Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

ORIENT-ATIONS 349

RÉCONCILIATION : UNE PASSION AFRICAINE – Guillaume Berlat. « La paix n’est qu’une forme, un aspect de la guerre : la guerre n’est qu’une forme, un aspect de la paix : et ce qui lutte aujourd’hui est le commencement de la réconciliation de demain » (Jean Jaurès). Quelle pertinence et quelle actualité dans ce jugement ! Paradoxe du monde d’aujourd’hui marqué par une montée inquiétante de la conflictualité, la problématique de la réconciliation constitue le parent pauvre de la recherche dans les relations internationales au même titre que celle de la confiance1. Notre monde peut aussi se caractériser par certaines logiques. Logique d’inclusion versus logique d’exclusion. Logique d’intégration versus logique d’exclusion. Logique de compréhension versus logique de sanction. Logique de coopération versus logique de coercition. Logique de politicisation versus logique de judiciarisation. À trop jouer sur la corde de l’opposition en ignorant celle de la réconciliation, l’on ne facilite ni le règlement des problèmes internes ni celui des problèmes internationaux. Alors que l’approche de la réconciliation est l’exception en Europe, elle aurait tendance à être la règle en Afrique.

RÉCONCILIATION EN EUROPE : L’EXCEPTION

Lorsque l’on pense à réconciliation sur notre continent, on se réfère aussitôt à la réconciliation franco-allemande concrétisé juridiquement, diplomatiquement et politiquement par la rencontre Adenauer de Gaulle mais, surtout, par la conclusion, en 1963, du traité de l’Élysée. Grâce à cette démarche, les deux pays ont substitué une logique de confrontation (trois guerres en mois d’un siècle) à une logique de coopération (presque six décennies de paix). N’oublions pas que cet aboutissement a contribué à la création de la CECA, d’Euratom, du Marché commun qui se transformera, plus tard, en Union européenne. Est-dire pour autant que la réconciliation est un long fleuve tranquille ? Certainement pas. Le fameux couple (expression qui n’est pas utilisé en Allemagne) franco-allemand fait de plus en plus chambre à part et l’Union européenne tourne à la désunion. Si elle est un point de départ incontournable, la réconciliation n’est jamais un point d’aboutissement ne variatur. Comme une plante, elle doit être soignée, entretenue avec soin avec un ingrédient impalpable qui a pour nom confiance. Or, ce catalyseur de paix et de sécurité fait amplement défaut en cette troisième décennie du XXIe siècle. Pire encore, l’Union européenne privilégie une logique de sanction à l’égard de certains de ses membres (comme la Pologne ou la Hongrie sur la question du respect de l’état de droit) et de certains de ses partenaires comme la Russie, l’Iran, la Syrie…) à une logique de médiation, de coopération, de dialogue exigeant. Le résultat est devant nos yeux. L’Union européenne se transforme en spectateur, en commentateur de la vie internationale, perdant son statut d’acteur et d’amiable courtier pour éteindre les foyers de crise qui couvent aux quatre coins de la planète. Et, c’est bien dommage pour la crédibilité du monstre européen.

RÉCONCILIATION EN AFRIQUE : LA RÈGLE

Fortement imprégnée par son histoire, sa géographie, ses civilisations, ses cultures, ses ethnies, ses religions, l’Afrique possède une approche à l’opposé de celle de l’Occident, en général et de l’Europe en particulier. Elle n’entend pas exporter son modèle ailleurs mais elle veut cultiver sa tradition de la discussion de l’arbre à palabres. Elle considère que rares sont les situations dans lesquelles les ennemies ne doivent pas se retrouver pour fumer le calumet de la paix, pour envisager, travailler aux réconciliations, y compris les plus improbables. Pour mieux éclairer notre propos, prenons trois exemples concrets qui valent mieux que de longs discours.

