Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

ORIENT-ATIONS 345

LIBAN : LES NATIONS-UNIES ONT-ELLES UNE FLOTTE DE GUERRE ? Roger Akl, 21 août. Ce samedi matin, sur le site du Courant Patriotique Libre, j’ai lu que les flottes, qui avaient fait peur aux Libanais et manœuvraient dans les eaux territoriales libanaises, appartenaient aux Nations-Unies, tandis que le site montrait la photo d’un porte-avion ! Heureusement que le Commandement de l’armée parla de manœuvres conjointes entre elle et l’UNIFIL qui s’occupe comme elle peut de séparer Israéliens et Libanais.

Mais, un jour avant, l’aviation israélienne avait fait des manœuvres au-dessus de Beyrouth, en réponse à l’annonce de Sayyed Hassan Nasrallah que le pétrolier avait quitté l’Iran pour venir alimenter le Liban en pétrole, ce pauvre Liban, qui subit un embargo américain et occidental, qui fait mourir, de faim et de maladies, le peuple du Liban, avec la complicité de certains de ses chefs, qui l’ont laissé sans gouvernement, depuis plus d’un an, et continuent sur ordres extérieurs.

Sayyed Nasrallah avait ajouté que d’autres suivront. Cette nouvelle a rempli les Libanais d’espoir, même beaucoup de ceux qui appuyaient ses rivaux et ses ennemis, dont Israël, tandis que l’ambassadrice des Etats-Unis visitait le Président Aoun, pour lui dire que l’interdiction César, contre la Syrie et le Liban, allait être oubliée, SEULEMENT pour permettre le passage du pétrole égyptien par la Jordanie (donc Israël ?), et la Syrie.

Comme Sayyed Nasrallah avait affirmé que le pétrolier iranien était considéré par lui, comme Libanais (menace de ne pas le toucher, sinon…), ces exercices de la flotte des ”Nations-Unies” seraient-elles des menaces vraies ou ressembleraient à celles de l’aviation israélienne dans le ciel de Beyrouth ?

Après avoir affamé les Libanais pour les forcer à faire la guerre à leur résistance qui a libéré la plupart des terres libanaises du Sud et de la Bekaa des agressions israéliennes, pensent-ils vraiment croire que ce sera dans leur intérêt de faire du Liban total leur ennemi, après ce qui s’est passé en Afghanistan ?

Ne serait-il pas plus utile de forcer les Israéliens et leurs sbires arabes de s’asseoir à table avec les Palestiniens et l’axe de la résistance et faire une paix juste au Proche-Orient, juste surtout pour ceux qu’Israël a chassés et chasse encore de leur pays et leurs foyers ?

Qu’en pense, monsieur Biden, lui qui veut se libérer pour avoir les mains libres en mer de Chine ?

Qu’en pense, Monsieur Macron, lui qui, comme tous les Français, a un faible pour le Liban ?

Je suis prêt à en discuter avec eux et tous ceux qui s’intéressent à la paix et la justice, dans le monde

rogerakl@wanadoo.fr
 
 
POUVOIRS, CONTRE-POUVOIRS ET ANTI-POUVOIRS – Jean Daspry. « Tout pouvoir sans contrôle rend fou » (Politique, Alain). C’est le cœur de la problématique de la démocratie, de l’état de droit, en général et en France, en particulier. Tout détenteur d’une parcelle de pouvoir a tendance à en abuser, sans parfois s’en rendre compte. C’est pourquoi, il est particulièrement important que tout pouvoir soit compensé par un contre-pouvoir. C’est dans ce binôme que réside la meilleure garantie du citoyen qui porte le nom de séparation des pouvoirs. Théorie chère à Montesquieu. Encore faut-il que les garanties qu’apportent ces contre-pouvoirs au citoyen soient concrètes et effectives et non réelles et illusoires.

