enfile parfois l’habit de l’homme à la mèche blonde sur certains sujets après les avoir critiqués lorsqu’il était candidat à la magistrature suprême. Prenons quelques exemples éloquents.

La question migratoire. Dès sa prise de fonctions, Joe Biden annule les décrets présidentiels (« executive orders ») de Donald Trump portant restrictions des entrées illégales sur le sol américain de ressortissants latino-américains via le Mexique (Cf. la construction d’un mur et la mise en rétention, y compris des mineurs isolés). Le nouveau président est un humaniste qui ne peut souffrir que l’on porte atteinte aux droits fondamentaux des individus. Le résultat est immédiat. Un flot continu de migrants arrive aux États-Unis. Peu de temps après, Joe Biden est contraint de faire machine arrière, reprenant à son compte certaines des décisions de Donald Trump. Qans pour autant reconnaître ses erreurs.

La relation avec l’Union européenne. Dès sa prise de fonctions, Joe Biden entend démontrer son souhait de voir rétablir des relations normales avec l’Union européenne. Lors du sommet du mois de juin, qui suit celui de l’OTAN), il fait assaut d’amabilités à l’égard des Vingt-Sept. Rien ne sera plus comme avant, jure-t-il à cette occasion. Mais, chassez le naturel, il revient au galop. Bruxelles caresse le projet de taxer les GAFAM. Crime de lèse-majesté ! Pressée par Washington, l’Union européenne gèle son projet de taxe GAFAM. Plus ça change, plus c’est la même chose ! Aux yeux du président américain, l’Europe, c’est l’Allemagne dont il reçoit la chancelière à la Maison Blanche. Tant pis pour Jupiter traité comme un vulgaire gamin. L’Europe ne compte pas pour lui.

La relation avec la Russie. Dès sa prise de fonctions, Joe Biden entend rompre avec ce qu’il considère comme une diplomatie complaisante de Donald Trump avec son homologue russe. Il force le trait, multipliant les manœuvres militaires à la périphérie de la Russie et faisant des appels du pied à tous les voisins de Moscou pour les rapprocher de l’orbite atlantiste. Moscou ne tarde pas à répliquer. La Russie annonce avoir testé avec succès son nouveau missile de croisière hypersonique Zircon, une des armes développées par Moscou qui assure qu’elles sont sans équivalents dans le monde. Lors d’un appel téléphonique du 9 juillet, Joe Biden demandz à Vladimir Poutine d’agir contre les cyberattaques au « rançongiciel » venues de Russie, selon la Maison Blanche. Preuve que le dialogue est préférable au coup de menton même avec un partenaire comme la Russie. C’est le seul moyen de rétablir la confiance. Aujourd’hui, Joe Biden voit se relation avec l’Ukraine contrariée en raison du compromis trouvé avec Berlin sur le gazoduc russe NordStream 21.

Le désengagement d’Afghanistan. Dès sa prise de fonctions, Joe Biden entend démontrer son souhait de hâter le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, jugent le calendrier fixé par Donald Trump trop long. Pour mémoire, rappelons que nous devons au prix Noble de la paix, Barack Obama d’avoir renforcé la présence militaire dans ce pays pour tenter de stabiliser le pays. À quoi assistons-nous aujourd’hui ? Comme lors de la guerre du Vietnam, l’Amérique laisse derrière elle un chaos sans nom. Après vingt ans d’une guerre coûteuse en termes humains et financiers, les talibans reprennent une à une les capitales provinciales à une armée gouvernementale en pleine débandade2. La guerre globale contre le terrorisme se conclut par une déroute. Si l’Amérique a gagné une bataille, elle a bel et bien perdu la guerre3. Le 15 juillet, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov affirme que la mission américaine en Afghanistan a « échoué », accusant en outre le départ « précipité » des Etats-Unis de ce pays d’être à l’origine de la dégradation de la situation sécuritaire. Retour à l’envoyeur qui avait armé les talibans pour chasser l’envahisseur soviétique du « cimetière des empires » ! Comme le souligne Gérard Chaliand : « Ce type de guerre se perd lorsqu’elle s’éternise ». Le 10 août, L’émissaire des Etats-Unis pour l’Afghanistan se rend au Qatar afin d’exhorter les talibans à cesser leur offensive militaire et à négocier un accord politique. Dans le même temps, le président américain Joe Biden « ne regrette pas » sa décision de boucler à la fin du mois le retrait des troupes américaines d’Afghanistan, a-t-il dit, appelant les Afghans à trouver « la volonté de se battre ». Ceci relève du plus grand comique ! Plus généralement, cette Etrange défaite signe l’échec cuisant de la communauté internationale, et, plus encore, de l’Occident, États-Unis et OTAN en tête de liste4. Les talibans sont de retour comme ceci était largement prévisible. Kaboul dénonce l’abandon de son mentor américain. Impuissant, le président afghan Ashraf Ghani appelle, le 14 août 2021, à la remobilisation des forces armées et indiqué que des « consultations » étaient en cours pour trouver rapidement une solution politique garantissant la « paix et la stabilité » en Afghanistan. Un nouveau Vietnam… sous le regard ironique des Chinois5, assistant à la foudroyante offensive des talibans face à la plus puissante armée au monde sur le papier6.