Afrique du Sud. Alors qu’il y aurait eu matière à vengeance, à exécutions sommaires, à renvoi des juridictions nationales ou internationales, l’ancien prisonnier de Roben Island, Nelson Mandela, victime du régime de l’apartheid, a eu la clairvoyance d’emprunter une tout autre voie. Elle a pour nom « Commission vérité et réconciliation ». Elle a été créée par le Promotion of National Unity and Reconciliation Act du 19 juillet 19951, sous la présidence de Nelson Mandela qui avait accédé au pouvoir l’année précédente au cours d’un processus de transition démocratique visant à mettre fin à l’apartheid et à la domination de la minorité blanche en Afrique du Sud. Cette expérience de justice restaurative2 est, à sa création, présidée par Mgr Desmond Tutu. Se déroulant d’avril 1996 à octobre 1998, son but principal est de recenser toutes les violations des droits de l’homme commises depuis le massacre de Sharpeville en 1960, en plein apogée de la politique d’apartheid initiée en 1948 par le gouvernement sud-africain, afin de permettre une réconciliation nationale entre les victimes et les auteurs d’exactions2. Le moins que l’on puisse est que cette initiative a été couronnée de succès avec le recul du temps.

Côte d’Ivoire. Plus récemment, l’acquittement de l’ex-président de la république ivoirienne, Laurent Gbagbo a donné un tour nouveau à la vie politique de ce pays agité par des troubles graves à l’occasion de l’élection d’Alassane Ouattara. La France n’avait pas trouvé mieux, lors des incidents post-électoraux, de faire donner la troupe, de chasser le « boulanger », de tout faire pour l’expédier à l’ombre de la CPI à La Haye. Dix ans après, Laurent Gbagbo est de retour au pays, reçu par son successeur. Même si chacun a ses propres objectifs3, tous les deux prêchent pour la réconciliation4, conscients du fait que le pays ne pourra retrouver le calme que dans une démarche d’inclusion et non d’exclusion. Et, c’est la meilleure voie que puisse emprunter ce pays évoluant dans une région particulièrement instable. Les cataplasmes sur des jambes de bois privilégiés par les Occidentaux ont démontré leurs limites au fil du temps. Quand comprendrons-nous que les Africains sont les mieux placés pour régler leurs problèmes avec des méthodes qui leur sont propres et correspondent à leur manière d’aborder les problèmes de gouvernance.

Libye. Passé quasiment inaperçu par les médias mainstream, une information de la plus haute importance pour un pays secoué par des divisions sans fin depuis sa déstabilisation orchestrée par les Occidentaux – France de Nicolas Sarkozy en tête – mérite une attention particulière. En effet, les autorités libyennes annoncent, le 8 septembre 2021, la libération de Saadi Kadhafi (l’un des fils du colonel) ainsi que plusieurs de ses proches dans un souci de réconciliation nationale. L’on retrouve le même mot miracle de réconciliation nationale. Bornés, les Européens n’ont que le mot élections à la bouche, pensant que c’est la solution idoine aux problèmes de la planète. Le même jour, nous apprenions que l’Union européenne était prête à faire « davantage » pour soutenir l’organisation des élections prévues en Libye fin décembre, en particulier en appuyant la réforme du secteur de la sécurité, a assuré à Tripoli le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Nous avons vu les résultats de ce genre d’actions décalées dans le passé sur le continent africain.

p.m. : Le ministre des Affaires étrangères du Qatar, acteur clé dans le dossier afghan, a appelé, le 13 septembre 2021, à la « réconciliation nationale » comme « soupape de sécurité » pour la stabilité de ce pays, plongé dans l’incertitude depuis la prise du pouvoir par les talibans. N’est-ce pas la seule voie raisonnable de la diplomatie comparée à l’invective et au moralisme pratiquée par les Occidentaux au cours des dernières semaines dans une cacophonie totale ? Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU juge, le même jour, « très important » que les Nations unies discutent avec les talibans afin notamment de faciliter la distribution d’aide humanitaire en Afghanistan, une aide qui doit servir de « levier » pour les droits humains. Antonio Guterres est un doux rêveur qui ne comprend rien au monde et, encore moins, à la spécificité du « cimetière des empires ».