Or, dans la patrie autoproclamée des droits de l’homme, nous sommes loin du compte en dépit de la mise en place, au fil du temps, de structures, le plus souvent consultatives, censées canaliser les excès de la déraison d’État. Leur acronyme – une sorte de démocratie par les acronymes – apparaît de ci de là. Ils ont pour nom : Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) ; Défenseur des droits ; Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) : Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) en 1978 ; Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) ; Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) ; Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) ; Conseil national du numérique (CNum)… La liste de tous ces comités Théodule n’est pas exhaustive. Il est régulièrement question de les réformer, d’en limiter le nombre. Mais, rien n’y fait. Au pays de la gastronomie, l’on adore le millefeuille administratif. Cela fait des heureux ! Les juristes vétilleux vous expliquent doctement que, parmi ces nombreuses structures qui gravitent autour du gouvernement et agissent au nom de l’État, tout en conservant leur indépendance, toutes n’ont pas le même statut. Les autorités administratives indépendantes (AAI) et assimilées peuvent disposer d’un pouvoir de sanction ; tandis que les observatoires, les commissions, les médiateurs ou les comités jouent un rôle essentiellement consultatif. De plus en plus, ces organismes, dont beaucoup touchent aux sujets dits « régaliens », entretiennent avec le pouvoir politique une relation de défiance réciproque. Tout ceci n’est que poudre aux yeux tant les responsables de ces structures sont nommés par le gouvernement. C’est peu dire qu’est sérieusement posée la question de leur indépendance et de leur impartialité. Ces fameuses autorités administratives indépendances sont effectivement administratives mais ne sont ni autorités, ni indépendantes. Nous jouons sur les mots. Comment garantir au citoyen un contre-pouvoir efficace contre les abus du pouvoir ? Et le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont légions surtout par ces temps d’urgence sanitaire où nos compatriotes sont dépourvus d’authentiques moyens de défense dignes d’un état de droit. Le gouvernement n’a souvent que faire des avis critiques de la CNCDH. Ils lui servent au contraire de caution implicite. L’important est que le bidule ait été consulté. Le reste en présente pas la moindre importance pour l’exécutif omnipotent et omniscient. Il suffit de se rapporter aux déclarations publiques de certaines personnalités ayant dirigé pareilles structures. Christine Lazerges, ancienne présidente de la CNCDH, qui estime qu’« en pleine régression de l’État de droit, toutes ces institutions gênent »« Les attaques sur le prétendu “gauchisme” des autorités administratives indépendantes en disent long sur la façon dont le pouvoir se situe par rapport aux libertés individuelles et aux droits fondamentaux, qui sont en danger depuis dix ans », ajoute Adeline Hazan, ancienne Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL).

