Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

ORIENT-ATIONS 348

JEAN-YVES LE DRIAN OU L’ART DE RACONTER TOUT ET N’IMPORTE QUOI – Jean Daspry. Qu’attendre de sérieux d’un Breton madré (septuagénaire marqué par le temps et les boissons fortes) qui cumule les postes régaliens depuis plus de neuf ans (à la Défense et aux Affaires qui lui sont toujours étrangères), qui a retourné sa veste socialiste pour mettre ses godillots jupitériens (il excelle dans ce numéro de Fregoli), qui est victime du principe de Peter (son seuil d’incompétence a été franchi depuis bien longtemps) en dépit de la création de son centre de recherches (« Breizh Lab ») et dont la fonction de ministre se résume à celle de médiocre figurant d’une mauvais troupe (sans talent et sans humour) ? Rien ou si peu. Nous n’avons pas boudé notre plaisir en découvrant son dernier morceau d’anthologie diplomatique, publié le 3 septembre 2021, sur plusieurs colonnes dans le quotidien Le Figaro1. Une franche rigolade lorsque Jean-Yves Le Drian, le lorientais désorienté, disserte (ou délire) sur la crise afghane. Dans ce registre, nous préférons Pierre Dac.

Que nous dit cet oracle à la petite semaine de Suzette sur la situation dans ce pays ? Pour faire court, cela ne vole pas très haut. Tentons de regrouper son propos digne du café du commerce autour de quelques grands axes !

JE N’AI PAS DIT CE QUE J’AI DIT

Interrogé par Isabelle Lasserre sur son idée de « gouvernement inclusif » afghan, Le Chouchen se cabre aussitôt tel un cheval fougueux. « Non, je n’ai jamais dit ça. Il s’agit d’une erreur d’interprétation d’un jeune journaliste de radio… ». Ne serait-ce pas plutôt que le ministre s’est mal exprimé alors qu’il dispose d’une équipe de communicants de haut vol ? En particulier sa porte-parole, la monstrueuse franco-suissesse, Agnès von der Mühll qui vient d’être récompensée par un premier poste d’ambassadeur à Malte pour sa servitude volontaire doublée d’incompétence. Le ministre explique – confus mais un peu tard – ce qu’il avait/aurait dit. Il aurait fixé quatre exigences aux talibans (de quel droit et avec quel moyen de coercition en cas de non-respect ?) : levée des entraves pour les candidats au départ, libre accès à l’aide humanitaire, rupture totale avec toute organisation terroriste et respect des droits fondamentaux, notamment celui des femmes. Il poursuit en insistant sur le fait que « c’est sur ces bases que nous jugerons l’action des talibans, et non sur leurs mots. C’est aux talibans de prouver qu’ils sont prêts à respecter ces exigences dans un futur gouvernement de transition dans le cadre des négociations de Doha. Et pour l’instant, nous n’avons aucun signe qu’ils prennent cette direction ».

JE SUIS FIER DE L’ACTION DE LA FRANCE

Jean-Yves Le Drian se tresse des couronnes de lauriers pour la prescience, la clairvoyance de la patrie des droits de l’homme au cours de la crise afghane. Les évacuations ont été anticipées dès le printemps dernier (2800 personnes dont plus de 2600 afghans). « Nous avons fait notre devoir et nous continuerons de le faire pour tous ceux qui sont restés en Afghanistan malgré nos efforts ». Le ministre reconnait qu’aujourd’hui la situation est bloquée mais la priorité de la France est de trouver de nouvelles portes de sortie et de recueillir tous les signalements de personnes à risque. Ceci ne mange pas de pain, ne coûte pas cher et permet de se donner bonne conscience à peu de frais. Un classique de la diplomatie française de la com’ et de la faiblesse.

LE CHOUCHEN EST DROIT DANS SES SABOTS BRETONS

Peu lui chaut que Pékin et Moscou reconnaissent le pouvoir taliban à Kaboul ! La France reconnait des États et non des gouvernements. Il n’est nulle question de reconnaître ce pouvoir de fait pris par la force (sans tirer le moindre coup de feu !). Notre Talleyrand du XXIe siècle se dresse sur ses ergots, soulignant qu’il attend que les talibans respectent leurs engagements précités et que nous sommes en phase avec le G7 et l’Union européenne. Il poursuit maladroitement sur l’incurie de l’OTAN et de l’Union, se contentant d’explications tarabiscotée (ses brillantes plumes n’étaient pas inspirées ce jour-là) sur l’origine de l’action de la coalition (mise en œuvre par l’Alliance atlantique de l’article 5) qui a permis d’atteindre les résultats escomptés. En 2012, François Hollande ordonne le retrait de nos troupes. Mais, Le Chouchen a la compréhension un peu lente : « Mais la leçon de l’Afghanistan, c’est qu’on ne peut pas imposer de l’extérieur à un pays par la force armée un mode de gouvernance quand il n’a pas un large appui du peuple et de sa classe politique ». Mais, alors, pourquoi ne pas tirer les mêmes conclusions au Sahel.

LA CRITIQUE FEUTRÉE DE L’ONCLE SAM

S’il ne critique pas le principe du retrait d’Afghanistan décidé par Donald Trump, Jean-Yves Le Drian s’autorise à formuler quelques critiques : surestimation de la capacité de résistance de l’armée afghane, des institutions de ce pays, image déplorable de l’Amérique… Il embraie aussitôt pour constater que Washington, depuis Barack Obama, se « recentre sur ses intérêts fondamentaux et renonce aux grandes initiatives expéditionnaires militaires à l’étranger ». Quel scoop ! Les Européens doivent accepter de ne pas avoir la même géographie que les Américains. Un nouveau scoop. Il dérape ensuite avec cette envolée lyrique : « Par exemple, le Sahel constitue notre frontière sud (!), mais l’Afghanistan ne constitue pas la frontière stratégique des Américains ». D’un point de vue stratégique, ceci est aussi confus que flou. Il faut en tirer des conséquences : conflictualité montante avec la Chine, préservation du lien transatlantique, meilleure prise en compte des intérêts européens dans le futur concept stratégique de l’OTAN. « Le retrait américain d’Afghanistan ne signifie pas la fragilisation de la relation transatlantique mais une interpellation pour un meilleur équilibre ». Parfait charabia d’une personne qui n’est pas sûre de son fait… Il nous ressert le couplet éculé sur le réveil des Européens dans le domaine de la défense : « La nécessité du réveil européen dans une Alliance atlantique rééquilibrée commence à faire consensus ». Sur quelles bases concrètes ? Mystère et pomme d’arrosoir. Une fois encore, le ministre surfe sur le régime incantatoire.