L’ancien premier ministre belge et l’un des trois coprésidents de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, Guy Verhofstadt prédit que : « Faute d’une coordination suffisante, l’Europe, dans sa forme actuelle, ne survivra pas au XXIe siècle ». Et nous pourrions ajouter d’un changement de logiciel relatif à l’approche des relations intra et extracommunautaires dans le sens d’une approche plus diplomatique et moins coercitive. Ce qui vaut pour l’Europe vaut pour le reste du monde à l’heure où nous entrons dans une période de risque croissant en raison des tensions sino-américaines. Toujours prompt à administrer des leçons de morale, de démocratie (voire à traîner ses dirigeants devant la Cour pénale internationale à La Haye) à une Afrique qu’il juge souvent trop « primitive », l’Occident gagnerait à s’inspirer de certaines leçons de ce continent pour affronter les défis et menaces du XXIe siècle. Surtout après les leçons de la crise afghane et des déroutes de ses aventures guerrières aux quatre coins de la planète en se donnant comme alibi l’exportation de la démocratie clés en mains. Force est de constater que la réconciliation est une passion africaine.
 
 
LA DIPLOMATIE MIGRATOIRE EN PLEIN ESSOR – Jean Daspry. Il en va de la diplomatie comme de la cuisine. Hier, elle était traditionnelle ; aujourd’hui, elle est nouvelle. Hier, elle obéissait à certains codes ; aujourd’hui elle s’en affranchit. Hier, elle était timorée, réservée ; aujourd’hui, elle est décomplexée, voire déstructurée. C’est peu dire que le monde d’aujourd’hui n’a pas plus rien à voir avec celui d’hier. Une page a été définitivement tournée. La vieille diplomatie répondait parfaitement aux canons qu’en donnait Guy de Maupassant : « Quelle que soit la chose qu’on veut dire, il n’y a qu’un mot pour l’exprimer, qu’un verbe pour l’animer et qu’un adjectif pour la qualifier ». C’est peu dire que chaque mot était choisi, pesé pour éviter de froisser son interlocuteur, y compris son pire ennemi. La subtilité et l’ambiguïté constituaient la marque de fabrique du style diplomatique. Ne disait-on pas que les silences du diplomate sont remarqués, commentés, presque à l’égal de ses paroles ! Or, depuis le début du XXIe siècle – prenons arbitrairement cette date comme terme de référence au moment où l’on célèbre le vingtième anniversaire des attentats du 11 septembre -, la diplomatie s’affranchit de ses carcans anciens. Pour être dans le vent, elle devient « cash » et « trash ». Donald Trump pratiquait, avec un art consommé, la diplomatie de l’invective à travers ses tweets nocturnes. Il n’avait qu’un seul contradicteur à sa mesure, le leader nord-coréen, Kim Jong-un. Dans la catégorie juste en dessous, le président turc, Recep Tayyp Erdogan n’hésite pas à manier l’insulte. Il accuse même Emmanuel Macron d’être en « état de mort cérébrale » en reprenant à son compte la formule de notre président sur l’OTAN. Son langage n’est plus celui de la diplomatie traditionnelle, feutré, tout en nuances ; il est d’une franchise toute déroutante. Les dirigeants algériens ne sont jamais en reste sur le plan linguistique quand il s’agit de vilipender l’ancienne puissance coloniale pour ce qu’elle a fait et n’a pas fait. Finie la langue de bois.