Jean-Marie Delarue (conseiller d’État de formation), lui, connaît bien cette mission. Premier CGLPL de 2008 à 2014, il fut aussi membre du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE) de 2013 à 2017, président de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) de 2014 à 2015 et éphémère président de la CNCDH en 2019, fonction qu’il a quittée au bout de quelques mois, en raison de désaccords avec l’organisation et les méthodes de travail de la commission. S’agissant du rapport que cette dernière a entretenu avec les différents pouvoirs exécutifs, Jean-Marie Delarue a observé « une continuité » entre le quinquennat de François Hollande et celui d’Emmanuel Macron. « Cela fait longtemps que la quasi-totalité des avis résultent d’autosaisines, affirme-t-il. Sous François Hollande, la commission a dû à chaque fois s’autosaisir de toutes les lois relatives à la sécurité. Il y a eu une volonté des gouvernements successifs de ne pas prendre en compte ces avis. » Le conseiller d’État rappelle que « le contrôle externe n’est pas soumis au pouvoir politique », qu’« il se moque des modes et des courants majoritaires », et qu’à ce titre « le contrôle des autorités indépendantes a une vertu colossale »« Du côté du gouvernement, l’indépendance de ces organismes est globalement respectée, même s’il peut y avoir une volonté de certains ministères de coiffer certaines d’entre eux », ajoute-t-il, en évoquant le cas de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Autrefois placée sous l’autorité de Matignon, cette dernière a été rattachée, en juillet 2020, à Beauvau, et plus précisément au Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), dont le secrétaire général est Christian Gravel, un proche de Manuel Valls. De fait, « elle ne peut plus être une instance indépendante », explique Adeline Hazan, car cette absorption « change complètement sa marge de manœuvre ». En matière de libertés individuelles, le ministère de l’intérieur est logiquement cité par plusieurs de nos interlocuteurs, qui évoquent l’épineuse question des fichiers de l’État, question qui avait d’ailleurs conduit à la création de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) en 1978. Depuis lors, la Cnil a vu ses pouvoirs contraignants réduits au profit d’un rôle d’accompagnement et de conseil du gouvernement, comme l’expliquait le sociologue Félix Tréguer, également membre de La Quadrature du Net. Avant 2004 et la suppression des « avis conformes » auxquels le gouvernement était contraint de se plier, la commission pouvait s’opposer frontalement à la création d’un fichier de police ou exiger sa modification. Désormais, « il y a une explosion du nombre de traitements de données, notamment par le ministère de l’intérieur, constate un collaborateur de la Cnil sous couvert de l’anonymat, et bien trop d’avis qui sont rendus ne font que régulariser des pratiques existantes ». « J’avais à l’époque lourdement insisté pour que la perte de cet avis conforme soit compensée par un renforcement de ses pouvoirs de contrôles a posteriori. On retrouve ici un des instruments de limite des autorités indépendantes : le budget. La Cnil a vu ses pouvoirs augmentés, mais manque structurellement de moyens. On pourrait dire la même chose de beaucoup d’AAI », indique Jean-Marie Delarue, qui note que les « ombudsmän », équivalents étrangers du Défenseur des droits, « ont souvent des effectifs bien supérieurs » à ceux accordés en France. Pourtant, ils seraient d’autant plus nécessaires que « le gouvernement prend de plus en plus l’habitude de nous transmettre ses dossiers sous couvert de l’urgence, glisse le collaborateur de la CNIL. On a donc moins de temps pour étudier des dossiers manquant trop souvent de finition. » Moins de saisines, moins de temps, mais toujours plus de critiques et de dispositifs sécuritaires. C’est dans ce contexte que les « organismes garde-fous » travaillent désormais. Un contexte préoccupant, selon Benoît Thieulin, ancien président du Conseil national du numérique (CNNum). « Ce que je ressens aujourd’hui, c’est une montée très forte de la remise en cause à la fois des AAI et du pouvoir judiciaire, indique-t-il. Des responsables politiques se permettent de les critiquer ouvertement d’une manière inédite. Il y a une remise en cause de la légitimité qui est nouvelle et inquiétante. » Un constat partagé, quoique nuancé, par le collaborateur de la Cnil suscité. « Il y a toujours eu des attaques, dit-il. Dès qu’il y a une autorité indépendante qui entend défendre les libertés, il y a des gens que ça dérange. » Pour Jean-Marie Delarue, la « méfiance » à l’égard de ces structures provient surtout du Parlement. « Les AAI se dérobent à son contrôle, souligne-t-il. C’est une part de l’État qui lui échappe. C’est particulièrement vrai au Sénat où les rapports et les commissions d’enquête sur le sujet se sont succédé. » La dernière en date a été initiée par Jacques Mézard, aujourd’hui membre du Conseil constitutionnel. Elle a débouché sur la loi du 20 janvier 2017, portant statut général des autorités administratives indépendantes. « Mon idée n’était pas de proposer la suppression des autorités administratives indépendantes, mais de faire en sorte qu’elles soient dotées d’un statut général et d’en diminuer le nombre », expliquait l’ancien ministre à l’époque. La synthèse de son rapport, fruit de multiples auditions de tous les acteurs concernés, soulignait une problématique d’ordre institutionnel : l’affaiblissement du contrôle parlementaire et du pouvoir public. « Certaines autorités (Autorité de la concurrence, CSA, CNIL, AMF…) forment “un État dans l’État”, imposant au pouvoir politique de composer avec elles, sans la contrepartie du contrôle démocratique, pouvait-on y lire. La séparation des pouvoirs est profondément  brouillée et altérée par l’existence et, plus encore, la profusion des AAI. Rattachées, par défaut, au pouvoir exécutif, elles échappent par nature à son contrôle. Parallèlement, les conditions de leur responsabilité devant le Parlement sont insatisfaisantes voire inexistantes »1.