La relation avec la Chine. Dès sa prise de fonctions, Joe Biden entend démontrer son souhait de se montrer intraitable avec la Chine. Pour mémoire, Barack Obama dont il fut le vice-président, voir rétablir des relations, n’avait pas vu venir le danger de l’Empire du Milieu. Il trouvait incongrue la démarche de Donald Trump qui voulait remettre l’église au milieu du village. Joe Biden ne cesse de menacer de ses foudres Pékin mais ne reconnait pas que son prédécesseur avait vu juste. Il ne fait simplement que conservé une partie de sa doctrine. La Chine est le rival stratégique des États-Unis et le restera a minima pour la décennie à venir. À Washington, les espoirs de faire de Pékin un « partenaire responsable » (« responsible stakeholder ») ont rapidement été douchés. L’époque où les deux capitales dialoguaient sur de nombreux sujets semble révolue en dépit de la récente visite de la numéro deux du Département d’État, Wendy Sherman en Chine. Parmi d’autres (droits de l’homme, Hong Kong, pratiques commerciales déloyales, origines de la pandémie), le dossier de l’avenir de Taïwan est brûlant. Que ferait Washington en cas de récupération de l’île par la force par Pékin qui en brandit régulièrement la menace ? 7 L’administration démocrate (président, secrétaire d’État, responsable du Pentagone…) multiplie les déclarations belliqueuses à l’endroit de Pékin. À titre d’exemple, Joe Biden accuse les autorités chinoises de « protéger » les auteurs de cyberattaques, voire de leur « donner des moyens d’agir ». Dernières déclarations en date, celles du CEMA. Les États-Unis doivent s’adapter au « caractère changeant de la guerre » ou faire face à des « conséquences dévastatrices », a déclaré le 2 août le chef d’état-major interarmées, le général Mark A. Milley. « La Chine sera un agent majeur de changement dans l’ordre international actuel », a-t-il déclaré à une foule nombreuse au déjeuner au Gaylord National Resort dans le Maryland. « La Chine vient vers nous avec des capacités diplomatiques, des capacités économiques et des capacités militaires croissantes pour inclure une capacité navale de surface, une capacité sous-marine et une capacité aéronavale de classe mondiale », a-t-il déclaré lors de l’Exposition maritime mondiale de l’espace organisé par la Navy. Le général Milley a déclaré qu’au moins 40 à 50 nouvelles technologies, y compris les systèmes sans pilote et l’intelligence artificielle, sont disponibles pour tous les pays du monde, elles doivent donc être maîtrisées par les États-Unis pour se préparer à la guerre8. On ne saurait être plus clair sur la volonté américaine d’en découdre et d’entraîner les Européens dans leurs aventures militaires en qualité d’idiots utiles.

Et l’on pourrait multiplier à l’infini les sujets internationaux sur lesquels l’actuel président américain fait preuve d’un art consommé du contorsionnisme diplomatique. Tout ceci démontre amplement que la politique étrangère américaine possède, ne varietur, des fondamentaux en dépit des changements de majorité. Ils sont le résultat de la conjonction du poids du réel et du fameux « État profond » ». On ne change pas impunément le cap d’un lourd navire comme celui d’un frêle esquif. On ne peut faire table rase du passé. Sur le dossier chinois, toutes les options sont ouvertes : guerre ou paix. Et l’on reparle du piège de Thucydide. Joe Biden estime que si « une véritable guerre » éclate entre les États-Unis et une « autre grande puissance », « ce sera à cause d’une cyberattaque ». Le ton est martial et la menace à peine voilée à l’endroit de Pékin. Pour sa part, à l’occasion du 100ème anniversaire du PCF, le président Xi Jinping fustige, dans un discours martial contre les « impérialistes » les forces étrangères. Retour à l’envoyeur. Français et Européens seraient bien inspirés de ne pas idéaliser le monde promis par l’équipe de Joe Biden9, de ne pas noircir le bilan de de Donald Trump. Un minimum de bon sens et de mesure s’impose. Rendons à Donald ce qui appartient à Donald !
 
 
AFRIQUE : NOUVEAU TERRAIN DE JEU DE DAECH – Guillaume Berlat. La France éternelle – de Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron en passant par François Hollande – a l’art d’accumuler les erreurs stratégiques sur le continent africain, bourdes qui lui reviennent à la figure en Boomerang. Et cela avec une constance qui mérite louange ! Après avoir mal apprécié les mal nommés « printemps arabes », elle a accumulé les bévues de toutes sortes. Aujourd’hui, la situation du continent africain est pire qu’elle ne l’était avant 2010. Même si l’on met de côté la pandémie, la stabilité et la sécurité d’une majorité d’États – souvent faillis – sont de plus en plus problématiques. Nous n’avions pas mieux à faire que d’expédier Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale. Il en ressorti blanchi des crimes dont il était accusé et reprend aujourd’hui sa place dans le jeu politique ivoirien10. Nous n’avions pas mieux à faire que d’envoyer ad patres le président Mouammar Khadafi. Dix ans après le pays connaît un chaos invraisemblable, ne joue plus son rôle de filtre d’une immigration incontrôlée vers le Nord, exporte son instabilité au Sahel. Les métastases d’une galaxie djihadiste multiforme sont devenues incontrôlables. Adieu sécurité, stabilité sur tout le continent. Le pseudo-pompier gaulois s’est transformé en authentique pyromane français. Le bilan de notre action est catastrophique tant les gadgets mis en place pour soigner le mal (G5 Sahel, force Takuba…) sont inefficaces, voire contreproductifs. Par ailleurs, notre diplomatie du saupoudrage, de l’incantation, du blâme, des droits de l’homme à géométrie variable a ouvert les portes du continent à de nouveaux acteurs : Chine, Russie, Turquie… pour s’en tenir aux principaux.