Aujourd’hui, la créativité diplomatique n’a plus de limite tant le monde numérique ouvre de nouveaux horizons à cette vieille dame aux manières surannées qu’est la diplomatie. Elle est décomplexée. Un nouveau champ d’action, une nouvelle arme ne cesse de se développer au fil du temps. Il s’agit de ce que certains qualifient de diplomatie migratoire. En un mot, menacer l’autre d’ouvrir grandes les vannes des phénomènes migratoires pour obtenir en contrepartie quelques avantages substantiels difficiles à gagner par les voies classiques de la diplomatie. Le président turc est passé maître dans l’art de manier la diplomatie migratoire. Saisissant l’occasion de la crise migratoire de 2015, il a délibérément décidé de faire un chantage à l’Union européenne dont il a été récompensé par l’octroi du subsides importants sur une base annuelle (Cf. accord conclu par Angela Merkel avec le président turc en 2016). En 2021, estimant être mal traité par Bruxelles, il a rouvert les vannes vers son voisin grec pour démontrer qu’il existait et que la diplomatie migratoire n’était pas un concept abstrait. Et cela marche tant l’Ottoman sait appuyer où cela fait mal du côté de l’Union européenne.

Le grand Turc fait école. Mécontent des invectives proférées et des menaces de sanction après le détournement d’un avion transportant un de ses opposants, le président biélorusse, l’épouvantable Alexandre Loukachenko a incité les candidats à l’immigration clandestine vers l’Union européenne (Afghanistan, Afrique, Irak…) à se rendre sur son sol pour pouvoir passer ensuite la frontière avec la Pologne (Cf. le cas de 32 afghans confrontés à une situation ubuesque à la frontière entre les deux États). Cette dernière a été contrainte, de construire (à la manière de Donald Trump) un mur pour éviter l’hémorragie migratoire dont elle n’était pas demanderesse5. Mais le président biélorusse est tenace vis-à-vis des pays baltes et de la Pologne qui abritent des opposants à son régime.

Le Maroc n’est pas en reste qui utilise, sans vergogne, l’arme migratoire avec l’Espagne dès qu’elle prend des positions jugées hostile sur le Sahara occidental en ouvrant les grilles des enclaves de Ceuta et Melila. Le roi du Maroc n’est pas encore le perdreau de l’année.

Aujourd’hui, c’est au tour du très roué, premier britannique, Boris Johnson e pratiquer ce jeu avec la France. Alors que les traversées périlleuses se multiplient entre la France et le Royaume-Uni6, son ministre de l’Intérieur, Priti Patel – sous pression des médias conservateurs – se dit prêt à tout pour repousser les embarcations vers les côtes françaises7. « Stopper les traversées est une absolue nécessité », a-t-elle tweeté, se permettant une nouvelle provocation en qualifiant de « constructive » la discussion qu’elle avait eue avec son homologue français, Gérard Darmanin. Ce dernier n’a pas tardé à réagir à la bravade de la Perfide Albion : « L’amitié qui existe entre nos deux pays mérite mieux que des postures qui nuisent à notre coopération ». Les Britanniques, qui estiment que les Français n’agissent pas assez pour empêcher ces traversées clandestines, mettront-ils leurs menaces à exécution ? Tout est possible lorsque l’on sait que la ministre britannique menace de renoncer à verser les 63 millions d’euros promis en juillet dernier pour renforcer les patrouilles françaises. Il n’en pas fallu plus pour le coq gaulois se dresse sur ses ergots : « Nous n’accepterons aucun chantage financier…, ni aucune pratique contraire au droit de la mer ». Une pratique pourtant courante au sein de l’Union européenne. En effet, au mois de mai dernier, l’ONU a accusé l’Union européenne d’avoir fermé les yeux sur des « opérations délibérées de refoulement ». On l’aura compris, cette pratique du « pushback » n’est pas du goût de Paris qui n’apprécie pas ces « mesures unilatérales » qu’envisagent de prendre les britanniques pour stopper les passeurs, comme l’a indiqué Boris Johnson devant les Communes. Côté français, on se dit « toujours ouvert au dialogue » en espérant que les Britanniques « finiront par entendre raison »8.