LE MINISTRE SORT SA BOULE DE CRISTAL

Jean-Yves Le Drian estime que la crise afghane pourrait des répercussions dans le Sahel. Mais, la situation des Français au Sahel n’a rien à voir avec celles des Américains. Décidément, en France, nous sommes les meilleurs car nous luttons contre des terroristes bien identifiés et sommes dans une logique de sécurité des États concernés à la demande des États concernés. Nous ne sommes pas partis mais avons adapter notre opération de lutte antiterroriste.

Le Chouchen voit loin. C’est bien connu, il lit dans le marc de café. Mais, ceci est trouble. Si la Chine veut profiter de la défaite américaine, sa « position est ambivalente » car elle n’a pas intérêt à « une déstabilisation de ses frontières ». Nous pourrions avoir des convergences avec Pékin pour éviter que l’Afghanistan ne se transforme en base arrière pour le terrorisme. La Russie serait aussi dans la même position ambivalente. Le ministre en déduit de possibles convergences d’intérêts avec ces deux pays avec lesquels il faut continuer à dialoguer au sein du Conseil de sécurité. Cela se fait déjà et constitue l’essence même de la diplomatie. Nous avons droit un énième scoop. Le Pakistan profite le mieux de la situation, confortant sa profondeur stratégique face à l’Inde. Mais, Paris veille au grain en demandant à Islamabad de contribuer à la lutte antiterroriste. Comment ? Nous ne le savons pas. Nous aurons à gérer les mouvements de population que le HCR estime à 500 000. Rien que nous ne savions déjà par la documentation ouverte.

L’homme ne veut entendre parler ni de comparaison avec la chute de Saïgon en 1975, ni de déclin américain qui ne s’est pas produit à l’époque. Rien non plus de comparable avec la débâcle soviétique de 1979 tout en précisant que l’affaire afghane a constitué l’une des étapes ayant conduit à l’effondrement de l’URSS. Le retrait américain n’a pas la même ampleur que celui des Soviétiques. « Encore une fois, la géographie compte beaucoup ». De l’art d’enfoncer des portes ouvertes lorsque l’on se trouve à ce degré de responsabilité ! La fibre atlantiste du Chouchen (et de ses principaux conseillers : directeur de cabinet, directeur politique…) ressort avec ses prédictions péremptoires : « Contrairement à ce qu’écrivent certains éditorialistes, je ne crois pas que l’Afghanistan soit synonyme de déclin américain. Bien sûr, il s’agit d’un moment dur…. La rapidité de l’effondrement et le manque de prévision ont semé le doute et l’effroi… Mais les fondamentaux américains vont rester les mêmes, avec des intérêts recentrés et définis plus strictement ».

Un langage technocratique de ses plumes destiné à masquer son brouillard diplomatique. Notre stratège de pacotille estime que le retrait d’Afghanistan aurait pu se dérouler autrement si trois erreurs n’avaient pas été commises : libération de 5000 prisonniers afghans par Donald Trump, la croyance dans la bonne foi des engagements des talibans et la surestimation de la gouvernance afghane. Que de scoops !

La conclusion de son entretien est un bibelot d’inanité sonore diplomatique : « Ce n’est pas à nous à dicter aux Afghans par les armes leurs choix de gouvernance. Mais c’est à nous de protéger ceux qui sont menacés, d’imposer nos exigences aux nouvelles autorités et d’utiliser nos leviers politiques comme économiques, pour les influencer ». Encore un exemple de diplomatie du Docteur Coué.

LA DIPLOMATIE INCANTATOIRE

On l’aura compris, tout ceci n’est pas très sérieux ! Ceci frise le comique, le ridicule. Plus de quatre ans après avoir pris possession du bureau de Vergennes, Jean-Yves Le Drian est égal à lui-même. Il excelle dans l’incantation, dans les platitudes, les lapalissades, dans l’enfoncement des portes ouvertes, dans la délivrance de gros bobards, dans la com’ de quatre sous. Le ministre apparaît, pour ce qu’il est un est, un piètre commentateur d’une actualité internationale qu’il peine à comprendre et à anticiper. L’homme n’est toujours pas à sa place dans la Maison des bords de Seine où il fait de la figuration de bas niveau2. Après avoir lu attentivement sa prose, nous ne pouvons que conclure, qu’avec Jean-Yves Le Drian, nous sommes au sommet de l’art de raconter tout et n’importe quoi.
 
 
PITOYABLE COME BACK DE MADAME FOLDINGUE – Ali Baba. Cela faisait très longtemps que nous n’avions pas entendu parler de Nathalie Loiseau, née Ducoulombier, la sublime. Il est vrai que son silence médiatique – son compte twitter est une mine de perles rares – était réconfortant tant cette péronnelle transpire autant l’arrogance que l’incompétence. Aujourd’hui, député européenne (groupe Renew Europe, présidente de la sous-commission « sécurité et défense », vice-présidente de la délégation pour les relations avec l’Assemblée parlementaire de l’OTAN), elle a travaillé vingt-deux au Quai d’Orsay où son sens de la diplomatie n’a laissé aucun souvenir mémorable. Elle n’a pas plus brillé à son poste de ministre délégué aux Affaires européennes (elle n’a toujours rien compris au fonctionnement concret de l’Union) qu’à celui de directrice de l’ENA (au bout de 5 ans, elle a laissé l’école dans une situation budgétaire catastrophique)3. Aujourd’hui, elle nous livre sa pensée profonde sur l’affaire afghane dans une tribune accordée, dans sa grande largesse, à l’hebdomadaire Le Point. Après avoir reproduit in extenso, le contenu de la prose de Loiseau de mauvais augure, il nous appartiendra d’en livrer une analyse sommaire.