Un rapide survol de la menace djihadiste en dit plus qu’un long discours11. Le secrétaire général de l’ONU s’en inquiète dans un rapport remis aux quinze États membres du Conseil de sécurité consacré à la situation des pays africains confrontés au terrorisme islamiste. Antonio Guterres déclare le 4 août 2021 que « le risque existe de voir Daech être en mesure de planifier des attentats au-delà de ses zones d’influence… Daech pourrait retrouver sa capacité à fomenter des attaques internationales si sa structure centrale ou celle de ses affidés régionaux venaient à se renforcer suffisamment. Un tel scénario est devenu plus que plausible, il est alarmant ». On ne saurait être plus clair. Il ne peut que constater que « l’expansion » des activités de l’État islamique au Grand Sahara, filiale continentale de Daech est, en effet, inquiétante en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest et de l’Est sans parler de l’Afrique australe (Nigéria, Cameroun, Niger, Mozambique, Burkina Faso, Mali, Niger, Somalie, République démocratique du Congo…). Selon les termes mêmes de ce rapport, quelque 5000 combattants – sans compter d’autres recrues toujours disponibles s’y montrent très actifs. Par ailleurs, certaines cellules terroristes se sont affiliées à Daech – une sorte d’Africanisation du terrorisme islamiste – dans la mesure la maison mère leur accorde une certaine liberté de manœuvre et d’autonomie sur le terrain, y compris pour pratiquer des trafics, notamment de drogue. Nous pourrions ajouter toutes autres sortes de trafics : armes, êtres humains, cigarettes… Selon le secrétaire général de l’ONU : « la situation montre que les synergies entre le terrorisme, la précarité [des habitants] et les conflits se sont renforcées » comme le démontre une série d’attaques islamistes au Sahel (au Mali, cinquante civils ont été tués par des djihadistes ; plusieurs dizaines de civils ont été tués dans le nord du Burkina Faso, au moins 24 militaires tchadiens ont été tués et plusieurs blessés mercredi dans une attaque de Boko Haram dans la région du lac Tchad, en proie à de nombreuses incursions de jihadistes ; 15 militaires tués dans une attaque au Niger dans une région proche du Burkina-Faso…). Pour répondre à cette situation alarmante, Antonio Guterres insiste sur la nécessité « d’une riposte mondiale urgente pour les pays d’Afrique, région par région ». Déclaration frappée au coin du bon sens même si elle arrive un peu tard et relève de la diplomatie incantatoire alors que les membres permanents du Conseil de sécurité ne sont pas en mesure de s’accorder sur le minimum faute de confiance. Quand comprendrons-nous que la réponse idoine à la crise multifactorielle que connaissent ces pays ne doit pas être que militaire ? Elle doit être multidimensionnelle : lutte contre la mauvaise gouvernance (ce qui ne signifie pas exporter notre modèle démocratique), la corruption, programmes concrets d’aide à la jeunesse, recherche de solutions aux problèmes ethniques, religieux, soutien aux économies locales…

Ce constat peut se lire en creux comme un réquisitoire implicite contre la France qui ne dispose toujours pas d’une stratégie claire de long terme vis-à-vis de l’Afrique. La diplomatie de la repentance atteint rapidement ses limites. Ce n’est pas à quelques mois de la présidentielle fera ce dont il a été incapable de faire durant les quatre premières années de son mandat. Une approche globale des problèmes du continent en étroite coopération avec les organisations régionales et universelles qui sont les seules à disposer de la légitimité internationale pour appréhender tous les problèmes que ne parviennent toujours pas à résoudre ces pays depuis la vague d’indépendance des années 1960. En voulant enrayer le djihadisme au Mali, nous avons contribué à son extension dans tout le continent. En voulant éliminer un autocrate en Libye – nous n’avions pas mandat d’opérer un changement de régime, ce que nous reprochent à juste titre Chinois et Russes -, nous avons créé un immense chaos dans la région. Et, en particulier, nous avons permis à Daech de faire de l’Afrique un nouveau terrain de jeu.
 
 
RÉFUGIÉS AFGHANS EN FRANCE : LE GRAND N’IMPORTE QUOI – Jean Daspry. Alors que la planète s’enflamme comme jamais, la guerre de vingt ans (« la guerre globale contre le terrorisme » lancée après les attentats du 4 septembre 2001 par George W. Bush et poursuivie par son successeur, le prix Nobel de la paix, Barack Obama) conduite par l’hyperpuissance américaine en Afghanistan tourne à la Berezina. Les alliés de Washington – sorte d’idiots utiles de l’oncle Sam – sont pris de court alors que l’issue de la bataille était amplement prévisible. Une chose est certaine. Deux décennies après avoir été évincés de leur sanctuaire, les talibans sont de retour en héros en dépit des cris d’orfraie poussés par les Occidentaux. Mais, le corollaire était aussi prévisible. Des hordes de réfugiés afghans prennent le chemin de l’’Europe pour fuir la soldatesque talibane. Face à cette nouvelle crise humanitaire, la France de Jupiter excelle dans sa pratique du en même temps qui conduira à la catastrophe.

LES TALIBANS SONT DE RETOUR

Au fur et à mesure que les talibans reprennent le contrôle des capitales provinciales d’Afghanistan (avec la complicité plus ou moins active du Pakistan12), de l’autre côté, c’est la débandade. Les troupes gouvernementales se débandent13. Le 13 août 2021, les talibans se sont emparés vendredi de Lashkar Gah, capitale de la province du Helmand, dans le sud de l’Afghanistan, après avoir laissé l’armée et les responsables politiques et administratifs évacuer la ville. Kaboul est à leur portée14. Les Américains partent, laissant derrière eux un chaos indescriptible. Le chef des républicains au Sénat américain Mitch McConnell avait éreinté, la veille, la politique « dangereuse » en Afghanistan du président démocrate Joe Biden, après l’annonce de l’envoi de milliers de soldats à Kaboul pour évacuer diplomates ou ressortissants face à l’avancée rapide des talibans. Les Occidentaux évacuent leurs derniers ressortissants, s’interrogent sur l’avenir de leur ambassade à Kaboul. Chacun s’organise (se désorganise) de son côté sans la moindre concertation préalable avec ses partenaires de l’OTAN ou de l’Union européenne. L’Allemagne va réduire son personnel diplomatique à Kaboul au « minimum absolu » face à l’offensive des talibans qui se trouvent désormais aux portes de la capitale afghane, a déclaré son ministre des Affaires étrangères, le 13 août 2021. Le Premier ministre britannique Boris Johnson convoque, ce même jour, une réunion gouvernementale de crise au sujet de la progression des talibans en Afghanistan, qui fait craindre à Londres un retour d’Al-Qaïda. Il s’est engagé vendredi à « ne pas tourner le dos à l’Afghanistan », confronté à l’avancée des talibans, appelant les Occidentaux à travailler avec Kaboul pour éviter que le pays « ne redevienne un terreau pour le terrorisme ». La veille, nous apprenions que le Royaume-Uni allait déployer temporairement environ 600 militaires en Afghanistan pour aider les ressortissants britanniques à quitter le pays, en proie à l’avancée des talibans dans la foulée d’une annonce similaire des Etats-Unis. Nouvel exemple de servitude volontaire. Le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg préside, dans la plus grande précipitation, une réunion des ambassadeurs des pays de l’Alliance, après la décision des Etats-Unis d’évacuer leurs diplomates et leurs ressortissants d’Afghanistan. À quoi peut dont bien servir la cellule de planification de l’Alliance atlantique si ce n’est à tourner en rond en imaginant de fausses menaces ? Pour sa part, de manière virile, l’Union européenne menaçait, avec son sabre de bois, le 12 août 2021, les talibans d’un « isolement » international s’ils s’emparaient du pouvoir « par la force » en Afghanistan, les appelant à reprendre des discussions « substantielles » avec Kaboul et réclamant l’arrêt immédiat des violences. On imagine aisément l’effet dissuasif d’une telle menace qui relève de la pure communication. L’on doit bien rire dans les instances dirigeantes des talibans qui n’ont que faire des rodomontades de quelques agités du bocal bruxellois. Ils peuvent, à l’occasion, se rappeler à leur bon souvenir par la pratique de quelques bons attentats terroristes commis par quelques-uns de leurs affidés déguisés en réfugiés, comme ce fut le cas dans le passé lors de l’exode syrien.