La pratique, de plus en plus courante, de cette diplomatie migratoire conduira-t-elle les Européens à désiler les yeux des Candide européens à la faveur de la crise afghane ? Rien n’est plus certain tant les Vingt-Sept sont dans le déni des phénomènes migratoires et n’ont jamais voulu aborder le problème en face si ce n’est par quelques mesures gadgets (Cf. celle de la répartition entre pays volontaires de migrants qui n’ont jamais pris la peine de solliciter des visas dans les consulats européens tout au long de leur périple). Les Européens commencent à peine à se tourner vers les pays qui se trouvent sur la route de ces derniers en les aidant financièrement pour qu’ils acceptent sur leur sol ces personnes. Cette démarche ne va pas sans présenter quelques inconvénients dont les principaux sont de négocier avec des pays difficiles (Iran, Pakistan) et le refus de certains États d’accueillir de nouveaux venus. Le président Erdogan rappelle qu’il accueille déjà 4 millions de réfugiés syriens sur le territoire turc, accusant au passage la partie européenne de ne pas honorer sa part du contrat. Le problème de l’essor de la diplomatie migratoire est posé. Quand l’Union européenne voudra-t-elle s’en saisir, en prendre conscience et y apporter les remèdes efficaces de long terme idoine ?
 
 
LE SUBJECTIF L’EMPORTE SUR L’OBJECTIF

« Il semble que vous regarderiez désormais comme un grand bonheur qu’on vous laissât seulement la moitié de vos biens, de vos familles, de vos vies. Et tout ce dégât, ces malheurs, cette ruine enfin, vus viennent, non pas des ennemis, mais bien certes de l’ennemi et de celui-là même que vous avez fait ce qu’il est, pour qui vous allez si courageusement à la guerre et pour la vanité duquel vos personnes y bravent à chaque instant la mort. 

 

Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus que vous, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il les innombrables argus qui vous épient, si ce n’est de vos rangs ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les emprunte de vous ? Les pieds dont il foule vos cités, ne sont-ils pas aussi les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, que par vous-mêmes ? Comment oserait-il vous courir sus, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire si vous n’étiez receleur du larron qui vous pille, complice du meurtrier qui vous tue, et traîtres de vous-mêmes ?

… Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le heurtiez, ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont on dérobe la base, tomber de son propre poids et se briser »9 

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Drôle de monde où l’histoire se répète irrémédiablement, où la connaissance connait une crise sans précédent. La planète marche sur la tête à tous les sens du terme, propre et figuré sans que cela ne mette les foules dans les rues, sans que cela ne provoque des révolutions au moins dans le domaine de la pensée. À trop se bercer des charmes du monde ambiant de la confusion, nous finissons, à plus ou moins longue échéance, à nous heurter aux délices du monde réel.

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BIENVENUE DANS LE MONDE DE LA CONFUSION

Servitude volontaire en un temps où l’on a que le mot de liberté, de libre-arbitre à la bouche. Ne sommes-nous pas au cœur de la contradiction d’une époque qui pratique le contraire de ce qu’elle proclame ? Mais contradiction est souvent synonyme de confusion. Or, voilà bien un terme qui résume parfaitement la problématique du monde du XXIe siècle ! Mais, qu’est-ce au juste que la confusion ? Dans une première acception, il s’agit du trouble d’une personne confuse au sens de l’embarras, d’une gêne. Dans une deuxième acception, il s’agit de l’état de ce qui est confus à l’instar d’une situation confuse qui correspond à un trouble, un désordre. Ce trouble gagne à la fois les personnes prises individuellement et la société appréhendée dans son ensemble. Les repères anciens disparaissent. Les mots perdent leur signification. Le langage s’appauvrit à vue d’œil, se résumant à quelques mot-valise Les dirigeants ne possèdent plus de boussole pour fixer un cap pérenne au bateau France. Ils naviguent à vue tels des eunuques de la pensée. En un mot, le monde honni d’hier s’efface pour faire place au monde rêvé de demain. Force est de constater que la confusion est aujourd’hui à son paroxysme. L’une d’entre elle, particulièrement dangereuse, concerne la confusion permanente entretenue entre le champ de la subjectivité et celui de l’objectivité. Même si la frontière existant entre eux est parfois difficile à délimiter, aujourd’hui, nous vivons à l’ère de l’abolition des frontières, de la mondialisation heureuse. Mais surtout des fausses nouvelles (« fake news »), de la « vérité alternative » véhiculées à la vitesse de l’éclair par les réseaux sociaux et autre gadgets chers à nos élites. Chacun y perd son latin tant le vrai et le faux font jeu égal dans le hourvari médiatique ambiant. Comme trier le vrai du « fake » ?