LE CONTENU DE LA PROSE DE LOISEAU DE MAUVAIS AUGURE

Début de citation

On n’a pas fini de tirer les leçons de la chute de Kaboul aux mains des talibans. Il y en a une qui paraît plus urgente et plus générale que les autres, mais il n’est pas tout à fait certain qu’elle l’emporte : il faut absolument et définitivement que l’Occident en général et l’Europe en particulier arrêtent de se payer de mots.

Commençons par l’Afghanistan : comment avons-nous pu croire qu’il y avait un véritable État afghan pour lequel une véritable armée afghane était prête à se battre jusqu’au bout ? Comment avons-nous à ce point fermé les yeux sur la corruption du pays, les bataillons fantômes ou la faiblesse d’un gouvernement que la guerre a emporté comme un fétu de paille ? Joe Biden blâme les Afghans de ne pas avoir été à la hauteur. Mais que dire des litanies de déclarations américaines qui affirmaient le contraire quelques semaines à peine avant la chute de Kaboul ?

Naïveté ou cynisme ?

Le 18 mai, devant la Chambre des représentants, l’envoyé spécial américain Zalmay Khalilzad écartait tout risque que l’armée afghane se désintègre et que les talibans prennent rapidement Kaboul. Naïveté ou cynisme ? Dans un cas comme dans l’autre, le prix à payer est gigantesque. Erreur typique d’un néoconservateur américain qui avait cru en son temps que la guerre d’Irak apporterait la démocratie au Moyen-Orient ? Certes. Mais sommes-nous tout à fait à l’abri de ce travers ? Rappelons-nous les déclarations par lesquelles la France voyait il y a près de 10 ans Bachar el-Assad sur le point de tomber. Mesurons nos paroles, au Sahel et ailleurs, car, si le pire n’est jamais sûr, il est sage de s’y préparer et risqué de le croire impossible.

Venons-en à l’Otan. Elle a mené en Afghanistan les premières et les plus importantes opérations de l’alliance hors d’Europe, destinées à faire face à de nouvelles menaces. Le bilan est cruel. Le rappel des déclarations l’est tout autant. Ainsi de celle des ministres des Affaires étrangères de Resolute Support qui, en 2018, réaffirmaient leur « engagement indéfectible à garantir la sécurité et la stabilité à long terme en Afghanistan », rappelaient aux talibans que « les combats ne leur permettront jamais de concrétiser leurs ambitions » et répétaient cette phrase si commode et si vide de sens en vertu de laquelle « il n’y a pas de solution militaire au conflit », ce que contredisent d’innombrables contre-exemples.

La « near death experience » de l’Otan

Aujourd’hui, l’échec est là et exige de corriger soit les ambitions de l’alliance, soit les moyens de les atteindre. Mais, au-delà, les conditions mêmes du retrait américain doivent questionner le fonctionnement de l’Otan. Ni la planification, ni la décision, ni la mise en œuvre du retrait n’ont fait l’objet de concertations approfondies entre alliés. On parle pourtant de l’Afghanistan, l’opération emblématique par laquelle l’Otan a eu pour la première fois recours à l’article 5 de sa charte et qui a vu les alliés voler au secours des États-Unis après le 11 Septembre

On a reproché à Emmanuel Macron d’alerter sur la mort cérébrale de l’Otan. On entend aujourd’hui certains alliés évoquer une « near death experience ». Il n’y a aucune joie mauvaise à voir le plus important de nos partenariats militaires dans une mauvaise passe, bien au contraire. Mais rester dans le déni des faiblesses de l’alliance atlantique est un risque bien plus sérieux pour son avenir. Ce qu’il faut à l’Otan aujourd’hui, ce ne sont pas des déclarations niaisement autosatisfaites, mais un exercice d’introspection lucide et sans concession.

Pas d’armée européenne sans culture stratégique commune

La première démarche, la plus logique, même si elle a longtemps été la plus controversée, consiste à renforcer la défense européenne. Si c’est l’intérêt évident des Européens, c’est aussi celui de l’alliance atlantique. Sans pilier européen crédible, l’Otan restera bancale et l’Amérique, contrainte à deux mauvaises options : rester malgré elle un gendarme du monde de plus en plus réticent ou laisser le monde libre livré sans réaction aux coups de boutoir des puissances autoritaires. L’heure a donc sonné de construire l’union de la défense européenne.

Encore faut-il viser juste et, là aussi, ne pas se payer de mots. On ne créera pas en quelques mois une armée européenne, dès lors qu’on part de compétences nationales souveraines et de pratiques militaires disparates. Mais ce que nous mettons méthodiquement en place depuis quelques années, qu’il s’agisse de coopérations industrielles d’armement, de la création d’une culture stratégique commune ou de missions extérieures conjointes, pour innovant et nécessaire que cela soit, ne peut suffire. Ce n’est que le socle sur lequel une véritable défense commune reste à construire.

Le scénario d’une force de première entrée est sur la table

Cela tombe bien, l’Union européenne s’est engagée depuis plusieurs mois dans la rédaction de son premier livre blanc sur la défense, qu’elle a choisi d’appeler sa « boussole stratégique ». On attend des États membres et de Josep Borrell qu’ils résistent à une double tentation : celle du plus petit commun dénominateur, qui ne nous mènera nulle part, mais aussi celle des déclarations d’intention grandioses et sans lendemain. Le scénario d’une force d’intervention de première entrée fait partie des ambitions réalistes à condition de surmonter l’écueil d’une décision à l’unanimité et de privilégier les coalitions d’États volontaires. Celui de missions extérieures aux mandats plus robustes et aux effectifs moins aléatoires est une autre piste, tout comme la solidarité effective entre États pour répondre à des attaques hybrides.