FRANCE DÉMOCRATIE POTEMKINE

Parmi les organismes qui gravitent autour du gouvernement, l’Observatoire de la laïcité (ODL) est sans doute l’un de ceux qui a cristallisé le plus de tensions politiques au cours des dernières années. Fruit d’une bataille au sein même du gouvernement, son devenir est aujourd’hui entre les mains de Matignon, qui n’a toujours pas dévoilé ses intentions. Pour régler le problème, bon nombre d’acteurs de terrain réclament depuis fort longtemps que l’ODL gagne le statut d’AAI ou assimilée, afin que son indépendance soit pleinement garantie. Mais ces demandes ont jusqu’alors été balayées par les premiers ministres successifs, de Manuel Valls à Édouard Philippe. Elles sont aujourd’hui de nouveau posées sur la table de Jean Castex. La bonne vieille politique du chien crevé au fil de l’eau. Pour autant qu’ils existent, les contre-pouvoirs ne font souvent pas le poids face au pouvoir et ses anti-pouvoirs. Nous pensons bien évidemment à « l’État profond ».
 
 
RÉFORME DE LA JUSTICE : UNE VASTE BLAGUE – Jean Daspry.

« Les procès finissent toujours par celui de la justice » (André Frossard).

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LA JUSTICE FRANÇAISE OU UN GRAND CORPS MALADE

Nul ne l’ignore, la justice française est malade, moribonde alors que la « Grande Nation » s’autoproclame « patrie des droits de l’homme ». Au-delà de l’éternelle ritournelle sur le manque chronique de moyens humains et budgétaires brandies par des syndicats idéologues, les problèmes de l’autorité judiciaire – selon les termes de la Constitution française du 4 octobre 1958, il n’existe pas de pouvoir judiciaire – sont de nature plus systémique.

La justice administrative est le type-même de la justice couchée aux ordres du pouvoir comme l’a amplement démontrée la jurisprudence du Conseil d’État sur l’état d’urgence sanitaire et d’autres mesures annexes. Il est vrai que la plus haute juridiction administrative – sise près du Palais-Royal près de la comédie française – possède une particularité indigne d’un état de droit : elle est à la fois conseil de l’État (comme l’indique son nom) mais aussi juge de l’État. En matière de confusion des genres, on ne saurait faire mieux pour cet État dans l’État qui noyaute les allées du pouvoir. Elle est quasiment irréformable tant le ver est dans le fruit depuis sa création par Napoléon. Comment imaginer que les mêmes, qui font la pluie et le beau temps, acceptent de se saborder en renonçant à son double privilège : de juridiction – si tant est que le terme soit adapté – et de droit (administratif) ? C’est tout simplement inenvisageable.

La justice judiciaire est le type-même de la justice irresponsable tant ses magistrat(e)s les sont en dépit des énormes bourdes qu’ils/elles peuvent commettre. L’injustice y est monnaie courante sans que les conséquences qui s’imposent ne soient tirées. On y foule au pied, avec une constance qui mérite louange, les grands principes du droit et des libertés, sortes de garde-fous des citoyens : présomption d’innocence (transformée en présomption de culpabilité) et son corollaire la charge de la preuve qui revient à l’accusation (de facto, elle revient à la défense), instruction à charge et à décharge (conduite uniquement à charge), doute profitant à l’accusé (de facto, c’est rarement le cas)n secret de l’instruction (ignoré par les magistrats qui en sont les gardiens) indépendance et impartialité (la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg a jugé en 2010 que le parquet à la française ne remplissait pas cette condition essentielle sans que la réforme de cette structure ne soit engagée depuis), privilège de juridiction pour les ministres dont les actes relèvent de la Cour de justice de la République (qu’Emmanuel Macron n’a toujours pas abolie en dépit de ses promesses)… Et, il ne s’agit que d’une liste qui n’est pas exhaustive. Il suffit d’évoquer les erreurs judicaires des années passées. Elles ont pour nom Outreau, Dills, Iacono, Omar Raddad… plus les anonymes dont on ne parle pas. Elles ont pour drame le fait qu’aucun des magistrats félons n’ait fait l’objet de poursuites disciplinaires et, encore moins, de sanctions exemplaires comme ce serait le cas pour tout fonctionnaire ayant commis une faute. On comprend mieux pourquoi tous les syndicats de magistrats sont vent debout contre le projet de réforme de leur responsabilité envisagé un temps contre le garde des sceaux, Éric Dupond-Moretti.

Mais, dans la chaleur de l’été et au cœur de la pandémie, nous apprenons que la chancellerie a mis en place d’importants chantiers de réforme de la justice judiciaire qui valent le débat.

