Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

TSAHAL PEUT EN CACHER UNE AUTRE…

Le vendredi 27 mai dernier, le New-York Times a publié – sur toute la largeur de sa une – les photos des enfants morts à Gaza sous les coups de « Tsahal », la fameuse « armée de défense » !!! Quelle imposture !

« Tsahal » est l’acronyme de l’expression « armée de défense d’Israël » (en hébreu Tsva Haganah Leisrael). En fait de « défense », les peuples de la région savent à quoi s’en tenir : occupation, torture, déportation, etc. Toujours est-il que cette publication est une première !

Le quotidien américain écrit : « au moins 67 personnes de moins de 18 ans à Gaza et 2 en Israël ont été tuées durant le conflit de ce mois, selon les premiers rapports. Ils voulaient être médecins, artistes, dirigeants… ». On apprend grâce au New-York Times que quelques minutes seulement après le déclenchement de l’offensive israélienne, un garçon de 5 ans nommé Baraa al-Gharabli a été tué à Jabaliya, dans la bande de Gaza.

Un jeune de 16 ans, Mustafa Obaid, a été également tué lors de la même frappe, dans la soirée du 10 mai, écrivent encore les journalistes qui ajoutent à chaque fois une photo de la victime. À peu près au même moment, quatre cousins – Yazan al-Masri, 2 ans, Marwan al-Masri, 6 ans, Rahaf al-Masri, 10 ans, et Ibrahim al-Masri, 11 ans – ont été tués à Beit Hanoun, à Gaza. 256 Palestiniens ont été tués par des frappes israéliennes dans la bande de Gaza durant l’offensive du mois de mai, dont la moitié sont des civils selon l’ONU.

La Une du New-York Time a fait réagir la romancière Saphia Azzedine : « ils étaient Palestiniens. Ils avaient une histoire. Le New-York Times la raconte. Eh non, le Hamas ne les a pas utilisés comme bouclier humain, ils sont morts sous les raids de l’armée comme des centaines avant eux ». « Cette propagande est indigne et ne fonctionne plus. Arrêtons de prier pour la paix, réclamons la justice », ajoute l’écrivaine qui attire aussi l’attention sur le Liban…

Le Liban est en chute libre, à l’approche d’une nouvelle conférence d’aide. Le retrait du Premier ministre désigné Saad Hariri, neuf mois après sa désignation, intervient en pleine crise économique, qualifiée par la Banque mondiale comme l’une des pires de l’histoire depuis 1850. En proie à une flambée vertigineuse des prix, une dégringolade historique de sa monnaie et une paupérisation inédite de sa population, le Liban vivait déjà ces dernières semaines au rythme de graves pénuries, notamment de médicaments et de carburant, ayant catalysé de nouvelles manifestations.

"Liban, vers plus de danger", pouvait-on lire vendredi en une du quotidien Annahar. "Avec la récusation de Hariri, une aggravation de la crise est inéluctable", titrait de son côté le quotidien francophone L’Orient-Le Jour. La France, qui chapeaute les efforts internationaux pour une sortie de crise, a encore fustigé vendredi la classe politique, annonçant la tenue d’une nouvelle conférence d’aide internationale le 4 août. Cette conférence, qui se tiendra avec l’appui de l’ONU un an exactement après l’explosion meurtrière au port de Beyrouth – imputée à la négligence des autorités – est "destinée à répondre aux besoins des Libanais dont la situation se détériore chaque jour", a indiqué le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué.

Malgré la pression internationale et la menace de sanctions de l’UE contre les dirigeants libanais, les tractations politiciennes ont entravé à plusieurs reprises l’accouchement d’un nouveau gouvernement censé lancer des réformes pour débloquer les aides internationales cruciales. "Ce dernier développement confirme le blocage politique dans lequel les dirigeants libanais maintiennent délibérément le pays depuis des mois, alors même qu’il s’enfonce dans une crise économique et sociale sans précédent", a déploré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. "Il y a une urgence absolue à sortir de cette obstruction organisée et inacceptable", a-t-elle ajouté.

Réagissant jeudi à l’ONU le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a lui évoqué une "autodestruction cynique". Le Liban est sans gouvernement depuis la démission en août 2020 du gouvernement actuel, chargé depuis des affaires courantes. Saad Hariri avait été désigné Premier ministre en octobre 2020, un an après sa démission sous la pression d’un soulèvement populaire. Avant lui, Moustapha Adib, nommé après l’explosion au port, avait également échoué face à la résistance des partis au pouvoir.

Depuis plusieurs mois, M. Hariri et le président Michel Aoun s’accusaient mutuellement d’entraver la formation d’un nouveau gouvernement. M. Hariri reprochait notamment au président d’empêcher la formation d’une équipe de technocrates et de vouloir imposer une répartition "confessionnelle et partisane" des portefeuilles. "Si j’avais formé le gouvernement que Michel Aoun voulait (…) je n’aurais pas pu diriger le pays", a-t-il déclaré jeudi.

Michel Aoun doit désormais entamer des consultations pour choisir un chef de gouvernement. Les partis commenceront ensuite leurs traditionnels marchandages, souvent interminables, pour former un nouveau cabinet, qui doit également être approuvé par le président et ces mêmes partis. Avec ce retour à la case départ, plusieurs médias libanais avertissent d’un possible prolongement du vide gouvernemental.

Les postes ministériels et les sièges parlementaires étant répartis sur une base confessionnelle, le renoncement de Saad Hariri, considéré comme le plus représentatif des musulmans sunnites, risque de compliquer davantage le processus. Le nom de l’ancien Premier ministre Najib Mikati, également sunnite, circule dans les médias comme possible successeur et il s’agit de "l’option la plus probable", selon le quotidien local Al-Akhbar.

Saad Hariri a toutefois déjà déclaré que son bloc parlementaire n’approuverait pas la nomination de M. Mikati. En attendant, la livre libanaise a de nouveau décroché vendredi sur le marché noir face au billet vert, dépassant 22.000 livres pour un dollar, contre moins de 20.000 livres avant l’annonce de M. Hariri. Le taux officiel se maintient à 1.507 livres pour un dollar. Cette nouvelle chute a provoqué des blocages de routes et des manifestations jeudi soir. La colère continue de croitre contre une classe dirigeante accusée de négligence et de corruption dans son ensemble.

La rédaction

19 juillet 2021

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