La défense européenne peut décoller sous réserve qu’elle trouve le carburant qui lui a trop longtemps manqué : une volonté politique partagée des Européens. Le Parlement européen contribuera pleinement à la réflexion et au contrôle démocratique de ce projet nécessaire. Il veut avoir son mot à dire et veiller à ce que l’Europe, surtout après Kaboul, évite de se payer de mots.4

Fin de citation

L’ANALYSE DE LA PROSE DE LOISEAU DE MAUVAIS AUGURE

On manque de s’étouffer à découvrir l’indigence de la prose de cette Dame qui n’a toujours rien compris aux relations internationales et à la diplomatie. Elle devrait commencer par balayer devant sa porte – devant laquelle se trouve un amas de toutes ses sottises – avant de jeter la pierre aux autres. Qui est-elle pour juger ? La grande spécialiste de l’Asie, qu’elle est sur le papier, pourrait-elle nous citer le moindre écrit de sa part annonçant la débandade américaine en Afghanistan ? Elle fait partie de ces experts à la clairvoyance rétrospective comme nous en connaissons tant sur la place de Paris. Il lui aura fallu deux décennies pour découvrir que le « nation building » était une chimère que les Américains chevauchaient mais que nous aussi, dans le Sahel, nous copions. Cette diplomate hors-pair (elle fut conseiller de presse à l’ambassade de France à Washington) n’a pas appris sur les bords du Potomac que les Américains sont des bonimenteurs invétérés (Cf. les armes de destruction massive en Irak que personne n’a jamais trouvées). Elle découvre que Bachar Al-Assad est toujours au pouvoir. Pourquoi n’a-t-elle rien dit alors que la France s’est fourvoyée dans une impasse en Syrie et n’a toujours pas réouvert son ambassade à Damas ? Elle a le toupet de prétendre qu’il existe des solutions militaires aux conflits. Elle n’a toujours rien compris à l’essence de la diplomatie. Elle poursuit sur l’OTAN, découvrant que les Américains traitent leurs alliés comme de vulgaires laquais et que les Européens se vautrent dans la servitude au sein de ce phalanstère atlantiste. Elle appelle de ses vœux un exercice d’introspection. Il a déjà eu lieu avec le groupe d’experts au sein duquel nous étions représentés par Hubert Védrine. On en connaît le résultat. Elle n’a toujours pas compris que la France est totalement isolée dans ses critiques de l’Alliance atlantique qu’aucun de nos partenaires ne partage. Elle devrait ouvrir les yeux sur une réalité qu’elle ignore totalement. Ensuite, elle enfourche le cheval de la défense européenne dont aucun de nos partenaires ne veut au nom de la non-duplication. À leurs yeux, la sécurité de l’Europe est du seul ressort de l’OTAN, c’est-à-dire de l’Amérique. Sa démonstration sur la nécessité de rapprocher les cultures militaires des Européens est un serpent de mer sur lequel elle ne s’interroge pas, par ignorance, vraisemblablement. Ce n’est pas la rédaction d’un énième livre blanc sur la défense au niveau européen qui y changera quelque chose. Dame Foldingue est une somnambule. « Le scénario d’une force d’intervention de première entrée » est une autre chimère qui ne débouche sur rien. Elle découvre que sans volonté politique – elle n’existe toujours pas dans une Union au bord de l’implosion -, rien n’est possible. On pourrait ajouter que sans confiance, rien n’est possible. Pour disposer d’un minimum de crédibilité sur la scène nationale et européenne, Nathalie Loiseau gagnerait à se souvenir de la célèbre phrase du général de Gaulle : « On ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! L’Europe ! L’Europe ! mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. Je répète, il faut prendre les choses comme elles sont » (entretien avec Michel Droit, 14 décembre 1965). Et, c’est bien de cela dont il s’agit dans le cas d’espèce. Cette Dame, qui fonctionne au tout à l’égo et au tout à la com’5, devrait retourner à ses chères études avant de parler. Cela lui ferait le plus grand bien !

Nathalie Loiseau est toujours égale à elle-même, ne perdant jamais une occasion de se taire. Je parle donc je suis, doit être sa devise. Et dire qu’elle fût un temps la coqueluche du clergé médiatique. Depuis, il en est revenu après quelques-uns de ses impairs : superbes, gestion pitoyable de l’ENA, révélation de son appartenance au GUD lorsqu’elle était étudiante, gaffes durant la campagne électorale pour les dernières européennes lorsqu’elle dirigeait le groupe de Jupiter… Nous aurions pu croire qu’elle avait compris que si la parole était d’argent, le silence était d’or. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Nous en avons un dernier exemple avec sa tribune dans Le Point qui signe un pitoyable comme back de Madame Foldingue.
 
 
ENTRE RAPPROCHEMENT ET SÉPARATION – Jean Daspry. « L’ancien monde a disparu, le nouveau monde n’est pas encore là, et dans cet entre-deux les monstres apparaissent » (Antonio Gramsci) Le monde du XXIe siècle va cahin-caha tel un somnambule incapable de se réveiller. Les guerres succèdent aux paix fragiles. Les phénomènes paroxystiques l’emportent sur les éléments de stabilité. La confiance ne fait plus le poids par rapport à la défiance. La prescience peine à faire jeu égal avec l’inconséquence. Tel un bateau ivre, la planère évolue entre confusion et contradiction. C’est Jean qui rit, Jean qui pleure. Les uns se rapprochent pendant que les autres se séparent. Nous en avons un exemple avec deux cas dissemblables, celui de la Chine et de la Russie, d’une part, et de l’Algérie et du Maroc de l’autre.