BIENVENUE DANS LE MONDE DU CHOC DU RÉEL

De nos jours, comme l’on confond allégrement causes et effet, on confond subjectif et objectif, commentaire et fait brut, opinion et vérité scientifique. Il fut un temps – pas si lointain que cela – où médias, chercheurs, fonctionnaires, diplomates… effectuaient une césure totale entre exposé des faits vérifiés, corroborés, croisés (la sphère de l’objectivité) et leur appréciation critique, voire idéologique (la sphère de la subjectivité). Le commentaire suivait l’exposé des faits et non le contraire. L’extérieur disposait alors d’une grille de lecture à laquelle il pouvait ajouter la sienne à la lumière de la « vérité des faits » (Hannah Arendt). Or, ce temps est révolu, bien révolu tant la confusion règne dans les esprits. On confond morale et droit, passion et raison… Aucun domaine n’échappe à ce tsunami. Nous en avons eu un exemple, et continuons de l’avoir, avec la pandémie de Covid-19, durant laquelle les scientifiques et chercheurs sont tombés de leur piédestal tant ils pouvaient soutenir tout et n’importe quoi et son contraire. La sociologie n’échappe pas à la tourmente comme le démontre un collectif de huit sociologues à propos de la tribune parue il y a peu par l’un de leur « collègue ». Ils rappellent à cette occasion que « la sociologie ne consiste pas à manipuler des données pour étayer une position idéologique »10. Ce qui vaut pour la sociologie vaut a fortiori pour toutes les autres disciplines, y compris celles qui nous sont plus familières : politique étrangère, diplomatie, défense, sécurité, médias… Que de bobards nous sert-on à jet continu que l’on nous fait passer pour des vérités révélées alors qu’il ne s’agit que de simples opinions, d’idéologies assénées telles des vérités incontestables. Le moins que l’on puisse dire est que n’existe pas de mouvement structuré contestant cette approche mortifère du réel. « Le réel, c’est quand on se cogne » nous rappelle Jacques Lacan. Et, nos dirigeants se cognent de plus en plus sur la réalité du dérèglement climatique, des dérives de la mondialisation, des guerres occidentales perdues lamentablement faute de se confronter aux réalités du terrain (Cf. la débandade américaine à Kaboul), de la désunion d’une prétendue Union européenne, de la confusion d’une prétendue Alliance atlantique, sorte de chambre d’enregistrement des desideratas de l’Oncle Sam, de la dictature des GAFAM, des mafias, des ravages de la cybercriminalité11… Les États ne sont plus maîtres du jeu. Ils se transforment en commentateurs d’un monde qui leur échappe. Manifestement, ils ne semblent pas disposés à en tirer toutes les conclusions qui s’imposent. Par manque d’humilité et par excès d’arrogance, ils n’en ont cure. Où cela conduira-t-il le monde de demain ? Vers la chronique d’une catastrophe annoncée ?

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LA FARCE DU XXIe SIÈCLE

Quand cesserons-nous de nous voiler la face avec des farces, des rêves, des chimères dont le réveil est souvent douloureux comme le démontre amplement la déroute américaine en Afghanistan ? Quand accepterons-nous de nous confronter au réel et non à sa représentation ? Quand admettrons-nous nos erreurs pour éviter de les reproduire à l’identique à intervalles réguliers ? Quand comprendrons-nous qu’il existe une énorme différence entre approche véritablement scientifique et falsification des données, des faits ? Il faut s’y faire, au pays de René Descartes, le subjectif l’emporte sur l’objectif.

