Observatoire Géostratégique

numéro 350 / 27 septembre 2021

WASHINGTON A SABOTE LA VENTE DES SOUS-MARINS FRANÇAIS A L’AUSTRALIE !

Nos « amis », nos « grands amis » américains ont sciemment saboté le dernier contrat de vente des sous-marins français à l’Australie. Cela est confirmé par plusieurs services européens de renseignement…

Lecture immédiate des « docteurs tant mieux » : le gouvernement australien a, ainsi décidé que la meilleure option pour le pays était d’accélérer la production d’une plate-forme de sous-marins à propulsion nucléaire plus performante avec les États-Unis et le Royaume-Uni. L’Australie serait ainsi plus étroitement intégrée dans l’orbite américaine.

Une fois de plus, il se confirme que dès qu’un dollar est en jeu, Washington ne compte plus d’amis, mais privilégie uniquement ses intérêts à court terme… A l’Elysée, comme au Quai d’Orsay, au ministère des Armées et dans les services de renseignement, il n’a échappé à personne que l’Europe n’est pas la priorité de Joe Biden et de sa nouvelle équipe de sécurité nationale. En avril dernier, le premier chef d’Etat étranger à avoir été reçu à la Maison-Blanche, fut le Premier ministre japonais, Yoshihide Suga. Un mois plus tôt, Joe Biden organisait son premier sommet du Quad – un forum indopacifique réunissant les Etats-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde !

Parmi les dirigeants étrangers à avoir été reçus à Washington depuis le 20 janvier dernier, un seul était européen : Angela Merkel en juillet, pour une visite d’adieu. S’y ajoute Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, pour une visite attendue de longue date – le 30 août – alors que Joe Biden fait de la posture de fermeté face à la Russie un pan essentiel de sa politique étrangère.

Outre les pressions américaines des considérations stratégiques ont été avancées : l’Australie (intégrée aux forces américaines et britanniques) pourra déployer ses sous-marins sur des distances plus importantes. Le contrat avec l’Australie se fixait à 90 milliards de dollars australiens (environ 56 milliards d’euros), signé avec la société française DCNS pour construire jusqu’à douze sous-marins.

Pour la petite histoire – la France disposant de la propulsion nucléaire pour ses sous-marins Barracuda -, si l’Australie avait opté pour cette option lors de la signature de l’accord en 2016, Paris aurait pu dire : « d’accord, nous allons reproduire notre technologie et vous la donner ». Dans ce cas, l’Australie serait, aujourd’hui sans doute sur le point de se faire livrer son premier sous-marin nucléaire.

Mais les Australiens ont opté pour une propulsion conventionnelle, ce qui a retardé le programme français… La question est de savoir quand les sous-marins américano-britanniques seront opérationnels ! Le nouvel accord permet potentiellement à l’Australie de louer des sous-marins britanniques et/ou américains, de manière temporaire, afin de développer l’expertise australienne en matière de propulsion nucléaire. On peut donc s’attendre à voir des équipages australiens à bord, aux côtés des Américains ou des Britanniques, pour développer leurs capacités.

Face à ce genre de mauvaises façons, il reste toujours quelques « idiots utiles » pour dire « tout va bien Madame la Marquise ». Ainsi, l’ex-directeur de notre renseignement militaire Christophe Gomard : « l’Amérique reste notre allié… » Ah bon ! A minima, Paris a rappelé son ambassadeur…

Quoiqu’il en soit, la montée des tensions en Asie du Sud-Est demeure préoccupante et nécessite des programmes d’armements adaptés. Toujours est-il que pour rester relativement autonome, l’Australie aurait dû bénéficier d’importants transferts de technologie, mais rien n’était gagné !

Le ministre australien de la Défense, Peter Dutton, est allé à Washington pour persuader les États-Unis de partager certaines technologies. L’arrangement AUKUS prévoit de développer une base industrielle technologique et des lignes d’approvisionnement – cela signifie que les États-Unis et le Royaume-Uni semblent convaincus de la capacité de l’Australie à rejoindre leur alliance.

Mais cet accord accroît-il la sécurité de l’Australie ? Il ne fait aucun doute que le pays subira des critiques de Pékin, qui verra les récents développements d’un très mauvais œil. Mais la rhétorique chinoise ne doit pas être prise au pied de la lettre, étant en grande partie tournée vers ses propres citoyens. Il s’agit pour Pékin d’influencer et de façonner son opinion publique interne.

Ces dernières années, à l’image de son renforcement militaire, la Chine s’est radicalisée dans sa rhétorique mais la plupart des experts en sécurité affirment qu’il s’agit surtout d’intimider des adversaires potentiels. Dans ce contexte, une coalition AUKUS plus performante – avec l’Australie – dissuade-t-elle ou agace-t-elle encore plus la Chine ?

En Australie, un consensus croissant existe sur le fait que le pays doit faire davantage pour dissuader les interventions chinoises dans la région. Or, la dissuasion exige des capacités crédibles. Le pays a décidé de mettre ses œufs dans le panier américain depuis 70 ans – et cette nouvelle coalition va dans ce sens. L’espoir est que la collaboration avec le Royaume-Uni et les États-Unis devrait améliorer la capacité de l’Australie à se défendre.

Le Livre blanc de la politique étrangère australienne de 2017 parlait d’investir dans les liens de sécurité régionale. Pour que ce changement de politique améliore la sécurité du pays, il doit être associé à des efforts beaucoup plus importants visant à renforcer la sécurité et la stabilité aux côtés des voisins de l’Australie en Asie du Sud-Est et dans l’ensemble de l’océan Pacifique. On en est loin…

Quoiqu’il en soit, ce dernier coup de nos « amis » américains traduit, une foid de plus, tout leur cynisme mercantile. Quant à savoir ce qu’il faut penser de tels « amis », Christophe Gomard a déjà apporté une réponse bien étrange…

Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
20 septembre 2021

Print Friendly, PDF & Email