Comment est appréhendée la question d’un inévitable afflux de réfugiés afghans sur le sol européen ?

LES RÉFUGIÉS AFGHANS SONT DE RETOUR

Le scénario du film, qui va être projeté dans les prochains jours, est écrit d’avance Avec un retard inacceptable, les grands esprits de l’Union européenne (la machine est en vacances au mois d’août), commencent à peine à percevoir un problème qu’ils n’avaient pas anticipé. Au Berlaymont et au Justus Lipsius, on ignore toujours que gouverner, c’est prévoir15. Qu’apprend-on au fil des heures par le fil de l’AFP ? Nos bonnes âmes craignent un afflux massif en Europe de réfugiés à l’instar de celui de 2015. Il est vrai que tout le dispositif normatif européen joue le rôle de pompe aspirante pour tout réfugié demandeur d’asile, au surplus s’il n’a pas pris le temps de solliciter au préalable un visa à un consulat européen sur le long chemin qui conduit à la terre promise, y compris lorsqu’elle est accusée de maltraitante des musulmans. Qui va les accueillir ? Selon quels critères ? Va-t-on rejouer le jeu des quotas par pays membre ? Vont-ils être placés en quarantaine avant d’être testés au Covid-19 ? Toutes ces questions sont sans réponse. On l’imagine. Il n’est pas politiquement correct de poser les questions qui fâchent. On préfère les résoudre au coup par coup dans la plus grande improvisation sans poser des règles claires compréhensibles par tous et diffusées sur les réseaux sociaux et autres gadgets que ces malheureux pourront découvrir sur leurs téléphones intelligents. Rien n’est dit sur d’éventuelles pressions (conditionnement de l’aide, de l’octroi de visas, imposition de sanctions…) exercées sur les pays voisins de l’Afghanistan – avec une attention spéciale sur le fourbe Pakistan – pour qu’ils prennent leur part du fardeau. À ce petit jeu, Ankara risque d’exiger une augmentation substantielle du chèque qui lui est alloué par les Vingt-Sept au prix de son accueil sur son sol de ses réfugiés. L’histoire est un éternel recommencement. Les Occidentaux se montrent incapables d’anticiper les catastrophes, de s’y préparer collectivement pour ne pas être pris au dépourvu lorsque le pire se produit. On l’a vu et le voit encore pour la pandémie de Covid-19 sans parler de tous les fronts de la crise climatique et environnementale qui font le pain béni du clergé médiatique en ce mois d’août 2021.

Que fait la patrie autoproclamée des droits de l’homme et des farces et attrapes pendant ce temps où le président de la République conduit le monde depuis son Fort de Brégançon ?

LA FRANCE PRATIQUE LE EN MÊME TEMPS

Nous sommes habitués, dans notre Douce France, à la présence de réfugiés afghans – le plus souvent déboutés du droit d’asile mais qui sont toujours présents sur notre sol, en particulier du côté de Calais – et à leur réserver le meilleur accueil conformément à notre tradition bien connue d’hospitalité. Dans cet esprit, la France et le Danemark ont annoncé, le 12 août 2021, avoir suspendu dès juillet les expulsions des migrants afghans déboutés de leur demande d’asile vers leur pays d’origine, en raison des combats entre talibans et forces pro-gouvernementales. La France promet « un effort exceptionnel » pour accueillir des personnalités afghanes menacées pour leur engagement en faveur des droits humains, et souligne être l’un des seuls pays européens qui continue à accorder des visas depuis Kaboul, a indiqué le lendemain la présidence de la République. Avec quels moyens et avec quels financements ? Vont-ils rejoindre ceux qui campent sur les diverses places de Paris faute d’une politique cohérente du gouvernement et de la mairesse de Paris ? Nous n’en sommes pas là. C’est bien connu, l’intendance suivra alors que les poches de Bercy sont désespérément vides.

Cette posture tranche avec le sort peu enviable des auxiliaires afghans de l’armée française qui prennent la peine de solliciter des visas qu’on leur refuse puisqu’ils ne seraient pas en danger. Rappelons le dernier épisode d’une d’entre elles !