MOSCOU ET PÉKIN FONT ASSAUT DE DÉMONSTRATION DE FORCE

Chinois et Russes ne boudent pas leur plaisir, constatant le chaos engendré par vingt années de guerre conduite par les Américains et leurs affidés en Afghanistan et par l’humiliation subie par la prétendue hyperpuissance. Rien de tel pour saisir l’occasion de se rapprocher, de bander ses muscles, de démontrer que chacun de ces deux États est moins isolé qu’on veut bien le dire et l’écrire dans les gazettes occidentales bienpensantes6. Ils excellent dans la stratégie et la discrétion alors que leurs concurrents occidentaux se vautrent dans la tactique et la communication. Ils savent d’expérience ce que signifie le terme de « propagande ». Ils savent également en jouer pour intimider leurs compétiteurs occidentaux, États-Unis en premier lieu. Le cru de l’été 2021 sera excellent pour la relation militaire sino-russe. Le 23 août, ils procèdent au « biathlon des tanks » à l’occasion des septièmes Jeux internationaux militaires (2000 militaires soldats de 17 pays). Rencontres destinées à renforcer la confiance mutuelle. Hier, Pékin vantait les charmes de sa relation avec Islamabad. Aujourd’hui, le partenaire courtisé est Moscou. Pour compléter le tableau, les autorités russes annoncent une première, l’organisation de manœuvres maritimes antipirateries avec l’Iran dans le Golfe, une première. Histoire d’irriter les Occidentaux en froid avec Téhéran. Pékin se félicite, en dehors de ses propres exercices nationaux, de sa participation à l’exercice bilatéral « Zapad Interaction 2021 » avec Moscou. Histoire de mettre en avant la nouvelle « ère » de la puissance chinoise tout en coopérant avec la Russie dans la lutte contre le terrorisme international et contribuer à la « stabilité stratégique ». Au passage, les autorités chinoises montrent qu’elles ne sont pas isolées en dépit des efforts américains pour les mettre au ban de la société internationale. Pour enfoncer le clou, d’autres manœuvres sont en préparation pour impressionner les adversaires en mettant en avant un commandement conjoint et une forme d’interopérabilité. Manière de prendre au sérieux les risques de déstabilisation de l’Asie centrale dans la foulée de la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan. En élevant le débat, l’on constate une redistribution de la puissance et des rapports de force dans la région et le monde à la suite des guerres perdues de l’Occident au cours des dernières décennies. Les conséquences de ces dernières se paient toujours sur le long terme intérêt et principal. Les exemples de la situation en Libye et la Syrie nous en administrent la preuve éclatante. En tirons-nous les conséquences ? La réponse est dans la question.

ALGER ET RABAT FONT ASSAUT DE DÉMONSTRATION D’HOSTILITÉ

Au Maghreb, les choses ne vont pas très bien. Alors que le président tunisien reprend les choses en main, Algériens et Marocains ne cessent d’échanger quelques amabilités dont ils sont coutumiers. Mais, aujourd’hui, l’affaire prend un tour plus conflictuel avec l’annonce par Alger, le 24 août 2021, de la rupture de ses relations diplomatiques avec Rabat7. La précédente rupture remonte à 1976, à l’initiative du Maroc8. Du côté algérien, les griefs n’ont cessé de s’accumuler au cours des derniers mois, des dernières semaines. Outre la question récurrente du Sahara occidental, les sujets de friction ne manquent pas. Pour les très susceptibles algériens, la dernière goutte qui a fait déborder le vase est constituée par une note diffusée par l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU – lors d’une réunion du mouvement des non-alignés à New-York (13-14 juillet 2021) – dans laquelle le diplomate affirmait que « le vaillant peuple kabyle mérite plus que tout autres, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ». Suivez mon regard ! Il n’en fallait pas plus pour que les dirigeants algériens ne poussent des cris d’orfraie, jugeant fallacieux la comparaison entre les exemples kabyle et sahraoui et qualifiant « d’acte hostile », pareil appel à la « sédition ». Le Maroc semble se sentir renforcé dans sa posture de fermeté à l’égard de son voisin depuis que Donald Trump ait reconnu la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental en échange de la normalisation entre Rabat et Jérusalem (le pays dont la compagnie NSO Group a fourni le logiciel d’espionnage Pegasus !). Le roi du Maroc estime qu’il ne fallait pas voir malice dans les déclarations de son ambassadeur à l’ONU. Il n’était animé « d’aucune intention malveillante ». Lors de sa récente visite au Maroc, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yaïr Lapid s’était plus à souligner le rôle joué par l’Algérie dans la région, son rapprochement avec l’Iran et la campagne menée contre l’admission de son pays au statut de membre observateur au sein de l’Union africaine. On ne pouvait trouver mieux pour déclencher l’ire algérienne avec l’annonce de la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Pays toujours prêt à trouver un bouc émissaire à ses problèmes. La France étant un client régulier de la vindicte d’Alger au titre de ses méfaits durant la colonisation. Est aujourd’hui posée la question de l’avenir du gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui relie les champs gaziers algériens à l’Espagne via le Maroc. Alger anticipe d’éventuelles représailles de Rabat, basculant le trafic sur le gazoduc Medgaz reliant directement l’Algérie à l’Espagne. Nous sommes à l’évidence dans une logique d’escalade dont on ne sait encore comment elle va évoluer. « Face au Maroc, proche d’Israël, l’Algérie en appelle au nationalisme arabe » (Pierre Vermeren et Ronan Planchon).

L’histoire ne serait-elle donc qu’un éternel recommencement ? Vents contraires, courants changeants et repères brouillés. Les incertitudes persistent pour l’avenir au moment où il serait important de saisir l’avenir ensemble. Alors qu’il ne faut pas ajouter du désordre à la pagaille, c’est tout le contraire qui se passe. Au-delà d’épisodes diplomatiques circonstanciées, où les jeux de non-dits, de double sens et de sous-entendu sont de règle pour faire valoir sa force, c’est l’affrontement entre deux mondes qui surgit. Le statut quo n’est pas une option. Nous sommes au cœur des recette de l’échec tant nos dirigeants se montrent incapables d’agir face aux périls et paralysés face aux menaces qui pèsent sur la planète. Étrange dérive. Il faut en finir avec l’hypocrisie. Ainsi va le monde entre rapprochement et séparation.

° JUPITER MARCHE SUR L’EAU – Guillaume Berlat.

« L’HUMANITÉ A ATTEINT UN POINT DE BASCULE »9

L’on sait d’expérience que notre président disruptif aime passer d’un sujet – national ou international – à un autre avec une célérité qui force le respect. Un jour à Dublin, le lendemain en Irak (Bagdad, puis Mossoul), le sur lendemain – fait rarissime – pour trois jours à Marseille. D’abord, à la manière des rois thaumaturges, pour y régler les problèmes de drogue, de criminalité rampante, d’insécurité, de corruption qui pourrissent la vie de la cité phocéenne à coup de milliards et de bons mots, ensuite pour venir au chevet de la planète à l’occasion de la conférence internationale de l’UICN qui se déroule à Marseille, peu de temps après les dernières mises en garde du GIEC10. Son sermon fut de haute tenue littéraire, communicationnelle… comme il se doit. Un peu moins sur le plan pratique et concret hormis l’annonce du gadget traditionnel, la tenue d’une conférence sur les océans d’ici le début de l’année 2022 en France. Après plus quatre années d’exercice de la magistrature suprême, nous disposons d’un portrait-robot du plus jeune président de la Cinquième République dans son épaisseur environnementale : un président touche-à-tout mais surtout un président bon à rien.

