Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

QUE RESTE-T-IL DU 11 SEPTEMBRE ?

Que dire vingt ans après les attentats du 11 septembre 2001, perpétrés à New York au World Trade center, visant les tours jumelles, et qui ébranlèrent les Etats-Unis comme le monde entier ?

En moins de deux ans de préparation – avec un budget d’environ 500 000 dollars – l’organisation Al-Qaïda a pu mener ses attaques qui allaient changer la face du monde. Cet événement allait non seulement changer l’histoire de la violence politique, mais aussi identifier clairement les financiers de la terreur : l’Arabie saoudite et le Qatar, et dans une moindre mesure le Pakistan engagés dans une « guerre sainte » contre l’Occident, ses pouvoirs et ses valeurs.

Il y a vingt ans, entre 8 h 46 et 10 h 28 (heure locale), quatre attentats-suicides coordonnés ont fait près de 3 000 morts à New York, Washington et en Pennsylvanie.

Vingt ans plus tard, l’image des tours jumelles de New York, frappées de plein fouet par deux avions détournés par des hommes d’Al-Qaida, reste dans tous les esprits. C’est aussi l’occasion pour la presse américaine de tirer le bilan de ces vingt années de « guerre contre le terrorisme » lancée par l’Amérique au nom de la sécurité générale.

TERRORISME RHIZOMATIQUE

»Le premier objectif, à savoir la sécurité des Américains, semble avoir été atteint. Nous vivons, de loin, plus protégés qu’avant le 11 septembre 2001, écrit The Washington Post. En revanche, la lutte pour vaincre le réseau mondial de groupes djihadistes et violemment antioccidentaux, a enregistré moins de succès. Le problème semble même avoir grossi”, poursuit le quotidien américain.

Certes Al-Qaida, dont le leader Oussama Ben Laden a été tué lors d’une opération américaine au Pakistan, n’est plus en mesure aujourd’hui d’organiser des attentats d’une telle ampleur. Mais l’organisation terroriste a laissé la place à une multitude d’héritiers à travers le monde, générateurs d’un « terrorisme rhizomatique », en étoiles, agissant selon des modes opératoires multiples et variés.

« La menace est en fait pire. On retrouve des métastases d’Al-Qaida partout dans le monde », affirme l’expert en terrorisme Richard Clarke. « Aujourd’hui, il y a probablement 100 000 personnes dans les différents groupes terroristes à travers le monde, ce qui est beaucoup plus que ce que nous avions il y a vingt ans », ajoute-t-il. 

De l’Afrique au Moyen-Orient en passant par l’Asie, la multiplication de groupes terroristes, est une réalité incompressible. L’installation durable de Dae’ch en Syrie et en Irak – dévastés par des années de guerre civile – en est une autre, sans parler des sympathisants de ce pseudo « Etat islamique » qui tentent d’exporter la terreur à travers le monde jusqu’en Europe.

Les attentats du 11-Septembre ont pourtant tout changé en matière de sécurité collective, aux États-Unis comme dans le reste du monde. « Surveillance d’Internet, nouveaux pouvoirs pour la police, lois d’exception : la crainte d’attentats a conduit au renforcement de mesures préventives et de contrôle, parfois au détriment des libertés individuelles » souligne le quotidien suisse Le Temps.

Pour sa part, The Washington Post estime que, malgré les succès plus que mitigés des opérations américaines en Irak et en Afghanistan, les administrations successives de George Bush à Barack Obama ont inscrit quelques succès notables contre le terrorisme. « Notre puissance militaire reste imposante. Mais gagner ce combat nécessite la projection d’un récit sur les valeurs et les intérêts américains. Et nous avons échoué à le faire » estime l’ancien membre du Congrès Jane Harman, qui dirige aujourd’hui le think-tank Woodrow Wilson International.  

Rappeler les valeurs qui font la grandeur de l’Amérique, c’est, peut-être, ce qu’a voulu tenter, The New York Times, en proposant sous forme d’éditorial une visite au mémorial des victimes, construit sur le site même où sont tombées il y a vingt ans les tours du World Trade Center.

« Vingt ans plus tard, le mal du 9/11 résonne toujours. Mais, plus que jamais, la générosité doit être célébrée », écrit le journal qui rappelle la naissance compliquée de ce mémorial, pilotée par un comité spécial. Deux visions s’affrontaient alors, incarnées par deux maires successifs de New York, Michael Bloomberg et Rudolph Giuliani. Ce dernier voulait quelque chose de grand et d’imposant sur ce « lieu sacré »”. M. Bloomberg plaidait, lui, pour une école, pas un monument : « J’ai toujours pensé que le meilleur hommage que nous pouvons rendre à quelqu’un, c’est de construire un monde meilleur en sa mémoire », déclarait-il alors…

Répétons : les attentats du 11 septembre ont clairement mis en lumière la profonde détestation qu’éprouve l’Arabie saoudite et ses satellites pour le monde occidental et ses valeurs fondamentales.

En définitive, les attentats du 11 septembre auront mis en évidence trois constats : la première puissance mondiale est vulnérable sur son propre territoire ; l’islam politique vise bien la destruction de l’Occident en général ; enfin, nos outils de contre-terrorisme ont souvent un attentat de retard…

Comme l’écrit joliment le cardinal de Retz : « il n’y a rien dans le monde qui n’ait son moment décisif, et le chef-d’œuvre de la bonne conduite est de connaître et de prendre ce moment ».

Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
30 août 2021

Print Friendly, PDF & Email