Début de citation

L’avancée des talibans fait craindre aux anciens auxiliaires afghans de l’armée française des représailles. Ils sont entre 60 et 80 à vouloir se réfugier en France, estimant leur vie menacée. Malgré l’assassinat de l’un d’entre eux le 19 juin, les autorités françaises refusent toujours de les accueillir. À l’époque, ce n’était qu’un job comme un autre. Une petite année à travailler comme employée sur la base de Warehouse, en Afghanistan, pour le compte des forces armées françaises. Aujourd’hui, ces quelques mois sont devenus une cible rouge sur le front de Fatima A. L’avancée des talibans, qui ont déjà pris le contrôle de plusieurs villes régionales importantes (Sar-e-Pul, Sheberghan, et bientôt Kunduz) et menacent désormais Kaboul, fait craindre des représailles aux Afghans qui ont collaboré avec les forces de la coalition emmenée par les États-Unis. Chauffeurs, interprètes, cuisiniers, ils ont travaillé pour les forces armées françaises, américaines, britanniques, italiennes… Ils sont considérés par les djihadistes comme des traîtres, voire des espions. La France a employé environ 800 d’entre eux sous le statut de « personnels civils de recrutement local » (PCRL). Indispensables au quotidien, de la logistique des camps aux opérations militaires les plus sensibles -certains étaient détachés dans des unités de renseignement-, ces Afghans et Afghanes ont été largement abandonnés lorsque les unités qui les employaient ont plié bagage. Fatima A., elle, était vendeuse. Employée dans une petite boutique du camp de Warehouse, elle « vendait de tout » aux soldats français : « Des vêtements, des recharges téléphoniques… » Un certificat rédigé par le ministère de la défense français, que Mediapart a pu consulter, atteste que la jeune femme a travaillé en tant que « responsable magasin » au foyer de Warehouse du 1er juillet 2012 au 15 mai 2013. Sur les photos de l’époque, elle pose, souriante, un discret foulard posé sur les cheveux ; à ses côtés, des soldats français ainsi que d’autres employés afghans des forces françaises. « Mon travail a pris fin lorsque la mission des Français s’est terminée. Ils sont rentrés chez eux et moi, j’ai repris des études de programmation informatique », raconte Fatima A., qui travaille aujourd’hui dans un hôpital. Mais son expérience de vendeuse à Warehouse la poursuivra. « À partir du moment où j’ai commencé à travailler avec les Français, j’ai reçu des appels anonymes. On me disait : “Si tu n’arrêtes pas ton travail avec les Français, on te tuera” », explique Fatima A. Les auteurs de ces coups de fil d’intimidation s’expriment en « arabe, persan, dari et pachtou », décrit la jeune femme. La menace n’émane pas seulement d’anonymes. « Mon oncle aussi m’a menacée. Il a déjà dit qu’il pourrait me dénoncer aux talibans », rapporte l’ancienne vendeuse. Alors que l’avancée de ces derniers semble inéluctable, Fatima A. – comme des dizaines d’autres anciens auxiliaires et interprètes des Français – craint plus que jamais pour sa sécurité. 

« C’est très dangereux pour moi. Quand je sors, je mets un long voile qui couvre mon visage et mon corps, pour que l’on ne me reconnaisse pas. » Elle en est persuadée : « S’ils me reconnaissent, ils me tueront. » Le 19 juin dernier, un de ses anciens collègues a été retrouvé abattu par balles. Abdul Basir travaillait également sur la base de Warehouse pour l’armée française, comme cuisinier, à la fin des années 2000. La France avait refusé à plusieurs reprises de lui octroyer un visa. Selon le journaliste Quentin Müller, auteur d’un livre sur les anciens interprètes afghans (Tarjuman, une trahison française, Bayard, 2019), en contact avec la famille d’Abdul Basir, ce dernier aurait été tué par des talibans après que ceux-ci ont découvert d’anciennes fiches de paie de l’armée française dans son téléphone. Un mois plus tôt, un ancien interprète afghan de l’armée américaine, Sohail Pardis, avait été décapité par des talibans. 

Un autre, interprète travaillant à l’ambassade britannique de Kaboul, a été blessé par balles lors d’une embuscade. Il s’est vu octroyer un visa pour le Royaume-Uni à la suite de la médiatisation de son cas. « Je sens une vraie peur de la part de mes clients », témoigne l’avocat Antoine Ory, qui défend une vingtaine d’Afghans anciens employés de l’armée française. « Depuis quelques semaines, je reçois des messages tous les jours. Avant, ils me contactaient une fois par semaine, voire par mois, pour me demander comment leur dossier avançait. Depuis mai-juin, des messages arrivent quasiment chaque jour, très alarmés, disant : “Ça sent très mauvais pour nous, ils arrivent, ça nous fait très peur.” » « La situation devient plus dangereuse chaque jour, abonde Abdullah S., ancien interprète pour l’armée française vivant dans la capitale afghane. 

Les menaces sont très sérieuses. Les talibans encerclent Kaboul, ils ne laisseront pas les interprètes en vie. Nous avons besoin d’aide », insiste-t-il. L’ancien interprète dit avoir demandé à trois reprises un visa à l’ambassade de France (en 2014, 2016 et 2017), et n’avoir reçu aucune réponse. « La situation en Afghanistan s’est dégradée. On s’inquiète beaucoup des menaces qui pèsent sur les PCRL qui sont toujours là-bas », confirme le président de l’Association des interprètes et auxiliaires afghans de l’armée française, Abdul Razeq Adeel. Lui-même a été menacé par les talibans et par Daech en raison de son travail avec les Français. En 2011, il a été blessé par une bombe posée à proximité de son domicile, entièrement détruit dans l’explosion. Il a depuis pu être « relocalisé » en France. Ce n’est pas le cas de tous ses anciens collègues : « Je suis en contact avec 75 à 80 personnes qui attendent toujours un visa », indique-t-il. « S’ils ne l’obtiennent pas, ils seront contraints de fuir clandestinement vers les pays voisins, en Turquie, en Iran ou au Pakistan – quand bien même les Afghans n’y sont pas bien traités. » Fatima A. a adressé en 2019 une demande de protection fonctionnelle au ministère des armées français – protection qui lui permettrait d’obtenir un visa et d’être mise en sécurité par la France. Sa demande a été rejetée par le ministère.

Le 28 juillet 2021, le tribunal administratif de Paris, saisi par son avocat, a confirmé cette décision. Pour le tribunal, l’ancienne vendeuse du camp de Warehouse n’apporte pas suffisamment de preuves des menaces qui pèsent sur elle. « Mme A. fait valoir qu’elle est actuellement exposée à de graves dangers compte tenu des fonctions passées qu’elle a exercées auprès des forces armées françaises en Afghanistan et de l’offensive militaire actuellement menée par les talibans. Toutefois, les pièces qu’elle verse au débat ne permettent pas d’attester la réalité des craintes qu’elle invoque », écrit ainsi le juge des référés dans son ordonnance. Quid de l’assassinat d’Abdul Basir ? De celui de Sohail Pardis ? Des menaces téléphoniques ? De son profil particulier – une femme, non mariée, de confession chiite – qui en fait une ennemie toute désignée pour les talibans ? Tant pour la direction des affaires juridiques du ministère des armées que pour le juge administratif, ces éléments ne semblent pas suffisants.