LE PRÉSIDENT TOUCHE-À-TOUT

La planète marche sur la tête11. Au train où vont les choses, elle risque d’être engloutie, telle l’Atlantide, en dépit des promesses rarement tenues par les États à l’occasion d’inutile grands messes internationales. Leur unique intérêt réside dans leur tenue. Ni plus, ni moins. L’été 2021 fut particulièrement instructif sur le plan environnemental et climatique12. Les incendies13 le disputent aux inondations, les séismes aux ouragans, le CO² à l’O²14… Face à ce déchaînement des phénomènes paroxystiques, Emmanuel Macron n’a pas ménagé sa peine tant en France qu’à l’extérieur depuis son entrée en fonction. Il est vrai que ses initiatives font souvent pschitt autant que ses saillies médiatiques (en septembre 2020, il raillait le « modèle amish » promu par certains écologistes partisans du « retour à la lampe à huile »). La convention citoyenne sur le climat n’a pas tenu ses promesses, débouchant sur l’adoption de la loi « Climat et résilience », bien en deçà des attentes des participants. Rares sont ceux qui se souviennent encore de son initiative intitulée « One Planet Summit » (en français dans le texte, vraisemblablement en hommage à la défunte francophonie). Réunion internationale sur les changements climatiques dont la première édition s’est tenue le 12 décembre 2017 à la Seine Musicale sur l’Ile Seguin et dont la quatrième s’est déroulée le 11 janvier 2021 à l’Élysée. Beaucoup de paroles lénifiantes et peu d’engagements concrets tenus par leurs auteurs. Depuis le brillant succès de Laurent Fabius de la COP 21 en 2015, la mécanique est grippée. Aucun engagement n’est tenu, les participants s’étripant dans d’interminables querelles de procédure destinées à masquer les désaccords profonds existants sur la substance. À tel point que plusieurs ONG réclament le report de la COP26 qui doit se tenir prochainement à Glasgow15. Rien n’y fait. On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif.

Mais, jamais décontenancé par ses échecs à répétition, Jupiter reprend inlassablement son bâton de pèlerin pour sauver la planète des griffes de ses multiples prédateurs, Chine et États-Unis en tête de gondole au titre des plus grands pollueurs.

LE PRÉSIDENT BON À RIEN

Alors que le dernier rapport du GIEC tire à nouveau la sonnette d’alarme16 et que son bilan est relativement maigre en la matière hormis quelques gadgets de communicants (« Neutralité carbone 2050. La finance verte s’engage », Élysée, 12 décembre 2020)17, Emmanuel Macron s’attache, à Marseille, lors de la réunion de l’UICN (Congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature, 3-11 septembre 2021) destiné à réduire les menaces qui pèsent sur la biodiversité18, à la dimension maritime de la lutte pour la protection de l’environnement19. Il est vrai que la France possède le deuxième espace maritime mondial grâce à ses DOM-TOM et autres possessions lointaines. Comme toujours, le président de la République entame son prêche en chaire par une phrase choc en termes de communication : « Il y a urgence à faire comprendre que la bataille pour le climat est jumelle de la bataille pour la biodiversité. Nous avons du retard sur la biodiversité, il faut le rattraper ». Alléluia ! Le décor est ainsi planté. En écho, la directrice générale de l’UNESCO surenchérit : « Nous devons entendre le bruit des mégafeux comme le silence des oiseaux dans nos campagnes ». Mais, le président de la République n’est pas homme à oublier ses initiatives passées : « Avec la tenue du premier One Planet Summit, la France est à l’initiative de deux temps forts destinés à susciter des alliances et des engagements ». Que sont-ils devenus, pourrait-on ajouter ? « L’important pour nous n’est pas le chiffre, nous voulons une politique quantitative avec des moyens garantissant une vraie protection, des hommes et des femmes pour gérer les sites et les bateaux pour faire de la surveillance » lui réplique la représentante de France Nature Environnement (FNE).Alors que la France s’apprête à prendre la présidence semestrielle de l’Union européenne, le 1er janvier 2022, Emmanuel Macron lance des pistes de réflexion à la manière d’un inventaire à la Prévert : lutte contre les pesticides, accords commerciaux de libre-échange avec l’introduction de « clauses miroir » interdisant d’importer des produits fabriqués avec des substances interdites dans l’Union européenne….20 Toute cette logorrhée frise le ridicule21. Cerise sur le gâteau, le chef de l’État annonce que la France va organiser un grand sommet chargé d’étudier les moyens de mieux protéger les Océans22. Le titre est déjà trouvé : « One Ocean Summit » (une fois encore en français dans le texte, horresco referens !). Cela facilitera grandement les choses que de se parler dans la langue du maître. Brest s’est aussitôt porté candidat pour accueillir ce sommet fin 2021-début 202223. La France éternelle, patrie des droits de l’homme et des farces et attrapes en sortira vraisemblablement grandie alors que son crédit international est au plus bas.

MACRON VIBRION ZÉBULON

Si Emmanuel Macron possède le charme du verbe, il est moins à l’aise dans le registre de l’action. Celui sur lequel il devrait être jugé en avril-mai 2022 sur son bilan par nos concitoyens. Lui fait défaut, manifestement, la distance nécessaire à tout homme d’État qui se respecte, pour être en mesure d’anticiper pour mieux se préparer, surtout dans le monde en transition que nous traversons. Il préfère la politique/la diplomatie de l’essuie-glace – un évènement chassant l’autre – à la démarche de la constance sur le temps long. La communication fait office de stratégie. Avec les résultats que l’on sait. « Le temps de l’indignation est derrière nous », se plait-il à dire. Or, son volontarisme apparent se heurte, dans les faits, aux limites d’une action trop timorée de l’exécutif. Alors que l’on mesure les risques sociaux de la transition climatique24, la lutte pour la préservation de la biodiversité suppose plus de cohérence25. Cohérence qui n’est pas la qualité première que l’on reconnait naturellement au chef de l’État.