LA JUSTICE FRANÇAISE OU UNE MÉDECINE DE DIAFOIRUS

De quoi s’agit-il ? Retenez votre souffle. C’est du sérieux et c’est du lourd que l’on peut organiser autour de deux grands chantiers « pharaoniques ». Mais aussi, un sens avéré de l’absurde.

Le premier chantier porte sur l’extension de la procédure pénale numérique » (PPN) à de nouvelles juridictions à titre expérimental. Trop de papiers tue la justice, nous assène-ton ! Magistrats, greffiers, policiers, gendarmes, policiers… sont noyés sous la paperasse et ne peuvent assumer correctement la mission qui leur est confiée. Rien de plus simple pour régler cet épineux problème, supprimer le papier grâce à la dématérialisation poussée. Rien sur le bureau ou dans les armoires et tout dans la mémoire des ordinateurs (qui sait dans les archives de la CIA ou d’autres services de renseignement étrangers !). Et, le tour est joué. Les auxiliaires de justice seront soulagés, ne voyant plus la pile de dossiers s’accumuler sur leur bureau. Merci au monde numérique et à l’intelligence artificielle. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Les citoyens français respirent après avoir découvert cette révolution d’ampleur, celle du « zéro papier »2.

Le deuxième chantier porte sur la communication des magistrats. Ni plus, ni moins. Le ministère de la justice vient de lancer un appel d’offres pour recruter des agences privées chargées d’aider les magistrats à communiquer mieux et plus vite3. Ils les aideraient à relire les éléments de langage, les fameux EDL, bibles des temps modernes. L’on nous explique qu’il faut en finir avec l’image d’opacité de la justice. Encore un nouvel exemple d’externalisation de fonctions hautement régaliennes, démembrement du service public ! Est-ce une surprise ? Certainement pas au sein de la « start-up nation » rêvée par Emmanuel Macron. Certains esprits chagrins – il en existe encore quelques-uns – s’interrogent. Quid en cas de conflit d’intérêts potentiels ? Tout a été prévu, nous explique la place Vendôme, dans l’entourage du ministre : « nous avons prévu les mécanismes de déport adéquats pour éviter les conflits d’intérêts ». Quid de l’efficacité d’un tel mécanisme ? Un procureur blanchi sous le harnais, comme bien d’autres regrette que la chancellerie ne prend pas le problème à bras le corps, se contentant de proposer un gadget. Un nouveau, pourrait-on ajouter, avec une pointe d’ironie.

Avec ce genre de facéties, nous sommes assurés que ces réformettes ajouteront du désordre à la pagaille dont la justice n’a pas besoin !

L’ÉTRANGE DÉRIVE : CRISE DE LA DÉMOCRATIE ET RECETTES DE L’ÉCHEC

« Où commence le mystère finit la justice » (Edmund Burke). Grandeur et décadence de la justice qui tourne en rond. Aujourd’hui, c’est la justice qui est finie tant elle inspire défiance croissante auprès des citoyens. Avec ce genre de gadgets d’un intérêt mineur au regard de l’importance des problèmes auxquels la justice française est confrontée, nous baignons dans le règne de la communication, dans les mots inventés par le marketing. L’on ne résout aucun problème mais l’on s’agite pour donner l’impression du mouvement. Nous sommes dans le fétichisme incantatoire. On nage en plein Feydeau. En définitive, cette énième réforme de la justice n’est qu’une vaste blague.
 
 
REDISTRIBUTION DES BICORNES (SUITE) – Ali baba. Comme nous l’avons signalé, à plusieurs reprises, le mercato diplomatique se poursuit à un rythme soutenu4, en ce mois d’août de dérèglement climatique paroxystique (la terre brûle) et de défaite cuisante pour Américains et Occidentaux en Afghanistan (la bérézina). Comme toujours le Journal officiel de la République française (JORF) nous fait la surprise des nominés : primo-ambassadeurs et autres ayant déjà eu droit à plusieurs reprises à l’appellation « d’excellence » sans parler des futurs directeurs, chefs de service et autres retraités poussés vers la sortie. Qui sont-ils ?5 Nous avons également droit aux mutations des grandes pointures de Bercy qui œuvrent soit au sein des ambassades, soit au sein d’institutions internationales à vocation économique.

JORF du 18 août 2021

M. Olivier Guyonvarch, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française en Jamaïque, en remplacement de M. Denys WIBAUX, admis à faire valoir ses droits à la retraite.