Guillaume Berlat
 
 
LA JOURNÉE DES CONSULS GÉNÉRAUX – Ali Baba. La journée du 15 septembre 2021 restera dans les annales des consuls généraux tant la moisson des heureux élus et heureuses élues a été fructueuse à prendre connaissance du Journal Officiel de la République française du même jour. Ne boudons pas notre plaisir en égrenant la liste impressionnante de tous ces vingt-quatre nominé(e)s qui auront le privilège et la charge de porter haut le drapeau de la France aux quatre coins de la planète. Dès le lendemain, nous avons droit à quelques lots de consolation.

LE 15 SEPTEMBRE 2021

Par décret du Président de la République en date du 27 août 2021, M. Yannick TAGAND, conseiller des affaires étrangères (cadre d’Orient), est nommé consul général de France à Chicago, en remplacement de M. Guillaume LACROIX, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Sidi Mohamed NEHAD, secrétaire des affaires étrangères (cadre d’Orient), est nommé consul général de France à Alexandrie, en remplacement de Mme Janaïna HERRERA, appelée à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, Mme Stéphanie ROUALLE DE ROUVILLE, secrétaire des affaires étrangères, est nommée consule générale de France à Bruxelles, en remplacement de M. Raphaël TRANNOY, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Sylvain FOURRIERE, conseiller des affaires étrangères (cadre d’Orient), est nommé consul général de France à Canton, en remplacement de Mme Siv Leng CHHUOR, appelée à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Etienne CHAPON, conseiller des affaires étrangères, est nommé consul général de France à Johannesburg, en remplacement de Mme Sonia DONA PEREZ, appelée à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Stéphane BAUMGARTH, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé consul général de France à Marrakech, en remplacement de M. Philippe CASENAVE, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Jean-Luc DELVERT, secrétaire des affaires étrangères principal, est nommé consul général de France à Abidjan, en remplacement de M. Laurent SOUQUIERE, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Julien BOUCHARD, conseiller des affaires étrangères, est nommé consul général de France à Beyrouth, en remplacement de M. Karim BEN CHEIKH, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Didier TALPAIN, conseiller des affaires étrangères hors classe (cadre d’Orient), est nommé consul général de France à Calcutta, en remplacement de Mme Virginie CORTEVAL, appelée à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, Mme Nathalie KENNEDY, conseillère des affaires étrangères, est nommée consule générale de France à Dubaï, en remplacement de Mme Raja RABIA, appelée à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Patrice SERVANTIE, secrétaire des affaires étrangères principal, est nommé consul général de France à Moscou, en remplacement de M. Rémi LOZACHMEUR, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Jean-Louis ROTH, secrétaire des affaires étrangères, est nommé consul général de France à Tananarive, en remplacement de M. Alain FORTIN, admis à faire valoir ses droits à la retraite.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, Mme Valérie BARABAN, conseillère des affaires étrangères, est nommée consule générale de France à Houston, en remplacement de M. Alexis ANDRES, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, Mme Nathalie BERAS, secrétaire des affaires étrangères principale (cadre d’Orient), est nommée consule générale de France à La Nouvelle-Orléans, en remplacement de M. Vincent SCIAMA, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Jean-Marc SERE-CHARLET, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé consul général de France à Bombay, en remplacement de Mme Sonia BARBRY, appelée à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Thierry BERTHELOT, conseiller des affaires étrangères (cadre d’Orient), est nommé consul général de France à Bangalore, en remplacement de Mme Marjorie VANBAELINGHEM, appelée à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. François REVARDEAUX, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé consul général de France à Milan, en remplacement de M. Cyrille ROGEAU, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, Mme Corinne PEREIRA DA SILVA, conseillère des affaires étrangères hors classe (cadre d’Orient), est nommée consule générale de France à Munich, en remplacement de M. Pierre LANAPATS, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Philippe TRUQUET, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé consul général de France à Tanger.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Vincent PERRIN, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé consul général de France à Wuhan, en remplacement de M. Olivier GUYONVARCH, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Christian TESTOT, conseiller des affaires étrangères hors classe (cadre d’Orient), est nommé consul général de France à Karachi, en remplacement de M. Didier TALPAIN, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 1er septembre 2021, M. Alexis ANDRES, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé consul général de France à Oran, en remplacement de M. Christophe JEAN, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 14 septembre 2021, M. Stéphane TOULET, secrétaire des affaires étrangères principal, est nommé consul général de France à Haïfa, en remplacement de M. Patrice SERVANTIE, appelé à d’autres fonctions.