« Mme A. n’apporte aucun élément permettant de caractériser l’existence de menaces ayant un caractère personnel, réel et actuel en lien avec les fonctions qu’elle aurait exercées au profit des forces françaises », écrit ainsi la direction des affaires juridiques du ministère dans son mémoire en défense destiné au juge administratif. « Il faut la preuve de menaces “personnelles, actuelles et réelles” liées à l’exercice de leurs fonctions auprès de l’armée française. Autrement dit, il faut qu’un taliban vous menace, mais aussi qu’il laisse une preuve de cette menace, et enfin qu’il précise dans cette menace qu’il le fait parce que vous avez travaillé pour l’État français », grince l’avocat de Fatima A., Me Ory. « Or, cela ne se passe pas comme ça. Les talibans n’envoient pas de menaces par huissier. À quelques exceptions près, ils frappent sans prévenir. » Le mémoire du ministère des armées destiné au tribunal administratif de Paris évoque bien les violences commises par les talibans. Mais il assure qu’elles visent « surtout le pouvoir en place » et peu les civils. Le document, daté du 26 juillet 2021, ne fait étrangement pas mention du cas d’Abdul Basir. L’assassinat de l’ancien cuisinier est pourtant un démenti tragique des analyses du ministère. Dans un document interne daté du 3 juin (soit deux semaines avant l’assassinat de Basir) que Mediapart a pu consulter, les analystes de la direction générale des relations internationales et de la stratégie (rattachée au ministère des armées) assuraient que les PCRL ayant servi la France n’étaient « pas particulièrement ciblés ». Alors que la voie judiciaire semble bloquée, faute de pouvoir produire des preuves quasi impossibles à rassembler, les tarjuman (« interprète », en dari) et leurs soutiens se raccrochent à un dernier espoir : celui d’un geste politique ou diplomatique.

C’est ce qu’ont fait les États-Unis, où le Congrès a voté, jeudi 29 juillet, la mise à disposition de 19 000 visas spéciaux à destination des anciens employés afghans de l’armée américaine, tout en assouplissant les critères nécessaires à l’obtention de ce visa. Un premier vol transportant 221 anciens traducteurs, conducteurs et autres employés a atterri le lendemain matin à l’aéroport international de Washington-Dulles. Fatima A., Abdullah S. et des dizaines d’autres anciens employés des Français, eux, attendent toujours. « Pourquoi eux, et pas nous ? C’est la question que je ne cesse de me poser en ce moment », soupire Fatima A.16

Fin de citation

Ceci se passe de commentaires mais démontre la pagaille qui règne au plus haut sommet de l’État en dépit des palanquais d’énarques qui confisquent le pouvoir.

Outre que cette défaite de la plus grande armée du monde face à quelques « gueux » sous-équipés mais ô combien motivés17, signe le déclin de l’Occident (la fin de la stabilité hégémonique et le début du monde post-occidental), elle doit aujourd’hui être appréhendée sous son angle « humanitaire ». Si nous comprenons bien la situation telle qu’elle se présente concrètement, pour un afghan, mieux vaut arriver dans notre pays sans le moindre titre de séjour et avoir toutes les chances de rester sur notre sol autant qu’il le voudra qu’être un ex-auxiliaire de l’armée française qui sollicite un visa et se le voit refuser sous de fallacieux prétextes dont la justice administrative française – justice concrètement couchée – a le secret sans parler de ce que peuvent écrire les ministères des Armées, de l’Intérieur ou des Affaires étrangères qui dépasse l’entendement. En un mot comme en cent, le traitement des réfugiés afghans dans la France en marche en godillots, c’est le grand n’importe quoi.
 
 
AGNÈS ROMATET-ESPAGNE EST DE RETOUR AU QUAI D’ORSAY : ALLÉLUIA ! Ali Baba. « Par arrêté du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 9 août 2021, Mme Agnès ROMATET-ESPAGNE, ministre plénipotentiaire de deuxième classe, est nommée cheffe de service à l’administration centrale du ministère de l’Europe et des affaires étrangères pour exercer les fonctions de directrice des ressources humaines, à compter du 1er septembre 2021, pour une durée de trois ans, avec une période probatoire de six mois »18.

Une fois de plus la lecture du Journal officiel de la République française est instructive tant elle fournit d’utiles informations sur la Carrière des agents diplomatiques ! Le poste de directeur (trice) des ressources humaines est un poste stratégique pour faire avancer sa Carrière, celle de ses copines et copains, démolir celle de ses ennemis. Agnès ROMATET-Espagne n’échappera pas à la règle. Nous avions quitté cette brillante fonctionnaire en lorsqu’elle abandonnait assez rapidement le poste de porte-parole du Quai d’Orsay pour rejoindre la SNCF19. Tous les chemins mènent à Rome. Mais, il faut bien revenir à la Maison mère pour ne pas perdre du terrain par rapport à ses collègues. Selon toute vraisemblance, une superbe ambassade l’attendra à la sortie de la DGA.

Rappelons qui est cette Dame âgée de 60 ans ? Le site Acteurs publics nous fournit les informations suivantes que nous nous contentons de reprendre intégralement. Épouse de l’actuel ambassadeur de France en Égypte, Stéphane Romatet20 – elle officiait en tant que cheffe de service, directrice des entreprises et de l’économie internationale (DEEI) à la direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats (DGM) du ministère des Affaires étrangères, entre 2014 et juin 2017. Proche de l’ex-secrétaire général de l’Élysée Jean-Pierre Jouyet, elle a notamment travaillé à ses côtés pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Elle fut d’abord sa cheffe de cabinet et responsable de la communication au secrétariat d’État aux Affaires européennes, en 2007-2008, puis elle l’a conseillé à la présidence de l’Autorité des marchés financiers entre 2009 et 2011. Elle est ensuite cheffe de la mission économique à Canberra (Australie), pendant trois ans, alors que son mari, Stéphane Romatet, y travaillait en tant qu’ambassadeur de France (2011-2014).

Auparavant, Agnès Romatet-Espagne, 56 ans, formée à Sciences Po Paris, a occupé plusieurs postes au Quai d’Orsay. Troisième secrétaire à Madrid en 1985, elle travaille ensuite à la direction d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (1987-1989), puis à la direction du personnel et de l’administration générale du ministère des Affaires étrangères (1989-1991). Elle intègre ensuite en cabinet ministériel, comme cheffe de cabinet de Jean-Noël Jeanneney au secrétariat d’État au Commerce extérieur en 1991, puis au secrétariat d’État à la Communication en 1992. Elle retourne en ambassade en 1993. Conseillère culturelle à Amman (Jordanie) de 1993 à 1996, Agnès Romatet-Espagne se voit ensuite chargée de la cellule financière, budgétaire et administrative à la direction des Nations unies et des organisations internationales du ministère, puis elle est chargée des relations avec la presse à l’ambassade de France à Ottawa (Canada) entre 1999 et 2003.