M. Fabrice MAURIES, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République d’Haïti, en remplacement de M. José GOMEZ, appelé à d’autres fonctions.

Bonne chance pour l’heureux élu qui arrive dans un pays dont le chef d’État a été assassiné et qui vient de subir, coup sur coup, un séisme important et des inondations dont il se serait bien passé.

Mme Siv Leng Chhuor, conseillère des affaires étrangères hors classe, est nommée ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République démocratique populaire lao, en remplacement de Mme Florence Jeanblanc-Risler, appelée à d’autres fonctions.

Mme Aurélia Bouchez, ministre plénipotentiaire de première classe, est nommée ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République d’Ouzbékistan, en remplacement de Mme Isabelle Servoz-Gallucci, appelée à d’autres fonctions.

M. Frédéric Doré, ministre plénipotentiaire de deuxième classe, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Colombie, en remplacement de Mme Michèle Ramis, appelée à d’autres fonctions.

Pas très brillant et stimulant pour celui qui occupait jusqu’à présent les fonctions de directeur des Amériques et des Caraïbes. Il était pourtant méritant mais trop discret pour se pousser du col dans la grande mêlée du Département avec ses coups bas et ses crocs-en-jambe.

Dans la même livraison, nous avons droit à la nomination par arrêté de neuf hauts fonctionnaires à des postes budgétaires de responsabilité à l’administration centrale. Pas de panique, il y en a aura pour tout le monde ! C’est l’heure tant attendu, au cours des derniers mois, de la distribution des prix, des récompenses pour les proches du pouvoir

JORF du 19 août 2021

Par arrêté du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et du ministre de l’économie, des finances et de la relance en date du 13 juillet 2021, M. Antonin AVIAT, administrateur hors classe de l’INSEE, est nommé ministre conseiller pour les affaires économiques, chef du service économique régional près l’ambassade de France à Washington (Etats-Unis) ayant compétence sur la circonscription « Etats-Unis » définie par l’arrêté du 6 décembre 2011 modifié fixant les circonscriptions des chefs de service économique régional, pour une durée de deux ans à compter du 1er septembre 2021.

Par arrêté du ministre de l’économie, des finances et de la relance en date du 13 juillet 2021, M. Etienne OUDOT DE DAINVILLE, chef du service économique régional, ministre conseiller pour les affaires économiques à Berlin (Allemagne), est nommé délégué permanent de la France auprès de l’Organisation mondiale du commerce, ministre conseiller pour les affaires économiques à Genève (Suisse), pour une durée de 2 ans, à compter du 6 septembre 20216.

Rappelons que, depuis le passage au Quai d’Orsay de Laurent Fabius, le personnel de Bercy servant à l’étranger fait l’objet d’une sorte de cogestion des deux ministères concernés. Encore une superbe usine à gaz à la française.

JORF du 20 août 2021

Mme Agnès VON DER MÜHLL, conseillère des Affaires étrangères hors classe, est nommée ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Malte, en remplacement de Mme Brigitte CURMI, appelée à d’autres fonctions.

Cette franco-suissesse, dont on nous dit qu’elle a le cœur a gauche, est parfaitement bien récompensée pour son premier bicorne comme nous l’avions prévu7. Comme nous l’avions signalé, à maintes reprises, cette péronnelle était devenue énorme, voire difforme tant elle avait avalé, sans coup férir, couleuvres et boas dans ses anciennes fonctions de directrice de la communication et du porte-parolat8. Cela paie toujours d’être une femme et de s’appuyer sur ses principes. Bon vent à cette opportuniste.

M. Nabil Hajlaoui, conseiller des affaires étrangères, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République unie de Tanzanie, en remplacement de M. Frédéric Clavier, appelé à d’autres fonctions.

M. Pascal TEIXEIRA DA SILVA, ministre plénipotentiaire de première classe, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République du Chili, en remplacement de M. Roland DUBERTRAND, appelé à d’autres fonctions.

À 64 ans, ce n’est pas très brillant pour cet ambitieux énarque qui se morfondait comme ambassadeur thématique en charge des migrations, brillant négociateur du Pacte de Marrakech. Il visait Ottawa, voire l’ambassade de France à Bruxelles. La « Carrière n’est jamais un long fleuve tranquille.