Réduire l’écart entre annonces et réalités ne fait pas partie de son logiciel de pensée formaté à l’ENA. Renouveler l’action fut l’une de ses promesses de campagne. Elle ne fut pas au rendez-vous d’un quinquennat manqué. Tel Moïse, Jupiter marche sur l’eau… Mais, il pourrait bientôt prendre la tasse … à l’insu de son plein gré.
 
 
ALL GOOD N’EST PAS TOUT BON (TOUBON) ! Ali Baba. Quelle fierté de vivre en France, mère des arts, des armes et des lois ! Quelle fierté d’être une partie, même infirme de la patrie des Lumières, des droits de l’homme, des leçons de morale administrées à la planète ! Quelle fierté de disposer – pour quelques mois encore – de l’école que le monde entier nous envie ! L’école nationale d’administration – que certains mauvais esprits qualifient d’école nationale de l’arrogance – qui produit des êtres suprêmement intelligents. Et plus particulièrement, ceux qui, à l’issue de leur scolarité à Strasbourg, sortent dans les grands corps : Conseil d’État, Cour des comptes et Inspection des Finances. La crème de la crème de l’élite française qui participe, en tant que corps de contrôle, au bon fonctionnement de notre République. Elle contribue, par son exemplarité, à la moralisation de la vie publique afin de renforcer la confiance des citoyens à une époque où l’on ne transige pas avec les « valeurs ». Elle est la gardienne de la morale, de l’éthique, de la déontologie des fonctionnaires, plus spécifiquement des hauts fonctionnaires. Elle crée, à cette fin, comité de déontologie, déontologues et autres bidules de cet acabit. Le Conseil d’État n’est-il pas le déontologue suprême de la Fonction publique française. Les conseillers d’État sont exemplaires, pratiquant la vertu, comme tout un chacun respire. Des personnages au-dessus de tout soupçon… sauf qu’ils ont la fâcheuse tendance à pratiquer le faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais. Pour arrondir ses fins de mois difficiles, on effectue quelques ménages (emplois rémunérés en sus de leur traitement bien qu’effectués pendant leurs heures de service au Palais-Royal), on se fait détacher dans quelques entreprises publiques en valorisant son carnet d’adresses, on peuple les cabinets ministériels au mépris de la confusion des genres, on se fait embaucher par quelques grands cabinets d’avocats, français ou étrangers, pour mettre à leur disposition sa connaissance du droit et des arcanes de l’administration moyennant espèces sonnantes et trébuchantes… C’est peu dire que l’on est moins à cheval sur la déontologie de son corps que sur celle des autres fonctionnaires de bas étage qui n’ont pas eu la chance de « sortir dans la botte ». Et, l’actualité quotidienne fournit des exemples éloquents sans que cela ne déclenche le moindre tollé des moralisateurs germanopratins toujours prêts à défendre la morale avec un « M » majuscule. Dans ces conditions, pourquoi se priver de ce plaisir disruptif. Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.

Aujourd’hui, c’est le droit de l’hommiste de fraîche date, Jacques Toubon. Député, ancien garde des Sceaux (qui faisait quérir un procureur à l’autre bout de l’Asie pour être certains de son allégeance), il occupait jusqu’à présent le poste de Défenseur des droits. Il y fit merveille dans le rôle de défenseur de la veuve et de l’orphelin… vraisemblablement pour se faire pardonner ses errements passés.

Que découvrons-nous grâce au volatil ?26 L’homme ne veut pas cesser d’agir pour la bonne cause. Ce conseiller d’État, âgé de 80 ans, a décidé de rejoindre le barreau sans examen, privilège dérogatoire des titulaires du Palais-Royal. Il choisit le département droit public de Dentons, l’un des cabinets multinationaux d’affaires les plus importants du monde. À tout seigneur, tout honneur ! Interrogé, le nouvel avocat explique : « Il m’aurait été difficile, après plus de trente ans de voisinage, de choisir un cabinet français, plutôt qu’un autre ». Notre brillant serviteur de l’État ne manque pas d’air si l’on prend le recul nécessaire.

Avec ce nouvel épisode de la saga des grands corps, nous sommes au cœur de l’entre-soi, de la Caste, des arrangements entre amis, des magouilles intolérables dans une République qui se présente comme exemplaire. Nous sommes à la limite d’une forme de corruption27. Au pays de l’inflation normative, quand nos dirigeants – le plus souvent sortis de l’ENA – accepteront-ils d’en finir avec ces pratiques dignes d’une République bananière ? On peut toujours rêver.

Ces gens ne scieront jamais la branche sur laquelle ils sont assis. Une réforme d’ampleur ne viendra que d’initiatives citoyennes afin de contourner leur pouvoir d’inertie, de nuisance. Certainement pas de ceux qui sont juge et partie à la même cause. Conclusion : All Good n’est pas tout bon (Toubon).
 
 
POUR LE PRESIDENT DU RPL, LA PRUDENCE EST DE MISE AVEC LE NOUVEAU GOUVERNEMENT – Dr. Elie Hadad. Le Liban s’est enfin doté d’un nouveau gouvernement censé sortir le pays de la crise historique qu’il traverse. En effet, après près de neuf mois de tergiversations de Mr Saad Hariri, qui a fini par jeter l’éponge, Mr Najib Mikati a été nommé premier ministre et a pu former son gouvernement en accord avec le président de la république comme le stipule la constitution.

La composition du gouvernement est certes une étape nécessaire et indispensable pour arrêter l’hémorragie actuelle mais est en même temps largement insuffisante.

En effet, le pays des cèdres traverse une crise inégalée due principalement à une corruption généralisée érigée en système, instaurée depuis le début des années 90, facilitée par l’instauration d’un clientélisme à outrance et protégée par une confessionnalisation de l’état. Le schéma Ponzi et l’économie de rente instaurés par les dirigeants successifs ont atteint leurs limites aboutissant à l’explosion du système.

L’initiative française lancée par le président Emmanuel Macron en août 2020 a constitué une feuille de route pour la sortie de crise et reste à ce jour la seule planche de salut pour le pays. Or, le gouvernement mis en place est loin de respecter les recommandations de cette initiative :

  1. Le gouvernement « de mission » formé par des technocrates a cédé la place à une équipe politisée , à commencer par son président jusqu’au choix des ministres par la majorité des forces politiques en place.