Par décret du Président de la République en date du 14 septembre 2021, M. Guillaume PIERRE, secrétaire des affaires étrangères, est nommé consul général de France à Monterrey, à compter du 20 octobre 2021.

Pour agrémenter cette fournée de consuls généraux, il fallait bien une distribution de bicorne. Ce qui est le cas.

M. Pascal LE DEUNFF, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République slovaque, en remplacement de M. Christophe LEONZI, appelé à d’autres fonctions12.

LE 16 SEPTEMBRE 2021

M. Jérôme PASQUIER, ministre plénipotentiaire hors classe, est nommé conseiller diplomatique du Gouvernement, pour une période d’un an renouvelable.

M. Roland DUBERTRAND, ministre plénipotentiaire de deuxième classe, est nommé ambassadeur chargé de la coopération régionale dans la zone Atlantique, à compter du 27 septembre 2021.

M. François PUJOLAS, ministre plénipotentiaire de deuxième classe, est nommé ambassadeur pour les partenariats économiques en Afrique, en relève de M. Emmanuel COHET, appelé à d’autres fonctions13.

Ainsi va la joyeuse sarabande diplomatique de l’été 2021 avec pour point culminant la journée des consuls généraux après que les bicornes d’ambassadeurs continuent de voler14 en cette période de mercato du Quai des Brumes.

1 Guillaume Berlat, Confiance, cet acteur méconnu des relations internationales, www.prochetmoyen-orient.ch , 1er juin 2020.
2 https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_de_la_v%C3%A9rit%C3%A9_et_de_la_r%C3%A9conciliation_(Afrique_du_Sud)
3 Cyril Bensimon, En Côte d’Ivoire, Gbagbo peaufine son retour. L’ancien président règle ses affaires familiales et prépare la création d’un nouveau parti, Le Monde, 12-13 septembre 2021, p. 3.
4 Guillaume Berlat, Côte d’Ivoire : réconciliation entre Laurent et Alassane ?, 2 août 2021.
5 Sylvie Kauffmann, Les migrants armes des ennemis de l’Europe, Le Monde, 9 septembre 2021, p. 31.
6 Arnaud de la Grange, L’afflux de migrants suscite la tension entre Paris et Londres., Le Figaro, 10 septembre 2021.
7 Cécile Réto, Londres menace de refouler les migrants en mer, Ouest-France, 10 septembre 2021, p. 3.
8 Juliette Bénézit/Cécile Ducourtieux, Migrants : tensions entre Londres et Paris, Le Monde, 11 septembre 2021, p. 11.
9 Discours sur la servitude volontaire ou le Contre’Un, Etienne de la Boétie, 1549 (extrait), Les invités de LLC, www.libertescheries.blogspot.com , 21 août 2021.
10 Collectif de huit sociologues, La sociologie ne consiste pas à manipuler des données pour étayer une position idéologique, Le Monde, 20 août 2021, p. 28.
11 Bertrand Monnet, Cybercriminalité. La quête de la « faille », Le Monde, 22-23 août 2021, pp. 18-19.
12 Mesures nominatives, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, JORF n° 0215 du 15 septembre 2021, textes 22 à 46.
13 Mesures nominatives, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, JORF n° 0216 du 16 septembre 2021, textes 35-36-37.
14 Ali Baba, Les bicornes continuent de voler, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 août 2021.

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