Par arrêté du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 18 août 2021, Mme Michèle Ramis, ministre plénipotentiaire hors classe, est nommée cheffe de service à l’administration centrale du ministère de l’Europe et des affaires étrangères pour exercer les fonctions de directrice des Amériques et des Caraïbes, à compter du 6 septembre 2021, pour une durée de trois ans avec une période probatoire de six mois9.

Une fois de plus, cette insipide diplomate est très bien récompensée en termes de grade (ministre plénipotentiaire hors classe) et d’affectation (directrice d’administration centrale).

JORF du 21 août 2021

Il faut bien que la vieille garde prenne une retraite amplement méritée pour laisser la place aux jeunes.

Par arrêté du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 17 août 2021, Mme BETON-DELEGUE (Elisabeth), ministre plénipotentiaire hors classe, est admise à faire valoir ses droits à la retraite, par limite d’âge, à compter du 3 janvier 2022.

Par arrêté du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 17 août 2021, M. RIVASSEAU (François), ministre plénipotentiaire de 1re classe, est admis à faire valoir ses droits à la retraite, par limite d’âge, à compter du 1er janvier 2022.

Par arrêté du Premier ministre et du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en date du 20 août 2021, M. Stéphane ROMATET, ministre plénipotentiaire de 1re classe, est nommé chef de service à l’administration centrale du ministère de l’Europe et des affaires étrangères pour exercer les fonctions de directeur du centre de crise et de soutien, à compter du 6 septembre 2021, pour une durée de trois ans avec une période probatoire de six mois10.

On ne présente plus ce triste sire qui trouve à se recaser. Après avoir fait la pluie et le beau temps comme directeur général de l’administration et de la modernisation (DGAM), conseiller diplomatique du premier Ministre, Manuel Valls et ambassadeur au Caire, ce n’est guère brillant pour cet opportuniste intriguant et homme de réseaux. Enfin, cela permet de disposer de primes copieuses venant s’ajouter à celle de madame récemment nommée directrice des ressources humaines (DRH). Encore un exemple de l’entre-soi germanopratin. Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné !

« Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite même » (François de la Rochefoucauld). Les critères de mérite et de compétence ne sont pas nécessairement ceux qui président à la nomination des ambassadeurs et ambassadrices dans le nouveau monde cher à Jupiter. Entre piston, copinage, genre et autres critères foireux, nous arrivons au pitoyable résultat que nous avons devant nos yeux. Comme le déclamait le regretté Claude Pieplu à la fin de chaque épisode des Shadoks : « C’est tout pour aujourd’hui » de la redistribution des bicornes (suite et pas fin). On nous promet du lourd pour la suite.
 
 
(RE) DÉCOUVRIR SPINOZA : LIBERTÉ CHÉRIE ! Guillaume Berlat. Dans cette période de méconnaissance de ce que l’on qualifiait, dans le monde d’hier, par le vocable de « culture générale » (devenu tabou dans le monde de demain car connoté comme élitiste), il est toujours rafraichissant de revenir à nos classiques. On y apprend toujours beaucoup sur le passé, le présent et, parfois, sur le futur. Notre élite formée aux canons du management, du virtuel, de l’immédiateté, de l’adulation du monde anglo-saxon, de recours à la « vérité alternative », aux « fake news » … serait bien inspirée de se poser, de prendre le temps de relire quelques grands auteurs qui n’ont pas pris la moindre ride en dépit des outrages du temps. Tel est le cas du philosophe néerlandais, Baruch Spinoza (1632-1677) dont Richard Labévière nous fournit un éclairage original sur son œuvre dans sa dernière publication11. Afin de ne verser ni dans le travers de la flagornerie (il est rédacteur en chef de prochetmoyen-orient.ch), ni dans celui du ridicule (compte tenu de notre connaissance rudimentaire de la philosophie), nous nous en tiendrons à quelques grands axes de son approche.