2. La rotation des portefeuilles indiquée par l’initiative française n’a pas été non plus respectée, malgré sa très haute importance, à cause de l’entêtement d’un des partis à garder le ministère des finances sous sa tutelle.

3. Le ministre nommé pour les finances n’est que l’adjoint du gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salame, qui est accusé d’avoir orchestré le système financier libanais actuellement en faillite et qui a autorisé la fuite de dizaines de milliards de dollars depuis fin 2019 des banques libanaises vers l’extérieur, ce qui a précipité la chute. Ce ministre des finances, qui a assisté à toutes ces opérations, ne pourra défendre le contribuable contre ces requins et ne pourra avoir une vision objective de la situation.

Face à cet état de fait, le Rassemblement Pour le Liban ne peut que se réjouir de la composition du gouvernement qui devra mettre le train sur les rails, mais exprime ses inquiétudes pour la suite.  En effet, la pire des solutions au Liban actuellement serait de revenir à la situation précédente d’avant la crise et de permettre à nouveau aux corrompus de rester aux affaires en toute impunité.

Le Rassemblement Pour le Liban demande à la France d’exercer par tous les moyens possibles des pressions pour imposer la mise en place de l’audit juricomptable, seule condition encore à sauver de l’initiative française et voie indispensable pour apporter l’éclairage nécessaire sur les causes de la crise actuelle, préciser les responsabilités et apporter les solutions adaptées. A ce jour, seul le président de la république libanaise le Général Michel Aoun réclame haut et fort cet audit qui n’a pu voir le jour à cause des blocages érigés notamment par l’ancien ministre des finances et son tuteur politique. Il est donc indispensable de doubler de vigilance pour que cet audit puisse voir le jour sans embûches.

Le Rassemblement Pour le Liban reste à votre disposition pour toute information complémentaire, vous remerciant d’avance pour votre soutien vital.

Dr Élie Haddad, président

0615461033


1 Isabelle Lasserre (propos recueillis par), Jean-Yves Le Drian : « L’Afghanistan n’est pas synonyme de déclin américain », Le Figaro, 7 septembre 2021, pp. 8-9.
2 Guillaume Berlat, Ministre étranger aux affaires : bravo Le Chouchen !, www.prochetmoyen-orient.ch , 31 mai 2021.
3 Ali Baba, Nathalie Loiseau et l’ENA : un mensonge de plus !, www.prochetmoyen-orient.ch , 22 avril 2019.
4 Nathalie Loiseau, Afghanistan : « Cessons de nous payer de mots », www.lepoint.fr , 6 septembre 2021.
5 Gabriel Martinez-Gros, En Afghanistan, l’Occident a privilégié la parole, et non l’action, Le Monde, 9 septembre 2021, p. 29.
6 Nathalie Guibert, Chine et Russie dans les jeux militaires, Le Monde, 26 août 2021, p. 4.
7 Karim Amrouche, L’Algérie rompt ses relations avec le Maroc, Le Monde, 26 août 2021, p. 5.
8 Frédéric Bobin, Maroc : le parti islamiste à la tête du gouvernement depuis 2011 joue sa survie, Le Monde, 8 septembre 2021, p. 6.
9 Perrine Mouterde, « L’humanité a atteint un point de bascule ». Le Congrès mondial de la nature a appelé à agir « radicalement », sur les causes de la perte de la biodiversité, Le Monde, 12-13 septembre 2021, p. 5
10 Stéphane Focuart, À quoi sert encore le GIEC ?, Le Monde, 5-6 septembre 2021, p. 31.
11 Martine Valo, La pollution plastique des océans revue à la hausse et D’importants dégâts chez les oiseaux migrateurs, Le Monde, 11 septembre 2021, p. 10.
12 Audrey Garric, Climat : une étude chiffre la réduction des énergies fossiles nécessaire, Le Monde, 10 septembre 2021, p. 7.
13 Safia Ayache/Stéphane Foucart/Anne-Françoise Hiver/Marie Jégo/Corine Lesnes/Marina Rafenberg/Benoît Vitkine, La planète entre dans l’ère des mégafeux, Le Monde, 21 août 2021, pp. 8-9.
14 Christian Gollier/Jean Tirole, Se désintoxiquer d’urgence du CO², Le Monde, 5-6 septembre 2021, p. 28.
15 Audrey Garric, Des ONG demandent le report de la COP26, Le Monde, 9 septembre 2021, p. 6.
16 Guillaume Berlat, Après le rapport du GIEC : entre désolation et incantation, www.prochetmoyen-orient.ch , 16 août 2021.
17 Olivier Faye, Le bilan de Macron face aux alertes du GIEC. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat appelle à un sursaut politique, Le Monde, 12 août 2021, p. 9.
18 Delphine Chayet, À Marseille, un sommet mondial pour tenter de sauver la nature, Le Figaro, 3 septembre 2021, pp. 2-3.
19 Julia Toussaint, Un guide international pour mieux protéger la mer, Ouest-France, 10 septembre 2021.
20 Perrine Mouterde, De nouveaux engagements pour les océans. Emmanuel Macron a annoncé un futur sommet mondial et de nouveaux objectifs en Méditerranée, Le Monde, 5-6 septembre 2021
21 Jean-Luc Porquet, Le champion de la Terre a parlé, Le Canard enchaîné, 8 septembre 2021, p. 5.
22 Environnement : Macron annonce un sommet « One Ocean » fin 2021 ou début 2022 en France, www.lefigaro.fr /AFP, 3 septembre 2021.
23 Brest veut accueillir le sommet mondial de l’Océan. Le One Ocean Summit, évènement d’ampleur mondiale, aura lieu dans quelques mois. François Cuillandre a adressé un courrier au chef de l’État pour proposer la candidature de la cité du Ponant, Ouest-France, 10 septembre 2021.
24 Audrey Tonnelier, Les risques sociaux de la transition climatique, Le Monde, 12-13 septembre 2021, p. 8.
25 Éditorial, La lutte pour la biodiversité réclame plus de cohérence, Le Monde, 5-6 septembre 2021, p. 31.
26 Jacques Toubon devient avocat, Le Canard enchaîné, 8 septembre 2021, p. 2.
27 Laurent Cohen-Tanugi, Il est temps que la France relance sa politique corruption, Le Monde, 8 septembre 2021, p. 37.

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