Elle est nommée sous-directrice de la presse à la direction de la communication et de l’information (DCI) du ministère des Affaires étrangères, entre 2005 et 2007. Depuis 2017, elle œuvrait pour SNCF Mobilités au sein du groupe ferroviaire, comme directrice générale adjointe chargée de l’international.

Rappelons que son mari, Stéphane Romatet avait été promu directeur général de l’administration et de la modernisation (DGAM) par Bernard Kouchner dont il fut le directeur-adjoint de cabinet. Chez les Romatet, on est friand de ses postes de gestion dans lesquels on dispose d’énormes pouvoirs et surtout, comme indiqué plus haut, de faire avancer ses propres affaires à un rythme soutenu. Agnès ne dérogera donc pas à la tradition familiale. Réjouissons-nous de voir la brebis égarée retrouver le troupeau diplomatique à la veille de la conférence des ambassadeurs si elle est maintenue ! Entonnons tous un brillant Alléluia en apprenant le retour d’Agnès Romatet-Espagne au Quai d’Orsay qui se languissait de son absence.

P.M. : pour compléter ce panorama des mouvements à l’administration centrale (le fameux « Département »), ajoutons le cru du JORF du 14 août 202121 :

Par arrêté du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 12 août 2021, M. Grégor TRUMEL, conseiller des affaires étrangères, est nommé sous-directeur du budget (groupe B) à la direction des affaires financières au ministère de l’Europe et des affaires étrangères, à compter du 1er septembre 2021, pour une durée de trois ans, avec une période probatoire de six mois (texte n° 26).

Par arrêté du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 12 août 2021, M. Vincent SCIAMA, secrétaire des affaires étrangères principal, est nommé sous-directeur du réseau de coopération et d’action culturelle (groupe B) à la direction de la culture, de l’enseignement, de la recherche et du réseau au ministère de l’Europe et des affaires étrangères, à compter du 1er septembre 2021, pour une durée de trois ans, avec une période probatoire de six mois (texte n° 27).

Par arrêté du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 12 août 2021, M. Jonathan Lacôte, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé chef de service à l’administration centrale du ministère de l’Europe et des affaires étrangères pour exercer les fonctions de directeur général adjoint des affaires politiques et de sécurité, à compter du 1er septembre 2021, pour une durée de trois ans avec une période probatoire de six mois.
 
 
« EN REALITE, LES ETATS-UNIS ESPERENT UNE REDDITION TOTALE ET DEFINITIVE DU PEUPLE CUBAIN » – Entretien avec Max Lesnik (études carbéennes) réalisé par Sélim Lamrani et communiqué René Nouailhat, 8 août.

Né en 1930 à Cuba, dans le petit village de Vueltas, d’un père juif polonais ayant fui la persécution et d’une mère cubaine, Max Lesnik s’est impliqué dès l’âge de 15 ans dans le militantisme politique. Il a fréquenté les files du Parti orthodoxe fondé par Eduardo Chibás, symbole de la lutte contre la corruption gouvernementale, et est rapidement devenu secrétaire national de la Jeunesse orthodoxe dans les années 1950.

Max Lesnik acquiert une renommée à travers le pays et se lie d’amitié avec Fidel Castro, dont il fait la connaissance à l’Université de La Havane. Ce dernier milite également au sein du Parti orthodoxe et présente même sa candidature aux élections de 1952 pour le Congrès de la République, avant que le coup d’Etat de Fulgencio Batista ne mette un terme à la légalité constitutionnelle.

Lesnik, comme beaucoup de jeunes Cubains, se soulève contre la dictature militaire de Batista, soutenue par les Etats-Unis, et intègre la direction du Second Front de l’Escambray dirigé par Eloy Gutiérrez Menoyo. Il est chargé du travail idéologique, politique et de propagande.

Au triomphe de la Révolution le 1er janvier 1959, Lesnik est le premier dirigeant révolutionnaire à apparaître à la télévision cubaine, dans une interview avec le journaliste Carlos Lechuga. Avec l’installation du nouveau pouvoir, Max Lesnik reprend ses activités de journaliste. Il publie des chroniques dans la revue Bohemia et anime également un programme de radio quotidien.

Mais Lesnik ne tarde pas à se montrer critique de l’hégémonie des communistes au sein du pouvoir. Il s’oppose à l’alliance avec l’Union soviétique. Selon lui, Cuba devait être indépendante des Etats-Unis mais également de Moscou. En un mot, une souveraineté totale.

En 1961, sa situation n’est plus tenable et Max Lesnik est contraint de s’exiler aux Etats-Unis. Il ne rallie pas pour autant les files des partisans de l’ancien régime et n’accepte pas non plus les prébendes de la CIA, qui cherche à recruter les figures politiques de l’exil afin d’organiser un mouvement destiné à renverser la Révolution cubaine. Lorsqu’il apprend la nouvelle, Fidel Castro tente de convaincre Max Lesnik de rentrer à Cuba à travers de leur ami commun Alfredo Guevara, en vain.

A Miami, Lesnik crée son programme de radio dans lequel il dénonce l’invasion de la Baie des Cochons du 17 avril 1961 et accuse les participants d’être des mercenaires à la solde d’une puissance étrangère. Dès le lendemain de son intervention, il reçoit la visite de plusieurs individus armés qui lui intiment l’ordre, un pistolet sur la tempe, de présenter en direct ses excuses devant les auditeurs. Refusant de revenir sur sa parole, Max Lesnik doit sa vie à une hésitation de la part des assaillants qui choisissent d’abandonner le studio sans mettre leur menace à exécution.