D’un format poche de 120 pages conclues par une réponse à Luc Ferry et une bibliographie sélective approfondie, cet opuscule/opus magnum s’organise autour des cinq ruptures qui caractérisent la démarche de Spinoza : contre la synagogue (un herem sans retour), contre Descartes (une déconstruction de/par la méthode), contre Platon (la caverne vide), contre Hobbes (une Multitude sans contrat), contre Kant (la voûte étoilée en moi). On le qualifierait aujourd’hui de philosophe « disruptif ». On pourrait résumer la démarche de Spinoza à travers quelques concepts : à travers la recherche de la liberté avec un grand « L », d’une « liberté radicale » et du rejet de la philosophie, la quête d’une pensée pratique s’inscrivant dans la rupture, la vérité toujours en crise, la recherche de la causalité en évitant de confondre effet et cause, la méfiance du dogmatisme, des habitudes, des conformismes quotidiens… pour sortir des vérités établies et marcher dans des routes nouvelles. Spinoza nous propose quatre règles pour prévenir l’erreur : ne recevoir aucune chose pour acquise, diviser chacune des difficultés, établir un ordre des pensées en allant des plus simples aux plus complexes et passage en revue de toutes les choses pour rien omettre. Muni de cette boîte à outils conceptuelle, l’on sera en mesure de mieux affronter le monde réel en fabriquant les concepts susceptibles de rendre compte des difficultés en cours ou à venir (p. 106). Mais, la « légitimité d’un concept s’éprouve toujours à l’épreuve d’un réel donné comme un problème » (p. 107). Citons in extenso la conclusion de cet ouvrage d’une grande densité et d’une grande profondeur qui donne une idée de sa qualité intellectuelle : « Toujours est-il que différents usages, transpositions et ajustements -notamment dans les sciences humaines et sociales – de la pensée spinoziste, de sa théorie de la connaissance, du corps, de l’action, de la libération, semblent plus à même de relever nos défis du moment qu’une éternelle reconfiguration académique ou médiatique des mots d’ordre néo-kantiens d’une morale improbable » (p. 126).

Même si la lecture de « Liberté radicale. Spinoza contre la philosophie » demande une attention soutenue de chaque instant (« extrême difficulté d’accès, de lecture et de compréhension » de Spinoza, p. 11), nous ne pouvons que conseiller sa lecture en un temps où le terme de liberté n’a jamais été aussi galvaudé, relevant de la catégorie du mot-valise. À lire et à relire cette somme de réflexion qui pousse à la critique, à la disputatio, chacun y apprendra un peu plus sur l’essence de ce concept au moment où les libertés publiques sont malmenées, entre autres, par la pandémie. Une incitation, voire une ardente obligation à (re)découvrir Spinoza pour continuer à chanter « Liberté chérie »12 !


1 Jérôme Hourdeaux/Ellen Salvi, Libertés individuelles : ces garde-fous qui irritent les politiques, www.mediapart.fr , 3 mai 2021.
2 Jean-Baptiste Jacquin, La justice entre dans l’ère du zéro papier. À Blois, policiers, gendarmes, magistrats et greffiers sont passés à la procédure pénale numérique, Le Monde, 14 août 2021, p. 12.
3 Stéphanie Marteau, La justice en quête d’une voix plus efficace, M. le Magazine du Monde, 14 août 2021, p. 18.
4 Le Carrousel de la grande cavalerie diplomatique de la Grande Nation, www.prochetmoyen-orient.ch , 9 août 2021.
5 Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Mesures nominatives, JORF n° 0191 du 18 août 2021, textes n° 24-25-26-27-28.
6 Ministère de l’économie, des finances et de la relance, Mesures nominatives, JORF n° 0192 du 19 août 2021, textes n° 43 et 44.
7 Ali Baba, Le carrousel de la grande cavalerie diplomatique de la Grande Nation, www.prochetmoyen-orient.ch , 9 août 2021.
8 Ali Baba, Agnès von der Mühll : la nouvelle voix du Quai d’Orsay, wwwprochetmoyen-orient.ch , 5 février 2018.
9 Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Mesures nominatives, JORF n° 0193 du 20 août 2021, textes n° 57, 58, 59 et 61.
10 Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Mesures nominatives, JORF n° 0194 du 21 août 2021, textes n° 28, 29 et 30.
11 Richard Labévière (préface de Pierre-François Moreau), Liberté radicale. Spinoza contre la philosophie, éditions Delga, juin 2021.
12 Liberté ! Liberté chérie, phrase célèbre de notre Marseillaise mais aussi, au pluriel, nom du blog dédié aux libertés publiques tenu par Roseline Letteron, professeure agrégée de droit public à l’université de la Sorbonne, Paris 4.

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