Au milieu des années soixante, Max Lesnik décide de fonder le journal Réplica qui deviendra une revue quelques années plus tard avec des tirages hebdomadaires pouvant atteindre les 100 000 exemplaires. Cette aventure professionnelle lui permet d’acquérir une grande notoriété au sein de la communauté cubaine et latino des Etats-Unis, ainsi qu’une certaine aisance économique.

A la fin des années 1970, Max Lesnik joue un rôle essentiel dans l’établissement d’un dialogue entre la communauté cubaine des Etats-Unis et les autorités de La Havane. Il se rend à Cuba et retrouve son ami Fidel Castro pour la première fois depuis 17 ans. Le rapprochement avec La Havane n’est pas du goût des extrémistes de Miami. Max Lesnik est victime d’un premier attentat à la bombe en 1979. Au total, il sera la cible de onze attaques similaires. Sa revue ne survivra pas à l’intolérance et le dernier numéro paraîtra en 1990, suite au retrait des principaux sponsors, également menacés par les exilés violents de Floride.

Max Lesnik est aussi impliqué dans le rapprochement entre l’Eglise catholique et la Révolution cubaine. Il est d’ailleurs à l’origine de la visite historique du Pape Jean-Paul II à La Havane en 1998. L’homme des deux Havanes, en référence à la capitale cubaine et à « Little Havana » de Miami où il réside, est aujourd’hui directeur de Radio Miami.

Au cours de ces conversations, Max Lesnik revient sur l’histoire de Cuba, son parcours personnel, ses liens avec Fidel Castro et la Cuba d’aujourd’hui.

Salim Lamrani : Quand avez-vous connu Fidel Castro ?

Max Lesnik : J’ai connu Fidel Castro à l’Université de La Havane, sur la Place Cadenas, en face de la Faculté de Droit. Nous nous sommes connus sur un banc où avaient l’habitude de se retrouver les étudiants pour parler de l’actualité politique et pour organiser les manifestations de protestation contre les gouvernements de l’époque, que ce soit contre l’augmentation des prix pour les articles de première nécessité, du prix de l’électricité, ou du prix des transports en commun.

Je suis entré à l’Université en 1948. Fidel était déjà à la Faculté et était impliqué politiquement dans la vie estudiantine. Je souhaitais connaître les différents leaders de la jeunesse qui maintenaient une position politique verticale face à la corruption et le gangstérisme de l’époque.

Fidel était un jeune politisé et rebelle. J’ai compris dès le premier instant que je me trouvais en face de quelqu’un qui serait soit le futur leader d’une Cuba différente, soit un martyr. Je crois que je ne me suis pas trompé. Fidel est entré de son vivant dans le Panthéon des libérateurs latino-américains.

SL : Quelles étaient les principales caractéristiques de Fidel Castro ?

ML : Fidel était à la fois un homme politique de première importance, un penseur et un visionnaire très lucide. Il a réussi à édifier une Cuba différente et une Amérique latine différente. Nous, les Cubains, avons du mal à nous rendre compte que nous sommes les moteurs d’un processus d’émancipation, avec nos succès et nos erreurs. Mais il y a une constance dans le chemin tracé par José Martí depuis la fin du XIXe siècle. Fidel Castro a su catalyser l’enthousiasme et les frustrations de plusieurs générations pour construire une Cuba révolutionnaire.

Entretien complet

https://journals.openedition.org/etudescaribeennes/21848


1 Emmanuel Grynszpan, Les liaisons contrariées de Biden avec l’Ukraine, Le Monde, 14 août 2021, p. 4.
2 Jean-Pierre Perrin, « L’unité du danger », ces commandos de talibans à l’assaut de l’Afghanistan, www.mediapart.fr , 10 août 2021.
3 Renaud Girard, Afghanistan : Biden et Trump même lâcheté, www.lefigaro.fr , 9 août 2021.
4 Michèle Cotta, En Afghanistan, l’échec cuisant de la communauté internationale, www.lepoint.fr , 11 août 2021.
5 Laure Mandeville, L’Amérique de Biden cherche sa place dans le monde, www.lefigaro.fr , 12 août 2021.
6 Ghazal Golshiri, La foudroyante offensive des talibans, Le Monde, 14 août 2021, p. 2.
7 Philipe Le Corre, Joe Biden et le problème chinois, Ouest-France, 6 août 2021, p. 1.
8 Publié sur https://www.airforcemag.com/ 2 août 2021 | Par Abraham Mahshie.
9 Éditorial, Biden, l’homme qui veut changer les États-Unis, Le Monde, 13 août 2021, p. 26.
10 Guillaume Berlat, Côte d’Ivoire : réconciliation entre Laurent et Allasane ?, www.prochetmoyen-orient.ch , 2 août 2021.
11 J.C., Daech très à l’aise en Afrique, Le Canard enchaîné, 11 août 2021, p. 3.
12 Jacques Follorou, Derrière l’avancée des talibans, l’ombre du Pakistan, Le Monde, 12 août 2021, p. 5.
13 Jacques Follorou, Kaboul dénonce l’abandon de Washington, Le Monde, 13 août 2021, p. 4.
14 François Bougon, L’offensive éclair des talibans les rapproche de Kaboul, www.mediapart.fr , 13 août 2021.
15 L’Europe face à la crainte d’une vague de migrants fuyant les talibans, www.lexpress.fr , 13 août 2021.
16 Justine Brabant, Face aux talibans, les ex-auxiliaires afghans de l’armée française craignent pour leur vie, www.mediapart.fr , 8 août 2021.
17 Jean-Pierre Perrin, « L’unité du danger », ces commandos talibans à l’assaut de l’Afghanistan, www.mediapart.fr , 10 août 2021.
18 Arrêté du 11 août 2021 portant nomination (administration centrale), JORF n° 0185 du 11 août 2021, texte n° 32. (rubrique « Mesures nominatives » du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères).
19 Agences, Agnès Romatet-Espagne : de la DCP à la SNCF, www.prochetmoyen-orient.ch , 20 novembre 2017
20 Ce diplomate a la réputation de séducteur frivole et d’opportuniste invétéré va quitter prochainement son poste d’ambassadeur au Caire (Cf.Ali Baba, Le carrousel de la cavalerie diplomatique de la Grande Nation, www.prochetmoyen-orient.ch , 9 août 2021)
21 Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (mesures nominatives), JORF n° 0188 du 14 août 2021.

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